Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Méditations

  • Méditation - « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde »

    « Voyez lorsque Jean, éclairé d'en haut, reconnaît en celui qui se présente le Fils de Dieu, celui dont il avait dit : « Il est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer le cordon de sa chaussure » (1), il se refuse avec force à lui conférer le baptême de pénitence : « C'est moi qui devrais être baptisé par vous, et vous, vous venez à moi ! » Mais que lui répond le Christ ? « Ne t'y oppose pas en ce moment, c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice » (2).

    Quelle est cette justice ? - Ce sont les humiliations de l'adorable humanité de Jésus, qui, en rendant un hommage suprême à la sainteté infinie, constituent la solde plénière de toutes nos dettes envers la justice divine. Jésus, juste et innocent, prend la place de toute la race pécheresse (3) ; et, par son immolation, il est devenu « l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde » (4) ; la « propitiation pour tous les crimes de la terre » (5) ; c'est ainsi qu' « il accomplit toute justice ».

    Lorsque nous méditons cette profonde parole de Jésus, humilions-nous avec lui ; reconnaissons notre qualité de pécheurs ; et, surtout, renouvelons le renoncement au péché qui a marqué notre baptême. [...]

    - Vous savez que le caractère de baptisé demeure indélébile au fond de notre âme ; et quand nous réitérons les promesses faites à l'heure de notre initiation, une vertu nouvelle jaillit de la grâce baptismale pour affermir notre pouvoir de résistance à tout ce qui conduit au péché ; les suggestions du démon et les séductions du monde et des sens ; c'est à ce prix que nous pouvons sauvegarder en nous la vie de la grâce.

    Par là aussi, nous témoignerons au Christ Jésus notre vive reconnaissance de ce qu'il s'est chargé de nos iniquités pour nous en délivrer. »

    1. Luc. III, 16. - 2. Matth. III, 14. - 3. Petr. III, 18. - 4. Joan. I, 29. - 5. Ibid. II, 2.

    Bx Columba Marmion (1858-1923), Le Christ dans Ses Mystères (ch. X, I), Abbaye de Maredsous, Desclée de Brouwer & Cie, Paris, 1937 (Quatre-vingtième mille).

    Bapteme-Christ_Navarrette_1a.jpg

    Juan Fernández Navarette (1526-1579), Le Baptême du Christ
    Musée du Prado, Madrid (Espagne)

  • Méditation - « Jésus, doux et humble de coeur... »

    « « Un jour d'hiver, le charpentier de Nazareth, encore ignoré de tous, se présenta sur les bords du Jourdain, mêlé à la foule... Chose étrange (1) et pourtant certaine, son cousin Jean ne le connaissait pas personnellement » (Prat, I, 160)

    Averti peut-être par une voix intérieure, Jean reconnaît alors Jésus qui vient à lui humble et modeste, qui s'avance au milieu des pénitents coupables d'injustices ou de violences, de luxure ou de fraude. Il ne peut retenir un cri de surprise quand il voit le fils de Marie descendre à son tour dans le fleuve et s'incliner comme les autres : « Comment ! c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! - Laisse-moi faire, répond Jésus, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (Matthieu III, 14-15).

    Je contemplerai longuement et avec amour le divin Sauveur, car il est là pour moi. Je me dirai que cet homme si humilié, perdu au milieu des pécheurs, et qui semble par son geste s'avouer pécheur, c'est le Maître du monde, à qui tout pouvoir a été donné sur terre et dans les cieux (Matthieu XXVIII, 18).

    Pourquoi cette démarche, cette humiliation incroyable de l'Agneau de Dieu, de Celui qui est non seulement innocent, mais le modèle et le réparateur de toute innocence ?...

    Si Jésus, fils de Marie, est innocent, le Christ, nouvel Adam, est le chef d'une société de pécheurs ; il est la tête d'un corps mystique dont les membres, couverts de souillures, ont grand besoin de baptême et de rédemption.
    Le Chef vient purifier les membres. Le Christ va expier l'orgueil des chrétiens. Son baptême sera le premier acte public, solennel, de son ministère de réparation. « En se soumettant à cette cérémonie humiliante, il prétend « accomplir toute justice », agir en parfaite conformité avec la volonté de son Père céleste. Sans attendre le Calvaire, Jésus a pris sur lui nos iniquités. Le baptême, qui ouvre la prédication de l’Évangile, inaugure aussi l’œuvre publique d'expiation et de réparation, dont l'Incarnation a marqué le principe secret » (Huby, saint Marc, p. 13). C'est donc pour moi que Jésus s'abaisse de la sorte, pour réparer mes désobéissances et mes péchés d'orgueil. Que dirai-je, que lui offrirai-je pour témoigner ma reconnaissance ? A tout le moins la résolution de mieux accepter les petites humiliations qu'il m'enverra (2).

    Je demanderai au Père céleste de réformer intérieurement mon cœur d'après celui de Jésus, et de me faire comprendre que, si le baptême est le premier et le plus nécessaire des sacrements, l'humilité lui ressemble et peut être considérée en quelque manière comme la clef des autres vertus. »

    1. Voir Jean I, 33. - 2. « Toutes les visions, révélations et délices du ciel, malgré le vif attrait qu'elles exercent sur l'homme spirituel, ne valent pas le moindre acte d'humilité. » (Saint Jean de la Croix, Maxime 335).

    P. J.-B. Gossellin s.j., Sujets d'oraison pour tous les jours de l'année, Tome III (Le Baptême du Christ), 3e édition, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1950.

    Bapteme-Christ_2a.jpg

  • Méditation - Clarté divine

    « Il est sûr qu'une clarté divine se lève sans cesse en nos âmes et les appelle à Jésus. Les scènes évangéliques sont toutes des modèles que nous avons à reproduire et à vivre plus ou moins. Notre existence terrestre est une perpétuelle invitation de Dieu à venir à Lui, et dans chacun des évènements la composant nous pouvons reconnaître un signe du ciel. Ce qui manque, c'est la foi, discernant ce signe et sachant découvrir la tendresse infinie sous les apparences créées dont elle s'enveloppe. Dieu parle toujours, mais nous ne l'entendons presque jamais.

    Pourquoi si peu d'hommes ont-ils aperçu l'étoile d'Orient ? Pourquoi si peu ont-ils entendu le chant des anges ? Parce que Dieu n'a pas fait briller pour les uns son astre miraculeux ? ou pour les autres retentir ses harmonies célestes ? Évidemment non ; Dieu s'est offert à tous et ne désire rien tant que de se donner à tous. Mais Il ne s'impose à personne. Seuls les yeux qui s'ouvrent, les cœurs qui se livrent peuvent Le contempler et L'accueillir. Et seuls s'ouvrent à ses clartés les yeux sachant, quand il faut, se fermer aux vaines lumières, comme seuls se livrent à ses tendresses les cœurs sachant se refuser aux sollicitations des créatures. Les développements de la vie se font peu à peu, par étapes successives et ces étapes sont des renoncements.

    Ces renoncements créés ne vont pas sans sacrifice. Quels efforts ont dû consentir les Rois Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n'en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s'exposait à des dangers. Sur la seule indication d'un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu'à l'appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

    La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l'habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n'avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l'égard d'un évènement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d'esprit de Jérusalem les Mages n'aient pas rebroussé chemin.

    La seconde récompense est positive : c'est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L'étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n'y a plus qu'à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su Lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on L'a rejoint, le regard de foi seul Le découvre et s'en empare. »

    Dom Augustin Guillerand (1877-1945), Vivantes clartés (Épiphanie), Roma, Benedettine di Priscilla, 1964.

    adoration-des-mages_domingos-sequeira_1a.jpg

    Domingos Sequeira (1768-1837), Adoration des Mages
    Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne (Portugal)

    (Crédit photo)

  • Méditation - Effets merveilleux de la vocation des mages

    « Les mages, avant l'apparition de l'étoile, vivaient dans les ténèbres de la gentilité, et probablement leur vie laissait bien à désirer. Mais sitôt qu'ils ont vu l'étoile et entendu la grâce qui les appelle, ils se convertissent, quittent tout pour être entièrement à Jésus-Christ, et se livrent à la grâce pour la suivre avec simplicité et courage. A dater de ce moment, ce ne sont plus des hommes du monde, ce sont des hommes tout célestes ; ils vivent et meurent en saints, tellement que depuis dix-huit siècles l’Église leur rend un culte public et les honore du titre de saints. La cathédrale de Cologne conserve leurs corps avec respect, et les fidèles aiment à aller prier devant leurs restes vénérables.

    Pourquoi ne correspondons-nous pas comme eux à notre sainte vocation ? pourquoi tant tenir au monde ? pourquoi ne pas le quitter, au moins d'affection, méprisant ce qu'il estime, estimant ce qu'il méprise, haïssant ce qu'il aime et aimant ce qu'il hait ? Pourquoi, après tant de sollicitations de la grâce qui nous presse, écouter encore la lâcheté qui nous retient, le caprice qui change, la paresse qui ne veut pas se gêner et l'amour-propre qui s'idolâtre ? Que ce bel exemple des mages nous réveille enfin, et nous fasse entrer dans une vie meilleure. »

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année, Tome I (6 janvier, Vocation des mages, Second Point), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

    adoration-des-mages_2b.jpg

    « La ville de Cologne ne serait pas ce qu'elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l’Église célèbre toute l'année, en un sens, la fête de l’Épiphanie ! C'est pourquoi, avant de m'adresser à vous, chers habitants de Cologne, j'ai voulu me recueillir quelques instants en prière devant le reliquaire des trois Rois Mages, rendant grâce à Dieu pour leur témoignage de foi, d'espérance et d'amour. Parties de Milan en 1164, les reliques de ces Sages d'Orient, escortées par l'Archevêque de Cologne, Reinald von Dassel, franchirent les Alpes pour arriver à Cologne, où elles furent accueillies avec de grandes manifestations de liesse. Se déplaçant à travers l'Europe, les reliques des Mages ont laissé des traces évidentes, qui subsistent encore aujourd'hui dans les noms de lieu et dans la dévotion populaire. Pour les Rois Mages, Cologne a fait fabriquer le reliquaire le plus précieux de tout le monde chrétien et a élevé au-dessus de lui un reliquaire encore plus grand : la Cathédrale de Cologne. Avec Jérusalem, la "Ville Sainte", avec Rome, la "Ville éternelle", avec Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, Cologne, grâce aux Mages, est devenu au fil des siècles un des lieux de pèlerinage les plus importants de l'Occident chrétien. »

    Benoit XVI, extrait du discours prononcé lors de sa visite à la Cathédrale de Cologne, à l'occasion des XXe Journées Mondiales de la Jeunesse, le 18 août 2005.

    abbé hamon,epiphanie,mages,étoile,vocation,grâce

    Châsse des Rois Mages dans la Cathédrale de Cologne
    (Crédit photo)

  • Méditation - « On lui donna le nom de Jésus » (Mt 1, 21 ; Lc 2, 21)

    « Jésus. Tel est le Nom très saint, le seul Nom en lequel nous puissions être sauvés (1). Chaque fois que je le prononce avec foi, chaque fois que mon cœur le chante, que tout mon être l'adore, c'est mon Sauveur que j'appelle, c'est à l'Auteur de la vie éternelle que je crie, dirigeant vers Lui, dans cette attente, toutes les énergies de mon être.

    Jésus ! Voilà la Pierre d'angle de l'immense édifice du salut, du temple de ma sainteté.

    Jésus ! Tel est le Nom admirable et saint que j'adore, qui fait exulter le ciel, espérer la terre et trembler l'enfer. C'est le seul devant lequel ma foi s'agenouille, s'incline et se prosterne.

    Jésus ! Ô doux souvenir (2), le seul souvenir qui donne des joies véritables. Jésus ! Nom plus doux que le miel, plus suave que toutes choses quand il s'incarne, pour ainsi dire, et pénètre dans ma pensée.

    Jésus ! Nom en qui le repentir espère, qui est toute bonté pour qui t'implore, si bon pour qui te cherche, et surtout pour qui te trouve. Celui-là seul peut l'exprimer qui l'expérimente.

    Jésus ! Quand ton souvenir me visite et pénètre mon cœur, alors, c'est la Vérité qui l'inonde de lumière, c'est le monde qui lui apparaît en toute sa vanité ; c'est alors l'amour qui brûle dans mon âme devenue fournaise, une fournaise d'amour.

    Jésus ! Nom très doux, espoir de mon âme qui soupire après toi. Regarde mes larmes qui te cherchent, entends le cri poussé des profondeurs de mon être.

    Jésus ! Reste avec moi, ô Lumière ; car la nuit tombe et mon jour est sur son déclin. Délivre-moi de mes ténèbres, ô Jésus, rassure-moi dans ma cécité.

    Jésus ! Je t'ai goûté et je reste affamé. Je t'ai bu comme à la source de Dieu et j'ai toujours soif. Qui t'a goûté, qui s'est enivré de la sorte, ce cœur-là ne peut plus que te désirer.

    Jésus ! Ô Lumière, ô Nourriture, ô Remède céleste ! Je t'adore, Nom descendu du sein paternel, manifesté à Gabriel, révélé à Marie, à Joseph ! Toute sainteté ici-bas, n'est qu'un rayon lointain de ta fulgurance éternelle.

    Jésus ! ô Jésus ! et toujours Jésus !... »

    1. Épitre. - 2. Hymne des Vêpres.

    Dom Eugène Vandeur (1875-1967), Élévations sur la Messe de chaque jour, Noël, Épiphanie (Le Très Saint Nom de Jésus-Christ), Éditions de Maredsous, Namur, 1955.

    IHS_18a.jpg

  • Méditation - « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » (Jn 14,27)

    « Vous dites que c'est votre paix : d'abord, afin que la reconnaissant à ses vrais caractères, on l'estime à son juste prix, et qu'on ne la confonde point avec d'autres ; car il y en a une autre, ô Jésus, celle que vous indiquez en disant : « Je ne vous donne pas ma paix comme le monde donne la sienne ». Ma paix est élevée et attire toujours en haut, celle du monde est basse et fait toujours descendre. Ma paix est pure ; celle du monde ne l'est point et pousse aux choses honteuses. Ma paix délivre ; celle du monde rend esclave ; ma paix est vraie et profonde, celle du monde n'est qu'à la surface et elle trompe ceux qu'elle a séduits ; ma paix trempe fortement les âmes et les rend vigoureuses, celle du monde les amollit. Ma paix est lumineuse ; elle ouvre l’œil de l'intelligence et augmente la portée de son regard ; celle du monde n'est qu'un nuage précurseur de la nuit ; elle tue la foi, obscurcit la raison, et fausse la conscience. Ma paix fait que l'âme résiste à tout, celle du monde fait qu'elle cède à peu près toujours. Ma paix dilate en Dieu, celle du monde fait que l'homme se resserre, s'étiole et devient son Dieu à lui-même. Ma paix enfin sauve l'âme, celle du monde la perd.

    Il est bien vrai, ma paix est attaquée, et plus que celle du monde ; elle est niée, calomniée et persécutée. On ne la garde qu'en la défendant, surtout contre le monde qui la hait, la combat et voudrait l'abolir. Mes pacifiques à moi sont forcément des victorieux ; ceux du monde sont vaincus, même quand ils triomphent ; cependant on dirait que souvent ils triomphent. Ils sont flattés, caressés, exaltés ; les miens sont honnis. Ma paix et la sienne sont donc très différentes, pour mieux dire elles sont toutes contraires ; c'est pourquoi je ne donne point ma paix comme le monde donne la sienne. Je donne ma paix en disant toute la vérité ; le monde donne la sienne en dérobant la vérité sous des amas de mensonges. Je donne ma paix en montrant ici-bas ma croix, là haut le ciel et l'éternité ; le monde donne la sienne en se taisant sur l'éternité, en ne parlant que de la vie présente et en traitant ma croix comme une folie, un scandale, quelque chose enfin d'exécrable et qu'il faut détruire à tout prix.

    Je vous préviens donc tous, afin que vous ne vous mépreniez ni sur moi, ni sur mes promesses, ni sur mes dons, ni sur mes voies, ni sur le sort qui vous attend en ce monde et en l'autre. C'est ma paix à moi que je vous donne. Votre destin ici-bas doit être mon destin ; le disciple sera traité comme l'a été le Maître ; la loi qui régit le chef régira aussi tous les membres. Mais vous savez qui je suis et vous verrez bientôt où ma Passion me mène. « Que votre cœur ne se trouble donc point » ; fermez-le à la crainte. Le monde vous pressurera, vous tourmentera, vous tuera ; restez en paix, gardez ma paix : « J'ai vaincu le monde », et « là où je vais être, vous y serez aussi avec moi » ; et alors, où sera le monde, et que sera devenue sa fausse paix ? »

    Mgr Charles Gay (1814-1891), Élévations sur la vie et la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Tome II (Soixante-seizième élévation), Oudin Frères, Poitiers - Paris, 1879.

    lac_soleil_4a.jpg

  • Méditation - Faisons fructifier notre temps

    « Seigneur, si je parcours du regard cette année écoulée, année que votre divine providence m'avait accordée pour augmenter en moi votre amour, je ne puis que me lamenter quand je constate une nouvelle fois combien je Vous ai peu aimé, ô mon Dieu ! Comme j'ai mal employé mon temps !

    Ô comme mes désirs ont tardé à s'enflammer, et comme Vous avez commencé de bonne heure, ô Seigneur, à m'amener à Vous et à m'appeler, pour que je me consacre à Vous tout entière ! Est-ce que, par hasard, ô Seigneur, vous abandonneriez le misérable, ou bien éloigneriez-Vous le pauvre mendiant quand il veut se rapprocher de Vous ? Est-ce que, par hasard, ô Seigneur, il y aurait des limites à vos grandeurs et à la magnificence de vos œuvres ? Ô mon Dieu et ma Miséricorde, comme il Vous serait facile de manifester aujourd'hui en votre servante les trésors de votre amour ! Vous êtes tout-puissant, ô grand Dieu ! Montrez donc maintenant si mon âme se comprend bien, quand elle considère le temps qu'elle a perdu, et affirme que vous pouvez en un instant le lui faire regagner. Mais il semble que je déraisonne, car le temps perdu ne saurait, dit-on, se recouvrer.

    Mais béni soit mon Dieu ! ô Seigneur, je confesse votre grand pouvoir. Si Vous êtes tout-puissant et Vous l'êtes certainement, qu'y a-t-il d'impossible à Celui qui peut tout ?

    « Vous le savez bien, ô mon Dieu, malgré toutes mes misères, je n'ai jamais cessé de reconnaître la grandeur de votre pouvoir et de votre miséricorde. En cela, je ne Vous ai point offensé ; ô Seigneur, que ce me soit un titre auprès de Votre bonté ! Réparez donc, mon Dieu, le temps que j'ai perdu, donnez-moi votre grâce pour le présent et pour l'avenir, afin que je paraisse devant Vous revêtue de la robe nuptiale. Si Vous le voulez, Vous le pouvez » (Thérèse de Jésus, Exclamations IV). »

    P. Gabriel de Ste Marie-Madeleine, Intimité Divine Tome I (31 décembre, Colloque), Monastère des Carmélites Déchaussées, Librairie du Carmel, 1963.

    sablier_5a.jpg

  • Méditation - La Sainte Innocence

    « Veux-tu, ô mon âme, comprendre Jésus-Enfant ? Veux-tu t'embraser d'amour pour Lui ? Fais-toi de la race des Saints Innocents ; tiens-toi sans tache devant le trône de ce Dieu que tu adores, devant cette crèche qui est son trône, en ce Noël du Béni.

    La vraie beauté d'une âme, la seule dans laquelle un Dieu pourrait se mirer, c'est son innocence. Innocence de l'esprit qui adore la Vérité, innocence du cœur qui brûle de se l'assimiler totale ; c'est la virginité de l'être sans mensonge devant la Majesté du Seigneur.

    Pour mener et garder avec Dieu des relations étroites, des rapports que rien ne trouble, il suffit d'être sans tache à ses yeux ; il importe d'être vrai, sans ombre de mensonge.

    Le monde entier est placé dans le mensonge ; je parle de ce monde qu'a maudit Jésus-Christ ; il n'est pas innocent dans ses pensées, il ne l'est pas davantage dans son cœur. Il fuit la lumière qui le condamne ; il a horreur de la pureté qui le reprend. Le monde ne peut s'arrêter devant la crèche du petit Jésus, où seuls adorent l'innocence et le repentir.

    Secoue, ô mon âme, la chaîne terrible de ce monde. Échappe au filet de cet oiseleur maudit qui cherche à s'emparer du passereau du bon Dieu. Échappe-toi, fuis à tire d'aile vers Bethléem. C'est le trou de la pierre qui délivre, qui protège et qui cache.
    [...]
    Chante, ô toi, qui par ton baptême, as conquis ta liberté en Jésus-Christ, chante donc et dis : Comme le passereau, j'ai échappé au filet de l'oiseleur ; le filet a été rompu, et me voilà en pleine liberté, celle des enfants de Dieu (1).

    Sois vraie, sois pure. Ne fuis pas la Lumière qui illumine Bethléem. Entre, là, près de Jésus qui te tend les bras, et t'accueille comme les Innocents, témoins de sa naissance. Ô Jésus, gardez mon innocence, celle de mon esprit, celle aussi de mon cœur ! »

    1. Offert.

    Dom Vandeur (1875-1967), Élévations sur la Messe de chaque jour, Noël, Épiphanie (Octave des Saints Innocents), Éditions de Maredsous, Namur, 1955.

    Vierge_a_l-Enfant_Rubens_2a.jpg

    Peter Paul Rubens (1577–1640), La Vierge à l'Enfant entourée des saints Innocents
    Musée du Louvre, Paris

    (Crédit photo)

  • Méditation - Saint Etienne, protomartyr

    « Saint Étienne est le premier qui ait souffert la mort pour Jésus-Christ ; c'est-à-dire qu'il a été le premier témoin de la divinité de Jésus-Christ ; le premier confesseur de son nom, le premier martyr de son Évangile, le premier combattant des armées de Dieu, en un mot, le premier héros du christianisme et de la loi de grâce. Ainsi l’Église le reconnaît-elle dans la solennité de ce jour. Et afin que vous ne pensiez pas que cette primauté soit un vain titre qui n'ajoute rien au mérite du sujet, souvenez-vous de ce qui arriva en figure au peuple juif, lorsque, poursuivi par Pharaon, il se trouva réduit à la nécessité inévitable de traverser la mer Rouge, pour se délivrer de l'oppression et de la servitude des Égyptiens. C'est saint Chrysostome qui fait cette remarque. Moïse, par une vertu divine, ayant étendu sa main sur les eaux, les avait déjà divisées, et montrait aux Israélites, dans la profondeur de cet abîme qui venait de s'ouvrir à leurs yeux, le chemin qu'ils devaient prendre, et qui les devait sauver. Toutes les tribus étaient rangées en ordre de milice ; mais, quelque confiance qu'ils eussent tous dans la protection de leur Dieu, chacun frémissait à la vue de ce passage ; les flots élevés et suspendus de part et d'autre faisaient trembler les plus hardis. Que fait Moïse ? Pour les rassurer et les fortifier, il marche le premier, il entre dans ce gouffre affreux, le franchit, arrive heureusement à l'autre bord, et détermine, par son exemple et par son intrépidité, tout le reste du peuple à le suivre : figure dont voici l'accomplissement dans saint Étienne. Le Sauveur du monde, qui fut souverainement et par excellence le conducteur du peuple de Dieu, mourant sur la croix, avait ouvert à ses élus, pour arriver au terme du parfait bonheur, une voie aussi difficile que nouvelle ; savoir, la voie du martyre, qui, selon la pensée des Pères, devait faire, par l'effusion du sang, comme une espèce de mer Rouge dans l’Église. Un nombre infini de Chrétiens étaient destinés à essayer, si je puis parler de la sorte, le passage de cette mer ; mais parce qu'ils étaient faibles, il fallait les encourager et les soutenir. Qu'a fait Dieu, ou plutôt qu'a fait saint Étienne, suscité de Dieu pour être leur chef après Jésus-Christ ? Comme un autre Moïse, il s'expose le premier, il marche à leur tête, il les attire par son exemple, en leur faisant voir que la mort endurée pour Dieu, que la voie du sang répandu pour le nom de Jésus-Christ, est un chemin sûr qui conduit à la gloire et à la vie : et voilà ce qui lui acquit la qualité de prince des martyrs. Après lui, tous les autres sont devenus inébranlables, et les plus sanglantes persécutions ne les ont point étonnés, mais ils marchaient sur les pas de saint Étienne ; c'était saint Étienne qui les animait tous ; et, s'il m'est permis de le dire, ils participaient tous à la plénitude de sa force : Plenus fortitudine.
    [...]
    Or, pour nous appliquer ceci, Chrétiens, savez-vous ce qui m'afflige ? C'est la comparaison que je fais de notre lâcheté avec cette force héroïque de saint Étienne. Je dis de notre lâcheté, soit dans les maux de la vie que nous avons à supporter, soit dans les biens dont nous avons à user, puisque dans l'un et dans l'autre état, nous la faisons également paraître : car voilà, mes chers auditeurs, ce que nous devons aujourd'hui nous reprocher devant Dieu. Saint Étienne, avec un courage invincible, a soutenu le plus rigoureux martyre, et nous, dans les moindres épreuves, nous témoignons des faiblesses honteuses ; une légère disgrâce, une contradiction, une humiliation, nous fait perdre cœur ; et de là viennent ces abattements, ces chagrins, ces impatiences et ces désespoirs où notre vie se passe. De là ces troubles qui nous agitent, qui nous désolent, qui nous ôtent toute attention à nos devoirs les plus essentiels, qui nous causent de mortels dégoûts pour les plus saints exercices de la piété, qui nous mettent dans une espèce d'impuissance de nous élever à Dieu, qui ébranlent jusqu'aux fondements de notre foi, et qui nous font non seulement croire que Dieu nous abandonne, mais souvent douter s'il y a un Dieu et une Providence ; ne considérant pas, aveugles et insensés que nous sommes, et ne voyant pas que c'est par là même que nous devons être convaincus qu'il y a un Dieu qui nous gouverne, et une Providence qui veille sur nous, puisqu'il est vrai qu'à notre égard, comme à l'égard de saint Étienne, les persécutions et les croix sont la précieuse matière dont notre couronne doit être formée, que sans cela le royaume de Dieu ne serait plus cette place de conquête qui ne peut être emportée que par violence ; que c'est pour cela que nous sommes les enfants des saints, et que nous n'avons pas encore résisté, comme eux, jusqu'à verser du sang. »

    Louis Bourdaloue (1632-1704), Sermon pour la fête de Saint Étienne, Deuxième Partie. In Œuvres complètes, Vol. III, Publiées par les Prêtres de L'Immaculée Conception de Saint-Dizier (Haute-Marne), Tours, Cattier, Libraire-Editeur, 1864.
    Texte intégral de ce Sermon à l'Abbaye Saint Benoît de Port-Valais (Suisse).

    Bourdaloue,sermon,St Etienne,diacre,premier,martyr,protomartyr

  • Méditation - Les leçons de Noël

    « Regardez le dénuement du Verbe ; Celui qui est la parole se tait : in-fans. Nous voilà plongés dans l'anonymat d'une vie ignorée de tous, mais cet enfant qui vagit doucement, c'est Lui qui gouverne le monde, c'est Lui qui maîtrise les étoiles. Dieu voile sa grandeur sous les dehors les plus ordinaires ; ainsi en sera-t-il à Nazareth pendant les trente ans de vie cachée. Pourquoi nous-mêmes nous offusquer lorsque les autres font peu de cas de notre personne ? Il devrait nous suffire d'être des porteurs de Dieu, et de revivre, dans sa somptuosité, la richesse infinie du mystère.

    Voyez les bergers. Ce ne sont pas les savants et les psychologues que Dieu a conviés aux premières places des banquets des noces, mais des pauvres gens passablement grossiers, qui se disputent parfois au sujet d'une bête de leur troupeau, perdue ou blessée. Seulement ils ont cru à la parole de l'ange : ils ont dévalé les pentes qui menaient à l'étable ; ils ont entendu le concert des Bienheureux, là-haut dans le ciel, sans se croire victimes d'une hypnose collective ! Ils ont cru. Simplement. Ils ont reçu la grâce insigne de voir le Verbe Incarné, le petit corps bien droit et les yeux encore fermés ; ils ont vu Marie, le Miroir de Justice, le silence de Marie, qui est le sommet de l'univers créé. Ils sont devenus des hommes de vie intérieure ; ils sont nos modèles. Ah ! comme je voudrais ressembler aux bergers !

    Voyez les anges. Totalement libres, ils adorent, ils louent, ils chantent l'infinie bonté de Dieu, ils forment sa cour céleste ; ils montrent qu'il n'y a rien d'autre à faire sinon devenir des louanges de gloire ; ils montrent que la suprême humilité est de s'oublier dans l'admiration et de se cacher dans la lumière. Telles sont les leçons de Noël. - N'est-ce pas là la vocation de tout chrétien, et la vôtre en particulier ? Je vous exhorte donc à puiser intensément dans le trésor des grâces de Noël ; vous y trouverez en toute sa profondeur, la vérité de l'esprit filial, la pauvreté des bergers, le silence de Marie, l'exultation des anges. Et comme eux, vous annoncerez avec douceur que la Paix de Dieu descend sur les hommes de bonne volonté. »

    Dom Gérard (1927-2008), Benedictus. Écrits spirituels, Tome I (N°280 - Février 1984. Noël continue), Éditions Sainte-Madeleine, Le Barroux, 2009.

    nativite_32a.jpg

    (Crédit photo)

  • Méditation - La Très Sainte Nuit de Noël

    « « Sainte nuit, sur les ailes des anges tu t'approches doucement de la terre. » Nuit vers laquelle soupiraient les peuples, nuit qui pour tous ceux qui l'attendaient devint véritable jour de lumière. « Quand tout reposait dans le plus profond silence et quand la nuit eût atteint la moitié de sa course, alors ton Verbe tout puissant, Ô Seigneur, vint du ciel de son trône royal. »

    Le peuple croyant se sert de termes inspirés par l'Esprit-Saint pour prier durant cette sainte veille à l'heure de minuit : « Et le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous. »

    Le Verbe éternel, le Fils de Dieu, s'est fait chair. « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui. Parmi les splendeurs des Saints je t'ai engendré avant l'aurore. » Profonde, insondable est la génération du Fils dans le sein du Père. « Alléluia, Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui. »

    Le saint Évangile dit : « Or il arriva pendant qu'ils étaient là, que les jours où Marie devait enfanter furent accomplis. Et elle engendra son fils premier né et elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. » Le Verbe s'est fait chair. La Vierge mère a conçu du Saint-Esprit et aujourd'hui, après neuf mois, elle met au monde le fruit béni de ses entrailles virginales, Jésus. Comme au matin de la Résurrection Il a surgi du tombeau scellé, Il sort aujourd'hui du sein de Marie. Marie est restée vierge après la naissance, comme elle l'était auparavant. Jésus a apparu le premier né et l'unique enfant de la Vierge ; Marie est Mère de Dieu.

    « Et voici que l'Ange de Dieu apparut et il leur dit : Ne craignez point. Il nous est né aujourd'hui dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Au même instant il se joignit à l'ange une troupe de l'armée céleste louant Dieu et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. »

    Aujourd'hui, après deux mille ans, le Seigneur va renaître pour nous, à Bethléem, dans la maison du Pain, sur l'autel au moment de la Consécration. Aujourd'hui s'accomplira le désir de mille et mille années, le Fils de Dieu, Jésus, nous apparaît comme Il règne au ciel, l'Homme-Dieu environné de gloire. Aujourd'hui, durant la nuit sainte, se chante le « Gloria in excelsis Deo ». Pour nous aujourd'hui Jésus rend gloire à son Père et le nôtre à la sainte Messe. Par Jésus nous pouvons dire : Gloire soit à Dieu, Honneur absolu et parfait. Par sa naissance, son œuvre et sa mort le Sauveur rend gloire à son Père.

    Et paix aux hommes de bonne volonté. Paix aujourd'hui à tous les hommes durant cette sainte nuit. Lui-même est notre paix. Accueillons Jésus, notre Paix, dans la crèche de notre cœur. Fêtons la Noël dignement par une sainte Communion, car communier c'est recevoir l'Enfant-Jésus.

    « Nous vous en supplions, Seigneur, qu'elle soit agréée de vous, l'offrande que nous vous faisons en la fête d'aujourd'hui, en sorte que votre grâce s'épanchant avec largesse, nous devenions par le fruit de ce commerce saint, conformes à Celui en qui notre substance vous est unie. » »

    Toute l'année avec le Christ (La Très Sainte Nuit de Noël), par les Bénédictins de l'Abbaye de Notre-Dame d'Einsiedeln, Traduction des Bénédictins de l'Abbaye Ste-Marie de la Pierre-Qui-Vire, Comptoir Français du Livre, Paris / Bruxelles, 1936.

    nativite_correggio_1a.jpg

    Antonio da Correggio (1490–1534), La Sainte Nuit
    Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde (Allemagne)
    (Crédit photo)

  • Conte de Noël

    "Celui de Noël"

    I.
    Depuis deux longs jours, une neige épaisse
    Implacablement descendait sans cesse,
    En flocons serrés, du ciel morne et blanc ;
    Les petits oiseaux voletaient, piaulant,
    Ayant faim, perdus dans la plaine immense
    Et transis, gelés, les membres perclus,
    S’effaraient, ne s’y reconnaissant plus.
    Il faisait très froid. – Nul bruit. – Un silence
    Énorme de mort. – Et l’on aurait dit
    Que tout le hameau dormait engourdi.

    II.
    Au bout du pays, presque à la lisière
    D’un grand bois sauvage, en un chemin creux,
    Dans une vilaine et triste chaumière,
    Vivait un bonhomme infirme, très vieux
    Et très pauvre, avec sa petite Yvette,
    Une toute frêle et douce fillette
    D’à peine dix ans. – Il ne travaillait
    Presque plus, trop faible. - Et dans sa détresse
    Le piteux logis sous la neige épaisse,
    Semblait tout honteux, se dissimulait.

    III.
    Or c’était Noël. Tout au soir, la veille,
    La mignonne Yvette, entendant conter
    Sur cette nuit là d’étranges merveilles,
    S’en était allée en secret porter
    L’un de ses souliers – oh ! de cheminée
    On n’en avait pas – dehors, sous l’auvent.
    Elle s’était dit qu’en l’apercevant
    Le petit Jésus, faisant sa tournée
    Avec des joujoux très beaux pleins les bras,
    Très probablement ne l’oublierait pas.

    IV.
    Et quand il fit jour, un peu, la fillette
    Se leva sans bruit et vite alla voir…
    Or dans le soulier, étroite cachette,
    Un chardonneret, tout troublé, le soir,
    S’y étant blotti, dormait. - Douce et bonne,
    Elle prit l’oiseau dans sa main mignonne
    Et le réchauffa – puis vint lui jeter
    Un peu de pain blanc, joyeuse et ravie
    De voir le pauvret renaître à la vie
    Et tout rassuré, se mettre à chanter.

    V.
    Lors, en le voyant plein de confiance,
    La petite en eut un bonheur immense
    Et comprit : pour sûr, c’était le présent
    Que Jésus avait bien voulu lui faire…
    Pourquoi pas ?… Dieu garde à toute misère,
    À toute souffrance un baume puissant,
    Une joie au moins, bonne et consolante,
    Celle d’alléger quelque autre douleur,
    Quelque autre infortune encor plus navrante…
    C’est si doux d’aimer et d’avoir bon cœur !

    René Véber, Contes pour la Beauvaisienne, Première Série, Beauvais, 1896.

    chardonneret_1.jpg

  • Méditation - La vie de Jésus en Marie et en chacun de nous

    « Durant neuf mois, le Verbe incarné a été caché dans le sein de Marie. Il y résidait avec la même gloire, la même puissance qu'au ciel, et y régnait souverainement. C'est de toute la création, le lieu le plus cher à son amour et le sanctuaire où la majesté divine a été plus parfaitement honorée. Marie, en laquelle se passent de si grandes choses, peut dire avec vérité à Dieu le Père comme à son Fils consubstantiel : « Tout ce qui est à vous est à moi, et tout ce qui est à moi est à vous ! » Comme Dieu a comblé le Verbe incarné de dons éminents faits à lui seul, de même Jésus-Christ remplit l'âme de sa mère de grâces incommunicables à aucune autre créature. Recevant d'elle sa vie humaine, il lui communique sa vie divine et l'établit par avance mère de toute l'Église. Jésus n'ayant été aimé de personne sur la terre autant que de Marie, conjurez-la de vous donner son coeur pour aimer votre Dieu-Sauveur, et priez-la d'être votre interprète pour remercier sa divine majesté de toutes les grâces qu'il vous a faites et surtout de vous avoir appelé à la communion fréquente.

    Par la communion fréquente, Jésus habite en vous d'une manière qui a quelque rapport à sa vie dans le sein de Marie, seulement elle est accidentelle et passagère. Mais les grâces que sa présence vous apporte demeurent pour que vous les fassiez valoir par votre coopération. Étudiez donc attentivement la conduite de Marie pendant qu'elle portait Jésus dans son sein : imitez son recueillement, son silence, son application à la présence du Dieu si intimement uni à elle, sa docilité à l'action qu'il lui imprimait. Dégagez-vous des créatures, parce que si la dissipation vous sortait de vous-même où Jésus vit en vous comme en lui-même, vous perdriez les grâces de cette incompréhensible union ! A la communion, Jésus est vraiment votre Dieu-Sauveur, puisqu'il ne se donne à vous que pour procurer efficacement votre salut. Et comme toutes les grâces qu'a reçues Marie venaient de sa proximité avec le Verbe incarné, demandez à Jésus que votre cœur soit un petit temple toujours cher à son amour, et pour le lui rendre agréable, tâchez de ne mettre jamais d'obstacle aux grâces qui vous seront communiquées par l'adorable Eucharistie. »

    [P. Eusèbe Godfroy s.j. (1817-1889), publié par la Comtesse Hyacinthe d'Hoffelize], La vie de N.-S. Jésus-Christ méditée pour tous les jours de l'année... (3ème semaine de l'Avent, Jeudi I & III), par l'auteur des "Avis spirituels", Tome premier, Paris, Charles Douniol, 1868.

    Vierge-Marie_icone-birth_1a.gif

    Crédit photo - The Helper in Childbirth

  • Conte de Noël

    Elles s’en vont, Ninon, Ninette, Nina, jupette rouge et bonnet pareil, six petits sabots claquant sur la terre gelée.

    « Vite, vite, les sœurettes, car le jour baisse, dit Ninette, la plus sage.

    – Vite, vite, répond Ninon, la plus ardente, car un grand travail nous attend.

    – Vite, vite, murmure Nina, la plus douce, car Mère a dit qu’on ne s’attarde pas. »

    Et les six petits sabots martèlent en chœur : « Vite, vite, vite, vite, les petites sœurs. »

    Mais que c’est donc lourd, tout ce qu’elles portent, les sœurettes !… Et encombrant, donc !… Elles en ont plein les poches, et plein le giron, dans les mains, dans les bras et jusque sous le menton… Il y a du gui, de la mousse, du houx, du lierre, de la paille, du foin et du sapin… À peine voit-on, dans toute cette verdure, trois frimousses rondes et rouges comme des pommes d’api, éclairées de blanches quenottes et de petits yeux de souris…

    « Elle sera belle, notre crèche…

    – Et grande, donc… avec un toit de paille craquante… et des nids de mousse dans le rocher ; un grand sapin derrière, une touffe de houx sur le côté, du lierre qui grimpe jusqu’au toit…

    – Et puis un râtelier de carton pour l’âne de saint Joseph et le gros bœuf rouge et blanc…

    – Ce sera beau !…

    – Ce sera grand !…

    – Jésus sera bien !… »

    Sur les lèvres mouillées, trois sourires s’accentuent ; et les petits yeux noirs arrêtent un instant leur danse scintillante pour fixer leur rêve…

    « Hâtons-nous, voyons, petites sœurs !… »

    Or, les petits sabots, las de tout ce chemin – clac… clac… clac… – les petits sabots traînent un peu : les sœurettes sont fatiguées… Elles se sont donné tant de mal pour trouver toutes ces choses l’une après l’autre… Mais quel triomphe et quelle joie de les rapporter ce soir… Clac, clac, clac, les petits sabots en reprennent de l’ardeur, et les menottes avides serrent un peu plus ces trésors sur les cœurs.
     
    *     *     *
     
    « S’il vous plaît, mes petites filles, le chemin de la chapelle Saint-Loup ? »

    Une femme est devant elles, un peu courbée sous la grande cape noire qu’elle tient bien close.

    « La chapelle Saint-Loup ?… Par là !… » lance Ninon distraitement, avec un geste de la tête pour montrer le grand chêne et tout ce coin-là…

    Elle est déjà passée. Elle n’a même pas regardé la femme : elle ne songe qu’à la crèche qu’elle veut faire « plus belle que celle des autres ». Comment donc entendrait-elle l’humble requête de la dame : « Ne sauriez-vous, enfants, me conduire jusque là ? »

    Ninette aussi est passée ; mais elle entend encore et se retourne à demi :

    « C’est impossible, ma pauvre dame : il nous faut rentrer avant la nuit ; et puis nous sommes chargées… et lasses donc… Nous avons couru bien loin pour chercher de quoi faire notre crèche, voyez-vous… et ce soir, il nous faut l’arranger, car cette nuit, c’est Noël, vous savez.

    – Je sais… murmure l’inconnue, je sais… Mais je suis si lasse, moi aussi… et je ne connais pas le chemin. »

    Ninette veut bien être polie, mais elle songe à sa crèche et s’impatiente : cette femme, après tout, elle est embêtante…

    « Si j’avais le temps, je ne demanderais pas mieux, Madame ; mais ce soir, je vous le dis, c’est impossible. »

    Là-dessus, tournant les talons, sans même la regarder, Ninette l’abandonne et court pour rattraper Ninon : il faut bien qu’elles fassent leur crèche, voyons…

    Nina, elle, a levé ses beaux yeux pour chercher ceux de la dame ; et elle a vu qu’ils étaient clos…

    « Oh, pauvre dame, vous n’y voyez plus ! murmure-t-elle avec comp­assion, je vais vous conduire. »

    Le visage de l’inconnue se détend.

    « Merci ! » dit-elle doucement.

    Et elle allonge la main pour chercher à tâtons celle de l’enfant. Alors, Nina-la-plus-douce abandonne sur le chemin tous les trésors qu’elle serrait farouchement sur son cœur et conduit l’aveugle à pas précautionneux, veillant à lui signaler ornières et cailloux.

    « Tes sœurs vont faire la crèche sans toi !… N’as-tu nul regret, mignonne ? »

    Une ombre éteint le regard de Nina : elle s’était promis tant de bonheur à faire cette crèche !… Elle voyait déjà où on mettrait la mousse et le houx, et ce petit creux de rocher où glisserait un brin de lierre… Elle voyait si bien !… Elle se promettait tant de plaisir !… Et puis, voilà !… cette femme était passée…

    Mais avant de répondre elle secoue sa petite tête pour la délivrer de cette amertume :

    « Chut !… dit-elle en souriant, je ne me le suis pas encore demandé, car Maman dit qu’il faut d’abord faire son devoir, et chercher seulement après si cela vous accommode…

    Un radieux sourire éclaire le visage de l’aveugle. Cependant, elle se tait et Nina peut lui dire en confidence :

    « Je garde précieusement deux pervenches trouvées à l’abri d’une haie : j’apporterai tout de même quelque chose à la crèche… »

    Mais elle n’achève point ; elle ne dit pas que ces deux fleurs, écloses malgré l’hiver, sont précieuses à ses yeux d’enfant comme une terre nouvelle aux yeux de qui la découvre. Elle n’a point le temps de dire ces choses-là, car elle a vu, soudain, l’inconnue ployer sous le poids mystérieux du fardeau qu’elle tient caché sous sa mante…

    « Donnez, Madame ; confiez-moi votre charge… »

    La Dame s’est arrêtée :

    « Saurais-tu le porter, mignonne ?

    Ah ! je suis petite, mais mes bras sont solides. Et puis, ajoute-t-elle avec un léger soupir, s’il le faut, je laisserai bien aussi mes deux pervenches afin d’avoir mes deux mains libres pour vous aider… »

    Déjà la délicieuse petite fille tend ses deux mains vides, et l’inconnue, doucement, écarte son vêtement… Ses yeux s’ouvrent… son regard tendrement posé sur l’enfant diffuse une lumière caressante…

    « Noël !… Noël !… » chantent en sourdine les anges, mystérieusement venus des quatre coins de l’horizon.

    Et, des mains de la Vierge, Nina reçoit l’Enfant-Jésus dans ses bras…

    … Le doux Petit Jésus qui sourit et tient dans ses doigts les deux pervenches de Nina.

    Rose Dardennes

    bethlehem_1a.jpg

  • Méditation - Motifs de l'Incarnation

    « Le mystère de l'Incarnation a fait briller : 1° la toute-puissance de Dieu ; car l'amour divin n'a pu rien désirer de plus grand, et le souverain pouvoir n'a pu rien opérer de plus merveilleux ; 2° sa justice, en démontrant toute la gravité de l'offense de l'homme ; 3° sa sainteté, par la nécessité d'une immense satisfaction. Dieu pouvait-il nous laisser ignorer ses perfections ? Ne devait-il pas à lui-même de les manifester ? En voyant le Verbe se consacrer à cette grande œuvre, ne sortirez-vous pas de l'indifférence dans laquelle votre cœur est plongé ? Ne vous déterminerez-vous pas à faire de généreux efforts pour plaire à Dieu ?

    Le mystère de l'Incarnation nous révèle surtout la charité infinie de Dieu pour les hommes. Après le péché, Dieu pouvait tenir le ciel fermé, laisser sans mérite les plus héroïques vertus, et repousser les plus austères pénitences... Quelle désespérante perspective pour le genre humain s'il en eût été ainsi ! Mais Dieu nous aimait et nous a sauvés. « Le Verbe s'est livré pour nous » dit saint Paul aux Éphésiens. En effet, Dieu lui-même est venu vous chercher pour vous reconduire à ses frais au céleste bercail. Pouvait-il faire davantage ? Le juste a souffert pour le pécheur... Dieu, devenu semblable à nous, est entré dans le monde et y a vécu comme l'un de nous... Serait-il possible que vous crussiez cette vérité et que votre cœur y restât insensible, surtout quand vous avez devant les yeux le tabernacle où Jésus demeure près de vous et la sainte table où vous allez le recevoir ? N'est-ce pas là que vous avez connu l'intimité de son amour ? Protestez à Notre Seigneur que vous l'aimerez préférablement à tout, puisqu'il vous aime préférablement à sa gloire, à son repos et à sa félicité. »

    [P. Eusèbe Godfroy s.j. (1817-1889), publié par la Comtesse Hyacinthe d'Hoffelize], La vie de N.-S. Jésus-Christ méditée pour tous les jours de l'année... (Première semaine de l'Avent, Motifs de l'Incarnation, II & III), par l'auteur des "Avis spirituels", Tome premier, Paris, Charles Douniol, 1868.

    nuit-etoiles_1a.jpg

    (Crédit photo)

  • Méditation - L'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie

    « Marie, si sainte dès le premier instant de son existence, ne vit dans ce privilège qu'une raison de s'élever plus haut et de croître à tout moment de vertu en vertu : aussi cet astre, si radieux à son lever, monta sans cesse vers son midi, jetant autour d'elle un éclat toujours nouveau de sainteté. Chez les âmes ordinaires, la grâce est gênée par l'opposition au bien et la tendance au mal que nous apportons en naissant. Mais dans Marie Immaculée, la grâce, loin de rencontrer aucun obstacle, trouve tous les canaux de l'âme ouverts pour la recevoir ; elle s'y épanche sans réserve, y coule à plein bords et y fait épanouir toutes les vertus. De là cette pureté de conscience, d'esprit, de cœur, de corps, qui fait paraître Marie aux regards du Ciel comme un beau lis éclatant de blancheur ; de là cette humilité qui rend chère à la fille des rois la pauvreté d'une chaumière ; cette patience invincible dans la souffrance ; cette douceur inaltérable dans la contradiction ; cette tranquillité d'âme dans le péril ; cette foi vive qui ne transporte pas seulement les montagnes, mais fait descendre des cieux le Verbe éternel ; cette espérance plus héroïque que celle d'Abraham après la mort et la sépulture du véritable Isaac ; cette charité... ô charité de Marie, fournaise ardente, vaste incendie, torrent de flammes divines ! ô sainteté de Marie, vous ravissez mon cœur ! Bien d'autres filles de Juda ont amassé de grandes vertus ; mais vous les surpassez toutes (1). Et vraiment le Très-Haut a sanctifié en vous son tabernacle (2).

    Aussi ce qui réjouit le plus le Cœur de Marie, ce n'est ni le titre de Reine du ciel, ni celui de Souveraine de la terre ; c'est bien plutôt son Immaculée conception. Ce qui la regarde ne lui est rien, le consentement de Dieu lui est tout. Voilà pourquoi, interrogée sur son nom, dans ces dernières années, par l'humble vierge de Lourdes : « Je suis, lui répondit-elle, l'Immaculée Conception. » Apprenons de là : 1° à tendre toujours en avant dans le chemin de la vertu, sans jamais dire : C'est assez ; 2° à placer le bonheur de plaire à Dieu avant toute autre considération. »

    1. Prov. XXXI, 29. - 2. Ps. XLV, 5.

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année, Tome I (8 décembre. L'Immaculée Conception, Second Point), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

    « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! »

    Immaculée Conception,Vierge,Marie

    Francisco de Zurbarán (1598–1664), L'Immaculée Conception (1661)
    Magyar Szépmüvészeti Múzeum de Budapest

    (Crédit photo)

  • Méditation - Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu

    « « Au commencement était le Verbe. » N.-S. J.-C. est le Verbe, Fils de Dieu, la seconde des trois personnes de la très-sainte Trinité. Comme Verbe, il est, par nature, la pensée, l'image éternelle et consubstantielle de Dieu le Père qui l'engendre de toute éternité, et lui communique son immensité, sa toute-puissance et toutes ses autres perfections. L'Évangéliste désigne le Fils unique de Dieu sous le nom de Verbe ou parole du Père, parce qu'il est la fidèle expression de l'excellence de sa divinité, la source inépuisable de toute vérité, le principe fécond de sa sagesse infinie, le rayon resplendissant de sa gloire éternelle. Ce terme fait allusion non seulement au principe du Verbe, mais encore aux paroles qu'il prononcera et à la doctrine qu'il enseignera ; car saint Jean s'apprête dans son récit évangélique à considérer le Fils de Dieu, non seulement dans son éternelle génération, mais dans ses rapports avec les créatures. « Et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu, » c'est-à-dire qu'il a en lui-même la nature divine qui est indivisible et incommunicable. [...]

    « Tout a été fait par lui, et, sans lui, rien n'a été fait. » Dieu n'a rien fait sans sa sagesse infinie. Le Verbe a tout créé avec le Père et le Saint-Esprit ; car les œuvres extérieures de la sainte Trinité appartiennent aux trois personnes... Reconnaissez avec une vive foi que vous tenez du Verbe tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes. Rendez gloire à sa bonté qui vous tira du néant, à sa puissance qui vous conserve la vie par une création continuée. Étonnez-vous qu'il vous ait tiré du néant parmi tant d'êtres possibles qui n'existeront jamais. Humiliez-vous de rester si misérable, quand vous avez sans cesse l'aide d'un Dieu tout-puissant qui n'attend que le concours de votre volonté pour vous rendre digne de la grâce qu'il vous a faite de vous former à sa ressemblance, pour le connaitre, l'aimer et le posséder éternellement. Pour savoir si vos pensées et vos actes sont dans l'ordre divin, voyez si en tout vous vous proposez purement la gloire de Dieu.

    « En lui était la vie. » Le Verbe est la cause première et inépuisable de toute création ; Dieu contemplait en lui tout ce qui existera jamais. « Et la vie était la lumière des hommes. » Le Verbe est le principe, la lumière de notre intelligence. Quand il s'incarna, « la lumière brilla dans les ténèbres » et la terre étant plongée dans la nuit du péché ; il se hâta d'enseigner aux hommes à honorer et à aimer Dieu d'une manière conforme à sa grandeur et à sa bonté. Jésus, Rédempteur et hostie, vous a placé à la hauteur de sa personne adorable, en vous faisant vivre dans la sainte Communion de la propre vie du Fils de Dieu. Pour conserver à votre âme une vie si excellente, vous ne devez plus obéir à la loi des sens, mais à l'attrait de la grâce qui tend à mortifier la nature. Votre conduite prouve-t-elle qu'une vie divine vous anime ? Interrogez vos œuvres, elles expriment les effets que vos communions produisent dans votre âme. Humiliez-vous de votre nullité dans la vertu, ou rendez grâce à N.-S. selon le véridique témoignage de votre conscience. Ne vous proposez que des intentions si pures, que vous puissiez unir vos actions à celles de J.-C. Vos intentions seront pures, si vous laissez toute liberté à l'action du divin amour en vous exerçant à l'anéantissement intérieur par le mépris de vous-même. Ne voyez que Jésus en toutes choses, ne désirez que sa gloire ; et priez-le que votre cœur se fonde dans l'amour de son Cœur. »

    [P. Eusèbe Godfroy s.j. (1817-1889), publié par la Comtesse Hyacinthe d'Hoffelize], La vie de N.-S. Jésus-Christ méditée pour tous les jours de l'année... (Première semaine de l'Avent, dimanche, I-III), par l'auteur des "Avis spirituels", Tome premier, Paris, Charles Douniol, 1868.

    Eusèbe Godfroy,Jésus,Christ,Verbe,Dieu

    Broderie sur icône de Maria Yantovskaya

  • Méditation - « Veillez et priez en tout temps » (Lc 21,36)

    « Rien ne rend l'âme pure et joyeuse, ni ne l'illumine et en éloigne les pensées mauvaises, autant que les veilles. Pour cette raison, tous nos pères ont persévéré dans ce labeur des veilles et ont adopté pour règle de rester éveillés la nuit durant tout le cours de leur vie ascétique. Ils l'ont fait spécialement parce qu'ils avaient entendu notre Sauveur nous y inviter instamment en divers endroits par sa vivante Parole : « Veillez et priez en tout temps » (Lc 21,36) ; « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41) ; et encore : « Priez sans cesse » (1Th 5,17).

    Et il ne s'est pas contenté de nous avertir seulement par ses paroles. Il nous a donné aussi l'exemple en sa personne en honorant la pratique de la prière au-dessus de toute autre chose. C'est pourquoi il s'isolait constamment pour la prière, et cela non d'une façon arbitraire, mais en choisissant pour temps la nuit et pour lieu le désert, afin que nous aussi, évitant les foules et le tumulte, nous devenions capables de prier dans la solitude.

    C'est pourquoi nos pères ont reçu ce haut enseignement concernant la prière comme s'il venait du Christ lui-même. Et ils ont choisi de veiller dans la prière selon l'ordre de l'apôtre Paul, avant tout afin de pouvoir demeurer sans aucune interruption dans la proximité de Dieu par la prière continuelle... Aucune chose venant du dehors ne les atteint et n'altère la pureté de leur intellect, ce qui troublerait ces veilles qui les remplissent de joie et qui sont la lumière de l'âme. »

    St Isaac le Syrien (Isaac de Ninive, VIIe s.), Discours ascétiques, in Pl. Deseille, moine d'Aubazine, "La fournaise de Babylone", Éditions Présence, 1974.

     

    isaac le syrien,veiller,prier

    (Crédit photo)

  • Vendredi 2 décembre 2016 : 1er vendredi du mois dédié au Sacré Cœur de Jésus

    Consécration au Sacré Cœur du Bx Padre Pio, devant le Saint-Sacrement

    « Seigneur Jésus-Christ, qui, par amour pour les hommes, demeurez nuit et jour en ce Sacrement, attendant, appelant, accueillant tous ceux qui viennent vous visiter, je crois que vous êtes réellement présent dans ce Tabernacle ; je vous adore, abîmé que je suis dans mon néant, et je vous remercie pour tant de grâces que vous m'avez faites, spécialement de vous y être donné à moi, de m'avoir donné pour avocate Marie, votre très sainte Mère, et de m'avoir appelé à vous visiter dans cette église.

    Je salue aujourd'hui votre Cœur adorable, et j'entends le saluer pour une triple fin : premièrement, en remerciement pour ce don magnifique ; deuxièmement, en compensation de toutes les injures que vous font vos ennemis dans ce Sacrement ; troisièmement, j'entends, par cette visite, vous adorer en tous lieux de la terre, où votre présence eucharistique est le moins révérée et le plus abandonnée.

    Mon Jésus, je vous aime de tout mon cœur, je regrette d'avoir, par le passé, tant de fois offensé votre bonté infinie. Je me propose avec votre grâce de ne plus vous offenser à l'avenir, et, pour le présent, malgré ma misère, je me consacre entièrement à vous ; je renonce à ma volonté et je vous la donne tout entière ainsi que mes affections, mes désirs et tout ce qui m'appartient. Faites désormais de moi et de mes biens tout ce qu'il vous plaira. Je ne demande et ne désire que votre saint amour, la persévérance finale et le parfait accomplissement de votre volonté.

    Je vous recommande les âmes du purgatoire, spécialement celles qui ont été les plus dévotes au Saint Sacrement et à la très Sainte Vierge. Je vous recommande aussi tous les pauvres pécheurs.

    J'unis enfin, ô mon Sauveur, toutes mes affections à celles de votre Cœur adorable et je les offre ainsi au Père Éternel, le priant de les accepter et de les exaucer pour votre amour.

    Ainsi soit-il. »

    1er vendredi,Sacré Coeur,Jésus,consécration,Padre Pio,Saint-Sacrement

  • Méditation - « Veillez ! »

    « « Veillez ! » nous dit Jésus avec insistance. Nous n'avons pas seulement à croire, mais à veiller ; nous n’avons pas simplement à aimer, mais à veiller ; nous n’avons pas uniquement à obéir, mais à veiller. A veiller pour quoi ? Pour ce grand, pour ce suprême événement : la venue du Christ. Il semble bien y avoir là un appel spécial, un devoir dont l'idée ne nous serait jamais venue à l'esprit si Jésus lui-même ne nous l'avait enjoint. Mais qu'est-ce donc que veiller ?…
    Celui-là veille dans l'attente du Christ, qui garde l’esprit sensible, ouvert, sur le qui-vive, qui reste vif, éveillé, plein de zèle à le chercher et à l’honorer. Il désire trouver le Christ dans tout ce qui lui arrive. Il n'éprouverait aucune surprise, aucune épouvante ni agitation s'il apprenait que le Christ était là.
    Et celui-là veille avec le Christ (Mt 26,38) qui, tout en regardant l'avenir, sait qu'il ne doit pas oublier le passé, qui n’oublie pas ce que le Christ a souffert pour lui. Il veille avec le Christ celui qui, en souvenir de lui, s’associe à la croix et à l'agonie du Christ, qui porte joyeusement la tunique que le Christ a porté jusqu’à la croix et qu’il a laissée après son Ascension. Souvent dans les épîtres, les écrivains inspirés expriment leur désir du second avènement, mais ils n’oublient jamais le premier, la crucifixion et la résurrection… Aussi l'apôtre Paul qui invite les Corinthiens à « attendre la venue du Seigneur », ne manque pas de leur dire de « toujours porter dans notre corps la mort du Seigneur, pour que la vie du Christ Jésus se manifeste en nous » (2Co 4,10). La pensée de ce qu'est le Christ aujourd'hui ne doit pas effacer le souvenir de ce qu'il a été pour nous…
    Veiller, c’est donc vivre détaché de ce qui est présent, vivre dans l’invisible, vivre dans la pensée du Christ tel qu’il est venu une première fois et tel qu’il doit venir, désirer son deuxième avènement dans la mémoire aimante et reconnaissante du premier. »

    Bx John Henry Newman (1801-1890), PPS 4,22 (trad. Bremond alt.).

    bougie_25a.jpg