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  • Méditation - Nous avons tous une vocation particulière

    « Chacun de nous a sa vocation à lui ; il n'y a pas d'homme ni de femme qui soit un double emploi sur la terre ; il n'y a jamais eu deux vocations précisément identiques depuis le commencement du monde, et il ne s'en trouvera pas d'ici au jour du jugement. Peu importe quelle soit notre position dans la vie, peu importe combien nos devoirs peuvent paraître ordinaires, peu importe l'aspect vulgaire d'une existence commune, chacun de nous, secrètement, a cette grande vocation. Nous sommes, dans un sens où l'amour peut autoriser l'inexactitude, nécessaires à Dieu ; il a besoin de nous pour poursuivre ses plans, et personne ne peut nous remplacer complètement : c'est là notre dignité ; mais c'est aussi là que se trouve notre devoir ; et la source profonde de notre amour devient aussi la source profonde de notre crainte. Notre vocation est aussi réelle, aussi distincte que la vocation d'une carmélite ou d'une ursuline, d'un franciscain ou d'un oratorien ; elle est moins visible, moins facile à décrire ; elle a plus d'incertitudes et elle est beaucoup plus difficile à connaître ; mais il y a tout aussi bien vocation régulière et complète. Ceci une fois posé, il faut admettre que toute la vie spirituelle marche à l'aventure, si elle n'est pas basée sur la connaissance de cette vocation ou sur les efforts à faire pour la découvrir. Cette vocation, quelle qu'elle soit, est la volonté de Dieu sur nous ; il peut vouloir qu'elle ne nous soit pas pleinement connue ; mais il veut que nous essayons de la découvrir. la sainteté consiste simplement en deux choses qui sont l'une et l'autre un effort : l'effort pour connaître la volonté de Dieu, et l'effort pour l'accomplir une fois connue. »

    R.P. Frédéric-William Faber (1814-1863), Conférences spirituelles (Tous les hommes ont une vocation spéciale), Paris, Bray et Retaux, 1872 (Sixième édition).

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  • Ste Jeanne d'Arc : « Dieu premier servi » - « Le plaisir de Dieu soit faict »

    « Pour Jeanne, qui ne fait d'ailleurs qu'utiliser une expression de l'époque, Dieu est Nostre Sire, le Roy (1) ; mais ces expressions, passées dans l'usage et qui ont alors déjà perdu de leur force, retrouvent chez elle toute leur puissance. Elle croit d'une foi absolue à la souveraineté de Dieu ; c'est pour elle une référence constante et la seule motivation de ses actes : « Je m'en actend à mon juge » ; « et à Dieu premier je me rapporte » (2). Elle se demande sans cesse : où est la volonté de Dieu ?
    Son évidence depuis toujours est que Dieu veut pour elle l'état de grâce et la fuite du péché. Elle vit en présence de Dieu : « Toujours a Dieu devant la face » (3).
    Cette dévotion à l'état de grâce n'était pas fréquente à l'époque et la sainteté se définissait plutôt par les bonnes œuvres, les pénitences ou les prières de style monastique indulgenciées (4). On connaît, au contraire, les mots de Jeanne : « Se elle sçavait qu'elle ne fust en la grâce de Dieu qu'elle seroit la plus dolente du monde » (5).
    Le péché n'est d'ailleurs pas d'abord concession à Satan : il n'y a chez elle aucune démonologie ; elle a, en ce domaine notamment, une foi beaucoup plus saine et plus théologale que ses juges. Il est privation de Dieu.
    Ce sentiment de la présence de Dieu a été pour Jeanne, en un siècle d'exaspération de la sensibilité religieuse et d'aberrations de la foi chrétienne, un élément d'équilibre et d'épanouissement : la devotio moderna, en organisant les « exercices » de la piété chrétienne, suscitait chez certains scrupule - le mal du siècle - ou tension. Gerson lui-même n'en finit pas de rappeler à ses sœurs leurs divers devoirs moraux ou spirituels (6).
    Elle se maintient donc dans un état de parfaite disponibilité : « prendre tout en gré ». Tandis que bientôt l'Imitation, dans son livre I, révélera l'inquiétude de l'âme tourmentée entre Dieu et le monde, Jeanne ressemble déjà au « bon homme paisible », que définira par la suite l'Internelle Consolation, traduction de l'Imitation sans doute, mais à laquelle une nouvelle distribution des livres donne aussi un ton nouveau, celui d'une confiance tranquille (7). Pour cette fille de la campagne, ignorante des effusions mystiques et des ravissements de moniales nourries du Cantique ou de tertiaires familières avec les maîtres de l'oraison, il ne s'agit pas de s'attarder en une contemplation consolée, mais d'« aimer de tout son coeur » (7 bis) le Sire qui lui fait connaître sa volonté. »

    Notes

    (Q. pour Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc dite la Pucelle, 5 vol., Paris, 1841-1849 - Téléchargeables au lien ci-dessous indiqué).

    1. L'étendard de Jeanne portait l'inscription « De par le Roy du ciel » (Père Hilaire de Barenton, Jeanne d'Arc, son tertiairat, son étendard et l'ouvrage de M. Adrien Harmand, dans Etudes franciscaines, t. 43, 1931, p.675 et suiv.).

    2. Q., I., p.376 Ibid., p.444.

    3. Christine de Pisan citée par Marius Sepet, Jeanne d'Arc, 3e édit., Tours, 1891, p.540.

    4. On s'en rend très bien compte à voir de quelle façon les témoins au procès de réhabilitation parlent de Jeanne : par exemple Béatrice la dit la meilleure des filles de Domrémy et de Greux, car elle était chaste, réservée, fréquentant les églises, allant souvent à la messe, se confessant fréquemment (Q., II, p.395). On pourrait faire des remarques analogues au sujet des parents de Jeanne : l'enquête à Domrémy (ibid, p.378) demandait : si parentes erant boni catholici ; les réponses montrent que cette notion de bonus catholicus est entendue dans un sens plus canonique que spirituel.

    5. P. Doncoeur, La minute, p.105. Texte d'autant plus impressionnant qu'on se rappellera que Jeanne ne distinguait pas péché mortel et péché véniel (Q., II, p.37).

    6. On se rappelle que Gerson a envoyé successivement à ses sœurs Sept enseignements, Neuf considérations, Onze ordonnances (Revue des sciences religieuses, t. XIV, 1934, p.191-218). Quand il leur apprend à méditer, il leur explique que le don de crainte est associé à la béatitude de l'humilité, défend l'âme contre les attaques de l'orgueil et appelle la prière Libera nos a malo (Opera Omnia, III, c. 602 et suiv.).

    7. Michelet a peut-être été le premier dans sa Jeanne d'Arc, au chapitre I du livre II, à rapprocher Jeanne et l'Imitation et à comparer pour celle-ci la version latine et la traduction ; si son ignorance de la théologie et de la vie spirituelle vouèrent son interprétation à des contre-sens, on ne saurait méconnaître la pénétration de certaines intuitions. Toujours est-il qu'une étude comparative de l'Imitation et de l'Internelle Consolacion révèle une évolution du sentiment religieux : « Comment ce livre de solitude devient-il un livre populaire ? Comment en parlant recueillement monastique, a-t-il pu contribuer à rendre au genre humain le mouvement et l'action ? C'est qu'au moment suprême le grand livre sortit de sa solitude, de sa langue de prêtre et il évoqua le peuple dans la langue du peuple même... La Consolacion est un livre pratique et pour le peuple... L'Imitation, dans la disposition générale de ses quatre livres suit une sorte d'échelle ascendante... La Consolacion part du second degré... (et) finit par où l'Imitation a commencé ».
    Que l'on compare en tout cas les premiers chapitres de l'Imitation par exemple I, 3 : Vanitas vanitatum et omnia vanitas ; 5 : stude ergo cor tuum ab amore visibilium abstrahere - aux premières pages de la Consolacion : « Frequente visitacion avec l'omme internel, doulce sermocinacion, agréable consolacion, moult de paix et familiarité trop esmervueillable » (chap. I) ; « Ne te chaille gueres qui soit pour toy ou contre toy, mais fay et cure qu'en toutes choses que tu fais que Dieu soit avec toy. Ayez bonne conscience et Dieu te deffendra bien ; ... Dieu deffend l'umble personne » (chap. II) ; « Le bon homme paisible convertist en bien toutes choses » : voilà Jeanne d'Arc.

    7 bis. Q., I, p.385.


    Etienne Delaruelle, La spiritualité de Jeanne d'Arc (III, p.375-377), in "Bulletin de Littérature Ecclésiastique", publié par l'Institut Catholique de Toulouse, LXV - 1964.

    Source, intégralité des textes des Procès de condamnation et de réhabilitation (latin et français), et très nombreux documents d'études johanniques ICI.

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  • 20 juillet : Toute l'année avec les Pères de l'Eglise

    « Je dis d'abord un mot du sabbat, pour bien asseoir la question à l'égard de notre Christ, ce qui n'aurait pas lieu si le Dieu qu'il annonce "n'était le maître du sabbat." On ne demanderait pas pourquoi il abolit le sabbat, s'il était venu pour l'abolir. Or l'abolir était un devoir, s'il tenait sa mission d'un Dieu étranger, et personne n'eût témoigné de surprise en le voyant fidèle à sa mission. Ils s'étonnaient donc parce que prêcher le Dieu Créateur et porter atteinte à ses solennités, leur paraissait contradictoire. Et ici, afin de ne pas nous répéter chaque fois que l'adversaire appuie ses objections sur quelque |182 nouvelle réforme du Christ, mettons en tête de la question un point capital, et posons ce principe: chaque institution nouvelle souleva une discussion, parce que jusqu'à ce jour rien n'avait encore été ni publié, ni discuté sur une divinité nouvelle. Conséquemment, on ne saurait arguer de la nouveauté des institutions que le Christ promulguait une divinité étrangère, puisque cette nouveauté elle-même, signalée long-temps d'avance par le Créateur, cesse de surprendre dans le Christ. Il eût donc fallu préalablement exposer au grand jour la Divinité, pour introduire sa doctrine à la suite, parce que c'est le Dieu qui accrédite la doctrine, et non la doctrine qui accrédite le dieu; à moins que Marcion, au lieu de connaître par la voie du Maître ses Ecritures où tout est perverti, n'ait connu le Maître par la voie des Ecritures.

    Cela établi, je continue. Le Christ renverse le sabbat, dites-vous! Il ne fait que marcher sur les traces du Créateur. En effet, quand il lit porter pendant sept jours l'arche d'alliance autour des remparts assiégés de Jéricho, il viola aussi le sabbat, comme le pensent ceux qui attribuent au Christ la même infraction, ignorant que ni le Christ, ni le Créateur, n'ont manqué à la loi du sabbat...
    [...]

    Il est appelé "le maître du sabbat" parce qu'il le défendait comme sa propriété. L'eût-il anéanti? il en avait le droit. Connais-tu un plus légitime seigneur que le fondateur d'une institution? Mais tout maître qu'il était, il le respecta, afin de prouver que le Créateur ne l'avait pas détruit en faisant porter l'arche d'alliance autour de Jéricho. Encore une fois, c'était une œuvre divine recommandée par Dieu lui-même, et destinée à préserver les |185 âmes de ses serviteurs contre les hasards de la guerre.

    Qu'il ait témoigné quelque part son aversion pour les sabbats, d'accord. Mais ce mot, vos sabbats, indiquait suffisamment qu'il ne s'agissait point de ses propres sabbats, mais des sabbats de l'homme, célébrés sans la crainte de Dieu par un peuple chargé de prévarications, "qui n'aimait Dieu que du bout des lèvres, et non du fond du cœur." Telles n'étaient point ses solennités à lui, solennités d'accord avec sa loi, "légitimes, pleines de délices", et inviolables, comme il le déclare par le même prophète.

    Ainsi le Christ n'a pas profane le sabbat. Il en a conservé la loi, et quand il soutenait d'un peu de nourriture la vie de ses disciples qui avaient faim, et quand il rétablissait la main séchée du malade, répétant par ses actions non moins que par ses paroles : "Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l'accomplir." Marcion ne lui a pas fermé la bouche par ce mol. Il a réellement accompli la loi, en interprétant l'esprit de la loi, en éclairant les hommes sur la nature de ses prohibitions, en exécutant ce qu'elle permet, en consacrant par sa bienfaisance un jour déjà sanctifié par la bénédiction du Père dès l'origine du monde. Il répandait dans ce jour les grâces divines que son ennemi n'eût pas manqué d'accorder à des jours différents, de peur de relever l'excellence du sabbat du Créateur, et de restituer à cette solennité les œuvres qu'elle réclamait. Si c'est également à pareil jour que le prophète Elisée rendit à la vie le fils de la Sunamite, tu reconnais donc, ô Pharisien, et toi aussi, Marcion, que le Créateur exerçait anciennement la bienfaisance, délivrait une ame et la sauvait de la mort le jour du sabbat. Ainsi mon Christ n'a rien fait de nouveau, rien que d'après l'exemple, la douceur, la compassion et la prédiction du Créateur; car il accomplit encore ici une prophétie qui regardait une guérison spéciale : "Mains tremblantes, vous vous êtes fortifiées, comme tout à l'heure les genoux débiles" du paralytique. »

    Tertullien (v.155- † après 220), Contre Marcion, Livre IV (XII), in "Oeuvres de Tertulien" Tome I, Trad. Eugène-Antoine de Genoude, Paris, Louis Vivès, 1852 (Seconde Edition).

    Source : Oeuvres de Tertullien.