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01 mars 2015

Méditation : Deuxième Dimanche de Carême

Pourquoi Notre-Seigneur choisit, pour se transfigurer, un endroit éloigné du monde

« Par ce choix, Notre-Seigneur veut nous apprendre que ce n'est pas au milieu du monde et des pensées du monde que Dieu se révèle à l'âme et la fait passer des misères du vieil homme dans l'éclat et les vertus du nouveau. Pour voir Dieu, l'entendre, le goûter et être transformé en lui par sa grâce, la première condition requise est la solitude intérieure, c'est-à-dire le calme de l'âme fermée au tumulte des créatures, ouverte à Dieu seul et à ses divines inspirations, la paix du recueillement sous le regard de Dieu. Tant qu'on se laissera aller à la dissipation de l'esprit, aux évagations de l'imagination, à la préoccupation des nouvelles, aux attaches du cœur, au tumulte des pensées inutiles ; tant enfin qu'on ne vivra pas retiré dans la solitude du cœur, Dieu ne se montrera point à nous, et il ne sera pour notre âme que comme le dieu inconnu d'Athènes. Ses amabilités et ses perfections infinies ne nous toucheront point ; nous ne l'aimerons si nous n'aurons aucune envie de l'aimer. Etrangers à Dieu, nous ne serons pas moins étrangers à nous-mêmes : nous ne nous connaîtrons pas et ne verrons en nous rien à corriger, rien à réformer, aucune raison de nous humilier, de nous mortifier, de nous renoncer ; et toute notre vie s'écoulera dans l'oubli de Dieu, dans l'ignorance de nous-mêmes. O dissipation, que vous faites de mal à l'âme ! ô saint recueillement, que vous lui êtes nécessaire ! Conduisez-moi, Seigneur, comme vos apôtres, dans la solitude, et tenez-y toujours renfermés mon esprit et mon cœur. »

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Deuxième dimanche de Carême), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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28 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (6)

« L'histoire de l’Église catholique, cette mère féconde de toutes les grandes institutions, raconte par des témoignages dont la voix ne peut plus se taire la puissance créatrice de l'humilité. Prenez tous les saints qui ont marqué leur passage dans l'humanité par des œuvres fécondes ; la grandeur de leurs œuvres a pour mesure la grandeur de leurs abaissements. J'affirme qu'il n'y a pas dans le christianisme une chose vraiment grande et vraiment efficace qui n'ait été produite par des humbles. Peut-être à la surface il y a des orgueilleux, mais au fond il se trouve des humbles : les superbes font le bruit en recueillant la gloire ; les humbles seuls font les choses en recueillant l'opprobre : c'est que seuls ils ont le germe de la fécondité : et célèbres ou ignorés, applaudis ou insultés, vainqueurs ou vaincus, ils produisent ; et leurs œuvres font le progrès du monde. Vaincus ! les saints le paraissent souvent ; mais en définitive, ils triomphent toujours ; car Dieu est avec eux, assurant au sein de leurs plus apparentes défaites leurs plus réelles victoires. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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27 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (5)

« J'admire cette sagesse vraiment divine qui commence dans l'homme par un abaissement volontaire toute restauration morale. Le retour au bien, dans l’Église, s'accomplit dans la confession : or, la confession est une double humiliation : elle abaisse le corps dans une prostration, et l'âme dans un aveu. Par ce double abaissement l'homme se relève ; il se réhabilite devant Dieu, devant les hommes, devant lui-même. Par là, vous pouvez juger de l'aveuglement des réformateurs qui, en supprimant la confession, ont supprimé ces abaissements sublimes qui rendent à l'homme, même après ses dégradations, toute sa vraie grandeur. Ah ! regardez sur nos autels : voici devant vous des pécheurs transfigurés par le miracle du repentir : ils sont grands de tous leurs abaissements ; du milieu de la gloire qui resplendit autour de ce front qu'a prosterné leur humiliation, ils vous disent avec ce mot du réparateur le secret de leur grandeur : Celui qui s'abaisse sera exalté. Ils étaient notre scandale, ils sont devenus notre édification ; ils étaient des personnifications de la décadence morale par le prodige de leurs prévarications, ils sont devenus les modèles de notre progrès moral par le prodige de leurs vertus ; pourquoi ? pour cette seule raison : ils se sont abaissés. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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26 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (4)

« Le malheur, le grand malheur de beaucoup d'hommes de notre temps, si vous voulez le savoir, le voici : c'est d'ignorer encore ce premier élément de perfection chrétienne. Comme nous et avec nous, tous vous voulez le progrès moral de l'humanité. Je vous adjure de répondre ici à la vérité qui vous interroge : Que vous manque-t-il par dessus tout pour entrer dans cette voie, et y entraîner les autres après vous ? pour féconder en vous-mêmes tous ces germes de grandeur que Dieu a laissés tomber de son sein au fond de vos riches natures, que faudrait-il ? Une seule chose, l'humilité. Un acte d'humilité volontaire, un seul, ferait de plus de mille d'entre vous des prodiges de vertus et des instruments de progrès. L'humiliation volontaire du repentir ferait en vous cette transfiguration, par où il faut passer pour monter vers le parfait. Mais on ne veut pas ; on se croit trop grand pour s'abaisser dans l'aveu de sa misère, et cette conviction superbe fait qu'on ne sortira jamais de sa misère. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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Saint Dominique en prière, El Greco (1541-1614)
(Collection privée - Source)

25 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (3)

« C'est le fait dominant dans la vie de tous les saints : le progrès dans la perfection et le progrès dans l'humilité, se rencontrant dans une harmonie parfaite. On se demande souvent avec surprise, comment ont fait les saints illustres pour croire à leur néant ? Dignes de tant de respects, d'où leur venait l'ambition de tant de mépris ? Si grands dans leurs vertus, et souvent par leurs œuvres, comment arrivaient-ils à se trouver petits ? Comment le miracle de la sainteté n'effaçait-il pas en eux le miracle de l'humilité ? Messieurs, à cette question il y a une réponse : leur sainteté était leur humilité même : l'une croissait avec l'autre, parce que l'une sortait de l'autre, ou plutôt parce que l'une était l'autre. La vue de leur imperfection et l'ambition d'être parfaits, le sentiment de leur vide et la passion de la plénitude, la conviction de ce qui leur manque et le besoin de se compléter, croissent et se développent ensemble dans la vie des saints. Ils sentent l'harmonie profonde de ces deux paroles de l’Évangile : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ; Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Ils entendent Jésus-Christ qui leur révèle au plus intime de l'âme ce secret unique de leur progrès : Apprenez à descendre dans l'abîme de votre misère et de votre néant, pour entrer par moi et avec moi dans la grandeur et l'infini de Dieu. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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(Crédit photo)

24 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (2)

« Par une contradiction apparente qui est l'harmonie profonde du christianisme, ce mot humilité, signe du volontaire abaissement de l'homme, est devenu le signe de son agrandissement. Au fond de toute restauration, au commencement de tout agrandissement de l'homme, le christianisme pose comme condition première le volontaire abaissement de l'homme. Ainsi il réagit contre l'orgueil, principe de nos décadences, par l'humilité, principe de nos progrès. Satan veut entraîner l'humanité dans son propre mouvement : il s'est élevé, il est tombé ; il pousse l'homme à l'imitation de son orgueil, pour l'entraîner à l'imitation de sa chute ; exalter l'homme pour le précipiter, c'est la stratégie de Satan. Jésus-Christ, lui aussi, veut entraîner l'humanité dans son mouvement : il descend, et il unit à ses abaissements divins toute l'humanité qui le suit ; mais pourquoi ? pour nous élever jusqu'à sa propre grandeur. Cet enfant, parti de son abaissement infini va grandir dans ses langes ; il va croître jusqu'à la plénitude de l'homme parfait ; puis, se dilatant lui-même dans son corps mystique, à travers l'espace et le temps, il emportera l'humanité chrétienne dans sa divine croissance. ... Telle est notre science du progrès ; elle se résume tout entière dans cette contradiction sublime : s'abaisser pour s'élever, se diminuer pour s'agrandir. C'est le dogme et la pratique tout ensemble. Le christianisme dogmatique, c'est Dieu abaissé jusqu'à l'homme ; le christianisme pratique, c'est l'homme qui s'abaisse avec Dieu, mais pour remonter avec lui ; car celui qui remonte c'est celui qui est descendu ; et toute l'humanité qui descend avec lui dans son humilité, monte avec lui dans sa gloire, et trouve dans son abaissement le secret de sa grandeur : qui se humiliat exaltabitur (Mt XXIII, 12). »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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23 février 2015

Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (1)

« L'humilité chrétienne est pour nous le premier principe du progrès, parce qu'elle est le premier point de départ de notre grandeur. Saint Augustin a enseigné cette doctrine dans des paroles admirables, que je regrette de devoir abréger. Vous voulez être grand, dit-il, commencez par ce qu'il y a de petit (1). Vous méditez d'élever à une grande hauteur l'édifice de votre perfection, songez d'abord à poser le fondement de l'humilité (2). Plus grand est l'édifice, plus profond doit être le fondement creusé par l'architecte (3). La construction descend avant de monter (4) ; et le faîte de l'édifice ne s'élève qu'après son abaissement (5).

Telle est la pensée de saint Augustin sur le progrès moral de l'homme ; c'est la vraie philosophie de toute humaine perfection. Il ne peut y en avoir d'autre. Oui, plus un homme s'abaisse dans son propre néant, plus il élèvera en lui-même le sommet de la grandeur humaine. Tant qu'un homme n'est pas arrivé à deviner quelque chose de ce mystère, le secret de notre grandeur morale lui échappe, et il ne parvient pas même à comprendre l'essence de la vertu... L'orgueil est le principe de toute décadence morale, parce qu'il est l'homme s'arrachant à Dieu et se retournant vers lui-même. L'humilité est le principe de tout progrès moral, parce qu'elle est l'homme sortant de lui-même pour retourner à Dieu. »

(1) : Magnus esse vis, a minimo incipe.
(2) : Cogitas magnam fabricam construere celsitudinis, de fundamento prius cogita humilitatis.
(3) : quanto erit majus aedificium, tanto altius fodit fundamentum.
(4) : fabrica ante altitudinem humiliatur.
(5) : fastigium post humiliationem erigitur.

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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Rappel : Méditations du Carême

Nous parcourons ce temps de Carême avec des extraits des conférences que le R.P. Félix donna à Notre-Dame de Paris, conférences rassemblées sous ce titre évocateur : "Le progrès par le christianisme". Il s'agit bien en effet de "progresser" durant ces quarante jours : progresser dans la connaissance de nous-même, dans l'identification et la correction de nos défauts, dans le repentir de nos fautes, dans l'attachement grandissant au Bien, au Vrai, et au Beau...

Chaque semaine est abordé un thème plus particulier, permettant d'approfondir les vices qui gangrènent les esprits, et les vertus qui leur sont opposées :

Journées après les Cendres, présentation : austérité chrétienne et sainteté
1ère semaine : humilité et sainteté
2ème semaine : égoïsme et charité
3ème semaine : concupiscence et amour ordonné
4ème semaine : sensualisme et force morale (pudeur et droiture)
5ème semaine : cupidité, orgueil, luxe et modestie

Nous vous rappelons que pour être tenu au courant des mises à jour quotidiennes de ces pages, vous pouvez vous inscrire sur ce blog (colonne de droite : "newsletter") : vous recevrez chaque matin dans votre boîte mail la liste et l'intitulé de ces mises à jour.

N'hésitez pas à faire connaître ce blog autour de vous, si vous pensez qu'il peut être utile à des personnes de votre entourage. Nous vous souhaitons un saint et fervent temps de Carême.

22 février 2015

Méditation : Gloire aux saints !

« Gloire aux saints ; gloire aux initiateurs, gloire aux chefs, gloire aux vrais maîtres du progrès ! Seuls les saints relèvent l'humanité du fond de ses corruptions ; et seuls, après l'avoir relevée, ils la maintiennent encore au milieu de ses défaillances à sa hauteur légitime. Seuls, ils sont, même au milieu des siècles pervertis, le sel conservateur qui empêche la masse de se corrompre tout à fait. Les saints sont une perpétuelle protestation contre les grands désordres qui menacent de prévaloir dans les peuples pour les précipiter vers leur décadence ; ils protestent contre tous les vices par la voix de toutes les vertus. Au milieu de nos abaissements et de nos ténèbres, ils tiennent haute et radieuse l'image vivante de l'humaine perfection ; et toujours une fraction de l'humanité subit le généreux ascendant de leurs exemples : ils font tout ce qu'ils peuvent par la parole, par l'action et par toutes leurs influences, pour opposer une digue à ce torrent de la concupiscence qui tend sans cesse à déborder dans les nations : s'ils ne peuvent l'arrêter, ils demeurent debout au milieu de son flot ; et lorsque la société, se laissant aller à son cours, menace de tomber aux abîmes ; lorsque le triomphe des méchants les chasse des forums, des temples et des places publiques, et que la clameur des peuples semble couvrir leurs grandes voix ; les saints sont encore là, pour faire entendre, jusque dans le silence de leurs vertus, le dernier mot de salut.

Ah ! s'il en est ainsi, mon Dieu, envoyez-nous des saints ! Notre monde ébranlé penche, il penche vers de grands abîmes ; il voudrait remonter, et il cherche des mains qui le saisissent dans la douceur et la force pour le ramener vers les hauteurs. Mon Dieu, envoyez-nous des saints ! Qu'ils viennent par leur humilité réagir contre notre orgueil ; qu'ils viennent par leur austérité réagir contre notre sensualisme ; qu'ils viennent par leur pauvreté réagir contre notre cupidité ; qu'ils viennent par tous les miracles de leur sainteté réagir contre tous les désordres de notre siècle ; qu'ils viennent enfin, par tous leurs progrès, réagir contre toutes nos décadences. Mon Dieu, envoyez-nous des saints ! Qu'une nouvelle explosion de sainteté se fasse au milieu de nous ; que les saints nous viennent nombreux, grands, héroïques ; et qu'ils nous ramènent par leur influence réparatrice, de la ruine à la restauration, et de la décadence au progrès. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Deuxième conférence : le progrès moral par la sainteté chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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21 février 2015

Méditation : austérité chrétienne et sainteté (3)

« Ce qui devait se faire pour le progrès du monde, s'est fait par l'héroïsme des saints. C'est la réalité de notre histoire chrétienne ; partout et toujours cette minorité généreuse s'est trouvée sur les traces de Jésus-Christ, émue par cette parole : Si vis perfectus esse (*), prête à s'élancer avec lui dans la voie du bien par delà les limites du précepte et la frontière du devoir. Sous le charme du Crucifié qui les avait divinement séduits en leur communiquant la sainte passion du sacrifice, des hommes de toutes les classes et de toutes les conditions se sont rencontrés dans une même résolution. Ils ont dit : Le bien, ce n'est pas assez, il nous faut le mieux ; le devoir, c'est trop peu, il nous faut le sacrifice. Le courage pour les soldats de Jésus-Christ, c'est vulgaire : à qui veut le suivre de près, ce divin capitaine demande l'héroïsme. Or, nous voulons le suivre, le suivre jusqu'où il veut nous entraîner sur sa trace ; et voilà qu'il abaisse devant nous les barrières du précepte, et qu'ouvrant devant notre ambition le champ illimité de la perfection, il nous crie : Plus loin ; franchissez la limite ; et élancez-vous, sur la trace de mes pas, vers cet idéal que je vous ai montré, et qui n'est autre que moi-même. Et ces légions choisies répondent d'une voix unanime : Allons, marchons vers le parfait qui nous appelle ; allons, croissons de toute manière, jusqu'à ce que nous atteignions avec Jésus-Christ la plénitude de l'homme parfait. »

(*) : Si tu veux être parfait

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Deuxième conférence : le progrès moral par la sainteté chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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20 février 2015

Méditation : austérité chrétienne et sainteté (2)

« Ah ! je le sais, la pénitence corporelle, le jeûne, l'abstinence, la discipline et la flagellation des saints, prête à rire à des penseurs de ce temps, trop sages pour pratiquer de telles folies. ils ont plus d'égards pour la chair, plus de respect, surtout plus d'amour pour leur corps ; et ils disent en souriant à l'austérité chrétienne : Ascétisme, moyen âge, fanatisme !... Laissons passer le siècle avec ces lâches discours et ces faciles injures. La vérité est, quoi qu'en pensent les faux sages, que réduire, comme saint Paul, sa chair en servitude, ne fût-ce que pour être bien sûr qu'on ne deviendra jamais son esclave, sera toujours un acte de courage et de magnanimité. La vérité est que pour accorder à son corps le plaisir dans un but de satisfaction égoïste, il suffit d'être un misérable ; et que pour infliger à son corps la douleur volontaire dans un but de restauration morale, il faut être courageux, il faut être vraiment grand. La vérité est enfin que cette race de mortifiés, dont on livre l'héroïsme à la risée populaire, ouvre devant le siècle la route du progrès ; parce que, mortifiant la chair pour faire mieux vivre l'esprit, elle maintient et développe en elle la vraie grandeur de l'homme. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Quatrième conférence : le progrès moral par l'austérité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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19 février 2015

Méditation : austérité chrétienne et sainteté (1)

« Le sensualisme païen vous dégrade ; seule, l'austérité chrétienne aura la puissance de vous relever. L'orgueil nous a perdus, l'humilité nous sauvera. La mollesse païenne vous perd, l'austérité chrétienne vous sauvera. On vous demande la réhabilitation de la chair ; nous vous demandons, nous, la réhabilitation de l'esprit. Car, ce qui est captif de nos jours, ce qui est humilié, ce qui est dégradé enfin, je vous le redis parce que vous ne le comprendrez jamais assez, ce n'est pas la chair, c'est l'esprit.

Donc, que l'esprit se relève et se réhabilite ; qu'il reprenne son empire, et qu'il le reprenne comme il l'a repris au commencement, en faisant toucher son sceptre à la croix de Jésus-Christ, et en appuyant son trône sur le rocher du Calvaire. Certes, Messieurs, je ne vous demande pas, comme loi de votre vie, la pratique des plus grands chrétiens. Je ne vous dis pas de vous couvrir de haires, de cilices, de chaînes de fer ; je ne vous dis pas de retremper, comme ces hommes héroïques, l'énergie de vos âmes dans le sang de vos blessures ; mais je vous dis : Acceptez dans une mesure la loi qui est la vôtre, la loi de l'austérité. Ne croyez pas ceux qui disent que l'humanité avec le Christ doit descendre de la croix. Prenez votre part de la vie du Calvaire, et gardez pour les héroïsmes que vous ne pouvez imiter une sincère admiration et d'inépuisables respects. »

R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Quatrième conférence : le progrès moral par l'austérité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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Méditations du Carême

Nous parcourrons ce temps de Carême avec des extraits des conférences que le R.P. Félix donna à Notre-Dame de Paris, conférences rassemblées sous ce titre évocateur : "Le progrès par le christianisme". Il s'agit bien en effet de "progresser" durant ces quarante jours : progresser dans la connaissance de nous-même, dans l'identification et la correction de nos défauts, dans le repentir de nos fautes, dans l'attachement grandissant au Bien, au Vrai, et au Beau...

Chaque semaine sera abordé un thème plus particulier, permettant d'approfondir les vices qui gangrènent les esprits, et les vertus qui leur sont opposées :

Journées après les Cendres, présentation : austérité chrétienne et sainteté
1ère semaine : humilité et sainteté
2ème semaine : égoïsme et charité
3ème semaine : concupiscence et amour ordonné
4ème semaine : sensualisme et force morale (pudeur et droiture)
5ème semaine : cupidité, orgueil, luxe et modestie

Nous vous rappelons que pour être tenu au courant des mises à jour quotidiennes de ces pages, vous pouvez vous inscrire sur ce blog (colonne de droite : "newsletter") : vous recevrez chaque matin dans votre boîte mail la liste et l'intitulé de ces mises à jour. N'hésitez pas à faire connaître ce blog autour de vous, si vous pensez qu'il peut être utile à des personnes de votre entourage. Nous vous souhaitons un saint et fervent temps de Carême.

18 février 2015

Méditation : le Mercredi des Cendres

« Dès les temps les plus anciens, la cendre imposée sur la tête a été un emblème de pénitence et de douleur. Job, repentant d'avoir plaidé la cause de son innocence dans un langage trop peu mesuré, s'écrie : Je m'accuse moi-même, Seigneur, et je fais pénitence de ma faute dans la poussière et la cendre (1). En pénitence du vol sacrilège commis par Achan à la prise de Jéricho, Josué et les anciens d'Israël se couvrent la tête de cendres (2). Plus tard, Judith, Esther, Mardochée, Judas Machabée, emploient ce moyen pour fléchir la colère du ciel ; Jérémie et tous les prophètes conseillent cette pratique aux Juifs frappés de Dieu (3). Enfin Notre-Seigneur lui-même donne la cendre comme un symbole de pénitence, lorsqu'il dit des habitants de Tyr et de Sidon, que, s'ils eussent vu les miracles opérés par lui au milieu de la Judée, ils eussent fait pénitence dans le cilice et la cendre (4). C'est ce qui explique pourquoi l’Église primitive distinguait par la cendre les pénitents d'avec les fidèles et même, le premier jour du Carême, elle couvrait de cendre la tête de tous ses enfants sans distinction, par cette raison que tout chrétien, dit Tertullien, est né pour vivre dans la pénitence.

Cette cérémonie des Cendres est donc comme un sceau qui nous dévoue à la pénitence, de telle sorte que recevoir les cendres sur la tête, sans avoir la contrition dans le cœur, c'est simuler un sentiment qu'on n'a pas, c'est une hypocrisie. Entrons de bon cœur dans l'esprit de pénitence, dès le premier jour de cette sainte quarantaine. L'intérêt de notre salut l'exige ; Jésus-Christ le déclare formellement par cette parole : "Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous" (5) ; et il nous l'enseigne encore mieux par son exemple : toute sa vie n'a été qu'une pénitence continuelle. Tous les saints, à son imitation, ont fait pénitence, et nous donc, de quel droit nous en dispenserions-nous ? Nous avons péché bien des fois ; or tout péché, même remis, demande pénitence. Nous avons des passions à vaincre, des tentations à combattre ; or la pénitence est le plus sûr préservatif contre les unes et contre les autres. Interrogeons ici notre conscience : avons-nous l'esprit de pénitence propre au saint temps du Carême ? »

1. Job XLII, 6 - 2. Josué VII, 6 - 3. "Aspergite vos cinere." (Jer. XXV, 34) - 4. Mt XI, 21 - 5. "Si poenitentiam non egeritiis, omnes similiter peribitis." (Luc XIII, 5).

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Mercredi des Cendres), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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17 février 2015

Méditation : Les deux grands moyens de se sanctifier ; le désir et la résolution (suite et fin)

« Passons au second moyen qui est la résolution. Les bons désirs doivent être accompagnés d'une ferme résolution de faire tous nos efforts pour acquérir le bien désiré. Beaucoup désirent la perfection sans en prendre jamais les moyens : ils désirent de s'enfoncer dans les déserts, de faire de grandes pénitences, de longues oraisons, de souffrir le martyre ; mais tous ces désirs se réduisent à de pures velléités, plus propres à nous nuire qu'à nous soulager. Ce sont de tels désirs qui tuent le paresseux : Desideria occidunt pigrum (Prov. 21, 25). Pendant qu'il se repaît de ces désirs inefficaces, il ne prend aucun soin de déraciner ses défauts, de mortifier ses appétits déréglés, de souffrir avec patience les mépris et les contrariétés. Il désire de faire de grandes choses, mais incompatibles avec son état, et ne cesse de tomber de plus en plus dans l'imperfection : toute adversité le trouble, toute infirmité lui enlève la patience ; et ainsi vivant toujours dans l'imperfection, il meurt imparfait.

[...] Des résolutions, des résolutions, disait Ste Thérèse : Le démon ne craint point les âmes sans résolutions. Au contraire, celui qui se résout véritablement à se donner à Dieu viendra à bout de tout ce qui lui paraissait insurmontable. Une volonté résolue triomphe de tout. Efforçons-nous de réparer le temps perdu et de donner à Dieu tout celui qui nous reste. Tout le temps que nous n'employons pas pour Dieu est du temps perdu. [...] Celui qui désire être tout à Dieu doit exécuter les résolutions suivantes : 1° de ne commettre jamais aucun péché véniel, quelque petit qu'il soit ; 2° de se donner à Dieu sans réserve, et pour cela exécuter tout ce qui peut lui plaire, pourvu que le directeur l'approuve ; 3° de choisir toujours dans les bonnes œuvres celles qui plaisent le plus à Dieu ; 4° de ne remettre jamais à demain, de faire toujours aujourd'hui ce que nous pouvons faire aujourd'hui ; 5° de prier Dieu tous les jours d'augmenter notre amour. On fait tout avec l'amour, et rien sans foi. Il faut tout donner pour tout acquérir. Jésus s'est donné entièrement à nous, afin que nous soyons entièrement à lui.

[...] Mon Jésus, qui avez répandu tout votre sang pour me voir entièrement à vous, avancez-moi votre main. Je veux être avec vous, moyennant votre sainte grâce. [...] O vous qui m'avez tant aimé, aidez-moi à me délivrer de tout ce qui m'empêche d'être entièrement à vous. Vous le ferez par les mérites de votre sang, j'ose l'espérer. J'espère aussi de vous, ô Marie, ma Mère ; par vos prières toutes puissantes auprès de Dieu obtenez-moi la grâce d'être tout à lui. »

St Alphonse-Marie de Liguori, Le Chemin du Salut, ou Méditations pour acquérir le salut éternel (Deuxième partie, Ve Réflexion), Clermont-Ferrand, La S.C. des livres de piété, A Rodez, à l’évêché, 1833.

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16 février 2015

Méditation : Les deux grands moyens de se sanctifier ; le désir et la résolution

« Toute la sainteté consiste à aimer Dieu : "l'amour divin est ce trésor infini où nous puiserons l'amitié de Dieu" (Sag. 7, 14). Dieu est prêt à nous donner ce trésor de son saint amour, mais il veut que nous le désirions ardemment. Celui qui ne désire un bien que faiblement, fait peu d'efforts pour l'obtenir. Au contraire, saint Laurent Justinien dit que le vif désir adoucit nos peines et nous fournit des forces.

Et ainsi celui qui désire peu de s'avancer dans l'amour divin, au lieu d'avancer de plus en plus dans la ferveur et la perfection, s'attiédit toujours en augmentant, et continuant ainsi à se refroidir, il se mettra dans un grand danger de tomber enfin dans quelque précipice. Au contraire, celui qui aspire ardemment à la perfection et s'efforce chaque jour de faire des progrès, peu à peu, et avec le temps, il y arrivera. Sainte Thérèse disait : Dieu n'accorde beaucoup de faveurs qu'à ceux qui désirent ardemment son amour. Et, dans un autre endroit : Dieu ne laisse aucun bon désir sans récompense. C'est pourquoi la sainte exhortait tous les chrétiens à ne point rabaisser leurs désirs ; parce qu'en nous confiant en Dieu, disait-elle, et faisant tous nos efforts, nous pourrons peu à peu arriver où les saints sont arrivés.

C'est un piège du démon, selon la même sainte, que de penser qu'il y ait de l'orgueil à vouloir devenir saint. Il y aurait de l'orgueil et de la présomption, si nous nous confiions sur nos propres œuvres, et sur nos propres résolutions ; mais il n'y aura rien de cela si nous espérons tout de Dieu ; en espérant tout de lui, il nous donnera la force que nous n'avons pas de nous-mêmes. Désirons donc ardemment d'arriver à un très haut degré de l'amour divin, et disons avec confiance : "Omnia possum in eo qui me confortat" (Philip. 4, 13) "Je peux tout en celui qui me fortifie". Et si nous ne l'avons pas en nous cet ardent désir, demandons-le instamment à Jésus-Christ, il nous l'accordera. »

... suite demain : la résolution ...

St Alphonse-Marie de Liguori, Le Chemin du Salut, ou Méditations pour acquérir le salut éternel (Deuxième partie, Ve Réflexion), Clermont-Ferrand, La S.C. des livres de piété, A Rodez, à l’évêché, 1833.

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15 février 2015

Méditation - Quinquagésime : le salut de nos frères

« Jamais nous ne concevrons toutes les douleurs qu'ont faites au Cœur de Jésus les désordres du monde, pendant ces trois jours, lorsque du jardin des Olives il les aperçut distinctement dans la suite des siècles. Il faudrait, pour le concevoir, aimer Dieu comme lui, comprendre, comme lui, l'énormité du péché, qui méprise la puissance de Dieu, brave sa justice, outrage sa sainteté, dédaigne sa bonté, méconnaît ses bienfaits : injure horrible, qu'il voit se multiplier par milliers, pendant ces trois jours ; il faudrait aimer les hommes comme lui, comprendre comme lui le malheur de ces âmes qui ne veulent pas se sauver, et s'obstinent à se perdre, foulant son sang au pieds, se rendant ses souffrances inutiles, son amour infructueux, pour aller tête baissée se jeter dans l'enfer. O douleur accablante ! Son âme en est triste à mourir (Mt XXVI, 38). Or n'est-ce pas le devoir des amis de prendre part aux souffrances de l'ami qu'on voit souffrir, d'aller le consoler et le visiter ? Jésus-Christ, exposé sur nos autels, nous appelle à remplir ce grand devoir. Nous ne l'aimons pas, si, négligeant de nous associer à ses douleurs, nous le forçons de redire la plainte qu'il exhalait autrefois par la bouche du Prophète : J'ai cherché des âmes compatissantes, et je n'en ai pas trouvé (Ps LXVIII, 21).

Hélas ! ces hommes qui se perdent sont nos frères ; et ne faut-il pas que nous en ayons pitié (Mt XVIII, 33) ? Les aimons-nous, si le malheur où ils se précipitent ne nous dit rien au cœur, si nous ne prions et ne faisons pénitence pour eux ? Ne s'agit-il que de la perte d'une seule âme, il n'y aurait, dit saint Augustin, qu'un cœur de fer, un cœur dur comme le diamant, qui pût y être insensible. Que doit-ce donc être, quand on en voit tant qui se perdent ? que doit-ce donc être, surtout en ces jours où un plus grand nombre encore qu'à l'ordinaire s'enrôlent sous la bannière de Satan (*) ? Oh ! si nous avions une vraie charité, si nous aimions le prochain comme nous-mêmes, si nous l'aimions comme Jésus-Christ nous a aimés, selon le précepte qu'il nous en a fait, que de pénitences et de mortifications ne nous imposerions-nous pas pour les pauvres pécheurs ! Quelles sont nos dispositions à l'entrée de ces saints jours ? »

(*) ndlr : en cette période où sont organisés tant de carnavals.

Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Dimanche de la Quinquagésime), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

Quinquagésime