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  • Méditation : « Dieu est plus grand que notre coeur » (1Jn 3,20)

    « Combien vous [Dieu] êtes bon envers les pécheurs, et que votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n'est capable de l'épuiser, que nulle rechute, quelque honteuse et criminelle qu'elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je vous ai gravement offensé, ô mon aimable Rédempteur ; mais ce serait encore pis, si je vous faisais cet horrible outrage de penser que vous n'êtes pas assez bon pour me pardonner. [...] Quand je serais retombé cent fois et que mes crimes seraient cent fois plus horribles qu'ils ne le sont, j'espérerais encore en vous. »
    St Claude la Colombière, Lettre 96, in Gérard Dufour, "A l'école du Cœur de Jésus", Éditions de l'Emmanuel, Paris, 1992.

    « Il n'y a pas de misère qui puisse se mesurer à ma miséricorde, ni de misère qui puisse en venir à bout puisqu'au moment de se communiquer - ma miséricorde s'amplifie. L'âme qui fait confiance à ma miséricorde est la plus heureuse car je prends moi-même soin d'elle. »
    Jésus à Ste Faustine, in "Petit Journal" n° 1273, Parole et Dialogue, Paris, 2002 (deuxième édition).

    « Ayez une grande confiance en Dieu et ne vous défiez jamais de sa miséricorde qui surpasse infiniment toutes nos misères. Jetez-vous souvent entre ses bras ou dans son divin Cœur. »
    Ste Marguerite-Marie, « Avis particuliers » n° 22, in "Vie et Œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque" Tome II, éd. Saint-Paul, Paris, 1990-1991.

    Toutes citations in Joël Guibert, "Rendre amour pour amour - Une spiritualité du Cœur de Jésus" (Deuxième partie, I), Pierre Téqui, Paris, 2015.

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  • Méditation : Magnificat anima mea Dominum

    « Magnificat anima mea Dominum - Mon âme magnifie le Seigneur.

    Que veut dire cette parole ? Qu'est-ce que magnifier Dieu ? Peut-on magnifier celui dont la grandeur et la magnificence sont immenses, infinies et incompréhensibles ? Nullement cela est impossible, et impossible à Dieu même, qui ne peut pas se faire plus grand qu'il est. Nous ne pouvons pas magnifier, c'est-à-dire faire Dieu plus grand en lui-même, puisque ses divines perfections étant infinies ne peuvent recevoir aucun accroissement en elles-mêmes ; mais nous le pouvons magnifier en nous. Toute âme sainte, dit saint Augustin (1), peut concevoir le Verbe éternel en soi-même, par le moyen de la foi ; elle peut l'enfanter dans les autres âmes par la prédication de la divine parole ; et elle peut le magnifier en l'aimant véritablement, afin qu'elle puisse dire : Mon âme magnifie le Seigneur. Magnifier le Seigneur, dit le même saint Augustin, c'est adorer, louer, exalter sa grandeur immense, sa majesté suprême, ses excellences et perfections infinies.

    Nous pouvons magnifier Dieu en plusieurs manières. 1. Par nos pensées, ayant une très haute idée et une très grande estime de Dieu et de toutes les choses de Dieu. 2. Par nos affections, en aimant Dieu de tout notre cœur et par-dessus toutes choses. 3. Par nos paroles, en parlant toujours de Dieu et de toutes les choses qui le regardent avec un très profond respect, et en adorant et exaltant sa puissance infinie, sa sagesse incompréhensible, sa bonté immense et ses autres perfections. 4. Par nos actions, en les faisant toujours pour la seule gloire de Dieu. 5. En pratiquant ce que le Saint-Esprit nous enseigne en ces paroles : Humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam, quoniam magna potentia Dei solius, et ab humilibus honoratur (2) : « Humiliez-vous en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu, d'autant que la grande et souveraine puissance n'appartient qu'à lui seul, et il est honoré par les humbles. » 6. En portant les croix que Dieu nous envoie, de grand cœur pour l'amour de lui. Car il n'y a rien qui l'honore davantage que les souffrances, puisque notre Sauveur n'a pas trouvé de moyen plus excellent pour glorifier son Père, que les tourments et la mort de la croix. Enfin magnifier Dieu, c'est le préférer et l'exalter par-dessus toutes choses, par nos pensées, par nos affections, par nos actions, par nos humiliations et par nos mortifications.

    Ô Vierge sainte... vous avez toujours magnifié Dieu très hautement et très parfaitement, depuis le premier moment de votre vie jusqu'au dernier. Vous l'avez toujours magnifié très excellemment, par toutes vos pensées, par toutes vos affections, par toutes vos paroles, par toutes vos actions, par votre très profonde humilité, par toutes vos souffrances, par la pratique en souverain degré de toutes les vertus, et par le très saint usage que vous avez fait de toutes les puissances de votre âme et de tous vos sens intérieurs et extérieurs. Enfin vous seule l'avez glorifié plus dignement et magnifié plus hautement que toutes les créatures ensemble. »

    1. « Quaecumque anima sancta Verbum concipere potest credendo, parere praedicando, magnificare amando, ut dicat: Magnificat anima mea Dominum » Serm. de Assumpt.
    2. Eccli. III, 20. 21.

    St Jean Eudes (1601-1680), Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu, Livre X, Chap. III, Explication du premier verset: Magnificat anima mea Dominum, in "Œuvres complètes", Tome VIII, Beauchesnes et Cie, éditeurs, 1908.
    St Jean Eudes sur le web : Œuvres complètes de saint Jean Eudes numérisées par l'Abbé Jean-Rémi Côté, c.j.m.

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  • Méditation : les désirs, sources d'inquiétude

    « Quiconque désire souvent et avec ardeur quelque chose hors de lui, est toujours inquiet, parce qu'il trouve toujours quelque obstacle à l'accomplissement de ses désirs.
    [...]
    Cette méchante habitude cause à l'âme une maladie dangereuse, qui est une inquiétude continuelle, et une espèce de faim qu'on ne saurait rassasier. L'âme a dans soi un feu dévorant, qui demande de la matière pour s'entretenir, et cette matière est quelque bien ou sensible, ou spirituel. Les biens sensibles s'offrent à elle avec des charmes puissants, auxquels il est difficile de résister. Le penchant de la nature la porte de ce côté-là, et dès l'enfance elle s'y est toujours laissée attirer. Les biens que la foi propose sont invisibles, ils ne tombent point sous les sens, et ce n'est qu'à force de méditations qu'on en acquiert quelque connaissance ; mais enfin la foi les découvre au travers d'un nuage, Dieu se fait sentir à l'âme, et il y porte avec lui la tranquillité. Que s'il s'en retire, et qu'elle ne sente plus sa présence, elle court incontinent après des objets créés, et alors son inquiétude recommence, suivant ce que dit saint Augustin, que notre cœur est toujours dans l'agitation jusqu'à ce qu'il se repose en Dieu, et qu'il n'y a point par conséquent de paix pour lui hors de Dieu.
    C'est une illusion fort commune parmi ceux qui veulent vivre contents, que d'aller chercher partout des occasions de se divertir et de se réjouir : car l'expérience fait assez voir que les joies du monde, à mesure qu'elles croissent, augmentent plutôt qu'elles ne diminuent la soif qu'on en a. Les philosophes même enseignent qu'il ne faut pas accumuler les richesses, mais retrancher les désirs immodérés. La grande maxime des Saints est de ne rien désirer, mais d'avoir pour toutes choses une telle indifférence, qu'on ne veuille que ce que Dieu veut, et qu'on le veuille par le motif de l'amour ; et qu'encore que l'amour ne soit pas accompagné d'une tendresse sensible, on ne laisse pas d'en faire des actes, et de s'y exciter par la foi. Qui suit la lumière de la foi, trouvera la paix. Il faut essayer de s'unir à Dieu, en se conformant entièrement à sa volonté : car par cette union, qui fait sur la terre toute la joie des âmes saintes, on commence à le sentir et à le goûter. »

    J.-J. Surin s.j., Les fondements de la vie spirituelle - Tiré du Livre de l'Imitation de Jésus-Christ (Livre IV, Chap. IV), Nouvelle édition revue et corrigée par le P. Brignon, A Paris, Chez la Veuve Le Mercier, 1737.

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  • Méditation : Marie cause de notre Joie par Jésus

    « Eve avait plongé toute la race humaine dans la tristesse en la privant de Dieu. Marie lui rend la joie en lui rendant Dieu. « Quod Eva tristis abstulit, tu reddis almo germine. »

    Elle a fait plus que nous redonner Dieu, elle nous a donné, si l'on ose ainsi s'exprimer, un Dieu bien plus aimable que celui qu'Eve nous avait fait perdre ; car le Dieu qu'elle nous a donné, c'est le Dieu incarné. Sans doute Dieu est aimable d'une amabilité infinie et donc non susceptible d'accroissement ; mais il est tel en lui-même et aux yeux des bienheureux ; il ne l'est pas à nos yeux, parce que nos yeux ne peuvent le voir. Pour nous révéler son infinie amabilité, l'invisible s'est fait visible. Aussi, dans la préface de Noël, l'Eglise rend-elle grâce au Père « de ce que, par le mystère du Dieu incarné, une nouvelle lumière de sa gloire a brillé devant les yeux de notre esprit ; afin que, apprenant à connaître Dieu d'une manière visible, nous soyons transportés par lui à l'amour des choses invisibles : ut dum visibiliter Deum cognoscimus, per hunc in invisibilium amorem rapiamur. » Le Dieu incarné, c'est plus que le Dieu créateur, maître et législateur, qu'avaient connu Adam et Eve : c'est un Dieu semblable à nous, notre ami, notre frère, un Dieu qui a un corps et une âme comme nous, qui a travaillé et souffert comme nous et plus que nous, un Dieu qui peut parfaitement sympathiser avec nous parce qu'il est tel que nous en toutes choses, hormis le péché.
    Mais celle qui l'a fait si aimable, c'est Marie. C'est parce que Fils de Marie que le Fils de Dieu obtient si facilement notre confiance et notre amour. Sans doute, le Fils de Dieu eût pu créer son humanité comme il a créé celle du premier homme, et même ainsi il se serait rapproché de nous. Mais certainement nous nous sentirions moins à l'aise avec lui, nous n'éprouverions pas autant de joie en sa présence qu'en le sachant Fils de Marie. Car c'est grâce à Marie qu'il est vraiment de notre race ; c'est grâce à elle aussi, Mère incomparablement aimable de qui il tient toute son humanité, que nous tombons si facilement sous le charme de son amabilité. Ainsi le Fils de Dieu nous donne plus de joie parce qu'il est Fils de Marie. »

    Emile Neubert, Marie cause de notre Joie par Jésus, in "Notre-Dame de Toute Joie", Les Cahiers de la Vierge N°4, Éditions du Cerf, Juvisy, Juillet 1934.

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  • Méditation - 1er Vendredi du mois, dédié au Sacré-Coeur

    « O Jésus, tu nous aimes tant, que c'est folie de nous aimer comme tu nous aimes. Tu nous aimes de toute ta chair et de tout ton être, tu es charité sans mesure. Tu nous demandes de n'avoir qu'un cœur avec notre prochain, quel qu'il soit, parce que tu considères chacun, surtout les plus petits, comme une portion de toi-même. Membre de ton corps, nous devons aimer notre prochain du même cœur et du même amour que nous aimons Dieu. Seigneur, donne-moi de me donner complètement, inlassablement, pour que, en vérité, j'aime comme tu aimes, que je regarde l'autre comme sorti du Cœur de Dieu. »

    St Jean Eudes (1601-1680).

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  • Méditation : Sentiments de reconnaisance envers Dieu

    Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi
    Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens dont il m'a comblé. (Ps. 115)

    « Jusqu'à présent, Seigneur mon Dieu, je vous ai fait bien des visites intéressées, toujours pour demander vos grâces et solliciter vos faveurs ; il est bien juste que je vous fasse aujourd'hui une visite uniquement inspirée et animée par les sentiments de ma reconnaissance pour tous vos bienfaits. Mais que pourrai-je vous dire et que pourrai-je faire pour vous marquer mon juste retour ? Hélas, mon Dieu ! telle est ma misère et mon indigence, qu'il faut que vous me donniez vous-même ce que je dois vous offrir, sans quoi je n'aurais rien à vous présenter.
    Je ne puis vous marquer ma reconnaissance pour vos dons, que par vos dons mêmes. Quoi qu'il en soit, mon Dieu, je viens vous offrir l'hommage de toute la reconnaissance dont je suis capable, en m'écriant avec le Prophète :
    - Benedic anima mea Domino (Ps. 102)
    Mon âme, bénis le Seigneur ton Dieu, et que tout ce qui est en moi célèbre à jamais son saint Nom. Mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais les biens dont il t'a comblée. C'est lui qui n'a cessé de t'être propice, malgré tes iniquités ; c'est lui qui guérit toutes les plaies dont t'avait couvert le péché ; c'est lui qui t'a souvent retiré des dangers et des portes de la mort ; c'est lui qui continue à te couronner des dons de sa miséricorde et de sa grâce. C'est lui enfin qui, sans attendre tes demandes, prévient tes désirs et va au-devant de tes vœux.
    Jamais, mon Dieu, jamais la grandeur de ma reconnaissance ne pourra égaler la grandeur de vos bienfaits ; du moins je vous offrirai celle de tous les sentiments de mon cœur. Une reconnaissance sincère, qui vienne du fond du cœur, et qui en soit l'expression ; une reconnaissance vive, proportionnée, autant que je le pourrai, à la magnificence de vos dons ; une reconnaissance constante, qui durera autant que ma vie, et qui, comme je l'espère, se perpétuera dans l'éternité. Recevez, mon Dieu, ces sentiments, et ajoutez cette grâce à toutes celles dont vous n'avez cessé de me combler depuis que je suis au monde. »

    Abbé Barthélemi Baudrand, L'âme intérieure, ou conduite spirituelle dans les voies de Dieu, L'Ame seule avec Dieu seul (XVIe. Jour), Rouen, Chez Labbey, 1792.

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  • Méditation : Louer Dieu en toutes circonstances

    « C'est la charité qui discerne les enfants de Dieu d'avec les enfants du démon (1). Celui qui ne sert point Dieu avec cet esprit d'adoption des enfants du Père céleste, dont parle saint Paul ; qui n'a pas dans le cœur ce respect filial que le Père céleste mérite à si juste titre ; qui n'est attaché qu'à lui-même et aux biens terrestres, ne saurait être disposé à louer Dieu dans l'adversité comme dans la prospérité. Lorsque Dieu l'afflige, il se laisse emporter à la défiance et aux murmures. La marque d'un véritable enfant de Dieu, c'est de lui être attaché dans toutes les circonstances de la vie, c'est de se confier en lui, c'est d'espérer en lui contre l'espérance même, dans une pleine conviction qu'il ordonne de tout, non seulement avec sagesse, mais avec bonté et pour notre plus grand bien, c'est de dire hautement avec David : Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche (2), aussi bien dans les maux qu'au milieu des plus grands biens, parce que le Seigneur qui m'a donné est le même qui m'ôte aujourd'hui (3), et que pour cela il ne laisse pas d'être toujours également digne d'être béni et aimé. Car si nous avons reçu les biens de sa main, pourquoi n'en recevrons-nous pas les maux ? (4) Mon Dieu, mettez dans mon cœur ces sentiments, et qu'ils soient à vos yeux la preuve de mon amour pour vous ! »

    1. S. Aug. - 2. Ps 33, 2. - 3. Job 1, 21. - 4. Job 2, 10.

    Méditations sur les Mystères de la Foi et sur les Épitres et Évangiles (LVIe Méditation pour le samedi, Huitième semaine après la Pentecôte), par un Solitaire de Sept-Fonts, Nouvelle édition revue et corrigée par M. L. Berthon, Tome II, H. Oudin, Paris / Poitiers, 1902.

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  • Méditation : la Présence divine

    « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » (Gn 28, 16)
    « Je suis le Dieu-Puissant ; marche en ma présence et sois parfait. » (Gn 17, 1)

    « O mon Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, qui pénétrez et remplissez tous les cœurs par votre présence infinie, qui nous portez dans votre sein, qui nous couvrez sans cesse de votre protection, comme une poule couvre ses petits de ses ailes ; Essence adorable, Etre incompréhensible, en qui et par qui je subsiste, qui êtes mon centre et mon unique appui, que j'ai été aveugle de vivre si longtemps sans presque penser à vous, quoique vivant et agissant sans cesse en la présence de votre divine majesté ! Vous étiez, Seigneur, dans tous les lieux où j'étais, vous entendiez toutes mes paroles, vous étiez le témoin de toutes mes actions, vous voyiez même et pénétriez mes plus secrètes pensées et je n'y faisais aucune réflexion. Je marchais, je parlais, j'agissais et je faisais toutes ces choses sans penser à vous, sans respect et sans amour pour vous, comme si j'avais oublié que vous m'avez donné une âme qui peut jouir de vous en secret, à toute heure, en tous lieux, en toutes les occasions, quand elle est fidèle à se retirer souvent au fond d'elle-même, et à ne prêter aux occupations du dehors que l'attention qu'elle ne peut leur refuser. O mon Dieu ! quel bonheur pour une âme d'être toujours en vous, et que ce bonheur est peu connu de la plupart des hommes, parce qu'ils sont tellement occupés des créatures, qu'elles leur ôtent la liberté de penser à vous. Je veux, ô mon aimable Créateur, vous rendre désormais ce qui vous appartient, et m'appliquer sérieusement à la pratique de ce saint exercice de votre divine présence. Je veux renoncer à cette vie extérieure, sensuelle et charnelle, pour vivre de la vie de la foi, de cette vie intérieure, surnaturelle et toute divine, que votre cher Fils est venu communiquer aux hommes. Je vous demande cette grâce, par les mérites de ce même Fils, pour moi et pour tous ceux qui se serviront de ces pratiques ; afin que par ce moyen nous puissions ici-bas être remplis de votre divin Esprit et de vos grâces, et un jour vous glorifier en Lui et par Lui dans le ciel. »

    Père Alphonse de la Mère des Douleurs (1842-1927), Carme déchaussé, Pratique journalière de l'oraison et de la contemplation divine d'après la méthode de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix, Tome quatrième (Mercredi de la huitième semaine après la Pentecôte), Desclée, De Brouwer, Lille - Paris - Bruges, 1916.

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  • Méditation : Toujours prier avant d'agir

    « Se représenter saint Vincent de Paul entouré de pauvres et d'enfants, portant en ses bras un petit nouveau-né, l'enveloppant et le pressant sur son sein avec une tendresse de mère.

    Dilatez mon cœur, mon Dieu, dans votre amour et dans l'amour du prochain. Heureux l'homme qui compatit aux maux de ses frères et qui les soulage : il ne sera pas ébranlé dans l'éternité. (Ps CXI, 5, 6)

    Je me plains de n'avoir ni forces, ni temps, ni ressources pour les œuvres de zèle et de bienfaisance : est-ce que je prie ? est-ce que je puise dans la vie intérieure et l'oraison la charité qui ne connaît pas de frontières ? cette charité qui crie au fond de moi-même : "Fais du bien toujours, du bien partout, du bien à tous. Donne ce qui t'appartient, donne ce que tu ne dois pas ; on t'a pris, donne encore, couvre l'injure par le bienfait... ainsi le veut l'amour. Donne pour obéir à Dieu et secourir le besoin de l'homme ; que l'universalité dans le bien soit ton rêve et ton ambition." (Père Félix) - J'entendrai ce langage de l'Esprit-Saint à l'âme chrétienne, je m'identifierai avec Lui dans la prière ; Il nourrit, Il alimente le zèle, Il rend vif et ardent. Plus on aime Dieu dans l'oraison, plus on aime le prochain dans l'action. »

    Jésus-Christ médité et contemplé tous les jours de l'année, T. IV, Saint Vincent de Paul (Préludes et 1er Point), Imp. de la Société St-Augustin, Desclée, De Brouwer et Cie, Lille, 1888.

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  • Méditation : Une bonne confession

    « Quand j'ai dit mes péchés et que j'écoute attentivement les admirables leçons, les réconfortantes paroles et les religieux encouragements que Jésus me fait par son fidèle ministre, quand surtout il prononce d'une voix que je sens très émue : dans un instant Jésus va se donner à vous, Jésus va être tout à vous et vous serez vous-même toute à lui, il est le grand ami qui va vous consoler, vous combler de ses grâces, vous montrer son amour et sa tendresse infinie ; recueillez-vous, mon enfant, et faites du plus profond de votre cœur votre acte de contrition, pendant que je vais vous donner l'absolution... tout mon être palpite d'émotion que je puis à peine contenir. Je voudrais pleurer abondamment, mais Jésus ne me laisse pas toujours le bienfait des larmes à ce moment-là. Dans son amour il préfère, je crois, que je pleure seule avec lui. Je dis aussi tout bas à mon Dieu : pardonnez-moi mon Dieu, ô mon Père plein de miséricorde pour votre enfant ; pardonnez-moi, ô Jésus, je me repens de toute mon âme de vous avoir contristé, vous qui êtes la bonté même, vous qui n'êtes que tendresse envers moi, petit grain de sable. Ah ! je vous promets, ô Bonté suprême, que je ne retomberai plus, que je ne vous offenserai plus... mais je vous supplie humblement d'aider ma faiblesse. »

    Vénérable Marthe Robin (1902-1981), 18 août 1930, in "Journal Décembre 1929 - Novembre 1932", Les Cahiers de Marthe Robin, Éditions Foyer de Charité, Châteauneuf-de-Galaure, 2013.

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    Acte de contrition

    « Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et que le péché vous déplaît.
    Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence. »

  • Méditation : Oraison et silence

    « Dans l'oraison il y a plus à écouter qu'à parler : c'est à nous d'écouter le Fils de Dieu, et non de parler ; nous ne sommes pas dignes de parler devant lui ; laissons à Dieu le choix du discours, sans nous mettre en peine d'en chercher nous-mêmes. Dieu ne parle au cœur que dans le recueillement...
    Vous êtes à l'oraison, Dieu ne vous donne rien : ne sauriez-vous faire autre chose, adorez-le, adorez sa présence, ses voies, ses opérations ; il n'est pas besoin pour cela de grandes pensées, vous l'adorez mieux par le silence que par le discours... Tournez-vous vers la Sainte Vierge, ou quelques Saints ; priez-les de faire oraison pour vous, ou de vous donner part à celles qu'ils font continuellement au ciel... Quand vous ne feriez autre chose que de demeurer en la présence de Dieu et consumer devant lui votre vie, comme un cierge qui se consume devant le Saint-Sacrement, ne seriez-vous pas bienheureuse ? »

    Ste Jeanne de Chantal, Œuvres, t. III ; Cf. A. Saudreau, "L'oraison d'après sainte Jeanne de Chantal", Éditions de la Vie Spirituelle, Saint-Maximin, 1925.

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  • Méditation : La liturgie est faite pour Dieu

    « Après le concile [Vatican II], la Constitution sur la liturgie ne fut pas comprise à partir du primat fondamental de l'adoration, de l'agenouillement humble de l’Église devant la grandeur de Dieu, mais plutôt comme un livre de recettes... Nous avons vu toutes sortes de créateurs ou d'animateurs qui cherchaient davantage à trouver des astuces pour présenter la liturgie de manière attrayante, plus communicative, en impliquant toujours plus de gens, mais en oubliant que la liturgie est faite pour Dieu. Si Dieu devient le grand absent, toutes les dérives sont possibles, des plus banales aux plus abjectes.

    Benoît XVI a souvent rappelé que la liturgie ne saurait être une œuvre de créativité personnelle. Si nous faisons la liturgie pour nous-mêmes, elle s'éloigne du divin ; elle devient un jeu théâtral ridicule, vulgaire et ennuyeux. Nous aboutissons à des liturgies qui ressemblent à des opérettes, à une fête dominicale pour se divertir ou se réjouir ensemble après une semaine de travail et de soucis de toutes sortes. Dès lors, les fidèles repartent chez eux, après la célébration eucharistique, sans avoir rencontré personnellement Dieu ni l'avoir écouté au plus intime de leur cœur. Il manque ce face-à-face contemplatif et silencieux avec Dieu qui nous transforme et nous redonne des énergies qui permettent de le révéler à un monde de plus en plus indifférent aux questions spirituelles. Le cœur du mystère eucharistique est la célébration de la Passion, de la mort tragique du Christ et de sa Résurrection ; si ce mystère est noyé dans de longues cérémonies bruyantes et chamarrées, le pire est à craindre. Certaines messes sont tellement agitées qu'elles ne sont pas différentes d'une kermesse populaire. Il nous faut redécouvrir que l'essence de la liturgie restera éternellement marquée par le souci de la recherche filiale de Dieu. »

    Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien - Entretien sur la foi (ch. IV), Fayard, 2015.

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  • Méditation : "Faites tout par amour, dans l'amour et pour l'amour"

    « La loi de l'âme est de suivre l'impulsion de l'amour qui porte à la fois à donner et à recevoir. Il s'accomplit un échange vital dans un acte vivant : Dieu se communique à l'âme et celle-ci se donne à son Dieu. « Donnez au Christ tout ce que vous êtes... en retour il vous donnera tout ce qu'Il est » (1).
    La parole de Sainte Marguerite-Marie Alacoque (2) tend à se réaliser : « Faites tout par amour, dans l'amour et pour l'amour ; car c'est l'amour qui donne le prix à tout. L'amour ne veut point d'un coeur partagé ; il veut tout ou rien. Rendez donc amour pour amour, et n'oubliez jamais Celui que l'amour a fait mourir pour vous ».
    Alors la vie se simplifie ; les actions les plus ordinaires sont sanctifiées, on dépasse tout ce qui est éphémère, on s'affranchit de soi-même, on demeure en l'immensité de l'amour.
    Vous nous aimez, Seigneur, pour ce qui nous manque ; votre infinie Grandeur vous fait sentir notre insuffisance, notre misère. Notre faiblesse avive votre amour. Vous voulez nous grandir, nous faire monter jusqu'à Vous, nous donner la Vie dont Vous jouissez. Oh ! Regardez ma bassesse, mon appel est sincère, ardent, humble. Donnez-moi votre grâce. Ajoutez à mon effort d'amour votre Amour pour que l'union devienne toujours plus grande. »

    1. Johannes van Ruysbroeck, Le miroir du Salut éternel, ch. I. - 2. Lettre 33.

    Dom Idesbald van Houtryve (1886-1964), La vie dans la paix, Tome II (Livre 14, ch. 5), Abbaye du Mont César, Louvain, 1944.

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  • Prière à la Très Sainte Trinité

    « Toi, éternelle Trinité, tu es comme un océan profond : plus j'y cherche et plus je te trouve ; plus je trouve et plus je te cherche. Tu rassasies insatiablement notre âme car, dans ton abîme, tu rassasies l'âme de telle sorte qu'elle demeure indigente et affamée, parce qu'elle continue à souhaiter et à désirer te voir dans ta lumière (Ps 35,10), ô lumière, éternelle Trinité...

    J'ai goûté et j'ai vu avec la lumière de mon intelligence et dans ta lumière, éternelle Trinité, à la fois l'immensité de ton abîme et la beauté de ta créature. Alors, j'ai vu qu'en me revêtant de toi, je deviendrais ton image (Gn 1,27), parce que tu me donnes, Père éternel, quelque chose de ta puissance et de ta sagesse. Cette sagesse est l'attribut de ton Fils unique. Quant au Saint Esprit, qui procède de toi, Père, et de ton Fils, il m'a donné la volonté qui me rend capable d'aimer. Car toi, éternelle Trinité, tu es le Créateur, et moi la créature ; aussi ai-je connu, éclairée par toi, dans la nouvelle création que tu as faite de moi par le sang de ton Fils unique, que tu as été saisie d'amour pour la beauté de ta créature. »

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Les Dialogues 167 (Trad. Bréviaire).

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    Luca Rossetti da Orta (1708–1770), La Sainte Trinité, fresque, église San Gaudenzio à Ivrea (Torino)

  • Méditation : la Très Sainte Trinité

    St Grégoire de Nazianze, chantre de la Trinité
     
    « J’ai, pour ma part, longuement réfléchi en moi-même, en m’appliquant avec toute ma curiosité, et en envisageant la question sous toutes ses faces, pour chercher une image du si grand mystère de la Trinité ; et je n’ai pu découvrir à quelle réalité d’ici-bas l’on peut comparer la nature divine. Ai-je trouvé quelque ressemblance partielle ? Je sens qu’aussitôt la plus grande partie m’échappe, et l’exemple choisi me laisse en dessous de ce que j’en attendais.

    Comme d’autres l’ont fait, je me suis représenté une source, un ruisseau et un fleuve. Et j’ai cherché une analogie entre le Père et la source, entre le Fils et le ruisseau, entre l’Esprit-Saint et le fleuve. Voici, en effet, des choses qui ne sont pas divisées par le temps, ni séparées l’une de l’autre, puisqu’elles sont en relation de continuité ; et pourtant elles semblent se distinguer en quelque sorte par leurs trois propriétés. Mais j’ai craint d’abord de présenter par cet exemple je ne sais quel écoulement de la divinité, qui en exclurait la stabilité. J’ai craint aussi qu’on ne se représentât une personne unique, car la source, le ruisseau et le fleuve sont une seule et même chose qui revêt des formes diverses.

    J’ai songé alors au soleil, au rayon et à la lumière. Mais cette comparaison n’est pas non plus sans danger si l’on prend cet exemple du soleil et de ses propriétés, on risque d’imaginer je ne sais quelle composition dans la nature simple. On peut être tenté aussi d’attribuer toute la substance au Père, et de croire que les autres Personnes n’en sont que des accidents ; qu’ils sont des puissances qui existent en Dieu, mais qui ne subsistent pas par elles-mêmes. Car le rayon et la lumière ne sont pas d’autres soleils, mais des émanations du soleil. Enfin, cet exemple a le défaut de nous donner à penser que Dieu peut exister ou ne pas exister, ce qui est encore plus absurde que tout le reste.

    En somme, je ne trouve aucune image qui me donne pleine satisfaction pour illustrer le concept de la Trinité ; il faudrait que l’on ait assez de sagesse pour n’emprunter à l’exemple choisi que certains traits, et rejeter tout le reste. Aussi ais-je fini par me dire que le mieux était d’abandonner les images et les ombres qui sont trompeuses et qui demeurent très loin de la vérité. Je préfère m’attacher aux pensées les plus conformes à la piété, me contenter de peu de mots et prendre pour guide l’Esprit, de façon à garder jusqu’à la fin la lumière reçue de lui. Il est mon compagnon véritable, mon ami, et je traverse cette vie en persuadant aux autres, autant que je le puis, d’adorer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, une seule Divinité et une seule Puissance, à qui sont toute gloire, tout honneur, tout pouvoir, dans les siècles des siècles. Amen. »

    St Grégoire de Nazianze, 5ème Discours théologique (31-33). P.G. 36, col. 169-172.
    Cf. Grégoire de Nazianze, Discours 27-31 (Discours théologiques), Emmanuel Vitte, 1942 et SC n° 250, Ed. du Cerf, 1978 (Traduction de Paul Gallay).
    NB : ce sont ces cinq discours sur la Trinité qui ont valu à St Grégoire le surnom de « Théologien »

    « Le géant sur les épaules duquel nous voulons nous jucher aujourd’hui est saint Grégoire de Nazianze, l’horizon que nous voulons scruter, avec lui, est la Trinité. Il est l’auteur de ce glorieux tableau qui montre le déploiement de la révélation de la Trinité dans l’histoire et la pédagogie de Dieu qui s’y révèle. L’Ancien Testament, écrit, proclame ouvertement l’existence du Père et se met à annoncer, de manière voilée, celle du Fils ; le Nouveau Testament proclame ouvertement le Fils et se met à révéler la divinité de l’Esprit Saint ; maintenant, dans l’Eglise, l’Esprit nous accorde distinctement sa manifestation et l’on confesse la gloire de la bienheureuse Trinité. Dieu a dosé sa manifestation, l’adaptant aux époques et à la capacité de réception des hommes.

    Cette triple répartition n’a rien à voir avec la thèse attribuée à Joachim de Flore, des trois époques distinctes : celle du Père, dans l’Ancien Testament, celle du Fils dans le Nouveau et celle de l’Esprit dans l’Eglise. La différentiation de saint Grégoire entre dans l’ordre de la manifestation, non de l’ « être » ou de l’ « agir » des Trois Personnes, lesquels sont présents et œuvrent ensemble tout le temps.

    Grégoire de Nazianze a apporté des clarifications au dogme de la Trinité et c’est à cela précisément qu’il doit son titre de « théologien » (ho Theologos) véhiculé par la tradition. Son mérite est d’avoir donné à l’orthodoxie trinitaire sa formulation parfaite, avec des phrases destinées à devenir patrimoine commun de la théologie. Ce que le symbole pseudo-athanasien « Quicumque », composé un siècle plus tard environ, doit à Grégoire de Nazianze, n’est pas des moindres. »

    P. Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale, deuxième prédication de Carême, vendredi 16 mars 2012.

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  • Méditation : Père, Fils, et Saint-Esprit

    « Dieu notre Père céleste est la source inépuisable de grâce, il a créé le ciel et la terre et toutes choses, et il a voulu que son Fils unique prit notre nature pour, après nous avoir délivrés du péché, nous amener avec lui dans sa gloire.
    Et lui-même, le Seigneur Jésus, notre éternel et tout-puissant ami, nous a servis par sa mort ; et il doit nous octroyer ses mérites, si avec lui nous sommes bons et miséricordieux.
    Sa vie, ses paroles, ses actes nous sont enseignés, pour que nous les suivions et les imitions, sans inconstance ni mobilité d'esprit.
    Sa vie sensible fut innocence, faim, soif, chaleur, froidure, misère et douleur ; mais sa vie intérieure fut sagesse, qui voit distinctement toute vérité ; et de même fidélité, amour, débordante charité. Sa vie contemplative était d'une suprême élévation, pour la louange et la gloire de son père, pour son amour et son honneur éternel. Sa vie souffrante fut soumise non seulement à la volonté du Père, mais aussi aux mains des ennemis, avec une infinie patience, prête à vivre et à mourir dans une parfaite résignation. Sa vie parfaite fut une libre résignation de soi aux mains de son Père, jusqu'à la mort.
    Il nous a donné aussi ses tourments, les effusions de son sang, sa nourriture et son breuvage, du vinaigre mêlé de fiel, toutes choses supportées patiemment, dans une humble soumission, jusqu'à la mort.
    Après son ascension, en vertu de sa charité véritable, il nous a laissé sa chair vitale et son sang sacré ; et de la sorte nous pouvons nous nourrir et nous désaltérer, et garder son souvenir avec un goût pénétrant.
    Il nous donne en outre son âme glorieuse, pleine de grâce et d'honneur, qui peut nous combler de ses dons et de ses bienfaits.
    Il nous lègue aussi, soit son esprit créé qui nous a mérité la vie éternelle, soit son esprit incréé qui est un seul Dieu avec lui-même et son Père céleste, qui pénètre et inonde tout notre être intérieur de sa céleste suavité ; et ceux qui le servent, goûtent l'éternelle béatitude.
    Il nous a donné tout son être et toute sa puissance. Mais ce qui fait qu'il est Dieu et homme en une seule personne, il ne peut en vérité le communiquer à personne ; car cette excellence, cette majesté, cette dignité demeurent à lui seul ; et il n'y a qu'un seul Christ qui est Dieu et homme en deux natures, que nous devons aimer éternellement, et auquel nous devons sans fin rendre grâce et louange. »

    D. Jean Rusbroch (ou de Ruysbroeck), De la vraie contemplation (volume 3, ch. LXXVIII), Paris, R. Chamonal, 1913.

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  • Méditation : la docilité à la conduite du Saint-Esprit

    « Les principaux moyens d'arriver à cette direction du Saint-Esprit sont les suivants :

    1) Obéir fidèlement aux volontés de Dieu, que nous connaissons déjà ; il y en a plusieurs que nous ne connaissons pas, car nous sommes tout pleins d'ignorance. Mais Dieu ne nous demandera compte que des connaissances qu'il nous aura données ; faisons-en un bon usage ; il nous en donnera de nouvelles. Accomplissons ce qu'il nous a déjà fait connaître de ses desseins, et il nous manifestera ensuite les autres.

    2) Renouveler souvent le bon propos de suivre en toutes choses la volonté de Dieu, et nous affermir en cette résolution autant qu'il est possible.

    3) Demander sans cesse cette lumière et cette force du Saint-Esprit pour accomplir les volontés de Dieu, nous lier au Saint-Esprit et nous tenir attachés à lui, comme saint Paul qui disait aux prêtres d'Ephèse : Etant lié par le Saint-Esprit, je m'en vais à Jérusalem ; surtout au changement des actions les plus importantes, demander à Dieu la lumière du Saint-Esprit et lui protester sincèrement que nous ne désirons autre chose que de faire sa volonté. Après quoi, s'il ne nous donne point de nouvelles lumières, nous ferons [comme] auparavant, ce que nous avons accoutumé de faire et ce qui nous semblera pour lors le meilleur.
    C'est pour cela qu'au commencement des grandes affaires, comme à l'ouverture des parlements, des assemblées du clergé, des conciles, on demande l'assistance du Saint-Esprit par des messes votives qu'on dit en son honneur.

    4) Remarquer exactement les divers mouvements de notre âme. Par cette diligence, nous viendrons peu à peu à reconnaître ce qui est de Dieu et ce qui n'en est pas. Ce qui vient de Dieu dans une âme soumise à la grâce est ordinairement paisible et tranquille. Ce qui vient du démon est violent et porte avec soi le trouble et l'anxiété. »

    Louis Lallemant s.j. (1587-1635), La doctrine spirituelle, Lecoffre-Gabalda, Paris, 1921.

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  • Méditation : Prière ou charité

    « Comment prétendre aimer mon frère « comme Dieu l'aime », « pour l'amour de Dieu », si je ne sais pas ce qu'implique cet amour, s'il ne s'agit que de mots, très beaux peut-être, mais sans plus, si je n'ai pas pris conscience de ce que cela voulait dire pour moi que l'amour d'un Dieu ? On n'aime pas et on n'est pas aimé par procuration. Tel est le secret de la présence nécessaire de la prière à toute charité. Pour aimer vraiment, il me faut découvrir comment je suis aimé. Aimer comme Dieu aime, cela suppose qu'on a été atteint par cet amour, qu'on en a ressenti l'attrait, l'attaque, la blessure.

    Alors savoir comment je suis aimé, et aimer, ne feront plus qu'un seul mouvement. Le deuxième commandement est « semblable » au premier. Il nous faut bien être persuadés que, sans prière, nous ne vivons que des caricatures d'amour et de charité ; sans cette perpétuelle présence en nous, au moins en nostalgie, de l'origine divine de la vraie charité fraternelle, nous ne savons pas vraiment aimer.

    Ainsi la prière d'une double façon me découvrira comment le Christ, comment Dieu nous a aimés. Tout d'abord par la méditation de l’Écriture : « si tu savais le don de Dieu » ; ce n'est jamais fini de le savoir ; et deuxièmement en m'entretenant dans le rappel vivant de ce que Dieu a fait pour moi. Me souvenir de Dieu, mais d'un souvenir présent ; c'est cela la prière. Ne soyons pas dans l'illusion : avoir la patience, la douceur, la volonté d'accueillir et d'écouter que suppose la vraie charité, c'est impossible si jour après jour nous ne découvrons pas la patience, la longanimité, la tendresse de Dieu à notre égard. « Comme je vous ai aimés ». Alors oui, sans que nous en découvrions bien les étapes, mais peu à peu, et au moins dans notre désir, l'autre nous tiendra au cœur comme il tient au cœur de Dieu. Sachant ce que cela veut dire « Dieu aime », nous pourrons découvrir ce qui dans le monde est de Dieu - et que le cœur de mon frère est né comme le mien du même amour du Père ; c'est pour cela que nous aimons les autres du même amour dont nous sommes aimés de Dieu et dont nous aimons Dieu. Sans vraie prière, sans prière constante, il n'y aura que parodie de charité, et alors souvent l'incroyant risquera de valoir plus que nous. »

    Bernard Bro, Prière ou charité, in "Cahiers de l'Oraison" n°20, Août-Septembre 1959.

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    (Crédit photo)

  • Méditation : De la volonté de Dieu

    « Seigneur, vous avez dit, en entrant dans ce monde : « Je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté (1) » ; et ailleurs : « Je suis descendu du ciel non point pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé (2). Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé (3) ». - Ô mon Dieu, tel doit être le cri de toute créature raisonnable ; tous nous sommes descendus du ciel, car le ciel est notre commune origine ; mais nous sommes descendus pour exécuter la volonté de notre Père durant ce pèlerinage, et retourner nous perdre en Lui : telle est notre vocation, telle est notre gloire et notre brillante destinée, remigrandum unde descendimus, dit saint Ambroise (4). - Tous nous devons donc nous écrier : Ô notre Père, que ce soit votre volonté et non pas la nôtre qui s'accomplisse ; car notre volonté est mobile, changeante, capricieuse, inintelligente de nos véritables intérêts. Que ce soit donc votre volonté qui se réalise entièrement et qu'elle règle d'une manière absolue notre vie tout entière, mais la volonté du Père tendre, dévoué, plein de bienveillance et d'amour, voluntas Dei bona et beneplacens et perfecta (5). Et si notre vie, nos pensées, nos désirs, nos volontés particulières présentaient quelques obstacles à cette fusion totale en votre volonté première, ô Seigneur, brisez tous ces obstacles, enlevez tous ces empêchements ; et comme vous ne voulez user en nous et sur nous que de droits librement acceptés, nous vous demandons en ce moment tout droit, toute autorité, tout pouvoir. Faites en nous tout ce que vous voudrez, mais seulement souvenez-vous toujours que vous êtes le meilleur des Pères, et que jamais personne n'a été et ne doit être Père comme vous. »

    1. Hb 10, 9. - 2. Jn 5, 38 - 3. Jn 5, 30. - 4. De excess. fratris, 1. 2, n° 33, t. III, p. 1324, éd. Migne. - 5. Rm 12, 2.

    Mgr Landriot (1816-1874), Instructions sur l'Oraison dominicale (Troisième Instruction, II, 5), Paris, Victor Palmé, 1873.

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  • Méditation : Confiance en la Providence

    « D'où vient que tant de gens entreprennent des bonnes œuvres sans aucun succès ? C'est qu'ils les entreprennent avec peu de foi ; c'est qu'ils ne renoncent point à eux-mêmes dans ces entreprises ; c'est qu'ils se regardent toujours eux-mêmes par quelque endroit, et qu'ils ne veulent point préférer en tout l'intérêt de l'ouvrage, qui est celui de Dieu, à leurs inclinations mal réglées, à leur humeur inquiète, à la faiblesse de leur cœur qui cherche de vaines consolations, à des amitiés indiscrètes qu'il faudrait retrancher, à une jalousie d'autorité et de considération qui gâte les meilleures choses ; en un mot, c'est qu'on veut toujours servir Dieu avec sûreté pour soi-même, qu'on ne veut rien hasarder pour sa gloire, et qu'on se croirait malheureux si on s'exposait à quelque mécompte pour l'amour de lui. Ce n'est pas qu'il ne soit permis de prendre modérément de justes mesures pour la conduite des bonnes œuvres ; mais, en vérité, il y a bien loin entre ne vouloir pas tenter Dieu, et l'irriter par une injurieuse défiance de sa bonté. Peut-on attendre de ces âmes craintives et mercenaires la générosité et la force qui est nécessaire pour soutenir les desseins de Dieu ? Quand on ne s'abandonne point à la Providence, on est indigne d'en être l'instrument. »

    Abbé Noël Courbon (+ 1710), Entretiens spirituels sur divers sujets de piété (I. De la vraie et solide piété, première partie), Nouvelle édition, Casterman, Tournai (Paris, P.-M. Laroche & Leipzig, L.A. Kittler), 1867.

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