Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22 décembre 2014

Méditation de la 4ème semaine de l'Avent : le silence (1er jour)

« Dieu, notre Créateur et notre Sauveur, nous a donné un langage pour parler de Lui, car la foi vient de l'ouïe et nos langues sont les clefs qui ouvrent le Ciel aux autres.
Mais lorsque l’Époux vient, il ne reste plus rien à dire sinon qu'Il arrive, et qu'il nous faut aller Le rejoindre. Ecce Sponcus venit ! Exite obviam ei !
Nous allons alors Le retrouver dans la solitude. Là nous communiquons seuls avec Lui, sans paroles, sans pensées discursives, dans le silence de tout notre être. […]
Si vous entrez dans la solitude avec le silence des lèvres, les créatures muettes partageront avec vous le repos de leur silence. Mais si vous entrez dans la solitude avec un cœur silencieux, le silence de la création parlera plus fort que les langues des anges et des hommes.
Le silence des lèvres et de l'imagination dissout ce qui nous sépare de la paix des choses. Mais le silence de tous les désirs désordonnés dissout ce qui nous sépare de Dieu. Nous en venons enfin à vivre pour Lui seul.
Les créatures muettes cessent alors de s'adresser à nous par leur silence. C'est le Seigneur Lui-même, caché en nous, qui nous parle, au moyen d'un silence beaucoup plus profond. Ceux qui aiment le bruit qu'ils font ne peuvent supporter autre chose. Ils déshonorent constamment le silence des forêts, des montagnes et de la mer… […]
Pour certains hommes, un arbre n'est réel que lorsqu'ils songent à le couper, un animal n'a de valeur qu'à l'abattoir ; ils ne regardent que les choses qu'ils ont résolu d'épuiser, et ne remarquent même pas ce qu'ils ne détruisent pas.
Comment connaîtraient-ils le silence de l'amour, puisque leur amour n'est que l'absorption du silence d'un autre dans leur tumulte. Et ne connaissant pas le silence de l'amour, ils ignorent celui de Dieu, qui est amour, qui ne détruit jamais ce qu'Il aime, qui est tenu, par Sa propre loi d'amour, de donner la vie à tous ceux qu'Il attire dans Son silence.
Ce n'est pas pour lui seul que nous devons aimer le silence. Le silence est le père de la parole. Une vie de silence est ordonnée en vue de l'ultime affirmation qui doit exprimer ce pour quoi nous avons vécu. […]
Nous recevons dans nos cœurs le silence du Christ lorsque nous prononçons notre première parole de foi sincère. Nous faisons notre salut dans le silence et l'espérance. Le silence est la force de la vie intérieure. Il pénètre au cœur même de notre être moral, si bien que sans lui nous sommes immoraux. Il entre mystérieusement dans la composition de toutes les vertus et les préserve de la corruption. […]
Si nous remplissons nos vies de silence, nous vivons dans l'espérance, et le Christ vit en nous et rend nos vertus réelles. Puis, lorsque vient l'heure, nous Le confessons ouvertement devant les hommes, et notre confession prend une signification vraie parce qu'elle sourd d'un profond silence. Elle éveille le silence du Christ dans les cœurs de ceux qui nous entendent, si bien qu'ils se taisent, eux aussi, et, étonnés, commencent à écouter. Car ils ont enfin découvert leur être vrai. […]
Qu'il est tragique de voir que ce sont ceux qui n'ont rien à dire qui parlent sans cesse, comme des artilleurs affolés qui tirent dans les ténèbres où il n'y a pas d'ennemis. La cause de ce perpétuel bavardage est la mort, l'ennemi qui semble à tout instant les confronter dans les profondes ténèbres et le silence de leur être. Alors ils lui crient au visage. Ils désorganisent leur vie par le bruit. Ils s'assourdissent eux-mêmes par de vains mots, ne s'étant jamais aperçus que leurs cœurs sont enracinés dans un silence qui n'est pas mort, mais vie. Ils bavardent à en mourir, redoutant la vie comme si c'était la mort. »

Thomas Merton (1915-1968), Nul n'est une île, Éditions du Seuil, 1956.

bierstadt-yosemite_1.jpg

Albert Bierstadt (1830-1902), Yosemite Valley
(Source)

21 décembre 2014

Méditation : "Noël est désormais proche"

« Noël est désormais proche. Alors que l'on apporte les derniers préparatifs à la crèche et à l'arbre de Noël, qui sont présents également ici, sur la Place Saint-Pierre, nous devons prédisposer notre âme à vivre intensément ce grand mystère de la foi.

Au cours des derniers jours de l'Avent, la liturgie accorde une importance particulière à la figure de Marie. Dans son cœur, de son "me voici" plein de foi, en réponse à l'appel divin, a commencé l'incarnation du Rédempteur. Si nous voulons comprendre la signification authentique de Noël, c'est donc vers Elle que nous devons nous tourner, c'est Elle que nous devons invoquer.

Que Marie, la Mère par excellence, nous aide à comprendre les paroles-clés du mystère de la naissance de son Fils divin : humilité, silence, émerveillement, joie.

Elle nous exhorte tout d'abord à l'humilité pour que Dieu puisse trouver une place dans notre coeur, qui ne doit pas être assombri par l'orgueil et par la vanité. Elle nous indique la valeur du silence, qui sait écouter le chant des Anges et les pleurs de l'Enfant, en ne les étouffant pas sous le bruit et la confusion. Avec Elle, nous nous arrêterons devant la crèche avec un profond émerveillement, en goûtant la joie simple et pure que cet Enfant apporte à l'humanité.

Dans la Nuit Sainte, l'Astre naissant, "splendeur de la lumière éternelle, soleil de justice" (cf. Antienne du Magnificat, 21 décembre), viendra illuminer celui qui gît dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Guidés par la liturgie d'aujourd'hui, nous faisons nôtres les sentiments de la Vierge et nous restons dans l'attente fervente du Noël du Christ. »

St Jean-Paul II, Angélus du IVe Dimanche de l'Avent, 21 décembre 2003.
Texte intégral.

Vierge_Marie_Mucha_4a.jpg

Alfons Maria Mucha (1860-1939), La Madone aux Lys (détail)

En 1902, Mucha fut commandité pour la décoration de la cathédrale dédiée à la Vierge Marie à Jérusalem. Le projet initialement baptisé Virgo purissima, qui consistait en la réalisation de vitraux, avorta. Le tableau définitif remanié (détrempe sur toile 247 x 185 cm) fut renommé La Madone aux Lys.
(Source)

20 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (6ème jour)

« Fais-moi entrer, Seigneur, dans la pureté du cœur, fais-moi entrer dans la liturgie ininterrompue de ta Parole et de mon silence pour que "sur cette tablette lissée par une absolue simplicité tu te manifestes et inscrives tes propres lois" ("Petite philocalie de la prière du cœur", trad. Jean Gouillard, Seuil, Paris, 1979).
Ainsi priait Maxime le Confesseur au VIIe siècle, levant les bras vers le Maître des heures et de la Sagesse. Car nous sommes venus ici apprivoiser la Sagesse. Nous sommes venus ici avec des mains patientes de cueilleurs et des joues de vierges attentives. Comme Marie, la fiancée émerveillée à l'annonce de sa maternité divine, Marie aux lèvres scellées et au cœur écoutant, exaltant son Seigneur et exultant de joie en Dieu son Sauveur. Il nous faut ainsi, à l'imitation de Marie, laisser derrière nous les ombres de l'intelligence et le dépôt de l'ignorance et faire monter sur nos lèvres orantes l'humble confiance qui enlace et fait vivre dans la simplicité de la tendresse de Dieu.
Même si, dans l'obscurité du recueillement, nous touchons le fond trouble de nos insuffisances et de nos doutes que plus rien ne semble devoir éclairer, demeurons et durons dans les odeurs fortes du sous-bois car nous sommes ici pour trouver la lumière. Nous nous rencontrerons d'abord nous-mêmes avec nos forces et nos faiblesses, nos élans et nos dénis, avec tout cet enchevêtrement de l'agir humain, si contradictoire, mais qui façonne des saints de la terre maculée, du bois véreux de l'indigence et de l'inconstance des saisons de l'âme. Nous nous rencontrerons enfants de Dieu comme le nourrisson allaité du Psaume 131 dont le cœur ne s'est pas gonflé et dont les reins ne se sont pas ceints d'orgueil. C'est ainsi que se construit le recueillement par un regard de paix sur soi, un regard de réconciliation sur le moi déjointoyé de l'homme en péril qui ouvre grand les portes de la connaissance et de la contemplation, notre terre nourricière. Jan Ruusbroeck, à la fin du moyen âge, aimait souligner cette compassion envers nous-mêmes qui surgit comme une vertu naturelle de la simplicité :
"Car les hommes les plus simples sont les plus apaisés et ils sont parfaitement en paix en eux-mêmes. Ils sont aussi les plus profondément immergés en Dieu, les plus éclairés pour comprendre." ("Les noces spirituelles", Dom André Louf éd., "Spiritualité occidentale" n°3, Bellefontaine, 1993) »

Nathalie Nabert, Le Maître intérieur, Ad Solem, Genève, 2006.

recueillement

19 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (5ème jour)

Manière de nous préparer plus prochainement à la fête de Noël

« Il est pour cela trois moyens : le recueillement, la sainteté de la vie, l'usage fréquent des oraisons jaculatoires.

1° Le recueillement. Rien n'éloigne Dieu d'un cœur comme la dissipation, qui épanche l'âme toute au dehors, l'absorbe dans un monde de pensées et d'imaginations étrangères, et par là-même la trouble et l'agite (1R XIX,11). A mesure que le grand jour approche, il faut donc garder davantage notre cœur contre tout ce qui dissipe, penser plus souvent au mystère de Noël, à l'amour du Dieu de la crèche, aux sentiments pieux et aux bonnes résolutions que nous devrons lui offrir en retour de son amour et de sa bonté.

2° Au recueillement il faut joindre la sainteté de la vie. Il nous faut, pendant ces jours, veiller davantage sur nous pour éviter tout péché, consacrer toutes nos actions à l'amour de l'Enfant Jésus, et les faire en cette vue le plus parfaitement possible ; il nous faut lui offrir chaque jour quelques sacrifices, par exemple, le sacrifice d'un désir, d'un empressement, d'une répugnance, d'une parole d'amour-propre ou de mauvaise humeur, et faire de tous ces sacrifices comme un bouquet de myrrhe à offrir à l'Enfant-Dieu ; il nous faut surtout prier l'Esprit-Saint de former lui-même en nous cette piété tendre et fervente qu'ont apportée à la crèche Marie et Joseph, les pasteurs et les mages, et qu'y ont apportée et y apportent aujourd'hui encore tant de saintes âmes.

3° La pratique des oraisons jaculatoires, c'est-à-dire des saints désirs qui appellent en l'âme le Dieu Sauveur, complètera notre préparation. L’Église nous en fournit l'expression touchante dans les soupirs qu'elle emprunte aux patriarches et aux prophètes : "O cieux, versez sur nous votre rosée, et que les nuées nous envoient le Juste (Is XLV,8) ! O Sauveur tant désiré, puissiez-vous ouvrir les cieux et descendre jusqu'à nous (Is LXIV,1) ! Je vous en conjure, Seigneur, envoyez à mon âme son Sauveur (Ex IV,13). Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous celui qui doit nous sauver (Ps LXXXIV,8). Vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous, faites éclater sur nous la merveille de vos bontés (Ps XVI,7)". Les belles antiennes "O" de l'Avent nous fournissent encore d'autres soupirs semblables. Redisons-les souvent, et ajoutons-y le soupir de saint Jean dans son Apocalypse : "Venez, Seigneur Jésus, venez" (Ap XXII,20). Avons-nous une ferme volonté de nous préparer à la fête qui s'approche par les trois moyens que nous venons de méditer ? »

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Quatrième dimanche de l'Avent), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

recueillement,

Friedrich Wilhelm Schadow (1789-1862), La parabole des vierges sages et des vierges folles (1838-42)

18 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (4ème jour)

« De même que nous ne pouvons pas arrêter le mouvement du ciel qui est emporté avec une rapidité prodigieuse, de même nous ne pouvons arrêter notre imagination. Nous mettons aussitôt toutes les autres puissances de l'âme avec elle, et alors il nous semble que nous sommes perdus et que nous employons mal le temps que nous passons en la présence de Dieu. Peut-être cependant que l'âme lui est unie tout entière dans les demeures qui sont les plus rapprochées de la sienne, tandis que l'imagination est dans les avenues du château, où elle souffre de se trouver au milieu de mille bêtes féroces et venimeuses, et où néanmoins elle gagne des mérites par cette souffrance. Ainsi donc nous ne devons ni nous troubler, ni abandonner l'oraison ; car c'est là ce que cherche le démon. Généralement, toutes nos inquiétudes et nos peines viennent de ce que nous ne nous connaissons pas.
...
Il n'est donc pas bien de nous laisser troubler par les pensées importunes, ou d'en éprouver de la peine. Ne nous en préoccupons point ; et si elles viennent du démon, il cessera en voyant une telle attitude ; si elles viennent, comme cela est vrai parfois, de la misère qui, ainsi que beaucoup d'autres infirmités, tire son origine du péché d'Adam, il faut prendre patience et souffrir tout cela pour l'amour de Dieu. Est-ce que nous ne sommes pas assujettis également à manger et à dormir, sans que nous puissions nous en dispenser, bien que ce soit un grand tourment ? Que cela nous apprenne à connaître notre misère, et à désirer parvenir là où personne ne nous méprisera (1).
...
N'en soyez donc ni troublées ni affligées ; laissez aller ce traquet de moulin et sachons moudre notre farine, en tenant notre volonté et notre entendement toujours occupés. »

1. Cant. VIII, 1.

Ste Thérèse de Jésus, Château de l'âme (Quatrièmes Demeures, ch. I), in "Œuvres complètes", Trad. R.P. Grégoire de Saint-Joseph c.d., Éditions du Seuil, Paris, 1948.

roue_moulin_1a.jpg

17 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (3ème jour)

« L'oraison commence avec la première parole que notre âme adresse à Dieu ; elle cesse dès que nous quittons volontairement l'audience qu'il nous accorde, pour nous porter ailleurs et converser avec d'autres frères.
Nous ne demandons pas toutefois à une créature aussi imparfaite que l'homme, de demeurer en tête-à-tête parfait avec Dieu, pendant la durée intégrale d'un exercice. Sa faiblesse le rend incapable d'une telle fixité. Ce que nous voulons, ce qu'exige l'oraison, c'est le sentiment explicite ou implicite de la présence de Dieu. L'aborder, lui parler, s'efforcer de l'entretenir, quelques nombreuses et importunes que soient les distractions, ne pas plus le quitter en un mot qu'on ne quitte la société de son interlocuteur dans une conversation, encore qu'on ne le regarde point tout le temps, avec les yeux du corps, voilà la tâche du chrétien à l'oraison. « Quand vous êtes à l'oraison, dit sainte Chantal, il ne faut voir ni écouter autre chose que Dieu ; s'il se présentait à vous même un ange, vous ne devriez pas le regarder, car vous parlez à un plus grand que lui » (Vie et Œuvres, III, p.267)...
En allant à l'oraison, ayez donc soin de secouer la torpeur, de bannir toute négligence, de dilater votre cœur. Dites-vous : « Voici le moment de m'entretenir avec mon Dieu, mon Maître, mon Père. Qu'il est bon de m'admettre à son audience et combien je dois m'appliquer à profiter d'une si précieuse faveur ! » Puis, saisissez-vous énergiquement du sentiment de sa présence, et dès que vous aurez conscience de quelque distraction, dès que vous verrez votre pauvre petit esprit se tourner de côté et d'autre comme les enfants à l'église, vous tâcherez de revenir à une attitude plus convenable, vous demanderez filialement à votre Père de vous aider à continuer la conversation commencée. Ainsi désirée, cherchée, reconquise, la présence de Dieu vous imprégnera d'un sentiment profondément religieux, qui se reflètera sur tout votre être et doublera la puissance de votre âme. »

Abbé Louis Gillot (Supérieur des Chapelains de Paray-le-Monial), L'Oraison - Étude pratique (ch. II), Paray-le-Monial, Charles Diard, 1894.

recueillement,oraison

16 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (2ème jour)

« L'âme se recueille quand, ramassant toutes ses puissances, elle rentre en elle-même pour y trouver Dieu...
Le silence extérieur ne suffit pas... Il est nécessaire de s'établir dans le silence intérieur, c'est-à-dire de bannir les préoccupations, pensées inutiles, rêveries et tout ce vain travail d'imagination qui, souvent, trouble un cœur plus profondément que de longs entretiens...
Dieu est dans les âmes, mais elles ne savent pas demeurer avec Lui... C'est le but du recueillement de ressaisir ces forces dispersées en un vain gaspillage, et de les ramener à Dieu. Rétablie dans la possession d'elle-même et dans l'unité, l'âme peut alors s'entretenir avec ses hôtes, les Trois Personnes Divines qui ne cessent de la provoquer aux plus secrètes conversations... Voulez-vous entendre Dieu ? Faites taire toutes les créatures et tournez-vous vers Lui...
Dieu exige la totalité de l'homme et non une partie de lui...
Sachez que rien ne vous est nécessaire, rien, excepté Dieu. Trouver Dieu, recueillir en Lui vos puissances, voilà l'unique nécessaire. Pour ce recueillement, il faut couper toute habitude superflue, toute curiosité superflue, toute occupation superflue. En un mot, il faut que l'homme se sépare de tout ce qui divise. »

P. Marie-Vincent Bernadot (fondateur des éditions du Cerf, 1883-1941), De l'Eucharistie à la Trinité, Juvisy, 1919.

recueillement,silence,âme

15 décembre 2014

Méditation de la 3ème semaine de l'Avent : le recueillement (1er jour)

« La dissipation est opposée au recueillement. Être dissipé, c'est penser à plusieurs choses lorsqu'on ne devrait penser qu'à une seule. Être recueilli, c'est se fixer à ce qui doit occuper actuellement sans penser à autre chose.
Le recueillement consiste à éviter la dissipation, et par conséquent à retenir ses sens intérieurs, qui sont l'esprit et l'imagination, ainsi que les sens extérieurs qui sont la langue, les yeux, les oreilles, afin qu'ils ne se portent pas à toutes sortes d'objets, et que l'esprit puisse s'appliquer entièrement à ce qui doit l'occuper.
...
Évitez l'oisiveté. Un esprit oisif court partout et ne s'arrête nulle part ; c'est un oiseau, c'est un papillon qui ne fait que voltiger.
Évitez l'empressement, modérez l'activité naturelle. Que votre âme ne sorte jamais de vos mains. Et si vous sentez que votre cœur veut vous échapper, dites-lui aussitôt : mon cœur, où vas-tu ? reviens, tu ne m'abandonneras pas.
...
Dieu pense toujours à nous, pensons le plus souvent que nous pouvons à Dieu. Que les yeux de notre âme soient toujours, comme ceux du prophète, fixés sur le Seigneur (1). Puissions-nous dire avec lui : je ne perds point de vue le Seigneur, qui est ma défense ; il m'accompagne et me met à couvert de ce qui peut me nuire (2). Un saint abbé disait souvent à ses moines, que l'exercice de la présence de Dieu était le moyen des moyens pour devenir parfait ; il leur répétait sans cesse ces paroles du Seigneur au père des croyants, afin qu'ils les méditassent : « Marchez en ma présence et soyez parfait, j'établirai pour toujours une alliance entre vous et moi » (3). »

1. "Oculi mei semper ad Dominum." (Ps 24, 15) - 2. "Providebam Dominum in conspectu meo semper, quoniam a dextris est mihi ne commovear." (Ps 15, 8) - 3. "Ambula coram me et esto perfectus ; ponamque foedus meum inter me et te." (Gn 17, 1-2).

[Jean-Baptiste Lasausse], La science de l'oraison mentale ou Instructions pour chaque jour du mois (IXe Jour), A Paris, De l'Imprimerie de Crapart, 1791.

71254_1a.jpg

14 décembre 2014

Méditation : "Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur"

« "Gaudete in Domino semper - Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur" (Ph 4, 4)...
L'apôtre exhorte les chrétiens à se réjouir parce que la venue du Seigneur, c'est-à-dire son retour glorieux, est certaine et ne tardera pas. L’Église fait sienne cette invitation, alors qu'elle se prépare à célébrer Noël et que son regard se dirige toujours davantage vers Bethléem. En effet, nous attendons avec une espérance sûre la deuxième venue du Christ, parce que nous avons connu la première. Le mystère de Bethléem nous révèle le Dieu-avec-nous, le Dieu qui est proche de nous, pas uniquement au sens géographique et temporel. Il est proche de nous parce qu'il a en quelque sorte "épousé" notre humanité. Il a pris sur lui notre condition, en choisissant d'être comme nous en toutes choses, excepté le péché, pour nous faire devenir comme Lui. La joie chrétienne jaillit donc de cette certitude : Dieu est proche, il est avec moi, il est avec nous, dans la joie et dans la douleur, dans la santé et la maladie, comme un ami et un époux fidèle. Et cette joie demeure aussi dans l'épreuve, dans la souffrance même, et elle ne reste pas à la surface, mais au plus profond de la personne qui se confie à Dieu et met en Lui sa confiance. »

Benoît XVI, Angélus du IIIe Dimanche de l'Avent, 16 décembre 2007.
Texte intégral.

Saint_Jean-Baptiste_Dore_3a.jpg

Saint Jean-Baptiste, gravure de Gustave Doré (colorisée)

13 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (6ème jour)

« L'humilité est la capacité d'accepter paisiblement sa pauvreté radicale, parce qu'on met toute sa confiance en Dieu. L'humble accepte joyeusement de n'être rien, parce que Dieu est tout pour lui. Il ne considère pas sa misère comme un drame, mais comme une chance, car elle donne la possibilité à Dieu de manifester combien il est miséricordieux.
Sans humilité, on ne peut pas persévérer dans l'oraison. En effet, l'oraison est inévitablement une expérience de pauvreté, de dépouillement, de nudité. Dans les autres activités spirituelles ou les autres formes de prière, on a toujours quelque chose sur quoi s'appuyer : un certain savoir-faire que l'on met en œuvre, le sentiment de faire quelque chose d'utile, etc. Ou bien encore, dans la prière communautaire, on peut s'appuyer sur les autres. Dans la solitude et le silence face à Dieu, on se retrouve au contraire seul et sans appui face à soi-même et à sa pauvreté. Or nous avons un mal terrible à nous accepter pauvres ; c'est pourquoi l'homme a une telle tendance à fuir le silence. Dans l'oraison il est impossible d'échapper à cette expérience de pauvreté. C'est vrai qu'on y fera souvent l'expérience de la douceur et de la tendresse de Dieu, mais bien fréquemment ce sera notre misère qui va se révéler : notre incapacité à prier, nos distractions, les blessures de notre mémoire et de notre imagination, le souvenir de nos fautes et de nos échecs, nos inquiétudes à l'égard de l'avenir, etc. L'homme trouvera donc mille prétextes pour fuir cette inaction devant Dieu qui lui dévoile son néant radical, parce qu'en fin de compte il refuse de consentir à être pauvre et fragile.
Mais c'est précisément cette acceptation confiante et joyeuse de notre faiblesse qui est la source de tous les biens spirituels : "Heureux ceux qui ont une âme de pauvres, car le Royaume des Cieux leur appartient" (Mt 5, 3). »

P. Jacques Philippe, Du temps pour Dieu - Guide pour la Vie d'Oraison (I,6), Éditions des Béatitudes, 1992.

Jacques Philippe,vertu,humilité

Source image (avec un très beau commentaire des Béatitudes)

12 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (5ème jour)

« Saint Laurent Justinien dit que nous ne savons ce que c'est que l'humilité, si nous ne l'avons dans le cœur. Il n'y a que ceux qui ont le cœur humble, qui soient capables de la connaître ; c'est pourquoi Notre-Seigneur a dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
Pour acquérir l'humilité, il faut premièrement ne rien omettre de toutes les actions extérieures, en quoi nous la pouvons pratiquer selon notre condition, dans les occasions qui se présentent, et demander à Dieu les vrais sentiments d'humilité pour bien faire les actions extérieures de cette vertu, qui se font quelquefois par vanité. Il faut en second lieu faire fort souvent des actes intérieurs d'humilité, reconnaître notre néant et nos misères, aimer notre propre abjection, exercer sans cesse un jugement rigoureux contre nous-mêmes, et nous condamner intérieurement avec tout ce que nous faisons.
Nous ne devons jamais reprendre personne, qu'auparavant nous ne nous soyons convaincus, et que nous n'ayons reconnu devant Dieu que nous faisons encore plus mal, et que nous sommes pires que celui que nous allons reprendre.
...
Nous nous formons ordinairement une fausse idée de l'humilité, la concevant comme une chose qui nous ravale. Elle fait tout le contraire : car comme elle nous donne la vraie connaissance de nous-mêmes, et qu'elle est la pure vérité, elle nous approche de Dieu, et par conséquent elle nous apporte la vraie grandeur, que nous cherchons en vain hors de Dieu.
L'humiliation ne nous ravale que dans l'estime des hommes, qui n'est rien ; mais elle nous relève dans l'estime de Dieu, en quoi consiste la vraie gloire. »

P. Louis Lallemant s.j. (1588-1635), La Doctrine spirituelle (ch. III, III, I-IV), Paris, Librairie Jacques Lecoffre, 1868.

Louis Lallemant,vertu,humilité

11 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (4ème jour)

« Rien ne nous peut tant humilier devant la miséricorde de Dieu que la multitude de ses bienfaits, ni rien tant humilier devant sa justice, que la multitude de nos méfaits. Considérons ce qu'il a fait pour nous et ce que nous avons fait contre lui ; et comme nous considérons par le menu nos péchés, considérons aussi par le menu ses grâces. Il ne faut pas craindre que la connaissance de ce qu'il a mis en nous nous enfle, pourvu que nous soyons attentifs à cette vérité, que ce qui est de bon en nous n'est pas de nous. Hélas ! les mulets laissent-ils d'être lourdes et puantes bêtes, pour être chargés des meubles précieux et parfumés du prince ? Qu'avons-nous de bon que nous n'ayons reçu ? et si nous l'avons reçu, pourquoi nous en voulons nous enorgueillir (1). Au contraire, la vive considération des grâces reçues nous rend humbles ; car la connaissance engendre la reconnaissance. Mais si voyant les grâces que Dieu nous a faites, quelque sorte de vanité nous venait chatouiller, le remède infaillible sera de recourir à la considération de nos ingratitudes, de nos imperfections, de nos misères : si nous considérons ce que nous avons fait quand Dieu n'a pas été avec nous, nous connaîtrons bien que ce que nous faisons quand il est avec nous n'est pas de notre façon ni de notre cru ; nous en jouirons vraiment et nous en réjouirons parce que nous l'avons, mais nous en glorifierons Dieu seul, parce qu'il en est l'auteur. Ainsi la Sainte Vierge confesse que Dieu lui fait choses très grandes, mais ce n'est que pour s'en humilier et magnifier Dieu : Mon âme, dit-elle, magnifie le Seigneur, parce qu'il m'a fait choses grandes (2). »

1. I Co IV, 7 - 2. Lc I, 46, 49.

St François de Sales (1567–1622), Introduction à la vie dévote (IIIe Part., ch. V), in "Œuvres", nrf Gallimard, 1969.

François de Sales,vertu,humilité

10 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (3ème jour)

« I. Ne dire aucune parole qui tende à notre propre louange.
II. Ne nous plaire point à être loués et à entendre dire du bien de nous ; au contraire, prendre de là occasion de nous humilier et de nous couvrir de confusion, voyant que nous ne sommes pas tels qu'on le pense et que nous devrions être. On peut ajouter à cela, avoir de la joie d'entendre parler avantageusement des autres ; et si on a eu quelque chagrin, ou qu'on ait senti quelque secret mouvement d'envie, le marquer pour faute, comme aussi lorsqu'on aura eu quelque vaine complaisance du bien que l'on aura entendu dire de soi.
III. Ne rien faire par respect humain, et pour attirer les yeux et l'estime des hommes, mais purement pour plaire à Dieu.
IV. N'excuser point ses fautes, et encore moins les rejeter sur autrui, ni extérieurement ni intérieurement.
V. Chasser toutes les pensées de vaine gloire et d'orgueil, que donnent les choses qui apportent de la réputation et de l'estime.
VI. Préférer tout le monde à soi, non seulement dans l'opinion, mais aussi dans la pratique, en se comportant envers tous ses frères avec la même humilité et le même respect que s'ils étaient nos supérieurs.
VII. Recevoir de la main de Dieu toutes les occasions qui se présentent de s'humilier, et en cela aller toujours en augmentant ; et comme en montant par trois degrés dont le premier est de les supporter avec patience, le second de les accepter avec promptitude et facilité, et le troisième de les embrasser avec joie ; car il ne faut point s'arrêter que l'on ne soit parvenu à être bien aise de souffrir toutes sortes d'affronts et de mépris pour ressembler à Jésus-Christ, qui a voulu pour l'amour de nous être l'opprobre des hommes et le mépris de la populace (Ps XXI, 7).
VIII. En dernier lieu on peut, et dans cette matière et dans les autres de même nature, s'occuper à produire des actes intérieurs et extérieurs d'humilité, ou de telle autre vertu qu'on aura choisie pour le sujet de son examen, s'y exerçant un certain nombre de fois le matin et le soir, et augmentant ce nombre tous les jours, jusqu'à ce qu'on ait acquis une parfaite habitude de cette vertu. »

R.P. Alphonse (Alonso) Rodriguez s.j. (1526–1616), Pratique de la perfection chrétienne (Première Partie, Sixième Traité, Ch. V), Trad. Abbé Regnier-Desmarais, Tome II, Poitiers, 1866.
ne pas confondre avec St Alphonse Rodriguez (1533-1617), autre jésuite espagnol, portier au collège de Majorque, canonisé en 1888.

vertu,humilité

09 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (2ème jour)

« On ne commence à faire des progrès que lorsque l'on goûte une vraie joie à s'effacer.
C'est par le dedans qu'on y arrive.
Ne parler qu'autant que c'est nécessaire et même en parlant savoir se faire oublier.
Quand on aime, cela devient un véritable besoin de s'oublier.

Éviter ce qui aurait un air de supériorité.
Se faire l'élève docile de tous.
Parler peu, surtout pas de soi, surtout pas en mal.

Écouter simplement, s'harmoniser humblement.

Parler bas, c'est se posséder soi-même, c'est exercer une grande vigilance sur tous ses mouvements intérieurs.

Une âme vraiment humble ne parle jamais fort et avec autorité.

Elle n'a jamais honte de mots blessants.

Elle est étonnée des moindres égards qu'on a pour elle, se demandant si on ne se trompe pas.

Ne pas rougir de ses bévues, et de nos maladresses. Ne pas les excuser. Mais ne pas craindre de témoigner de notre bonne volonté et de notre désir de mieux faire. C'est très bon.

Sauf quand il y a nécessité réelle, ne jamais s'excuser en reconnaissant ses défauts. C'est une grande humiliation.
Tant que le diamant est dans sa gangue, il ne peut rayonner. Accepter même la plus profonde humilité de ne pas faire rayonner le Bon Dieu autant qu'on le voudrait. Mais il faut détester la gangue, il ne faut pas que la volonté y adhère.

Tenir toujours compte des monitions.
S'efforcer d'atténuer les défauts signalés. C'est sagesse. C'est aussi la marque d'affection précise que Jésus nous demande.

Faire passer le jugement, la volonté des autres avant les nôtres ; leurs goûts aussi, même s'ils étaient, ce qui arrive, contraire à la vraie beauté ! Céder fréquemment, volontiers, dès qu'il s'agit d'ordre, de charité : il suffit qu'il n'y ait pas de péché manifeste.

Reconnaître que les autres ont plus de sagesse, de bonté, de vertu. S'oublier au point de ne plus même savoir si on existe encore parce que si on se connaissait soi-même, on oserait à peine se regarder.

Ne pas laisser voir ce que nous savons de la vie intérieure. En parler ou répondre comme si nous n'en savions rien. C'est notre secret.

L'âme humble accepte les souffrances, les croix comme une chose due, qui lui revient naturellement.

Elle n'a pas le moindre mouvement de jalousie, même spirituelle en voyant que les autres sont plus près du Cœur de Dieu, bien qu'elle ne puisse s'empêcher d'en souffrir. »

Robert de Langeac [Abbé Augustin Delage p.s.s. (1877-1947)], Conseils aux âmes d'oraison (ch. IV), 2ème série, Paris, P. Lethielleux, 1952.

vertu,humilité

08 décembre 2014

Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (1er jour)

« L'humilité c'est Dieu qui nous la donne, mais nous pouvons nous y exercer.

1° Rectifier notre jugement en disant : Je reconnais que les grâces qui m'ont été faites, m'ont été données gratuitement, je n'y suis pour rien.

2° Voir les choses en Dieu, les aimer comme elles sont ; aimer notre place, notre rang, mais demander pardon au Bon Dieu d'avoir si mal usé de tout ce qu'il a mis à notre disposition : nous tenir à ses pieds comme de pauvres pécheurs, sans trouble et sans inquiétude cependant.
Plus nous serons sincères et loyaux avec nous-mêmes, plus Dieu se rapprochera de nous. « Il élève ceux qui s'abaissent. »
Nous aimerons en nous les qualités de Dieu et nous détesterons nos défauts en toute vérité.

3° Attacher beaucoup d'importance aux choses extérieures.
Sans doute, la vertu n'est pas dans ces choses extérieures, mais elles peuvent y aider beaucoup.
Chaque sacrifice, chaque acte de douceur, d'humilité ôte un grain de sable.
Le Bon Dieu pourra faire jaillir la source s'il Lui plaît et quand il Lui plaira.
Ce qui L'empêcherait radicalement ce seraient des attaches consenties.

Ne pas faire d'efforts pour écarter les pensées de vanité, on ne parvient qu'à les rendre plus tenaces.
Arrêter quelques instants toute activité mentale et se tourner intérieurement vers le Bon Dieu. On obtient de meilleurs résultats.

Poser en principe qu'on s'intéresse fort peu à nous, à nos œuvres, etc., malgré les apparences. Se le redire souvent...
C'est plus vrai qu'on ne le croit et c'est très pacifiant.

On ne commence à faire des progrès que lorsque l'on goûte une vraie joie à s'effacer. »

Robert de Langeac [Abbé Augustin Delage p.s.s. (1877-1947)], Conseils aux âmes d'oraison (ch. IV), 2ème série, Paris, P. Lethielleux, 1952.

Marie_visage_3a.jpg

AVENT 2014

Rappel - Les thèmes proposés en méditation pour ces 4 semaines de l'Avent sont les suivants :

1ère semaine : douceur
2ème semaine : humilité
3ème semaine : recueillement
4ème semaine : silence


N'oubliez pas que vous pouvez vous inscrire sur ce blog (colonne de droite, en haut : inscription à la "Newsletter"), si vous souhaitez recevoir ces méditations quotidiennement dans votre boîte mail.

07 décembre 2014

Méditation : langage d'âme, offrande de silence

« Lorsque le remous des pensées s'apaise et que s'estompe le bruissement de l'imagination, comme les ombres portées du mur dans l'avènement du soir, quelque chose, en effet, se produit, qui n'est pas la cessation de la vie ni le dépérissement de la joie, mais l'amplitude de l'Autre, la résurgence de Dieu en nous, ce vertige des lèvres désormais closes sur le bien du cœur enveloppé de son Dieu.

« Je vous bénis, Père, de ce que vous avez montré aux petits, de ce que vous avez laissé aux savants et aux prudents » (Mt 11, 25).

ainsi priait Jésus devant les foules ébahies de cet éloge de l'enfance qui ne sait rien, mais qui, dans  l'offertoire de son silence, reçoit sa nourriture. Il faut se laisser combler de cet éblouissement qui nous saisit là dans le secret et nous conduit sans bruit vers Celui qui Est. Le langage d'âme est silencieux. Il remonte comme un fleuve vers sa source et nous libère des bois flottants de la parole, nous plongeant inexorablement dans la réalité divine. C'est cela être attiré à plus de silence, ce cheminement intérieur jusqu'à la diminution de soi où s'exhale l'invisible, ce consentement au Dieu de notre vie dont nous ne percevons que le parfum, là au centre de notre étourdissement, comme un soleil d'amour insaisissable mais vivant et fort qui nous fait murmurer aux heures sombres de la vie :

L’Éternel est ma force et mon bouclier ; En lui mon cœur se confie, et je suis secouru ; J'ai de l'allégresse dans le cœur. (Ps 28, 7)...
Tant que nous ne sommes pas parvenus à la nudité nous ne pourrons devenir ni obéissants, ni patients, ni doux, ni pacifiés, ni parfaits dans la charité, vertus sans lesquelles notre cœur ne peut être la demeure du Saint-Esprit, puisque le Seigneur déclare à son prophète : « Sur qui reposera mon esprit, sinon sur le paisible, l'humble et celui qui tremble à mes paroles. » (Is 66, 2). (*)

Et dans ce repos paisible où veille notre prière, Dieu est cette touche intérieure qui fait frémir l'être et le vivant. »

(*) : Jean Cassien, Institutions cénobitiques, L. XII, ch. 31, Jean-Claude Guy éd., « Sources chrétiennes » n°109, Cerf, Paris, p.497-499.

Nathalie Nabert, Le Maître intérieur (Silence), Ad Solem, Genève, 2006. (p.35 + cit. p.38)

Christ_blessing_little_child_1a.jpg

Christ blessing the little child (1873)
(courtesy of Sankt Nikolai Kirke, Holbaek, Denmark)