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Pères de l'Eglise

  • Regarde l'Etoile - Prière à Marie de St Bernard de Clairvaux

  • Méditation - Jeûne, pénitence et changement de vie

    « Suffit-il du jeûne et des signes extérieurs de la pénitence ? Non, non, mais il faut changer de vie. En voulez-vous une preuve. Écoutez ce que dit le Prophète. Après avoir parlé de la colère de Dieu et du jeûne des Ninivites, il nous apprend que Dieu leur pardonna, et nous en dit le motif. Dieu vit leurs œuvres (Jon. 111, 10), dit-il. Et quelles œuvres ? Leurs jeûnes ? Leurs habits de pénitence ? Rien de tout cela ; il n'en est pas même fait mention. Tous, dit le Prophète, abandonnèrent leurs voies perverses, et le Seigneur se repentit de les avoir menacés de si grandes calamités. Vous le voyez, ce n'est pas le jeûne qui les arrache au danger ; c'est le changement de vie qui apaise le Seigneur et le leur rend favorable. Si je vous dis ces choses, ce n'est point pour vous faire mépriser le jeûne, mais bien pour vous porter à l'estimer davantage. Ce qui relève le jeûne, ce n'est pas l'abstinence de nourriture, mais la fuite du péché. Ne voir dans le jeûne qu'une privation de nourriture, c'est lui faire outrage. Si vous jeûnez vraiment, montrez-le par vos œuvres ! Quelles seront ces œuvres, me demandez-vous ? Si vous voyez un pauvre, ayez pitié de lui ; si vous voyez votre ennemi, réconciliez-vous avec lui ; si votre ami accomplit une action digne d'éloge, ne lui portez point envie ; si vos yeux aperçoivent une belle femme, ne vous arrêtez point. Ce n'est pas seulement notre bouche qui doit jeûner, mais nos yeux, nos oreilles, nos pieds, nos mains, tous nos membres. Que nos mains jeûnent, c'est-à-dire qu'elles soient pures de toute rapine et de toute avarice. Que nos pieds jeûnent, c'est-à-dire qu'ils s'abstiennent de courir à des spectacles illicites. Que nos yeux jeûnent, c'est-à-dire qu'ils s'habituent à ne jamais lancer de regards immodestes, à ne jamais se fixer avec curiosité sur des objets dangereux. Les yeux vivent de spectacles ; s'ils sont illégitimes et défendus, le jeûne en souffre et le salut de l'âme est en péril : légitimes et permis, ils sont un ornement du jeûne. Ne serait-il pas absurde en effet de se priver d'une nourriture d'ailleurs permise, et de rassasier cependant ses yeux d'un aliment qui leur est interdit ? Vous ne mangez point de viande ? Eh bien ! ne vous nourrissez point d'impureté par vos yeux. Que les oreilles jeûnent aussi ; et leur jeûne consiste à n'écouter ni médisances ni calomnies. Vous ne prêterez point l'oreille aux vains discours (Exod. XXIII, 1), dit la sainte Écriture.

    Que la bouche jeûne, en s'abstenant de toute parole déshonnête et injurieuse. A quoi bon nous priver de la chair des oiseaux et des poissons, si nous déchirons, si nous dévorons nos frères ? Le médisant dévore la chair de son frère, il déchire la chair du prochain. Et c'est pourquoi saint Paul dit cette parole terrible : Si vous vous déchirez et si vous vous dévorez les uns les autres, ne voyez-vous pas que vous allez vous faire mourir les uns les autres (Gal V, 15) ? Vos dents ne se sont point enfoncées dans la chair, mais votre médisance, votre soupçon, s'est enfoncé dans les âmes, vous les avez blessées ; vous les avez accablées de mille maux, la vôtre, celle qui vous écoute et beaucoup d'autres. Celui qui vous entend médire, ne l'avez-vous point rendu pire qu'il n'était ? Pécheur, il péchera plus facilement encore, depuis qu'il a rencontré son pareil ; juste, les péchés d'autrui lui donneront de l'arrogance et de l'orgueil, et il aura de lui-même une haute opinion. Bien plus, c'est l’Église tout entière que vous avez blessée. Ceux qui vous écoutent, ce n'est pas à un seul qu'ils imputent les fautes dont vous parlez, mais à tout le peuple chrétien. »

    St Jean Chrysostome, Troisième Homélie sur les statues (4-5). Œuvres complètes Tome II, Traduites pour la première fois sous la direction de M. Jeannin, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1864.
    (Texte intégral)

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    Le Prophète Jonas et les Ninivites
    (Crédit photo)

  • Méditation sur la Chaire de Saint Pierre

    « Le Bienheureux Pierre, premier entre les Apôtres, et qui aima le Christ véhémentement, eut le bonheur de s'entendre dire : « Et moi je te dis : Tu es Pierre. Car l'apôtre avait déclaré : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Et le Christ répond : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre j'édifierai mon Église » (1) : sur cette pierre, j'édifierai la foi que tu confesses. Sur cette parole que tu as dite, « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », j'édifierai mon Église. Car toi, tu es Pierre.

    Pierre tient son nom de la pierre, et ce n'est pas de Pierre que la pierre tire son nom. Pierre vient de la pierre, se réfère à la pierre, comme le chrétien vient du Christ et se réfère au Christ. Écoute Paul : « Car, frères, je ne veux pas que vous l'ignoriez : nos pères furent tous sous la nuée, tous ils traversèrent la mer, et tous, au temps de Moïse, ils furent baptisés dans la nuée et dans la mer ; et tous ils mangèrent la même nourriture spirituelle, et tous ils burent le même breuvage spirituel : car ils buvaient de la pierre spirituelle qui les accompagnait, et la pierre était le Christ. » (2) Voilà d'où est Pierre.

    Avant sa Passion, le Seigneur Jésus, comme vous le savez, choisit et appela ses disciples, ses Apôtres. Parmi eux, presque partout, Pierre reçoit cette grâce de représenter à lui seul la personne de toute l’Église. A cause de cette personne de toute l’Église, qu'il représentait à lui seul, il eut ce bonheur d'entendre : « A toi je donnerai les clés du royaume des cieux. » (3) Car ces clés, ce n'est pas un seul homme, mais c'est l'unité de l’Église, qui les a reçues. Et nous célébrons la Primauté de Pierre précisément parce qu'il représentait toute l'universalité et l'unité de l’Église quand le Seigneur lui dit : « A toi, je donnerai » ce pouvoir que, de fait, il donna à tous. Et écoutez ce que le Seigneur dit à tous les Apôtres dans un autre passage de l’Évangile : « Recevez l'Esprit-Saint. Si vous remettez les péchés à quelqu'un, ils lui seront remis ; si vous les retenez, ils seront retenus. » (4) Ceci relève du pouvoir des clés, dont il a été dit : « Ce que vous délierez sur la terre sera délié aussi dans le ciel, et ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans le ciel. » (5) Mais pour que tous sachent que Pierre représentait la personne de toute l’Église, comparons ce qui est dit à lui seul et ce qui est dit à tous les fidèles : « Si ton frère a péché contre toi, corrige-le entre toi et lui seul ; s'il t'écoute, tu as gagné ton frère, S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute l'affaire soit établie sur la parole de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas non plus, dis-le à l’Église ; et s'il n'écoute pas même l’Église, qu'il te soit comme un païen et un publicain. Amen je vous le dis : ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » (6) C'est « la colombe » (= l’Église) qui lie, et c'est la colombe qui délie : l’Édifice fondé sur la pierre lie et délie. [...]

    C'est d'abord la force de l’Église qui est célébrée en Pierre, parce qu'il suivit le Seigneur allant à sa Passion ; mais une certaine infirmité de l’Église est aussi mentionnée, car, interrogé par une servante, il renia le Seigneur. Cet Apôtre qui aimait tant le Seigneur, le renia soudain : il se retrouva lui-même, parce qu'il avait trop présumé de lui-même. Il avait déclaré, en effet : « Seigneur, j'irai avec toi jusqu'à la mort ; et s'il faut que je meure, je donne ma vie pour toi. » et le Seigneur répondit à ce présomptueux : « Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité je te le dis : avant le chant du coq, tu m'auras renié trois fois. » (7) Ce que le médecin avait prédit, arriva ; ce que le malade avait présumé, ne pouvait arriver. Mais ensuite ? Voici ce qui est écrit, voici ce que dit l’Évangile : « Le Seigneur le regarda ; et Pierre sortit dehors, et pleura amèrement. » (8) Sortir dehors, cela veut dire ici : confesser sa faute publiquement. Il pleura amèrement, parce qu'il savait aimer. La douceur de l'amour suivit, parce que l'amertume de la douleur avait précédé.

    C'est pour la même et bonne raison qu'après sa Résurrection, le Seigneur a confié ses brebis à Pierre nommément ; car Pierre ne fut pas le seul à paître les brebis du Seigneur : mais quand le Christ parle à un seul, c'est l'unité qui est recommandée, et confiée d'abord à Pierre parce que Pierre a la primauté parmi les Apôtres. « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il répond : « J'aime. » Interrogé une seconde fois, il répond la même chose. Interrogé une troisième fois, il s'attriste : n'a-t-on pas confiance en lui ? Mais comment n'aurait-il pas eu confiance en lui, celui qui voyait son cœur ! Après cet instant de tristesse, Pierre répond : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime. » Sachant tout, tu ne peux pas ignorer cela.

    [...] Ne sois pas triste, ô Apôtre ! Réponds une fois, réponds deux fois, réponds trois fois. Que ta confession soit trois fois victorieuse dans l'amour puisque te présomption a été trois fois vaincue dans la peur. Ce que tu avais lié trois fois doit être délié trois fois. Délie par amour ce que tu avais lié par peur. Et le Seigneur confie ses brebis à Pierre une fois, deux fois, trois fois. »

    1. Mt XVI, 16-18. - 2. I Co X, 1-4. - 3. Mt XVI, 19. - 4. Jn XX, 32, 23. - 5. Mt XVIII, 18. - 6. Mt XVIII, 18. - 7. Mt XXVI, 33-35 et Jn XIII, 37-38. - 8. Lc XXII, 61-62.

    Saint Augustin, Sermon CCXCV, 1-4 (PL 38, 1348 s).
    (Texte intégral)

    St Augustin,sermon,Chaire de Saint Pierre

    (Crédit photo)

  • Jeudi 10 novembre 2016

    St André Avelin, religieux

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    Au nouveau calendrier :
    Mémoire de St Léon le Grand, pape et docteur de l’Église
    (fête le 11 avril au calendrier traditionnel)

    « Soyons sensibles à la beauté du monde, sachons regarder la nature, y lire les leçons du Seigneur. Le temps et son cours admirable, l'espace et tous les éléments nous manifestent l'intelligence de Dieu et exigent nos actions de grâce. Apprenons donc à louer Dieu de tout. Saint Léon nous exhorte à n'être jamais mécontents ; il est des hommes qui, dans le climat, dans l'état des récoltes et en tout ce qui arrive, trouvent matière à se plaindre ; telle n'est pas l'attitude chrétienne. L'âme rachetée garde une constance inaltérable au milieu des vicissitudes des choses, tout ce qui plaît à Dieu lui plaît ; pour elle, la joie de Dieu tempère, par des compensations spirituelles et parfois même temporelles, ce qu'il peut y avoir de pénible dans les intempéries et le cours des saisons. Pour qui est attentif à la gloire de Dieu, soucieux de son honneur, tout s'achève dans l'action de grâces. L'ascèse y dispose l'âme en la purifiant, la vie morale devient un culte. Bénéficiaires de la Rédemption dans l’Église, les chrétiens dignes de ce nom louent Dieu par leur prière et par toute leur vie. »

    Dom Jean Leclercq, extrait de l'Introduction aux Sermons (tome I) de Léon le Grand, Éditions du Cerf, Sources chrétiennes n°22, 1947.

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  • Vendredi 30 septembre 2016

    St Jérôme, prêtre et docteur de l’Église

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    Le Caravage, Saint Jérôme écrivant
    Galerie Borghèse, Rome

    (Crédit photo)

  • Méditation : La Chaire de Saint Pierre

    « Voici, mes frères, une solennité consacrée à l'honneur du Chef des Apôtres, et que nous devons célébrer avec tout l'empressement, toute la ferveur, et toute la joie dont nous sommes capables. Si le jour du martyr de ce grand Apôtre est en si grande vénération par toute la terre, la Fête d'aujourd'hui ne doit pas être moins vénérable à toute l’Église. il fut couronné aux acclamations des Anges, qui chantaient de concert pour honorer son triomphe le jour de son martyr ; mais aujourd'hui il a été élevé sur son Trône Pontifical à la vue d'une foule infinie de fidèles, qui en ont donné de grands témoignages de réjouissance. Son martyr lui a ouvert la porte de la félicité éternelle ; mais aujourd'hui il a été assis sur le premier Siège de l’Église pour notre sanctification : si la mort l'a fait entrer dans la compagnie des Esprits bienheureux, pour recevoir des récompenses éternelles, il a été aujourd'hui fait Pontife du peuple de Dieu, pour nous ouvrir la porte du Ciel. Cette première fête est proprement la Fête des Anges ; celle-ci est la Fête des Fidèles. Mais par la grâce de celui "qui a éteint les inimitiés afin de former en soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples en mettant la paix entre eux" (Eph 2,15), cette solennité réjouit également les Anges, et les hommes.

    Cette Fête, mes frères, nous doit donc être recommandable par un double motif : ainsi il faut que les sentiments intérieurs répondent aux mouvements extérieurs, et que la conformité des cœurs suive le concert des voix ; que les illuminations rendent l’Église toute brillante, et que la conscience soit parée de l'éclat des vertus ; qu'on ôte toutes les ordures des murs, et du pavé de l’Église, et que le Temple intérieur de l'homme soit purgé de toutes sortes de vices, selon cette belle parole de l'Apôtre : "Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un profane le Temple de Dieu, Dieu le perdra ; car le Temple de Dieu est saint, et c'est vous qui êtes ce Temple" (1Co 3,16). Qu'il n'y ait rien de discordant dans la musique, et qu'il n'y ait point de division dans les mœurs. Si les fêtes doivent être accompagnées de solennités, notre esprit a aussi sa dignité ; les unes nous défendent de vaquer aux œuvres serviles ; mais l'autre veut que nous modérions les ardeurs de la concupiscence, et que nous renoncions au commerce des vices ; les unes demandent des ornements extérieurs et sensibles ; l'autre demande les parures de la vertu. »

    St Léon le Grand, Sermon XCVI sur la Chaire de l'Apôtre S. Pierre, in "Sermons de S. Léon Pape surnommé Le Grand", Trad. du R.P. Quesnel, Prêtre de l'Oratoire, A Paris, Chez André Pralard, 1698.

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    Statue de St Pierre à la basilique Saint-Jean-de-Latran

  • Méditation : Pardonnons « du fond du coeur »

    « Le Christ nous demande deux choses : condamner nos péchés, pardonner ceux des autres, faire la première chose à cause de la seconde, qui sera alors plus facile, car celui qui pense à ses péchés sera moins sévère pour son compagnon de misère. Et pardonner non seulement de bouche, mais « du fond du coeur », pour ne pas tourner contre nous-mêmes le fer dont nous croyons percer les autres. Quel mal peut te faire ton ennemi, qui soit comparable à celui que tu te fais toi-même ?… Si tu te laisses aller à l'indignation et à la colère, tu seras blessé non par l'injure qu'il t'a faite, mais par le ressentiment que tu en as.
    Ne dis donc pas : « Il m'a outragé, il m'a calomnié, il m'a fait quantité de misères. » Plus tu dis qu'il t'a fait du mal, plus tu montres qu'il t'a fait du bien, puisqu'il t'a donné occasion de te purifier de tes péchés. Ainsi, plus il t'offense, plus il te met en état d'obtenir de Dieu le pardon de tes fautes. Car si nous le voulons, personne ne pourra nous nuire ; même nos ennemis nous rendent ainsi un grand service… Considère donc combien tu retires d'avantages d'une injure soufferte humblement et avec douceur. »

    St Jean Chrysostome (v.345-407, fêté ce jour), Homélie sur saint Matthieu n°61 (4-5), Trad. Maurice Véricel, L’Évangile commenté par les Pères, Éditions Ouvrières, Paris, 1961.
    Autre traduction sous la direction de M. Jeannin in "Œuvres complètes" Tome VIII, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie éditeurs, 1865, à lire sur le site de l'Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais (CH-1897 Le Bouveret (VS) Suisse).

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  • Sermon de St Bernard, sur la conversion de Saint Paul : "Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?"

    « Seigneur, lui dit-il , que voulez-vous que je fasse ? Domine, quid me vis facere ? Je trouve dans ce peu de paroles un modèle parfait de conversion. Car c'est comme s'il eut dit : Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt ; je suis disposé à accomplir sans trouble tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner : parlez, que voulez-vous que je fasse ? Domine, quid me vis facere ? O paroles courtes, mais pleines de sens, mais efficaces, mais dignes d'être exaucées ! Qu'il se trouve peu de personnes dans cette disposition d'obéissance parfaite, qui aient tellement renoncé à leur propre volonté, que leur propre cœur même ne leur appartienne plus ; qui ne soient sans cesse appliqués qu'à étudier, non ce qui leur plaît, mais ce qui plaît au Seigneur, lui disant sans cesse : Que voulez-vous que je fasse ? Domine, quid me vis facere ? ou ces autres paroles de Samuel : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute : Loquere, Domine, quia audit servus tuus !
    Mais , hélas ! nous avons beaucoup plus d'imitateurs de cet aveugle dont il est parlé dans l'Évangile, à qui le Sauveur demanda ce qu'il voulait qu'il lui fît : Quid vis ut faciam tibi ? Quelle miséricorde, quelle bonté de votre part, ô mon Dieu ! Le maître a-t-il jamais cherché à faire la volonté de son serviteur ? Cet infortuné était vraiment aveugle, puisqu'il n'a pas fait attention à un pareil renversement, qu'il n'en a pas été saisi d'étonnement, et que, dans sa surprise, il ne s'est point écrié en tremblant : N'en usez pas ainsi envers moi, Seigneur ; mais dites-moi plutôt ce que vous voulez que je fasse ? Domine, quid me vis facere ? car il est dans l'ordre que ce soit moi qui cherche à connaître et à faire votre volonté, et non pas vous à connaître et à faire la mienne. Il n'est personne de vous, je crois, mes frères, qui ne sente que les choses eussent dû se passer ainsi. Cependant n'arrive-t-il pas, hélas ! tous les jours, que la pusillanimité et la perversité de plusieurs nous force d'en agir à leur égard comme le Sauveur envers l'aveugle, en leur demandant ce qu'ils veulent que nous leur fassions : Quid vis ut faciam tibi ? bien loin qu'à l'imitation de notre Apôtre ils nous disent : Que voulez-vous que je fasse ? Quid me vis facere ? Au lieu, comme ils y sont obligés, de n'être attentifs qu'à étudier la volonté de celui qui leur tient la place de Jésus-Christ, ils n'en font pas même de cas lorsqu'ils la connaissent. Leur obéissance n'est pas pleine, ils ne sont pas disposés à se soumettre à tout, ils ne se proposent pas d'imiter en tout Celui qui n'est pas venu ici-bas pour faire sa volonté mais celle de son Père. Ils discernent, ils jugent, ils choisissent dans les commandements qu'on leur fait ce à quoi il leur plaît d'obéir ; ils distinguent, dans les ordres de leurs Supérieurs, ce qui est de stricte obéissance d'avec ce qui ne l'est pas, de manière que leur Supérieur est souvent dans la nécessité de leur obéir.
    Je conjure ceux qui se comportent ainsi d'ouvrir enfin les yeux. Qu'ils ne se flattent pas, parce qu'on les tolère, parce qu'on paraît condescendre à leur faiblesse ; qu'ils rougissent d'une conduite aussi déraisonnable, que l'on passerait tout au plus à des enfants ; de peur qu'on ne leur dise un jour : Qu'ai-je dû faire pour vous, que je n'aie pas fait ? et qu'abusant de la bonté et de la patience de leur Supérieur, ils ne mettent enfin le comble à leur réprobation. »

    St Bernard, In Conversione S. Pauli, Sermo 1. n.6, in "S. Bernard, Homélies pour tous les dimanches et les principales fêtes de l'année, extraites de ses œuvres, et traduites en français", Tome II Propre des Saints, Avignon, Seguin Aîné, 1830.

  • Méditation : les oeuvres de miséricorde

    « Les divins commandements, bien-aimés, aussi bien que l'institution apostolique, nous ont appris que tout homme placé parmi les périls de cette vie doit chercher par l'exercice de la miséricorde la miséricorde de Dieu. Quelle espérance, en effet, pourrait relever ceux qui sont tombés, quel remède guérir les blessés, si les aumônes ne déliaient les fautes, et si les besoins des pauvres ne devenaient l'antidote des péchés ? Le Seigneur avait dit : « Heureux les miséricordieux, parce que Dieu leur fera miséricorde » (1) ; or il a montré suivant quelle règle de justice se fera tout cet examen par lequel, sa majesté présente, il doit juger le monde : une fois élucidée la seule question de la qualité de nos œuvres au regard des pauvres, tout sera prêt pour que les impies aillent brûler avec le diable et les bons régner avec le Christ. Quelles actions ne mettra-t-on pas alors sous les yeux de tous ? Quels secrets ne dévoilera-t-on pas ? Quelles consciences pourront rester cachées ? Nul alors ne se glorifiera d'avoir le cœur chaste ou d'être pur de péché (2). Mais, parce que la miséricorde sera élevée au-dessus du jugement (3) et que les dons inspirés par la clémence primeront toute rétribution exigée par la justice, la vie entière des mortels et leurs actes les plus divers seront estimés d'après une règle unique, à savoir que nulle mention de la moindre faute ne sera faite là où, de l'aveu du Créateur, se seront trouvées des œuvres de bonté. Ceux qui seront mis à gauche n'auront donc pas fait que ce qu'on leur reprochera, et ce n'est pas parce qu'on les montrera alors étrangers aux actes d'humanité qu'ils seront trouvés exempts d'autres péchés ; mais, coupables en beaucoup de choses, ils seront surtout condamnés pour n'avoir pas racheté leurs crimes par une seule aumône. Car c'est le fait d'un coeur très dur de n'être pas ému par la misère, quelle qu'elle soit, de ceux qui souffrent, et celui qui, ayant le moyen de soulager, ne secourt pas l'affligé, est aussi injuste que s'il opprimait le faible ; quel espoir dès lors restera-t-il au pécheur s'il ne fait miséricorde afin de recevoir lui-même miséricorde ?
    C'est pourquoi, bien-aimés, celui qui n'est pas bon pour les autres, est d'abord méchant pour soi-même, et il nuit à sa propre âme en ne secourant pas celle d'autrui comme il le pourrait (4). »

    1. Matth. V, 7. 2. Cf. Prov. XX, 9. 3. Jac. II, 13. 4. Ainsi saint Augustin : « Quid verius, quid justius, ut qui dare detrectat se fraudet ipse ? » : « Quoi de plus conforme à la vérité, à la justice, que celui qui refuse de donner se prive lui-même du plaisir de recevoir ? » (Sermon CCVI, in Quadragesima, II, 2. P.L., XXXVIII, 1041).

    St Léon le Grand, Sixième Sermon sur les Collectes (XI, I), in "Sermons" Tome II, Trad. Dom René Dolle, Sources Chrétiennes n°49, Éditions du Cerf, 1957.

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    Jean-Louis Bézard (1799-1881), Les Sept œuvres de miséricorde
    Eglise paroissiale de l'Invention-de-la-Sainte-Croix d'Aubusson (Creuse)

    Précisions sur ce tableau ici.

  • Samedi 29 août 2015

    Martyre de St Jean-Baptiste

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    A (re)lire, sur la décollation de St Jean Baptiste :
    - les sermons de St Augustin proposés les 4 août 2012 (Sermon CCCVII, 1-2), 29 août 2012 (Sermon CCCVII, 2-5) et 8 février 2013 (Sermon CCCVIII, 1-5)
    - le sermon de St Bernard proposé le 29 août 2014
    - et celui de St Bède le Vénérable (Homélie 23) proposé le 29 août 2013.

     Mémoire de St Hermès, martyr

     Calendrier liturgique et sanctoral

  • Méditation : La prière, pieux mouvement du coeur

    « Il est bon et salutaire de prier longtemps quand on le peut, c'est-à-dire quand on n'en est pas empêché par d'autres bonnes œuvres et des devoirs essentiels ; du reste l'accomplissement de ces devoirs doit être, par notre désir, comme une prière continuelle. Prier longtemps, ce n'est pas comme quelques-uns le pensent, prier avec beaucoup de paroles : un long discours n'est pas un long amour. Il est écrit que Notre-Seigneur passait la nuit entière en prières, et qu'il priait longtemps (1). Il a voulu nous donner un exemple, en priant pour nous dans le temps, lui qui, avec son Père, exauce éternellement nos prières...
    S'il ne faut pas fatiguer son attention quand on voit qu'on ne peut la soutenir, il ne faut pas non plus l'interrompre trop tôt quand elle peut durer encore. Tant que dure cette vive et sainte ferveur de notre cœur, écartez de votre oraison les nombreuses paroles, mais priez beaucoup, priez longtemps. Beaucoup parler en priant, c'est faire une chose nécessaire avec des paroles inutiles. Prier beaucoup, c'est frapper longtemps à la porte de celui qu'on implore avec un pieux mouvement de notre cœur. La prière consiste plus dans des gémissements et dans des larmes que dans des paroles et des discours. Dieu met nos larmes en sa présence, et nos gémissements ne sont pas ignorés de celui qui a tout créé par sa Parole et qui n'a que faire des paroles humaines. Les mots nous sont nécessaires pour fixer notre attention sur ce que nous demandons, mais non pour faire connaître à Dieu nos besoins ou pour le fléchir. »

    1. Luc III, 12 ; XXII, 43.

    St Augustin (345-430), extrait de la Lettre CXXX à Proba (19-21), in "Élévations Prières et Pensées", Trad. Cl. Peyroux, Paris, J. de Gigord, 1918.
    Texte intégral (Traduction M. Poujoulat, in Œuvres complètes, Bar-Le-Duc, 1864)

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  • Vendredi 28 août 2015

    St Augustin, évêque et docteur de l'Eglise, patron de l'Afrique

    Catéchèse de Benoît XVI sur St Augustin (Audience générale du 25 août 2010)

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    Claudio Coello (1642-1693) : Le triomphe de Saint Augustin (1664), Musée du Prado, Madrid

    Mémoire de St Hermès, martyr

     Calendrier liturgique et sanctoral

  • Méditation : dans la solitude des bois...

    « Croyez-en mon expérience, vous trouverez quelque chose de plus au milieu des bois que dans les livres. Les arbres et les rochers vous enseigneront ce que vous ne pourrez apprendre d'aucun maître. »

    St Bernard de Clairvaux (1090-1153), Lettre CVI à l’abbé de Vauclair (Henri Murdach), 1138.
    St Bernard sur le web : Œuvres complètes de saint Bernard

    NB : Ces mots ont parfois été mal interprétés. St Bernard appelait l'abbé de Vauclair à quitter la vaine science pour se retirer en l'abbaye de Cîteaux. Loin de rejeter l'étude et la science, il signifiait simplement que dans la solitude des bois, Dieu parle à l'âme mieux que partout ailleurs.

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  • Méditation : De la modération des paroles

    « Nous ne pouvons nous appliquer aussitôt à la pureté du cœur. Il faut auparavant nous employer à purifier nos lèvres... Vous me direz sans doute : il est bien rare de voir quelqu'un qui sache modérer ses paroles. Apprenez par là combien la perfection est rare ici-bas, puisqu'il est déjà si peu commun de rencontrer quelqu'un qui ait parcouru cette première étape. Qui pourrait, en effet, compter les innombrables souillures que l'on contracte par ce petit membre du corps qui est la langue... Si les hommes doivent rendre compte au Jugement de toutes les paroles oiseuses auxquelles ils sont abandonnés, avec quelle rigueur ne seront-ils point jugés pour un mensonge ou pour une parole méchante ou injurieuse, vaine ou déshonnête, pour une flatterie honteuse ou pour une médisance ? »

    St Bernard, Dix-septième Sermon (De la triple garde de la main, de la langue et du cœur, 2), in "Jesus Caritas", Bulletin Fraternité Charles de Foucauld n°98, 2e Trimestre 1955.

    Cf. texte intégral dans les Œuvres complètes de Saint Bernard, Tome III, à l'Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais.

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  • Méditation : "Ama, et fac quod vis", "Aime, et fais ce que tu veux"

    « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous,
    faites-le pour eux, vous aussi :
    voilà ce que disent la Loi et les Prophètes. »
    Mt 7, 12.

    « Cette maxime de tous les temps et de tous les lieux serait la ruine de l'égoïsme, si elle était fidèlement observée ; elle ferait de la terre un vrai paradis, car il en est de l'amour du prochain comme de l'amour de Dieu, quant au bien-être intérieur qui en résulte ; l'un et l'autre résument tous nos devoirs envers Dieu comme envers nos frères, et sont la première condition de notre bonheur ici-bas ; c'est dans ce sens que le saint évêque d'Hippone disait : Aimez et faites ensuite ce que vous voudrez : Ama, et fac quod vis... En effet, si vous aimez, vous ne ferez rien qui puisse déplaire à l'objet de votre amour, rien qui puisse blesser ses intérêts, son honneur, sa vertu ; vous chercherez tous les moyens de lui être agréable, en un mot, vous vous conduirez à son égard comme vous voudriez qu'il agît si vous étiez à sa place ; aimez donc, et faites ce que vous dictera votre cœur, ama, et fac quod vis.

    O Dieu d'amour, qui nous avez unis à nos frères par des liens si forts, si consolants, et qui, peu content d'avoir fait dépendre notre amour pour vous de celui que nous aurons pour nos frères, avez encore voulu que la charité du prochain fût la marque à laquelle on reconnaît vos enfants, daignez resserrer de plus en plus ces doux liens et ranimer en nous le feu sacré de l'amour fraternel, afin que, n'ayant sous vos yeux qu'un cœur et qu'une âme pour nous consoler, nous secourir et faire à frais communs le pèlerinage de la vie, nous mêlions nos soupirs, nos prières, nos cantiques, préludant ainsi sur la terre aux hymnes joyeux que nous irons un jour chanter au ciel avec les anges et les élus. Ainsi soit-il. »

    Abbé Victorien Bertrand, Petits sermons où l'on ne dort pas, T. III "Nourriture du vrai chrétien" (Vingtième sermon, Sur l'amour du prochain), Paris, C. Dillet, 1867.

    NB : la citation exacte (qui a même traduction) est : "Dilige, et quod vis fac", tirée du VIIe Traité de S. Augustin sur l'Epître de Saint Jean aux Parthes (§. 8) :
    "Semel ergo breve præceptum tibi præcipitur: Dilige, et quod vis fac: sive taceas, dilectione taceas; sive clames, dilectione clames; sive emendes, dilectione emendes; sive parcas, dilectione parcas: radix sit intus dilectionis, non potest de ista radice nisi bonum existere."
    "Dieu vous donne donc un commandement bien abrégé : « Aimez, et faites ce que vous voulez. » Vous gardez le silence, faites-le par amour; vous ouvrez la bouche, parlez par un motif de charité; vous reprenez votre frère, reprenez-le par amour; vous croyez devoir l'épargner, faites-le également par amour. Ayez au fond du cœur la racine de l'amour ; cette racine ne peut produire que d'excellents fruits." (trad. M. Peronne).

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  • Méditation : Saints Pierre et Paul, Apôtres

    « C'est avec raison, mes frères, que l'Église, notre mère, applique aux saints apôtres ces paroles du Sage : « Ce sont des hommes de miséricorde, dont les justices ne tombent point dans l'oubli, les biens qu'ils ont laissés à leur postérité, y subsistent toujours (Eccli. XIV, 10 et 11). » Oui, on peut bien les appeler des hommes de miséricorde, tant parce qu'ils ont obtenu miséricorde pour eux-mêmes, que parce qu'ils sont pleins de miséricorde, ou que c'est dans sa miséricorde que Dieu nous les a donnés. Voyez, en effet, quelle miséricorde ils ont obtenue. Si vous interrogez saint Paul sur ce point, on même si seulement vous voulez l’écouter, il vous dira de lui-même : « J'ai commencé par être un blasphémateur, un persécuteur, un homme inique, mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu (I Tim. I, 13). » Qui ne sait, en effet, tout le mal qu'il a fait aux chrétiens à Jérusalem ? Que dis-je, à Jérusalem ? Sa rage insensée se déchaînait dans la Judée tout entière, où il voulait déchirer les membres de Jésus-Christ sur la terre. Dans ces sentiments de furie, il allait ne respirant que menaces et que carnage contre les disciples du Seigneur (Act. IX, 1), quand il devint disciple de ce même Seigneur qui lui fit connaître tout ce qu'il devait souffrir pour son nom. Il allait exhalant, par tout son être, l'odeur d'un cruel venin, lorsque, tout à coup, il se vit changé en en vase d'élection, et sa bouche ne fit plus entendre que des paroles de bonté et de piété : « Seigneur, s'écrie-t-il, que voulez-vous que je fasse (Ibidem 6) ? » Certes, on peut bien dire qu'un pareil changement est l’œuvre de la main de Dieu. II avait donc bien raison de s'écrier : « C'est une vérité certaine et digne d'être reçue avec une entière déférence, que Jésus-Christ est venu dans le monde sauver les pécheurs, au premier rang desquels je puis me placer (I Tim. I, 15). » Prenez donc confiance, mes frères, et consolez-vous à ce langage de saint Paul, et, si vous êtes convertis au Seigneur, que le souvenir de vos fautes passées ne tourmente pas vos consciences à l'excès, qu'il vous soit plutôt un motif de vous humilier, comme le fait saint Paul quand il s'écriait : « Je suis le moindre des apôtres, je ne mérite même point de porter ce nom, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu (I Cor. XV, 9). » A son exemple, humilions-nous aussi sous la main puissante de Dieu, et espérons que, nous aussi, nous avons obtenu miséricorde, que nous avons été lavés de nos souillures et sanctifiés. En parlant ainsi, c'est pour tous que je parle, car tous nous avons péché, et tous nous avons besoin de la gloire de Dieu.

    Pour ce qui est du bienheureux Pierre, j'ai une autre chose à vous dire, mais une chose d'autant plus sublime qu'elle est unique. En effet, si Paul a péché, il l'a fait sans le savoir, car il n'avait point la foi ; Pierre, au contraire, avait les yeux tout grands ouverts au moment de sa chute. Eh bien, là où la faute a abondé, a surabondé la grâce, si on peut dire que la rédemption de ceux qui pèchent avant de connaître Dieu, avant d'avoir senti l'effet de ses miséricordes, avant d'avoir porté le joug si doux et si léger du Seigneur, enfin avant d'avoir reçu la grâce de la dévotion et les consolations du Saint-Esprit, est une rédemption abondante. [...]

    Mes enfants bien-aimés... je ne demande qu'une chose à ceux qui tombent, c'est de ne point s'enfoncer davantage dans le mal, mais plutôt de se relever avec la ferme confiance que le pardon ne leur sera point refusé, pourvu qu'ils confessent leurs fautes de tout leur cœur. En effet, si saint Pierre, dont je vous parle en ce moment, a pu s'élever à un pareil degré de sainteté, après avoir fait une si lourde chute, qui pourra désormais se désespérer, pour peu qu'il veuille lui aussi sortir de ses péchés ? Remarquez ce que dit l'Évangile : « Étant allé dehors, il pleura amèrement (Matt. XXVI, 75), » et voyez dans sa sortie, la confession de son péché, et, dans ses larmes amères, la componction du coeur. Puis remarquez que c'est alors que ce que Jésus lui avait dit lui revint en mémoire ; la prédiction de sa faiblesse lui revînt donc à l'esprit, dès que sa présomptueuse témérité se fut évanouie. Ah ! malheur à vous, mon frère, qui, après une chute, vous montrez à nos yeux plus fort qu'auparavant. Pourquoi cette raideur qui ne peut que vous perdre ? Courbez donc plutôt le front, pour vous relever d'autant mieux, n'empêchez pas de rompre même ce qui n'est pas droit, afin qu'on puisse le rétablir solidement ensuite. Le coq chante, pourquoi lui en vouloir de son reproche ? Indignez-vous plutôt contre vous-même. [...]

    Vous avez entendu quelle miséricorde ont obtenue les apôtres, et nul de vous, désormais, ne sera accablé de ses fautes passées, plus qu'il ne faut, dans le sentiment de componction qui le suivra jusque sur sa couche. Eh quoi ! en effet ! Si vous avez péché dans le siècle, Paul n'a-t-il point péché davantage ? Si vous avez fait une chute en religion même, Pierre n'en a-t-il pas fait une plus profonde que vous ? Or, l'un et l'autre, en faisant pénitence, non seulement ont fait leur salut, mais sont devenus de grands saints, que dis-je, sont devenus les ministres du salut, les maîtres de la sainteté. Faites donc de même, mon frère, car c'est pour vous que l'Écriture les appelle des hommes de miséricorde, sans doute à cause de la miséricorde qu'ils ont obtenue. »

    St Bernard, Troisième Sermon pour la Fête des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul. Sur ce passage du livre de la Sagesse : « Ce sont des hommes de miséricorde » (Eccli. XLIV, 10).
    Oeuvres complètes de St Bernard, Traduction Nouvelle par M. l'Abbé Charpentier, Tome III, Paris, Librairie de Louis Vivès Éditeur, 1866.

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  • Méditation : Nativité de Saint Jean-Baptiste

    « L’Eglise ne célèbre le jour natal d’aucun prophète, d’aucun patriarche, d’aucun apôtre : elle ne célèbre que deux nativités, celle de Jean et celle du Christ. L’époque même ou chacun d’eux est né figure un grand mystère. Jean était un grand homme, mais après tout un homme. C’était un si grand homme que Dieu seul était au-dessus de lui. « Celui qui vient après moi est plus grand que moi (1) ». C’est Jean lui-même qui a dit : « Celui qui vient après moi est plus grand que moi ». S’il est plus grand que toi, comment lui avons-nous entendu dire, à lui qui est plus grand que toi : « Parmi les enfants des femmes, il n’en est aucun qui soit plus grand que Jean-Baptiste (2) ? » Si nul d’entre les hommes n’est plus grand que toi, qu’est-ce que Celui que tu dis plus grand ? Tu veux savoir ce qu’il est ? « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ».

    Jean est né, le Christ est né aussi ; Jean a été annoncé par un Ange, le Christ aussi a été annoncé par un Ange. Grand miracle de côté et d’autre ! C’est une femme stérile qui avec le concours d’un vieux mari donne le jour au serviteur, au précurseur ; c’est une Vierge qui sans le concours d’aucun homme devient mère du Seigneur, du maître. Jean est un grand homme ; mais le Christ est plus qu’un homme, car il est l’Homme-Dieu. Jean est un grand homme ; mais pour exalter Dieu cet homme devait s’abaisser. Apprends de lui-même combien l’homme devait s’abaisser. « Je ne mérite pas de dénouer la courroie de sa chaussure », dit-il (3). S’il estimait le mériter, combien il s’humilierait ! Il dit qu’il ne le mérite même pas. C’est se prosterner complètement, c’est s’abaisser sous la pierre. Jean était un flambeau (4) ; il craignait de s’éteindre au souffle de l’orgueil.

    Oui, il fallait que tout homme et par conséquent Jean lui-même, s’humiliât devant le Christ ; il fallait aussi que le Christ, que l’Homme-Dieu fût exalté : c’est ce que rappellent le jour natal et le genre de mort de Jésus et de Jean. C’est aujourd’hui qu’est né saint Jean : à partir d’aujourd’hui les jours diminuent. C’est le huit des calendes de Janvier qu’est né le Christ : à partir de ce jour les jours grandissent. Pour mourir, Jean fut décapité, le Christ fut élevé en croix. »

    1. Matt. III, 11. — 2. Ib. XI, 11. - 3. Jean, I, 27. — 4. Ib. V, 35.

    Extraits du Sermon CCLXXXVII attribué à St Augustin (*) pour la Nativité de Saint Jean-Baptiste (1-4).
    (*) : On lit dans le Bréviaire Romain, le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, trois leçons qui sont attribuées à saint Augustin, et qu'on ne trouvera dans aucun des sermons suivants. Déjà l'édition de Louvain avait rejeté à l'Appendice le discours dont ces leçons sont a traites; les Bénédictine ont fait de même, et tout porte à croire que ce discours est plutôt de Fauste que de saint Augustin. On peut le lire d'ailleurs dans l'édition des Bénédictins (Tom. V, Append, sans. CXCVI. Migne, ibid.), et dans l'édition de Louvain (Append. serm. LXXVI).
    (Bibliothèque de l'Abbaye St Benoît en Valais, Suisse)

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    Domenico Ghirlandaio (1449–1494), fresque de la Naissance de Saint Jean Baptiste
    Choeur de l'église Santa Maria Novella, Florence (Italie)

  • Méditation : la Très Sainte Trinité

    St Grégoire de Nazianze, chantre de la Trinité
     
    « J’ai, pour ma part, longuement réfléchi en moi-même, en m’appliquant avec toute ma curiosité, et en envisageant la question sous toutes ses faces, pour chercher une image du si grand mystère de la Trinité ; et je n’ai pu découvrir à quelle réalité d’ici-bas l’on peut comparer la nature divine. Ai-je trouvé quelque ressemblance partielle ? Je sens qu’aussitôt la plus grande partie m’échappe, et l’exemple choisi me laisse en dessous de ce que j’en attendais.

    Comme d’autres l’ont fait, je me suis représenté une source, un ruisseau et un fleuve. Et j’ai cherché une analogie entre le Père et la source, entre le Fils et le ruisseau, entre l’Esprit-Saint et le fleuve. Voici, en effet, des choses qui ne sont pas divisées par le temps, ni séparées l’une de l’autre, puisqu’elles sont en relation de continuité ; et pourtant elles semblent se distinguer en quelque sorte par leurs trois propriétés. Mais j’ai craint d’abord de présenter par cet exemple je ne sais quel écoulement de la divinité, qui en exclurait la stabilité. J’ai craint aussi qu’on ne se représentât une personne unique, car la source, le ruisseau et le fleuve sont une seule et même chose qui revêt des formes diverses.

    J’ai songé alors au soleil, au rayon et à la lumière. Mais cette comparaison n’est pas non plus sans danger si l’on prend cet exemple du soleil et de ses propriétés, on risque d’imaginer je ne sais quelle composition dans la nature simple. On peut être tenté aussi d’attribuer toute la substance au Père, et de croire que les autres Personnes n’en sont que des accidents ; qu’ils sont des puissances qui existent en Dieu, mais qui ne subsistent pas par elles-mêmes. Car le rayon et la lumière ne sont pas d’autres soleils, mais des émanations du soleil. Enfin, cet exemple a le défaut de nous donner à penser que Dieu peut exister ou ne pas exister, ce qui est encore plus absurde que tout le reste.

    En somme, je ne trouve aucune image qui me donne pleine satisfaction pour illustrer le concept de la Trinité ; il faudrait que l’on ait assez de sagesse pour n’emprunter à l’exemple choisi que certains traits, et rejeter tout le reste. Aussi ais-je fini par me dire que le mieux était d’abandonner les images et les ombres qui sont trompeuses et qui demeurent très loin de la vérité. Je préfère m’attacher aux pensées les plus conformes à la piété, me contenter de peu de mots et prendre pour guide l’Esprit, de façon à garder jusqu’à la fin la lumière reçue de lui. Il est mon compagnon véritable, mon ami, et je traverse cette vie en persuadant aux autres, autant que je le puis, d’adorer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, une seule Divinité et une seule Puissance, à qui sont toute gloire, tout honneur, tout pouvoir, dans les siècles des siècles. Amen. »

    St Grégoire de Nazianze, 5ème Discours théologique (31-33). P.G. 36, col. 169-172.
    Cf. Grégoire de Nazianze, Discours 27-31 (Discours théologiques), Emmanuel Vitte, 1942 et SC n° 250, Ed. du Cerf, 1978 (Traduction de Paul Gallay).
    NB : ce sont ces cinq discours sur la Trinité qui ont valu à St Grégoire le surnom de « Théologien »

    « Le géant sur les épaules duquel nous voulons nous jucher aujourd’hui est saint Grégoire de Nazianze, l’horizon que nous voulons scruter, avec lui, est la Trinité. Il est l’auteur de ce glorieux tableau qui montre le déploiement de la révélation de la Trinité dans l’histoire et la pédagogie de Dieu qui s’y révèle. L’Ancien Testament, écrit, proclame ouvertement l’existence du Père et se met à annoncer, de manière voilée, celle du Fils ; le Nouveau Testament proclame ouvertement le Fils et se met à révéler la divinité de l’Esprit Saint ; maintenant, dans l’Eglise, l’Esprit nous accorde distinctement sa manifestation et l’on confesse la gloire de la bienheureuse Trinité. Dieu a dosé sa manifestation, l’adaptant aux époques et à la capacité de réception des hommes.

    Cette triple répartition n’a rien à voir avec la thèse attribuée à Joachim de Flore, des trois époques distinctes : celle du Père, dans l’Ancien Testament, celle du Fils dans le Nouveau et celle de l’Esprit dans l’Eglise. La différentiation de saint Grégoire entre dans l’ordre de la manifestation, non de l’ « être » ou de l’ « agir » des Trois Personnes, lesquels sont présents et œuvrent ensemble tout le temps.

    Grégoire de Nazianze a apporté des clarifications au dogme de la Trinité et c’est à cela précisément qu’il doit son titre de « théologien » (ho Theologos) véhiculé par la tradition. Son mérite est d’avoir donné à l’orthodoxie trinitaire sa formulation parfaite, avec des phrases destinées à devenir patrimoine commun de la théologie. Ce que le symbole pseudo-athanasien « Quicumque », composé un siècle plus tard environ, doit à Grégoire de Nazianze, n’est pas des moindres. »

    P. Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale, deuxième prédication de Carême, vendredi 16 mars 2012.

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  • Méditations - Prières : St Grégoire de Nazianze

    Prière du matin
     
    « Voici l’aurore
    Voici mes mains
    Ô mon Dieu
    Je te les donne.

    Les œuvres de la nuit
    Ne pas les faire miennes
    Ne pas y consentir.

    Mon désir, cette journée
    Te l’offrir sans réserve
    Rester inébranlable
    Libre de tout péché.

    Je rougis, à mon âge
    Être encore mauvais
    Et partager ta table.

    Vois mon désir
    Ô mon Christ
    Avec toi
    Le chemin est aisé. »

    St Grégoire de Nazianze
    Extrait des Poèmes sur sa vie (PG 37, 1284, trad. L. Fritz).

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    Hymne du soir
     
    « Nous Te bénissons maintenant,
    ô mon Christ, Verbe de Dieu,
    Lumière de la Lumière sans commencement,
    dispensateur de l'Esprit.
    Nous Te bénissons, triple lumière
    de la gloire indivise.
    Tu as vaincu les ténèbres
    et produit la lumière
    afin de tout créer en elle.
    Tu as donné consistance à la matière
    en y façonnant le visage du monde
    et la forme de sa beauté.
    Tu as éclairé l'esprit de l'homme
    en lui donnant raison et sagesse.
    Partout se retrouve
    le reflet de la lumière éternelle,
    pour que, dans la lumière,
    l'homme découvre la splendeur
    et tout entier devienne lumière.
    Tu as éclairé le ciel
    de lumière diaprées.
    A la nuit et au jour,
    Tu as commandé d'alterner en paix,
    leur donnant comme règle
    une fraternelle amitié.
    La nuit met un terme
    aux labeurs de notre corps,
    le jour nous éveille au travail,
    aux affaires qui nous préoccupent.
    Mais nous fuyons les ténèbres,
    vers le Jour sans déclin nous nous hâtons,
    vers le Jour qui jamais ne connaîtra
    la tristesse du crépuscule.
    Accorde à mes paupières
    un sommeil léger,
    pour que ma voix
    ne reste pas longtemps muette.
    Ta Création veillera
    pour psalmodier avec les Anges.
    Que mon sommeil toujours
    soit habité de Ta présence.
    Que la nuit ne retienne rien
    des souillures du jour passé.
    Que les folies de la nuit
    ne viennent point peupler mes songes.
    Même séparé du corps,
    l'esprit, ô Dieu, Te chante :
    Père et Fils
    et Saint-Esprit,
    à Toi honneur, gloire et puissance,
    dans les siècles des siècles.
    Amen. »

    St Grégoire de Nazianze
    Poèmes Dogmatiques, Patrologie Grecque PG 37, 311-314.
  • Samedi 9 mai 2015

    St Grégoire de Nazianze, évêque, confesseur et docteur de l'Eglise

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    Fresque du Monastère de Simonopetra, Mont-Athos, Grèce