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Méditations

  • Méditation : Marie à Jésus, par Jésus, pour Jésus

    « O Mère sainte et heureuse compagne de Jésus en ses mystères, en ses labeurs, en sa croix, en sa vie, en sa mort ; daignez nous départir quelque grâce et lumière, pour parler de celui qui est la grâce du Père, et la splendeur de sa lumière !
    Parlant de vous, Marie, nous parlons de Jésus ; parlant de vos grandeurs nous parlons des grandeurs de Jésus ; parlant de vos dispositions, nous parlons de celles dans lesquelles il doit être conçu. Car c'est pour lui que vous recevez cette grâce et pureté admirable. Vous êtes le trône où il veut habiter, et votre pureté est la pureté dans laquelle il veut être conçu. Vous êtes à lui, et vous êtes par lui, et vous êtes pour lui. Et comme les personnes divines n'ont subsistance en la Trinité que dans leurs relations mutuelles, vous aussi, ô Vierge sainte, ô personne divine et humaine tout ensemble, divine en grâce et humaine en nature, vous n'avez subsistance en l'être de la grâce, que par relation à Jésus, vous ne vivez que par sa grâce, avant qu'il vive à vous par la nature, vous ne respirez que par son esprit, et vos grâces et vos grandeurs sont siennes : c'est lui qui vous les a acquises, c'est lui qui vous les confère, se préparant en vous un tabernacle à soi-même. »

    Cardinal de Bérulle (1575-1629), Opuscules de piété, CXVII (I, II), Coll. "Les maîtres de la spiritualité chrétienne - Textes et études", Introduction de Gaston Rotureau, Aubier, Paris, 1943.

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  • Méditation : Père, Fils, et Saint-Esprit

    « Dieu notre Père céleste est la source inépuisable de grâce, il a créé le ciel et la terre et toutes choses, et il a voulu que son Fils unique prit notre nature pour, après nous avoir délivrés du péché, nous amener avec lui dans sa gloire.
    Et lui-même, le Seigneur Jésus, notre éternel et tout-puissant ami, nous a servis par sa mort ; et il doit nous octroyer ses mérites, si avec lui nous sommes bons et miséricordieux.
    Sa vie, ses paroles, ses actes nous sont enseignés, pour que nous les suivions et les imitions, sans inconstance ni mobilité d'esprit.
    Sa vie sensible fut innocence, faim, soif, chaleur, froidure, misère et douleur ; mais sa vie intérieure fut sagesse, qui voit distinctement toute vérité ; et de même fidélité, amour, débordante charité. Sa vie contemplative était d'une suprême élévation, pour la louange et la gloire de son père, pour son amour et son honneur éternel. Sa vie souffrante fut soumise non seulement à la volonté du Père, mais aussi aux mains des ennemis, avec une infinie patience, prête à vivre et à mourir dans une parfaite résignation. Sa vie parfaite fut une libre résignation de soi aux mains de son Père, jusqu'à la mort.
    Il nous a donné aussi ses tourments, les effusions de son sang, sa nourriture et son breuvage, du vinaigre mêlé de fiel, toutes choses supportées patiemment, dans une humble soumission, jusqu'à la mort.
    Après son ascension, en vertu de sa charité véritable, il nous a laissé sa chair vitale et son sang sacré ; et de la sorte nous pouvons nous nourrir et nous désaltérer, et garder son souvenir avec un goût pénétrant.
    Il nous donne en outre son âme glorieuse, pleine de grâce et d'honneur, qui peut nous combler de ses dons et de ses bienfaits.
    Il nous lègue aussi, soit son esprit créé qui nous a mérité la vie éternelle, soit son esprit incréé qui est un seul Dieu avec lui-même et son Père céleste, qui pénètre et inonde tout notre être intérieur de sa céleste suavité ; et ceux qui le servent, goûtent l'éternelle béatitude.
    Il nous a donné tout son être et toute sa puissance. Mais ce qui fait qu'il est Dieu et homme en une seule personne, il ne peut en vérité le communiquer à personne ; car cette excellence, cette majesté, cette dignité demeurent à lui seul ; et il n'y a qu'un seul Christ qui est Dieu et homme en deux natures, que nous devons aimer éternellement, et auquel nous devons sans fin rendre grâce et louange. »

    D. Jean Rusbroch (ou de Ruysbroeck), De la vraie contemplation (volume 3, ch. LXXVIII), Paris, R. Chamonal, 1913.

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  • Méditation : la docilité à la conduite du Saint-Esprit

    « Les principaux moyens d'arriver à cette direction du Saint-Esprit sont les suivants :

    1) Obéir fidèlement aux volontés de Dieu, que nous connaissons déjà ; il y en a plusieurs que nous ne connaissons pas, car nous sommes tout pleins d'ignorance. Mais Dieu ne nous demandera compte que des connaissances qu'il nous aura données ; faisons-en un bon usage ; il nous en donnera de nouvelles. Accomplissons ce qu'il nous a déjà fait connaître de ses desseins, et il nous manifestera ensuite les autres.

    2) Renouveler souvent le bon propos de suivre en toutes choses la volonté de Dieu, et nous affermir en cette résolution autant qu'il est possible.

    3) Demander sans cesse cette lumière et cette force du Saint-Esprit pour accomplir les volontés de Dieu, nous lier au Saint-Esprit et nous tenir attachés à lui, comme saint Paul qui disait aux prêtres d'Ephèse : Etant lié par le Saint-Esprit, je m'en vais à Jérusalem ; surtout au changement des actions les plus importantes, demander à Dieu la lumière du Saint-Esprit et lui protester sincèrement que nous ne désirons autre chose que de faire sa volonté. Après quoi, s'il ne nous donne point de nouvelles lumières, nous ferons [comme] auparavant, ce que nous avons accoutumé de faire et ce qui nous semblera pour lors le meilleur.
    C'est pour cela qu'au commencement des grandes affaires, comme à l'ouverture des parlements, des assemblées du clergé, des conciles, on demande l'assistance du Saint-Esprit par des messes votives qu'on dit en son honneur.

    4) Remarquer exactement les divers mouvements de notre âme. Par cette diligence, nous viendrons peu à peu à reconnaître ce qui est de Dieu et ce qui n'en est pas. Ce qui vient de Dieu dans une âme soumise à la grâce est ordinairement paisible et tranquille. Ce qui vient du démon est violent et porte avec soi le trouble et l'anxiété. »

    Louis Lallemant s.j. (1587-1635), La doctrine spirituelle, Lecoffre-Gabalda, Paris, 1921.

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  • Méditation : « L'Esprit de vérité vous fera accéder à la vérité tout entière »

    « Si ta nature hésite devant les mystères trop profonds de la foi, dis sans crainte, non pour t'opposer, mais avec le désir d'obéir « Comment cela arrivera-t-il ? » (Lc 1,34). Que ta question soit une prière, qu'elle soit amour, piété, humble désir. Qu'elle ne scrute pas avec hauteur la majesté divine, mais qu'elle cherche le salut dans les moyens de salut du Dieu de notre délivrance. Alors l'Ange du grand Conseil te répondra : « Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai du Père, il rendra témoignage de moi et vous enseignera toutes choses ; toute vérité vous viendra de l'Esprit de vérité » (cf. Jn 15,26 ; 14,26 ; 16,13). « Qui donc connaît les secrets de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît les secrets de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu » (1 Co 2,11).

    Hâte-toi donc de communier à l'Esprit Saint. Il est là dès qu'on l'invoque ; on ne l'invoque que s'il est déjà présent. Appelé, il vient ; il arrive dans l'abondance des bénédictions divines. C'est lui le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu (Ps 46,5). Lors de sa venue, s'il te trouve humble et sans inquiétude, tremblant à la parole de Dieu, il reposera sur toi et te révélera ce que Dieu le Père cache aux sages et aux prudents de ce monde (Mt 11,25). Alors commenceront à briller pour toi toutes ces choses que la Sagesse pouvait, alors qu'elle était sur terre, dire aux disciples, mais qu'ils ne pouvaient porter avant la venue de l'Esprit de vérité qui leur enseignerait toute vérité.

    Pour recevoir et apprendre cette vérité, il est vain d'attendre de la bouche d'un homme ce qu'il n'a pu recevoir ni apprendre des lèvres de la Vérité elle-même. Car, selon l'affirmation de cette Vérité, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) ; et, de même que ceux qui l'adorent doivent nécessairement l'adorer en esprit et en vérité, de même, ceux qui désirent le connaître ou le comprendre ne doivent chercher qu'en l'Esprit Saint l'intelligence de la foi, et le sens de cette vérité pure et sans mélange. Parmi les ténèbres et l'ignorance de cette vie, il est lui-même pour les pauvres en esprit, la lumière qui éclaire, la charité qui attire, la douceur qui charme, l'amour de celui qui aime, la tendresse de celui qui se livre sans réserve. C'est lui qui, de conviction en conviction, révèle aux croyants la justice de Dieu ; il donne grâce pour grâce et, pour la foi « qui vient de ce que l'on entend » (Rm 10,17), l'illumination. »

    Guillaume de Saint-Thierry, Le miroir de la foi, Sources Chrétiennes n° 301, Le Cerf, 1982, & Trad. M.-M. Davy, Paris, Vrin, 1959.

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  • Méditation : le Paraclet, vivant Amour

    « Mon Dieu, je Vous adore comme la troisième Personne de la Bienheureuse Trinité, sous le nom d'Amour, qui Vous désigne. Vous êtes le vivant amour dont s'aiment le Père et le Fils, et Vous êtes l'auteur de l'amour surnaturel dans nos cœurs - Fons vivus, ignis, caritas. Vous êtes descendu du ciel sous la forme d'un feu au jour de la Pentecôte ; et toujours comme un feu, Vous brûlez dans nos cœurs les scories de la vanité et du péché, et Vous y allumez la pure flamme de la dévotion et des saintes affections. C'est Vous qui unissez le ciel et la terre en nous montrant la gloire et la beauté de la nature divine et en nous faisant aimer ce qui est en soi-même si transportant et plein d'attraits. Je Vous adore, ô feu éternel et incréé, par lequel vivent nos âmes, par lequel elles sont rendues dignes du ciel.
    [...]
    Mon très saint Seigneur et Sanctificateur, tout bien qui existe en moi est à Vous. Sans Vous, je serais pire et pire encore avec les années et je tendrais à devenir un démon. Si je diffère du monde en quelque manière, c'est parce que Vous m'avez choisi et tiré du monde et que Vous avez allumé l'amour de Dieu dans mon cœur. Si je diffère de vos saints, c'est parce que je ne demande pas assez ardemment votre grâce, ni une grâce assez grande et parce que je ne profite pas diligemment de celle que Vous m'avez donnée. Augmentez en moi cette grâce de l'amour, malgré toute mon indignité.
    Elle est plus précieuse que tout au monde. Je l'accepte en place de tout ce que le monde peut me donner. Oh ! donnez-la-moi ! elle est ma vie ! »

    Bx John Henry Newman (1801-1890), Méditations et Prières, Trad. Marie-Agnès Pératé, Lecoffre-Gabalda, Paris, 1934

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  • Méditation : Conduite pendant l'octave de Pentecôte

    « Il me semble à propos que vous fassiez trois choses tous les jours de cette octave. La première, vous adorerez d'abord le Saint-Esprit tel qu'il est en lui-même, charité et amour et autres perfections qui lui sont propres, et procédant du Père et du Fils. Vous l'adorerez ensuite, dans tous ses effets ; car il ne se fait aucune bonne œuvre dans le règne de la grâce, où le Saint-Esprit ne prenne part, en vertu de la mission qu'il reçoit du Père et du Fils. Dans l'Incarnation du Verbe, il y a mission de cet Esprit divin, et c'est la plus digne et la plus noble qu'il ait jamais reçue ; il y a aussi mission du même Esprit dans sa naissance et dans tous les états et mystères de sa vie. Après la personne de Jésus-Christ, c'est dans Marie, sa Mère, que la plus glorieuse mission du Saint-Esprit eut lieu. Cette mission se fit dès le commencement du monde en Adam et en sa conversion : elle s'est renouvelée dans la sanctification de toutes les âmes et de chacune en particulier, et dans la conduite de toute l’Église. Toutes ces missions du Saint-Esprit nous devons les adorer avec respect, et honorer grandement les effets qu'elles ont produits dans le monde.
    La deuxième pratique sera de renoncer à vous-même, pour entrer dans les dispositions et les inclinations de Jésus, priant le Saint-Esprit qu'il vous y fasse entrer par une abnégation totale de tous vos mouvements propres.
    La troisième sera de prier pour les intérêts du Saint-Esprit, et de renoncer aux vôtres. Vous demanderez que le monde se dispose à le recevoir dignement, que son nom soit sanctifié dans les âmes et que son règne s'y accomplisse. Vous pourriez aussi demander pardon au Saint-Esprit de toutes vos infidélités passées à ses grâces... »

    P. Charles de Condren (1588-1641), Lettre XX, in "Œuvres complètes du P. Charles de Condren - Ses Lettres", Quatrième édition, Paris, Ch. Guyot et Roidot, 1857.

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    Immaculate Conception Chapel, Seton Hall University, New Jersey (U.S.A.)
    (crédit photo)

  • Méditation : Veni Creator Spiritus

    « Soufflez sur moi, Seigneur Jésus, ce feu de l'Esprit-Saint qui envahissait l'hostie à l'heure de la consécration, pour la changer en vous, pour en faire le sacrifice auguste qu'agrée votre Père céleste et qu'il assume à lui, pour en faire retomber, sur nous tous, la plénitude des bénédictions et des grâces ! C'est cette hostie que je viens de recevoir, vous-même, ô Jésus, humanité sacrée qui se livre à moi, feu qu'elle apporte à cette terre que je suis.

    Cœur sacré de mon Sauveur, dardez donc sur mon cœur à moi quelques rayons de cette flamme que j'adore, de cet Esprit qui vient renouveler la face de ma terre ; et que s'emparant de mon amour, il le transforme en le vôtre, me faisant communier à l'amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

    Face bénie de mon Sauveur, vous qui brillez « comme le soleil quand il est dans sa force » (Apoc. I, 16), dardez vos rayons sur mon propre visage et que soient dissipées dans mon âme, enfin, les ténèbres qu'y accumulèrent mes innombrables péchés, offenses et négligences de tous genres ; que s'efface par la vertu de l'Esprit-Saint, qui est la Rémission des péchés, toute trace d'infidélité et de faiblesse.

    Mains sacrées de mon Sauveur, dont les plaies que j'adore restent des foyers brûlants de lumière et d'amour, envoyez à mon âme les salutaires influences de l'Esprit qui purifie toutes mes actions et les rend agréables au Dieu qui me les ordonne.

    Pieds bénis de mon Sauveur, où Madeleine brûlait d'un amour qui lui rendait comme une plus haute virginité, versez en torrent les grâces qui font pleurer les ingratitudes, les lâchetés, et mériter le baiser de mon Dieu.

    Feu consumant de la Très Sainte Trinité, Amour éternel, qui ne cessez de me poursuivre de vos puissantes opérations, venez à mon âme et restez avec elle, afin que, tout ce jour, je brûle de votre propre amour, pour aimer mon Seigneur Jésus-Christ ! »

    Dom Vandeur, extrait de la Formule de consécration pour les « Petites Compagnes de Charité », A la Trinité par l'Hostie, Ed. de Maredsous, 1925.

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  • Méditation : Docilité à l'Esprit-Saint

    « Prenons, dès ce moment, la résolution de faire tous nos efforts pour aimer l'Esprit Saint, pour nous conformer à sa volonté, pour lui rendre un culte journalier, pour le prier personnellement, demeurer sous sa conduite et nous mettre en garde contre la désobéissance ; fuyons ces trois degrés de désobéissance contre lesquels il nous a lui-même prémunis : « Ne contristez pas l'Esprit de Dieu qui vous a marqués pour le jour de la Rédemption » (Ephés. IV, 30) ; « Ne résistez pas au Saint-Esprit » ( Act. VII, 51) ; « N'éteignez pas l'Esprit » (I Thess. V, 19). Ces trois degrés, par où l'on perd son amour et sa présence. Soyez en garde non seulement contre la désobéissance actuelle, mais aussi contre cette négligence toute de lenteur et de paresse par laquelle vous le provoqueriez à une juste impatience. « Vous n'êtes ni froid, ni chaud, vous êtes tiède. Que n'êtes-vous froid ou chaud ! » (Apoc. III, 15). Rien n'irrite davantage l'Esprit-Saint, qui est le feu de l'amour divin, que cette tiédeur qui nous fait mépriser ses grâces et ses miséricordes et les laisse passer inaperçues. Ah ! demandez à l'Esprit-Saint de vous éclairer, afin que vous le connaissiez, que vous sentiez sa présence, et que vous ayez le sentiment de son intime résidence en votre âme. Dites-lui :
    O Amour, je me livre à vous avec toute ma liberté, mon esprit, mon cœur et ma volonté. Je désire vous être soumis, car « où est l'Esprit du Seigneur, là aussi est la liberté » : il n'est point d'autre véritable liberté ; je désire être affranchi de la servitude de ma liberté propre, fausse liberté qui est le pire esclavage de l'âme. Être votre serviteur, c'est posséder la liberté des enfants de Dieu. O Esprit-Saint, prenez-moi pour votre disciple, guidez-moi, éclairez-moi, sanctifiez-moi, liez mes mains afin que je ne fasse pas le mal, voilez mes yeux afin que je ne le voie plus, sanctifiez mon cœur afin que le mal ne soit pas en moi. Soyez mon Dieu, soyez mon guide : quel que soit le lieu où vous me conduirez, j'irai ; quoi que vous me défendiez, j'y renoncerai ; et quoi que vous commandiez, je le ferai avec votre secours. »

    Cardinal Manning (1807-1892), La Mission de l'Esprit-Saint dans les âmes, Trad. K. Mac Carthy, Retaux-Bray, Paris, 1866.

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  • Méditation : la Bse Vierge Marie et le culte d'hyperdulie

    « Nous ne saurions nous contenter d'avoir pour Notre-Dame une dévotion ordinaire comme celle que nous portons aux autres saints ; ce n'est pas un culte de dulie que nous nous contentons de lui rendre, mais un culte de dulie éminente, hyperdulie, comme le disent les théologiens. En effet, ce n'est pas s'expliquer assez explicitement que de parler de la dévotion à Marie, qui est en soi une chose excellente, mais pourvu qu'on entende ce mot d'une façon toute particulière, et non point comme facultative et de surérogation, parce que Marie appartient au symbole de notre foi. Et de même que sa maternité envers nous ne consiste pas seulement dans des sentiments, des dispositions, un dévouement de mère vraiment incomparable, mais qu'elle se base sur des réalités et non sur des sentiments seuls, de même il nous faut prendre conscience des liens que nous avons avec elle, et qui reposent sur un ensemble doctrinal beaucoup plus profond et plus résistant qu'une pieuse et douce sensibilité. Nous abaissons le culte rendu à la sainte Vierge en le réduisant à une dévotion ; et nous diminuons l'amour que nous lui portons en ne l'élevant pas jusqu'à la doctrine.

    Pour récapituler brièvement la parfaite convenance de ce culte théologique envers Notre-Dame, disons que sa dignité de Mère de Dieu la met absolument hors de pair et en fait un monde à part. Cette maternité divine la fait entrer dans un rapport d'intimité singulière avec le Père, dont le Fils unique est aussi son Fils ; avec le Verbe, à qui elle a donné sa nature humaine ; avec le Saint-Esprit, car le Fils de la Vierge est comme Dieu le principe de ce divin Esprit, et comme homme, son fruit saint et sanctifiant.

    En outre, la maternité divine n'est pas seulement pour Marie un privilège ; c'est encore pour elle la source d'une grâce éminente et d'une sanctification incomparable ; et ce n'est pas sans raison qu'elle a été proclamée par l'ange gratia plena (1). Il faut joindre à ce point de départ les trente années qui s'écoulèrent pour elle à côté de celui qui est la source de la grâce et de la beauté surnaturelle ; son assistance dans les mystères de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension du Seigneur ; les quinze ans de soins, de dévouement, prodigués à l’Église naissante ; et tout cet ensemble s'écoulant avec des accroissements continuels de vertu, de pureté, de charité. Il faut reconnaître que nos hommages ne peuvent rencontrer, après Dieu, un objet plus digne de notre amour. »

    1. Luc I, 28.

    [Madame Cécile J. Bruyère (1845-1909), Abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes], La Vie Spirituelle et l'Oraison d'après la Sainte Écriture et la Tradition monastique (ch. XXI), Solesmes, Imprimerie Saint-Pierre, 1899.

    Cf. Ad. Tanquerey, "Précis de Théologie Ascétique et Mystique", 10e édition, Desclée et Cie, 1928, 1ère partie, chap. II, par. 169, p. 119 :
    "Cette vénération doit être plus grande que celle que nous avons pour les Anges et les Saints, parce que par sa dignité de mère de Dieu, son rôle de médiatrice et sa sainteté elle surpasse toutes les créatures. Aussi son culte, tout en étant un culte de dulie (réservé aux saints) et non de latrie (réservé à Dieu), est appelé avec raison le culte d'hyperdulie, étant supérieur à celui qu'on rend aux Anges et aux Saints."

    Cf. Henri-Jacques Stiker, "Dulie & Hyperdulie", Encyclopædia Universalis.

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  • Méditation : Prière ou charité

    « Comment prétendre aimer mon frère « comme Dieu l'aime », « pour l'amour de Dieu », si je ne sais pas ce qu'implique cet amour, s'il ne s'agit que de mots, très beaux peut-être, mais sans plus, si je n'ai pas pris conscience de ce que cela voulait dire pour moi que l'amour d'un Dieu ? On n'aime pas et on n'est pas aimé par procuration. Tel est le secret de la présence nécessaire de la prière à toute charité. Pour aimer vraiment, il me faut découvrir comment je suis aimé. Aimer comme Dieu aime, cela suppose qu'on a été atteint par cet amour, qu'on en a ressenti l'attrait, l'attaque, la blessure.

    Alors savoir comment je suis aimé, et aimer, ne feront plus qu'un seul mouvement. Le deuxième commandement est « semblable » au premier. Il nous faut bien être persuadés que, sans prière, nous ne vivons que des caricatures d'amour et de charité ; sans cette perpétuelle présence en nous, au moins en nostalgie, de l'origine divine de la vraie charité fraternelle, nous ne savons pas vraiment aimer.

    Ainsi la prière d'une double façon me découvrira comment le Christ, comment Dieu nous a aimés. Tout d'abord par la méditation de l’Écriture : « si tu savais le don de Dieu » ; ce n'est jamais fini de le savoir ; et deuxièmement en m'entretenant dans le rappel vivant de ce que Dieu a fait pour moi. Me souvenir de Dieu, mais d'un souvenir présent ; c'est cela la prière. Ne soyons pas dans l'illusion : avoir la patience, la douceur, la volonté d'accueillir et d'écouter que suppose la vraie charité, c'est impossible si jour après jour nous ne découvrons pas la patience, la longanimité, la tendresse de Dieu à notre égard. « Comme je vous ai aimés ». Alors oui, sans que nous en découvrions bien les étapes, mais peu à peu, et au moins dans notre désir, l'autre nous tiendra au cœur comme il tient au cœur de Dieu. Sachant ce que cela veut dire « Dieu aime », nous pourrons découvrir ce qui dans le monde est de Dieu - et que le cœur de mon frère est né comme le mien du même amour du Père ; c'est pour cela que nous aimons les autres du même amour dont nous sommes aimés de Dieu et dont nous aimons Dieu. Sans vraie prière, sans prière constante, il n'y aura que parodie de charité, et alors souvent l'incroyant risquera de valoir plus que nous. »

    Bernard Bro, Prière ou charité, in "Cahiers de l'Oraison" n°20, Août-Septembre 1959.

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    (Crédit photo)

  • Méditation : La Sainte Vierge en son Assomption

    « Considérez Marie monter au Père éternel, ornée de toutes les vertus qui font l'âme belle. Elles sont là, autour de Marie, toutes les vertus qui peuvent se nommer, chacune plus ou moins haut suivant son rang, toutes désirant parvenir à la bonté suprême de Dieu, qui est la source d'où elles découlent en nous. Et Marie, ainsi entourée, montait, avec une telle fête, une telle volonté, tout enflammée du désir de s'unir à la divinité incréée du Père. Et pareillement le Père, avec les deux autres personnes divines, l'attendait avec une joie, une allégresse que la langue humaine ne peut exprimer. Le Cantique des cantiques donne un peu l'impression de la douceur des paroles du Père, quand il dit : "Veni in hortum meum, soror sponsa mea ; messui myrrham meam cum aromatibus meis ; comedi favum cum melle meo ; bibi vinum meum cum lacte meo" (1).
    [...]
    Quelle plus grande joie que celle de Marie ! Elle jouit de Dieu, Je voit, le considère, le possède ; elle se mire en lui uni au Père éternel. Elle voit dans son fils bien-aimé la propre chair qu'elle a nourrie de son lait, celle qu'elle a conçue et tenue dans son sein virginal. Elle voit cette même chair avec laquelle il a passé trente-trois années dans cette vie. Elle voit cette même chair qui a souffert de si âpres douleurs sur le bois de la Croix, pour le salut des âmes qui voudraient suivre sa doctrine évangélique. Et, de cette vue, Marie éprouve tant d'allégresse, tant de consolation, tant de joie triomphante que jamais elle ne se lasse de regarder son fils.
    [...]
    Toute cette fête qui se fait dans la gloire du ciel, quelle en est la cause ? Ce sont les noces qui s'y font, les noces de Marie, épouse de Dieu. Voilà pourquoi, depuis que celle-ci a été élevée au ciel, il n'y a plus que danses, réjouissances, chants suaves qui n'auront pas de fin. Et il est dit par Salomon à tous ceux qui se trouvent à ces noces : "Venite comedite panem meum, et bibite vinum quod miscui vobis, Venite et comedite omnes et inebriamini." (Pr 9,5 ; Ct 5,1) Tous, nous sommes invités à ces noces. Femmes, plût à Dieu que je vous visse toutes enivrées, et moi avec vous, de ce vin de gloire de la vie éternelle. »

    (1) : Ct 5,1 : "Je suis venu dans mon jardin, ô ma sœur, mon épouse, je l'ai cueilli ma myrrhe, avec mes aromates ; j'ai mangé le rayon avec mon miel, j'ai bu mon vin avec mon lait."

    St Bernardin de Sienne (fêté ce jour), 1er Sermon à Sienne, in Paul Thureau-Dangin, "Un prédicateur populaire dans l'Italie de la Renaissance - Saint Bernardin de Sienne, 1380-1444" (Le Prediche volgari, T. I), Librairie Plon E., Nourrit & Cie, Paris, 1896.

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  • Méditation : Marie, parfait modèle des vierges

    « Comment devons-nous donc regarder Marie ? Comme ce buisson mystérieux (a) et ardent que les flammes ne consument point, parce que Dieu est lui-même dans ce buisson ; comme l'Arche sacrée (b) où se repose le Seigneur, mais qui est incorruptible ; comme l'Urne précieuse (c) qui renferme la vraie Manne, mais qui jamais ne servit à d'autres usages. Marie est cette Verge d'Aaron (d) qui fleurit par miracle, mais qui conserve toujours sa fleur et son fruit ; Elle est la Toison de Gédéon (e) qui ne reçoit que la rosée du Ciel, et qui en tire toute sa plénitude et toute sa fécondité ; Elle est cette terre bénie (f), qui ne porte que les fruits du Ciel. Elle est ce Chandelier (g) précieux, qui donne une lumière toute divine, mais qui ne contracte aucune souillure. Elle est cette nuée légère dont parle Isaïe (h), nuée qui porte le Seigneur, mais qui est incapable d'aucune tache.
    Quels respects ne devons-nous point à cette Vierge si pure ! Quelles admirations, quelles louanges ne devons-nous point à cette mère de la pureté même, comme l'appelle l’Église ? Quelle religieuse vénération ! La piété l'exige de nous, et nous ne pouvons y excéder tant que nous ne rendons à la Mère de Dieu que ce qui peut convenir à une créature, et que nous ne révérons en elle que les dons de Dieu. Mais avec quel zèle ne devons-nous point honorer sa pureté, en l'imitant, puisque Marie n'a pas été seulement la Vierge la plus parfaite, mais qu'elle a été le plus parfait modèle des Vierges ? »

    (a) Exod. 3, 3. (b) Ibid. 25, 10. (c) Ibid. 16, 33. (d) Num. 17, 8. (e) Jud. 6, 33. (f) Ps. 66, 7 & 84, 23. (g) Zach. 4, 2.

    M. Joseph Lambert (1654-1722), Instructions courtes et familières sur le symbole (Instruction XXIV), Troisième année, Tome I, A Paris, Chez Ph. N. Lottin, 1728.
    (Prêtre, docteur de Sorbonne, prieur de Saint-Martin de Palaiseau, près de Versailles, il y fonda en 1714 une école de charité.)

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    Adalbert Begas (1836-1888), Madonna mit gesenktem Blick, 1881
    (Begas Haus, Museum für Kunst und Regionalgeschichte Heinsberg)

  • Méditation : Simplicité dans l'oraison

    « Il faut s'accoutumer à nourrir son âme d'un simple et amoureux regard en Dieu, et en Jésus-Christ Notre-Seigneur, et pour cet effet il faut la séparer doucement du raisonnement, du discours, et de la multitude d'affections, pour la tenir en simplicité, respect et attention, et l'approcher ainsi de plus en plus de Dieu, son unique souverain bien, son premier principe et sa dernière fin.
    [...] L'âme quittant le raisonnement se sert d'une douce contemplation qui la tient paisible, attentive et susceptible des opérations et impressions divines, que le Saint-Esprit lui communique : elle fait peu, elle reçoit beaucoup ; son travail est doux, et néanmoins plus fructueux ; et comme elle approche de plus près la source de toute lumière, de toute grâce et de toute vertu, on lui en élargit aussi davantage.
    [...]
    Il ne faut pas oublier qu'un des plus grands secrets de la vie spirituelle, est que le Saint-Esprit nous y conduit non seulement par les lumières, douceurs, consolations, tendresses et facilités ; mais encore par les obscurités, aveuglements, insensibilités, chagrins, angoisses, tristesses, révoltes des passions et des humeurs ; je dis, bien plus, que cette voie crucifiée est nécessaire, qu'elle est bonne, qu'elle est la meilleure, la plus assurée, et qu'elle nous fait arriver beaucoup plus tôt à la perfection ; l'âme éclairée estime chèrement la conduite de Dieu qui permet qu'elle soit exercée des créatures, et accablée de tentations et de délaissements ; et elle comprend fort bien que ce sont des faveurs plutôt que des disgrâces, aimant mieux mourir dans les croix sur le Calvaire, que de vivre dans les douceurs sur le Thabor. L'expérience lui fera connaître avec le temps la vérité de ces belles paroles : "Et nox illuminatio mea in deliciis meis, et mea nox obscurum non habet ; sed omnia in luce clarescunt". Après la purgation de l'âme dans le purgatoire des souffrances où il faut nécessairement passer, viendra l'illumination, le repos, la joie, par l'union intime avec Dieu qui lui rendra ce monde, tout exil qu'il est, comme un petit paradis. La meilleure oraison est celle où l'on s'abandonne le plus aux sentiments et aux dispositions que Dieu même met dans l'âme, et où l'on s'étudie avec plus de simplicité, d'humilité et de fidélité à se conformer à sa volonté, et aux exemples de Jésus-Christ. »

    Bossuet, Opuscules de piété (Septième opuscule, I, IV, XV), in "Œuvres complètes de Bossuet", J.-P. Migne, Tome III, Paris, 1866. (p.512 sq.)
    Œuvres complètes de Bossuet en ligne à l'Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais (Paris, Librairie de Louis Vivès Éditeur, 1862).

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  • Méditation : La Pentecôte toute proche

    « Vous montez en gloire, Seigneur Jésus, vous nous le répétez aujourd'hui : "Je m'en vais" (italiques) à mon Père, dites-vous, je m'élève en ses profondeurs infinies ; mais c'est pour vous, mes petits enfants. Je ne veux pas vous laisser orphelins ; je vais revenir à vous, et votre cœur sera dans la joie. (1)
    Revenez, Seigneur Jésus, je vous appelle, je vous attends. Revenez à moi, "en votre Consolateur, en l'Esprit de Vérité qui procède du Père et qui sera en moi votre témoin. (2)
    En attendant, je reste au ciel, le cœur en haut, tout appliqué à vous porter ma volonté ; tout appliqué à vous servir avec un cœur sincère (3), c'est-à-dire, détaché, purifié, tout entier sorti de lui-même.
    Mon cœur ainsi vous parle ; il vous dit un amour qu'il pratique ; il entre dans vos vues, dans vos desseins, dans vos désirs. Rivé à votre amour, il ne veut plus que ce que vous voulez ; de la sorte, vous l'entraînez au Sein du Père où vous habitez vous-même.
    Revenez, Seigneur Jésus, avec votre Esprit d'Amour ; nous l'appelons, nous l'attendons, nous voulons en faire l'hôte de nos âmes, afin qu'il nous enseigne toute la Vérité que vous êtes, et que notre joie se fasse pleine.
    La grande joie que celle qui nous adviendra en cette Pentecôte toute proche, lorsque nous éprouverons l'effet de votre Oraison. Seigneur Jésus ! Lorsque s'épanchera, en langues de feu, sur nos âmes, toute la vertu de votre Esprit ; et qu'elles se sentiront ivres du vin de Dieu, de l'Amour qu'Il est !
    Mon Dieu, préparez mon âme à cette ivresse. Purifiez-la de tout amour profane ; donnez-lui la vigueur de la grâce surnaturelle (4) qui renverse tous les obstacles, toutes les barrières s'opposant à cette effusion de l'Esprit.
    Je vous regarde, Seigneur Jésus, je vous regarderai toujours ; je plonge mon regard dans votre regard. Que ces deux regards se rencontrent toujours, créent l'étincelle de Feu qui doit me consumer. »

    1. Alleluia. - 2. Evangile. 3. Collecte. - 4. Secrète.

    Dom Vandeur, Élévations sur la Messe de chaque jour - Temps Pascal, Pentecôte (Dimanche après l'Ascension), Éditions de Maredsous, 1956.

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    Giotto di Bondone (1266/67-1337)

  • Méditation : Enfants de Dieu

    « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
    Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. »
    Jn 1,12-13
     
    « D'après Jn 1,12-13, nous pouvons « devenir » progressivement enfants de Dieu, dans la mesure où nous croyons en celui qui est notre modèle, le Fils de Dieu. « Filii in Filio », telle sera la formule classique de la théologie moderne : nous devons « devenir » enfants de Dieu dans le Fils (1). Il va donc sans dire que si Marie est la mère du Fils de Dieu fait homme - notre modèle - elle aura aussi un rôle à tenir dans la répétition de cette « incarnation » dans les âmes des croyants. La maternité de Marie, qui a commencé à l'Incarnation de Jésus, se prolonge dans la vie des chrétiens. [...]
    C'est ce que signifient les paroles de Jésus sur la croix : « Femme, voici ton fils... ; voici ta mère » (19,26-27)... Expliquée théologiquement, la signification de Marie pour nous est alors d'une importance exceptionnelle. Elle a enfanté le Christ entier, et par conséquent aussi les disciples et les frères de Jésus (2). [...]
    S'étendant donc à tous les hommes, la maternité virginale de Marie implique pour nous une invitation à l'accueillir dans notre vie et à la considérer comme notre mère, en même temps que celui dont elle est la mère, le Christ, notre modèle, puisque nous sommes appelés à lui devenir semblables. Puisqu'en chacun de nous doit être formée l'image du Christ, il faut que nous aussi, comme Marie - mais spirituellement parlant - nous concevions en nous et nous enfantions en nous le Christ. »

    1. - A la différence de Paul, Jean, pour en parler, utilise toujours deux mots différents : « tekna » (enfants) pour les croyants, et « Huyos » (Fils) pour Jésus.
    2. - Voir à ce sujet Isaac de l'Etoile, Serm. 51 in Ass. B.M. (PL 194, 1863 A-B)

    Ignace de la Potterie s.j., Marie dans le mystère de la Nouvelle Alliance (La conception virginale de Jésus selon Jean, p.147), Desclée, Coll. "Jésus et Jésus-Christ" n°34, Paris, 1988.

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    Domenico Ghirlandaio, Vierge de Miséricorde (v.1472)

  • Méditation : "Ayez pitié de moi, pécheur !"

    « Ecoutez tous, vous qui ne savez pas encore bien prier. Quand je dis à quelqu'un, priez Dieu, conjurez-le, suppliez-le ; on me répond : je l'ai prié une fois, deux fois, trois fois, dix fois, vingt fois, et je n'ai jamais rien reçu. Ne cessez pas, mon frère, jusqu'à ce que vous ayez reçu ; la fin de la prière, c'est le don reçu. Cessez, quand vous avez reçu, ou plutôt ne cessez pas, même alors persévérez encore. Si vous n'avez pas reçu, demandez pour recevoir ; si vous avez reçu, rendez grâces pour ce que vous avez reçu. Une foule de personnes entrent dans l'église, y récitent par milliers les vers en guise de prière et s'en vont, ne se doutant pas de ce qu'elles ont dit : ce sont les lèvres qui remuent, mais le cœur n'entend pas. Comment ! tu n'entends pas toi-même ta prière, et tu veux que Dieu l'entende ? J'ai fléchi, dis-tu, les genoux ; mais ta pensée s'était envolée dehors : ton corps était dans l'église, mais ton esprit, par la ville ; ta bouche récitait la prière, mais ta pensée supputait des intérêts d'argent, s'occupait de contrats, d'échanges, de terrains, de domaines à acquérir, de réunions avec des amis. Le démon est malin, il sait que la prière est ce qui avance le plus nos progrès, c'est alors qu'il fond sur vous. Souvent nous sommes étendus sur le dos dans notre lit, sans penser à mal ; mais si nous venons pour prier, c'est alors qu'il nous envoie mille et une pensées, pour nous chasser de l'église, les mains vides.
    [...]
    Quoique vous soyez hors de l'église, dites, criez : Ayez pitié de moi ! ne vous contentez pas de remuer les lèvres, criez par la pensée ; ceux mêmes qui se taisent sont entendus de Dieu... Vous êtes au bain, priez ; en voyage, dans votre lit, en quelque endroit que vous soyez, priez. Vous êtes le temple de Dieu, ne vous préoccupez pas du lieu ; la volonté seule est nécessaire...
    Est-ce que le Seigneur est un homme, pour qu'il vous soit nécessaire de vous rendre dans un lieu déterminé ? Dieu est toujours près de vous. Si vous demandez une personne, vous cherchez à savoir ce qu'elle fait, si elle dort, si elle est de loisir, et le serviteur ne vous répond pas. Avec Dieu, rien de pareil ; partout où vous allez, où vous l'invoquez, il vous entend ; ni occupation, ni intermédiaire, ni serviteur pour barrer le chemin. Dites : Ayez pitié de moi, et aussitôt Dieu est présent. Vous n'aurez pas cessé de parler, dit-il, que je vous répondrai, me voici. (Isaïe, LVI11, 9.) O parole, pleine de douceur ! Il n'attend pas la fin de la prière ; tu n'as pas encore fini ta prière, et tu reçois le don. »

    St Jean Chrysostome, Homélie sur la Cananéenne (10-11), Œuvres traduites sous la direction de M. Jeannin, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, 1856. P.G. 51, 458.
    Cf. La prière, Cahiers de la Pierre-qui-Vire, DDB, 1954.
    Texte intégral de l'homélie en ligne ICI.

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  • Méditation : L'Ascension

    « Seigneur, vous entrez aujourd'hui dans le repos divin et éternel qui vous était si bien dû après tant de travaux ; vous prenez possession de votre trône comme roi des rois, de votre tribunal comme juge des vivants et des morts ; dans le ciel vous êtes l'égal de Dieu, étant Dieu vous-même. Et, chose admirable ! dans cette haute position, vous n'oubliez point les hommes dont vous avez revêtu la nature. De peut que notre fragilité ne nous fasse perdre la place que votre amour nous a ménagée, vous vous constituez devant votre Père notre avocat, notre pontife, notre chef. Comme notre avocat, vous plaidez sans cesse notre cause par la voix de toutes vos plaies, par tous les battements de votre cœur (1) ; sans cesse vous vous présentez pour nous devant la face de Dieu (2). Lorsque la faiblesse nous a entraînés au péché, vous intervenez pour prendre notre défense ; de notre cause vous faites la vôtre, et vous prouvez par votre sang versé, qui parle mieux que celui d'Abel, que miséricorde doit nous être faite (3). Comme notre pontife, vous vous offrez sans cesse pour nous en sacrifice (4). Enfin, comme notre chef, vous nous attirez à vous : car il faut que les membres suivent le chef. Vous êtes notre précurseur (5), et le seriez-vous si nous ne devions pas vous suivre ? Vous êtes cet aigle mystérieux qui vole au-dessus de ses petits pour les exciter par son exemple à prendre leur essor vers le soleil (6). Seigneur, attirez-moi à vous par vos grâces, par vos charmes, vos beautés, vos perfections qui ravissent les anges. Oh ! qu'il me tarde de vous voir dans la splendeur de votre gloire et d'entrer dans ce beau ciel où l'on ne peut plus vous offenser, où l'on vous aime toujours ! »

    1. Hebr. VII, 25. - 2. Hebr. IX, 24. - 3. I Joan. II, 1, 2. - 4. Hebr. VIII, 1 sq. & Hebr. IV, 14. - 5. Hebr. VI, 20. - 6. Deut. XXXII, 11.

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome II, L'Ascension), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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    James Tissot (1836-1902), L'Ascension

  • Méditation : L'amour fraternel

    « Pourquoi sommes-nous si peu soucieux de chercher les uns pour les autres ce qui est favorable à notre salut, de façon à nous secourir davantage entre nous, là où nous voyons que ce serait plus nécessaire, et à porter mutuellement les fardeaux de nos frères ? L'Apôtre nous y exhorte lorsqu'il dit : Portez les fardeaux les uns des autres et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. Et ailleurs : Supportez-vous les uns les autres avec amour. C'est bien la loi même du Christ.

    Lorsqu'en mon frère je perçois quelque chose d'incorrigible, par suite de difficultés ou d'infirmités physiques ou morales, pourquoi ne pas le supporter avec patience, pourquoi ne pas l'en consoler de tout cœur, selon la parole de l’Écriture : Vous serez comme des nourrissons que l'on porte sur les bras, que l'on caresse sur ses genoux ? Serait-ce qu'elle me manque cette charité qui supporte tout, qui est patiente pour soutenir, indulgente pour aimer ? Telle est en tous cas la loi du Christ. Dans sa Passion, il a vraiment pris sur lui nos souffrances, et, dans sa miséricorde, s'est chargé de nos douleurs, aimant ceux qu'il portait, portant ceux qu'il aimait. Celui qui, au contraire, se montre agressif envers son frère en difficulté, celui qui tend un piège à sa faiblesse, quelle qu'elle soit, se soumet manifestement à la loi du diable et l'accomplit. Soyons donc mutuellement compatissants et pleins d'amour fraternel, supportons les faiblesses et poursuivons les vices.

    Tout genre de vie, qui permet de s'adonner plus sincèrement à l'amour de Dieu et, pour lui, à l'amour du prochain - quels que soient l'habit ou les observances - est aussi plus agréable à Dieu. La charité : c'est pour elle que tout doit se faire ou ne pas se faire, changer ou ne pas changer. La charité : c'est le principe et la fin qui doivent diriger toutes choses. Il n'y a aucune faute dans ce qui, en toute vérité, se fait pour elle et selon son esprit. »

    Isaac de l'Etoile (XIIe s.), Sermon 31, Trad. Orval.
    Cf. Ed. du Cerf, collection Sources Chrétiennes : Sermons Tome I (1 à 17) SC n°130, 1967 ; Tome II (18 à 39) SC N°207, 1974 ; Tome III (40 à 55) SC N°339, 1987.

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  • Méditation : Pratiquer le silence...

    « Afin de faire naître le vrai silence en toi, pratique. Pratique sans cesse.
    Pratique le silence des yeux ; cherche toujours la beauté et la bonté divines autour de toi, fermes-en l'accès à tous les pécheurs et autres fauteurs de troubles.
    Pratique le silence des oreilles ; écoute toujours la voix de Dieu dans le cri du pauvre et du nécessiteux, fermes-en l'accès à tous les mensonges, railleries et autres mesquineries humaines.
    Pratique le silence de la langue ; prie Dieu et laisse s'exprimer par ton canal le Verbe de vie, la Parole de Vérité, lumineuse et inspirante, pacifique et porteuse d'un espoir joyeux, fermes-en l'accès aux justifications et autres paroles de ténèbres, de douleurs et de mort.
    Pratique le silence de l'esprit ; ouvre-toi à la connaissance de Dieu par la prière et la contemplation, comme Marie qui méditait les merveilles du Seigneur dans son cœur, fermes-en l'accès aux contrevérités, aux jugements péremptoires, aux soupçons et autres pensées destructrices nourries par le désir et la haine.
    Pratique le silence du cœur ; chéris Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force, aime ton prochain comme Dieu nous aime. Fermes-en l'accès à l'égoïsme, à la haine, à la jalousie et autres désirs humains issus de l'envie. »

    Bse Mère Teresa, Au cœur du monde, Propos recueillis pas Becky Benenate, Trad. Laurence E. Fristch, La Table Ronde, Paris, 1998.

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    Calm water, par (c) Maurizio Fecchio - Copyright © Maurizio51
    Photo reproduite avec la sympathique autorisation de son auteur
    Les magnifiques albums de Maurizio Fecchio sont en ligne sur Flickr & sur sa page Facebook

  • Méditation : L'amour de Marie pour Jésus

    « L'amour de Marie pour Jésus a (quatre) caractères :
    1° « C'est un amour souverain : Marie n'aime que Jésus. Elle ne s'aime qu'en Jésus. Elle n'aime le prochain que pour Jésus...
    2° « C'est un amour pur ; pur de toute imperfection, de recherche, d'amour-propre... Pur de tout désir, de toute volonté propre, de tout sentiment personnel : Marie ne veut qu'une chose, s'immoler à l'amour et à la gloire de Jésus...
    3° « C'est un amour généreux. Amour sans condition : elle se dévoue à suivre Jésus partout, à partager partout ses privations, ses sacrifices. - Elle est prête à fuir en Égypte, au milieu d'un peuple idolâtre... - Elle veut partager la pauvreté de l'Enfant-Dieu... - Elle ne choisit, pour apparaître dans la mission divine de son Fils, que les circonstances où Jésus est humilié, calomnié, persécuté... Son amour lui fera gravir le Calvaire avec Jésus... Il la fera triompher de la mort pour survivre à la mort de Jésus et languir sur la terre (de longues années) loin de son Bien-Aimé.
    4° « C'est un amour calqué sur celui du Christ. Les pensées de Jésus sont toutes en Dieu et toutes de Dieu : aussi ne perdait-il jamais Dieu de vue. Son âme voyait Dieu dans toutes les créatures, sa Providence, sa sagesse, sa bonté, sa puissance. De là cette facilité qu'il avait à s'entretenir avec son Père, à se tenir uni à lui au milieu des occupations les plus dissipantes et les plus variées ; à passer subitement de l'action à la contemplation.
    « C'est ainsi qu'a vécu Marie : elle pensait en Jésus. Toutes ses pensées se rapportaient à Jésus. Elle méditait sans cesse les divines paroles de Jésus qui étaient sa lumière, sa vérité, sa vie...
    « Amour de Jésus. - « L'amour suit la pensée ; le cœur aime ce que l'esprit estime... Jésus vivait de l'amour de son Père, faisait tout par amour, sacrifiait tout à l'amour de Dieu. - Procurer sa gloire, réparer les injures à sa divine majesté, le faire connaître, servir, aimer par toutes les créatures, tel était le feu qui consumait le Cœur de Jésus...
    « Telle était aussi la vie du saint Cœur de Marie. Aimer Jésus, vivre pour Jésus, souffrir pour lui, le faire connaître et aimer de tous les cœurs... c'était l'amour de Marie. »

    St Pierre-Julien Eymard (1811-1868), Retraite, pp. 22-26, cité in P. J.-B. Gosselin s.j., "Sujets d'oraison pour tous les jours de l'année" (96), Tome III, 3e édition, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1950. Cf. Bx Charles de Foucauld, Ecrits spirituels (171b), J. De Gigord, 1933.

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    Vierge à l'Enfant, par Louis Janmot (1814-1892)