02 septembre 2014

Méditation : prier pour Dieu seul

« Dans ta prière, il te faut sans cesse passer d'une dégustation de ton moi à une contemplation aimante du Toi de Dieu. Le mouvement vers Dieu ne peut être qu'une sortie de toi, pour aller vers le Dieu Tout Autre. Rien n'est moins subjectif que la véritable expérience de prière, si tu sais la dégager des expressions maladroites dans lesquelles elle se livre souvent.

La vraie prière commence au moment où tu pénètres dans l'objectivité de Dieu, où tu t'effaces devant l'objet de ton amour. Tu es tendu vers lui de toutes les forces de ton être. Surtout, ne prête pas trop vite l'oreille à ceux qui disent que le service des autres est la forme la plus haute et la plus pure de la prière. Tu sais bien qu'on peut se rechercher éperdument dans des besognes soi-disant plus réalistes et plus altruistes. La prière te donnera de vérifier si c'est bien Jésus-Christ que tu sers, dans les événements et les frères. Le jour où tu prieras pour Dieu seul, tu n'auras plus de difficulté à aimer les autres pour eux-mêmes. »

Jean Lafrance, Prie ton Père dans le secret (IV, XVIII), Abbaye Ste-Scholastique, Dourgne, 1978.

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30 août 2014

Méditation : Marie, "paradis de Dieu"

« Il n'y a point et il n'y aura jamais créature où Dieu soit plus grand, hors de lui-même et en lui-même, que dans la divine Marie, sans exception ni des bienheureux, ni des chérubins, ni des plus hauts séraphins, dans le paradis même...

Marie est le paradis de Dieu et son monde ineffable, où le Fils de Dieu est entré pour y opérer des merveilles, pour le garder et s'y complaire. Il a fait un monde pour l'homme voyageur, c'est celui-ci ; il a fait un monde pour l'homme bienheureux et c'est le paradis ; mais il en a fait un autre pour lui, auquel il a donné le nom de Marie ; monde inconnu presque à tous les mortels ici-bas et incompréhensible à tous les anges et bienheureux, là-haut dans le ciel, qui, dans l'admiration de voir Dieu si relevé et si reculé d'eux tous, si séparé et si caché dans son monde, la divine Marie, s'écrient jour et nuit : Saint, Saint, Saint. (Is 6, 3)

Qu'on ne s'imagine donc pas, avec quelques faux illuminés, que Marie, étant créature, elle soit un empêchement à l'union au Créateur : ce n'est plus Marie qui vit, c'est Jésus-Christ seul, c'est Dieu seul qui vit en elle. Sa transformation en Dieu surpasse plus celle de saint Paul et des autres saints, que le ciel ne surpasse la terre en élévation.

Marie n'est faite que pour Dieu, et tant s'en faut qu'elle arrête une âme à elle-même, qu'au contraire elle la jette en Dieu et l'unit à lui avec d'autant plus de perfection que l'âme s'unit davantage à elle. Marie est l'écho admirable de Dieu, qui ne répond que : Dieu, lorsqu'on lui crie : Marie, qui ne glorifie que Dieu, lorsque, avec sainte Elizabeth, on l'appelle bienheureuse. »

St Louis-Marie Grignion de Montfort, Le secret de Marie (19 & 21), in "Œuvres complètes", Éditions du Seuil, Paris, 1966.

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William-Adolphe Bouguereau (1825-1905), La Vierge avec des Anges
Musée du Petit-Palais, Paris (Source et crédit photo)

28 août 2014

Méditation avec St Augustin : apprendre l'humilité pour connaître le vrai bonheur

« "Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi" (Mt 11,29) non pas à construire l'univers, ni à créer les choses visibles et invisibles, ni à faire des miracles dans ce monde et à ressusciter des morts, mais "apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur" (Mt 11,29). Vous voulez devenir grand ? Commencez par vous faire petit. Vous songez à construire un édifice d'une grande hauteur ? Songez d'abord au fondement qu'est l'humilité. Celui qui se propose d'élever un édifice massif creuse d'autant plus les fondations que la bâtisse sera plus considérable. Quand on construit l'édifice, on s'élève en hauteur ; on s'abaisse au contraire en creusant les fondations. L'édifice s'abaisse donc avant de s'élever, et son abaissement doit précéder le faîte de son élévation. Quel est le faîte de l'édifice que nous entreprenons de construire ? Jusqu'où doit s'élever le sommet de cet édifice ? Je le dis tout de suite : jusqu'à la vue de Dieu. Vous voyez quel but élevé, quelle fin sublime : voir Dieu. Celui qui désire ce bonheur comprendra ce que je dis et ce qu'il entend. Ce qui nous est promis, c'est la vue de Dieu, du Dieu suprême. Le vrai bonheur, en effet, c'est de voir le Dieu qui nous voit. »

St Augustin, Sermon 69, 1, 2, in "Textes ascétiques des Pères de l’Église", pp.266-267.

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Gravure de Gustave Doré, La divine Comédie, Le paradis (Chant XXXI)

27 août 2014

Méditation : détachement et renoncement pour l'union avec Dieu

« Ô toi, qui t'obstines à poursuivre ta course décevante à travers les choses de ce monde, toi qui te laisses captiver par la duperie des apparences, comprends que la vraie vie n'est pas là. Au fond de tout ce que tu poursuis avec tant d'ardeur, tu ne trouveras que vanité et inquiétude. Ton cœur se trouvera vide au moment où tu le croiras rempli. C'est un axiome évident à quiconque a quelqu'expérience des voies de Dieu que pour arriver à l'union parfaite avec le Souverain Bien, il faut ne tenir à rien.

Si parfois on en vient à se détacher sincèrement des choses extérieures, peu se persuadent qu'un renoncement plus total et plus profond est nécessaire : le « abneget semetipsum » reste le plus souvent une vérité théorique. On se complaît dans sa personne, dans les dons de la nature ou de la grâce ; on veut se faire apprécier ; on s'aigrit quand on se croit « incompris ».

Vouloir que nos œuvres et nos vertus soient rendues publiques, parler et juger de tout, s'inquiéter de ce qui ne nous regarde pas ; laisser vagabonder l'imagination ; s'agiter fiévreusement ; être versatile et changeant ; se justifier de tout défaut, de tout reproche ; tout cela est un grand obstacle à l'union intime avec Dieu et recherche orgueilleuse de soi. Souviens-toi que c'est presque toujours après une série d'humiliations, de déceptions fort pénibles que l'union avec Dieu se réalise pleinement. »

Dom Idesbald van Houtryve (1886-1964), La vie dans la paix, Tome II (Livre XIV, ch.II, III), Éditions de l'Abbaye du Mont César, Louvain (Belgique), 1944.

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Marie Madeleine pénitente, par Guy François (vers 1620/30), Musée du Louvre
(Source et crédit photo)

26 août 2014

Méditation : "Refuser la croix, c'est refuser le ciel"

« N'oublions pas que nous devons travailler ici-bas à acquérir deux choses : la vertu pour nous et le bonheur des autres ; être bon et saint, et rendre heureux autour de nous.

Recevoir la croix, c'est recevoir Jésus Notre-Seigneur, qui ne donne jamais sa croix sans donner son amour. Refuser la croix, c'est refuser le ciel. La douleur fut le pain quotidien de la vie mortelle de Jésus et de Marie. C'est de vous, ô ma Mère, comme de votre divin Fils, que j'ai appris l'art divin de souffrir. Faites, Jésus, que tout en moi exhale le divin parfum de la piété, de la bonté, de la charité dans votre amour.

Ah ! si les malheureux savaient mieux souffrir ! Si les heureux savaient mieux aimer, une aurore de bonté et d'union régnerait dans le monde, et la paix promise aux âmes de bonne volonté rayonnerait dans toutes les âmes.

O Père ! notre Père ! vous qui êtes le Bon Dieu, que nous sommes loin de cette vérité !

Dans toute condition, dans chaque état, pour tous, il y a chaque jour une croix à porter, au moins une ; mais un jour sans croix serait un jour sans mérite, un jour sans croix serait un jour qui ne serait pas pour le ciel.

Chaque matin, baisons avec amour notre crucifix en promettant à Jésus de porter patiemment, généreusement ce jour, la croix de ce jour.

Seigneur, ayez pitié de nous, de moi aussi, pauvre pécheresse, ayez pitié, mon Dieu ! »

Marthe Robin, in "Journal - Décembre 1929 Novembre 1932", 2ème Cahier, 3 janvier 1931, Éditions Foyers de Charité, Châteauneuf-de-Galaure, 2012.

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25 août 2014

Communiqué : Pour les Chrétiens d'Orient, osons fêter la Saint-Louis

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Communiqué du Secrétariat Particulier de Monseigneur le duc d'Anjou
Pour les Chrétiens d'Orient, osons fêter la Saint-Louis

25 août fête de Saint Louis. En cette année de commémoration de la naissance du grand roi né en 1214, elle ne peut passer inaperçue ni nous laisser indifférent car l'image du roi nous ramène immanquablement à la Terre Sainte qui a tenu une grande place dans sa vie de souverain, de souverain chrétien. Or huit siècles après, cette terre se trouve toujours en guerre avec son lot de victimes et de drames vécus au quotidien par une des plus vieilles populations chrétiennes de la terre. Nous assistons à une véritable persécution qu'il faut dénoncer comme crime contre l'humanité. Les Chrétiens d'Irak qui étaient 1,5 millions il y a une trentaine d'années sont moins de 400 000. Le combat est celui, une nouvelle fois de David contre Goliath, des petits contre les géants. Mais les géants de nos jours sont armés puissamment et non moins puissamment fanatisés. Les moyens de résister sont faibles. Pourtant ne faut-il pas tout faire pour que ces Chrétiens demeurent sur leur terre ? Ils y vivent depuis toujours, depuis le début de l'ère chrétienne, c'est-à-dire bien avant que l'Islam n'y soit venu.

Saint Louis le saint de la justice, du bien commun et de la famille, est aussi celui d'un dialogue méditerranéen. S'il est plus que connu en France où les cérémonies organisées à l'occasion du 8ème centenaire de sa naissance et de son baptême sont nombreuses, il l'est aussi de la Tunisie à l'Egypte en passant par Chypre et il est encore largement honoré au Liban.

Saint Louis, le premier, accorda la protection de la France aux peuples chrétiens d'Orient. Depuis, de François 1er à Napoléon III tous les souverains honorèrent cette promesse. La République n'y fut pas insensible même si parfois sa position manque de vigueur. Toutefois la voix de la France n'est plus aussi forte qu'auparavant et beaucoup de « bruits de fond » empêchent qu'elle soit bien audible. Ces peuples martyrs manquent de protecteurs.

Pourtant la situation des Chrétiens d'Orient demande à ce que l'on parle en leur nom. Le Pape François l'a fait fermement et courageusement il y a quelques jours. Plusieurs évêques et cardinaux français sont partis sur le terrain et ont montré par l'exemple et la prière que les chrétiens d'occident, que les fils de Saint Louis étaient à leur côté. Mais cette présence, ces prières doivent être soutenues et amplifiées. C'est à nous, nations chrétiennes dans un monde plus ou moins préservé, de rappeler qu'il y a des valeurs essentielles avec lesquelles les politiques ne peuvent transiger. Celles de la vie tout d'abord, de la vie respectée de la conception à la mort ; celles, ensuite, d'une société sachant s'élever au-dessus des seuls matérialismes et hédonismes comme vient encore de la rappeler le Pape François à Séoul ; celles, enfin, du respect mutuel entre croyants.

Le message chrétien dont la France a longtemps été le porte-parole est celui de la primauté du droit sur la force. La force du conquérant ne peut rien contre les droits de ceux qui ont toujours été là et qui se sont toujours reconnus comme chrétiens.

Cette présence chrétienne dans le cœur du Moyen-Orient, dans le berceau de la civilisation née en Mésopotamie, est une richesse pour toute l'humanité. Que serait celle-ci si l'uniformité régnait, si l'uniformité de la brutalité régnait ? Le message de Saint-Louis encourage à préserver cette richesse. Lui qui savait pardonner à ses ennemis, et a toujours mis toute son énergie en avant pour que la chrétienté puisse vivre sur la Terre Sainte. C'est la vigueur de sa foi et de ses vertus de chrétien qui ont fait que même prisonnier, ses ennemis l'ont estimé. C'est ainsi qu'il est saint et que huit siècles après il est toujours honoré.

Aîné des descendants de Saint Louis, je lance donc un appel en faveur des chrétiens du Moyen-Orient afin que la paix leur soit donnée, afin qu'ils puissent vivre sur leur terre et continuer à témoigner qu'au-delà de la violence des hommes, il y a place pour la charité, la justice, le droit. C'est cela la paix de Dieu. Le message malgré les siècles demeure. Le Pape François le prêche partout dans le monde. Il appartient à tous les hommes de bonne volonté de le diffuser et de faire vivre ces valeurs en redonnant du sens à leur vie. Pour les Chrétiens d'Orient, face aux persécutions et à l'exil forcé, il y a urgence. Telle est la prière que nous pouvons adresser à Dieu, par l'intercession de Saint-Louis en sa fête le 25 aout.

Louis, duc d'Anjou
Aout 2014

Source : Institut Duc d'Anjou.

Méditation : Saint Louis, Roi de France

La reine Blanche, mère de saint Louis, avait coutume de lui dire : « Mon fils, je vous aime tendrement, et plus qu'aucune créature au monde ; et cependant j'aimerais mieux mille fois vous voir mort que de vous voir commettre un seul péché mortel ». Ces paroles firent une impression si profonde sur le cœur de ce jeune prince, qu'il les eut toute sa vie présentes à l'esprit.

« Fidèle aux leçons de la reine Blanche, sa mère, qui lui avait dit : "Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que de vous voir commettre un seul péché mortel", saint Louis ne se laissa ni amollir par les délices de la cour, ni séduire par les amorces de la volupté. Dieu seul était tout pour lui ; il ne respirait que son service et sa gloire, la défense de la foi, l'abolition du vice, le triomphe de la vertu, le salut de son peuple ; et, pour atteindre ce but, il priait le jour, il priait la nuit, récitant le bréviaire et entendant deux messes chaque jour avec la ferveur du plus parfait religieux. Il était mortifié comme un anachorète ; jeûnait tous les vendredis, portait habituellement le cilice, se meurtrissait le corps avec une discipline de fer. Il était zélé comme un apôtre, prenait tous les moyens de convertir les pécheurs, chassait les comédiens, menaçait de peines sévères les blasphémateurs, encourageait tous les ordres religieux voués à la prédication de l’Évangile, ne négligeait aucun moyen de faire connaître, aimer et servir Dieu ; et travaillait tous les jours à s'avancer lui-même dans la vie parfaite, recueilli au milieu de la dissipation du monde, mortifié parmi les délices, humble au faîte des grandeurs. Se peut-il un plus beau modèle ? Attachons-nous dès aujourd'hui à nous en approcher par le recueillement, la mortification et l'humilité. »

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome III, 25 août, Saint Louis, Roi de France), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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Saint Louis, roi de France, remettant la régence à sa mère Blanche de Castille
par Joseph-Marie Vien (1716-1809)

(Source et crédit photo)

24 août 2014

Méditation : pour bien communier...

« Commencez le soir précédent à vous préparer à la sainte Communion par plusieurs aspirations et élancements d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure afin de pouvoir aussi lever plus matin. Que si la nuit vous vous réveillez, remplissez soudain votre cœur et votre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles votre âme soit parfumée pour recevoir l’Époux, lequel, veillant pendant que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et faveurs, si de votre part vous êtes disposée à les recevoir. Le matin levez-vous avec grande joie, pour le bonheur que vous espérez, et vous étant confessée, allez avec grande confiance, mais aussi avec grande humilité, prendre cette viande céleste qui vous nourrit à l'immortalité. Et après que vous aurez dit les paroles sacrées : Seigneur, je ne suis pas digne (*), ne remuez plus votre tête ni vos lèvres, soit pour prier soit pour soupirer, mais ouvrant doucement et médiocrement votre bouche, et élevant votre tête autant qu'il faut pour donner commodité au prêtre de voir ce qu'il fait, recevez pleine de foi, d'espérance et de charité Celui lequel, auquel, par lequel et pour lequel vous croyez, espérez et aimez. Ô Philothée, imaginez-vous que comme l'abeille ayant recueilli sur les fleurs la rosée du ciel et le suc plus exquis de la terre, et l'ayant réduit en miel, le porte dans sa ruche, ainsi le prêtre ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vrai Fils de Dieu, qui comme une rosée est descendu du Ciel, et vrai Fils de la Vierge, qui comme fleur est sorti de la terre de notre humanité, il le met en viande de suavité dedans votre bouche et dedans votre corps. L'ayant reçu, excitez votre cœur à venir faire hommage à ce Roi de salut ; traitez avec lui de vos affaires intérieures, considérez-le dedans vous, où il s'est mis pour votre bonheur ; enfin, faites-lui tout l'accueil qu'il vous sera possible, et comportez-vous en sorte que l'on connaisse en toutes vos actions que Dieu est avec vous. »

(*) Mt VIII, 8.

St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Seconde partie, ch. XXI), in "Œuvres", nrf-Gallimard, 1969.

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Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588) : Jésus et le centurion
(Musée National du Prado, Madrid)

18 août 2014

Méditation : l'humilité devant Dieu

« L'être humble est celui qui sait ce que c'est qu'une créature et une créature pécheresse, parce qu'il sait ce que c'est qu'un Dieu créateur et un Dieu saint. Alors, rejetant les illusions passionnées et les flatteuses apparences qui nous trompent, il s'abîme et il adore ; il se regarde et ne trouve en lui, sous la lumière rayonnante et pure, que matière à abaissement.
Quand je m'attribue quelque chose de bon, cela signifie que ce quelque chose est à moi, et que je suis bon, moi, alors que notre Maître a dit : « Un seul est bon : Dieu », alors que tout vient de Dieu et appartient à Dieu.
...
Nous grandir devant Dieu a le caractère d'une profanation et d'un blasphème. Nous grandir devant le prochain et quêter ses louanges, c'est tromper et désirer qu'on se trompe, et c'est encore, indirectement, voler Dieu. « Dieu n'aime tant l'humilité, dit saint Vincent de Paul, que parce qu'il aime le vrai, étant la Vérité même. »
...
On ne peut être humble que si l'on se compare à quelque chose de grand : on ne peut être humble autant qu'il le faut, humble au plein sens du mot, que si l'on se compare à la grandeur absolue, à l'Infini même. Et c'est alors qu'on est dans la vérité. »

P. A. D. Sertillanges O.P. (1863-1948), Devoirs (XI), Fernand Aubier, Éditions Montaigne, Paris, 1936.

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Moïse et le buisson ardent
Gravure de Schnorr von Carosfeld, extraite de La Bible en images, 1851-60.

15 août 2014

Méditation : l'Assomption de la Très Sainte Vierge Marie

« Aujourd’hui la Vierge immaculée, qui n’a connu aucune des affections terrestres, mais s’est nourrie des pensées du ciel, n’est pas retournée à la terre ; comme elle était un ciel vivant, elle est placée dans les tabernacles célestes. Qui donc en effet manquerait à la vérité en l’appelant un ciel ; à moins peut-être de la dire, en comprenant bien ce qu’on entend par là, qu’elle est supérieure aux cieux par ses incomparables privilèges... Aujourd’hui le trésor de la vie, l’abîme de la grâce, nous est caché par une mort vivifiante ; sans crainte, elle la voit s’approcher, elle qui a engendré celui qui l’a détruite si toutefois il est permis d’appeler mort ce départ lumineux de vie et de sainteté. Car celle qui a donné la vraie vie au monde, comment eût-elle pu être soumise à la mort ? Mais elle a obéi à la loi imposée par celui qu’elle a engendré, et comme fille du vieil Adam, elle subit la sentence prononcée contre le père. Son Fils, qui est la vie même, ne l’a pas refusée, il est juste qu’il en soit de même pour la mère du Dieu vivant.

Si le corps saint et incorruptible que Dieu, en elle, avait uni à sa personne, est ressuscité du tombeau le troisième jour, il était juste que sa mère, elle aussi, fût arrachée à la tombe et rejoignît son Fils ; et que, de même qu’il était descendu vers elle, elle fût emportée dans un tabernacle plus haut et plus précieux, le ciel lui-même ; il importait, dis-je, que celle qui avait donné asile en son sein à Dieu le Verbe, fût placée dans les divins tabernacles de son Fils ; et, de même que le Seigneur avait dit qu’il voulait être en compagnie de ceux qui appartenaient à son père, de même convenait-il que la Mère demeurât au palais de son Fils, dans la demeure du Seigneur, et les parvis de la maison de notre Dieu. Car si là est la demeure de tous ceux qui sont dans la joie, où donc eût été la cause de leur joie ? Il fallait que le corps de celle qui, dans l’enfantement, avait gardé une virginité sans tache, fût aussi conservé peu après la mort. Il fallait que l’épouse choisie par Dieu habitât la demeure du ciel. Il fallait que celle qui avait contemplé son Fils en croix et qui avait eu le cœur traversé par le glaive qui l’avait épargnée dans son enfantement, le contemplât lui-même siégeant à côté du Père. Il fallait enfin que la Mère de Dieu possédât tout ce que possédait son Fils et fût honorée de toutes les créatures. »

St Jean Damascène (v.675-749), Homélie II sur la Dormition de la B.V.M., P.G. 99 (Trad. Mlle Mestivier).

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Tiziano Vecellio dit le Titien (v.1488-1576) : L'Assomption de la Vierge (détail)
Église Santa Maria Gloriosa dei Frari (Venise)

(Source, crédit photo, détails et commentaires)

« Aujourd'hui la Vierge Marie monte, glorieuse, dans le ciel. Elle met le comble à la joie des anges et des saints. C'est elle, en effet, dont la simple parole de salutation a fait exulter l'enfant encore enfermé dans le sein maternel (Lc 1,44). Quelle a dû être l'exultation des anges et des saints, lorsqu'ils ont pu entendre sa voix, voir son visage, et jouir de sa présence bénie ! Et pour nous, frères bien-aimés, quelle fête dans son Assomption glorieuse, quelle cause d'allégresse et quelle source de joie aujourd'hui ! La présence de Marie illumine le monde entier, tellement le ciel resplendit, irradié par l'éclat de la Vierge toute sainte. C'est donc à bon droit que résonne dans les cieux l'action de grâce et la louange.

Mais nous, dans la mesure où le ciel exulte de la présence de Marie, n'est-il pas raisonnable que notre monde d'ici-bas pleure son absence ? Mais non, ne nous plaignons pas, car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente (He 13,14) ; nous cherchons celle où la Vierge Marie est parvenue aujourd'hui. Si nous sommes déjà inscrits au nombre des habitants de cette cité, il convient aujourd'hui de nous souvenir d'elle, de partager sa joie, de participer à cette allégresse qui réjouit aujourd'hui la cité de Dieu ; elle retombe aujourd'hui en rosée sur notre terre. Oui, elle nous a précédés, notre reine, elle nous a précédés et elle a été reçue avec tant de gloire que nous pouvons, nous ses humbles serviteurs, suivre notre souveraine en toute confiance en criant [avec l'Épouse du Cantique des Cantiques] : « Entraîne-nous à ta suite. Nous courrons à l'odeur de tes parfums ! » (Ct 1,3-4 LXX) Voyageurs sur la terre, nous avons envoyé en avant notre avocate, mère de miséricorde, pour plaider efficacement notre salut. »

St Bernard (1091-1153), 1er sermon pour l'Assomption (trad. Pain de Cîteaux 32, p. 63 rev.)

13 août 2014

Méditation : Marie consolatrice

« L'Esprit Saint veut nous conduire à la liberté spirituelle des enfants de Dieu. Car "là où est l'Esprit, là est la liberté" (2 Co 3,17). Il nous faut donc sortir de nos mensonges, car seule la Vérité peut nous rendre libre. Mais toute vérité n'est pas supportable à tout moment. La délicatesse maternelle de Marie joue un rôle irremplaçable à cet égard. Toute mère pour son enfant a l'expérience du psychologue le plus expérimenté, parce qu'elle l'aime. Que dire de Marie dans la manière dont elle nous aide à reconnaître les blessures qui sont en nous ? Car il ne suffit pas de faire venir à la lumière. Une blessure est enveloppée la plupart du temps dans un bandage d'amertume, de peur, de rancune, voire de colère rentrée, de refus de pardon, qui alimentent une souffrance latente, mais qui devient très vive si on y touche maladroitement. Dans ces circonstances, Marie suggère les situations cachées, secrètes, parfois très anciennes dans le temps, en les oignant de sa douceur et de sa miséricorde. Sa main qui soigne la blessure, l'effleure à peine. Elle est la consolatrice qui nous obtient la Consolation de l'Esprit Saint et rend possible l'accueil de la vérité. Elle nous fait comprendre aussi que cette blessure inavouable peut devenir notre richesse. Le Seigneur la transforme en une blessure d'Amour qui est un trait de notre visage et nous ouvre à la miséricorde envers les autres. Avec Marie, nous découvrons que nos difficultés, nos blessures et nos infirmités sont des chances données par Dieu pour accomplir notre vocation de fils et de filles de Dieu et nous rendre plus humble dans la mission apostolique. »

Père Raymond Halter (1925-1998), Le disciple la prit chez lui (extrait de la Postface), F.X. de Guibert (O.E.I.L.), Paris, 1992.

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La Vierge consolatrice, de Sébastien Cornu (1859)
Église Saint-Roch, Chapelle de la Compassion (Paris)

(Source et crédit photo)

11 août 2014

Méditation avec Ste Claire

« "Place ton esprit devant le miroir d'éternité (1), laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, unis-toi de cœur à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine, et, grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité."
Troisième Lettre de Claire à Agnès, 12-13

En pédagogue, Claire enseigne le chemin de la metanoïa, c'est-à-dire de la métamorphose.

A force de contempler le Christ, avec le regard mais aussi avec le cœur, l'esprit et l'âme, on devient Lui ! Il y a infusion, transfusion, du Regardé au regardant (2). Se soumettre aux rayons de la divinité, c'est en être irradié. [...]

Avec Claire, l'être humain devient icône. Chaque visage d'homme peut devenir icône pour les hommes. Il y a là quelque chose de la mystique orthodoxe, et c'est magnifique. Magnifique et si vrai ! Car certains visages sont effectivement sur terre des icônes de Dieu, des visages illuminés de l'intérieur, porteurs du mystère de Dieu et de la joie christique.

L'être peut être, nous redit Claire, divinisé, car « divinisable ». En fait, existe déjà sur terre la possibilité de la Transfiguration (3). Et l'être transfiguré transfigure tout. Le temps terrestre et le quotidien de la vie.

Devenir icône pour les autres est notre responsabilité devant Dieu.

Nous avons le devoir de refléter Jésus Christ.

"Dieu nous a destinées à être des modèles et des miroirs, mais aussi pour chacune de nos sœurs, afin qu'elles soient à leur tout des modèles et des miroirs pour ceux qui vivent dans le monde."

écrit Claire dans son Testament.

La vocation humaine, et particulièrement la vocation religieuse, ont le devoir et la gloire de témoigner sur terre de l'existence magnifique du Dieu de l'Amour. »

(1) Le "miroir d'éternité" désigne le Christ Jésus. "Qui me voit, Philippe, voit le Père" (Jn 14,8)
(2) Cf. la prière de St Alphonse Marie de Liguori proposée le 1er août.
(3) Lire le "dialogue avec Motovilov" de St Séraphim de Sarov.


Isabelle Prêtre, Claire d'Assise ou la joie d'exister (Le miroir), Médiaspaul Éditions, Paris, 1999.

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