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françois de sales

  • Méditation - Rester maître de ses désirs...

    (suite de la réflexion proposée dimanche dernier)

    « L’inquiétude provient d’un désir déréglé d’être délivré du mal que l’on sent, ou d’acquérir le bien que l’on espère ; et néanmoins il n’y a rien qui empire plus le mal et qui éloigne plus le bien, que l’inquiétude et empressement. [...]

    Ne permettez pas à vos désirs, pour petits qu’ils soient et de petite importance, qu’ils vous inquiètent ; car après les petits, les grands et plus importants trouveront votre cœur plus disposé au trouble et dérèglement. Quand vous sentirez arriver l’inquiétude, recommandez-vous à Dieu et résolvez-vous de ne rien faire du tout de ce que votre désir requiert de vous, que l’inquiétude ne soit totalement passée, sinon que ce fût chose qui ne se pût différer ; et alors il faut, avec un doux et tranquille effort, retenir le courant de votre désir, l’attrempant et modérant tant qu’il vous sera possible, et sur cela, faire la chose non selon votre désir, mais selon la raison. »

    St François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (Quatrième Partie, ch. XI), in Œuvres, nrf Gallimard, Paris, 1969.
    Texte intégral disponible à l'Abbaye Saint-Benoît.

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    (Crédit photo Dingzeyu Li on Unsplash)

  • Méditation - « Demain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 34)

    « Je vous recommande la sainte simplicité. Regardez devant vous et ne regardez pas à ces dangers que vous voyez de loin. Il vous semble que ce soient des armées ; ce ne sont que des saules ébranchés, et cependant que vous regardez là, vous pourriez faire quelque mauvais pas. Ayons un ferme et général propos de vouloir servir Dieu de tout notre cœur et toute notre vie ; au bout de là, n'ayons soin du lendemain. Pensons seulement à bien faire aujourd'hui, et quand le jour de demain sera arrivé, il s'appellera aussi aujourd'hui, et lors nous y penserons. Il faut encore en cet endroit avoir une grande confiance et résignation en la providence de Dieu. Il faut faire provision de manne pour chaque jour, et non plus (cf. Ex 16, 16-21) ; et ne doutons point, Dieu en pleuvra demain d'autre, et passé demain, et tous les jours de notre pèlerinage. »

    St François de Sales, Lettre CXC du 22 juillet 1603, in "Anthologie mystique", FAC, Centre Saint-Jean-de-la-Croix, 1999.

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  • Méditation - De certaines apparences trompeuses

    « Chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie. Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu’il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n’osant point tremper sa langue dedans le vin ni même dans l’eau, par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain par la médisance et calomnie. Un autre s’estimera dévot parce qu’il dit une grande multitude d’oraisons tous les jours, quoiqu’après cela sa langue se fonde toute en paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins. L’autre tire fort volontiers l’aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis ; l’autre pardonnera à ses ennemis, mais de tenir raison à ses créanciers, jamais qu’à vive force de justice. Tous ces gens-là sont vulgairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement. [...] ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines actions extérieures appartenant à la sainte dévotion, et le monde croit que ce soient gens vraiment dévots et spirituels ; mais en vérité ce ne sont que des statues et fantômes de dévotion.

    La vraie et vivante dévotion, ô Philothée, présuppose l’amour de Dieu, mais elle n’est autre chose qu’un vrai amour de Dieu ; mais non pas toutefois un amour tel quel : car, en tant que l’amour divin embellit notre âme, il s’appelle grâce, nous rendant agréables à sa divine Majesté ; en tant qu’il nous donne la force de bien faire, il s’appelle charité ; mais quand il est parvenu jusques au degré de perfection auquel il ne nous fait pas seulement bien faire, mais nous fait opérer soigneusement, fréquemment et promptement, alors il s’appelle dévotion. »

    St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Chap.I, 1), in "Œuvres", Éditions Gallimard, 1969.

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    (Crédit photo)

  • Méditation - « Celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien : Dieu seul compte, lui qui fait croître. » (1 Co 3, 7)

    « Il semble que les âmes empressées à la quête de leur perfection aient mis en oubli, ou qu’elles ne sachent pas ce que dit Jérémie (1) : O pauvre homme, que fais-tu de te confier en ton travail et en ton industrie ? Ne sais-tu pas que c’est à toi voirement de bien cultiver la terre, de la labourer et ensemencer, mais que c’est à Dieu de donner l’accroissement aux plantes, et faire que tu aies une bonne récolte et la pluie favorable à tes terres ensemencées ? Tu peux bien arroser, mais pourtant cela ne te servirait de rien si Dieu ne bénissait ton travail et ne te donnait, par sa pure grâce et non par tes sueurs, une bonne récolte : dépends donc entièrement de sa divine bonté. Il est vrai, c’est à nous de bien cultiver, mais c’est à Dieu de faire que notre travail soit suivi d’un bon succès. [...] De nous-mêmes nous ne pouvons rien sans la grâce de Dieu, en laquelle nous devons mettre toute notre confiance, n’attendant rien de nous-mêmes. Ne nous empressons point en notre besogne, je vous prie ; car pour la bien faire il faut nous appliquer soigneusement, mais tranquillement et paisiblement, sans mettre notre confiance en elle, mais en Dieu et en sa grâce. Ces anxiétés d’esprit que nous avons pour avancer notre perfection et pour voir si nous avançons, ne sont nullement agréables à Dieu, et ne servent qu’à satisfaire l’amour-propre, qui est un grand tracasseur qui ne cesse jamais d’embrasser beaucoup, bien qu’il ne fasse guère. Une bonne œuvre bien faite avec tranquillité d’esprit vaut mieux que plusieurs faites avec empressement. »

    (1) Ch. V, 24, IX, 23, XII, 13.

    St François de Sales (1567-1622), extrait du 7e Entretien spirituel (Septième Entretien : Prédication des lois que Monseigneur nous a donnée en l'Octave des Rois (De trois lois spirituelles), d’après les Anciens Manuscrits publiés par la Visitation d’Annecy).
    Texte intégral des Entretiens.

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  • Méditation - Courage et confiance dans l'adversité

    « Voyez-vous, ma chère fille, notre Seigneur avait envoyé ses apôtres ça et là sans argent, sans bâton, sans souliers, sans besace, revêtus d'une seule soutane, et il leur dit par après : Quand je vous ai ainsi envoyés, quelque chose vous a-t-elle manqué ? Et ils lui dirent : Non (1). Or sus donc, ma fille, quand vous avez eu des afflictions, même du temps que vous n'aviez pas tant de confiance en Dieu, êtes-vous périe dans l'affliction ? Vous me direz : Non. Et pourquoi donc n'aurez-vous pas courage de réussir de toutes les autres adversités ! Dieu ne vous a pas abandonnée jusqu'à présent, comme vous abandonnera-t-il dès à présent, que plus qu'auparavant vous voulez être sienne ?

    N'appréhendez point le mal à venir de ce monde, car peut-être ne vous arrivera-t-il jamais ; et en tout événement, s'il vous arrive, Dieu vous fortifiera. Il commanda à saint Pierre de marcher sur les eaux ; et saint Pierre voyant le vent et l'orage eut appréhension, et l'appréhension le fit enfoncer, et il demanda secours à son maître, qui lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté (2) ? Et lui tendant la main, il l'assura. Si Dieu vous fait marcher sur les flots de l'adversité, ne doutez point, ma fille, n'appréhendez point, Dieu est avec vous : ayez bon courage, et vous serez délivrée. »

    (1) Lc XXII, 35. (2) Matt. XIV, 28, 29, 30 et 31.

    St François de Sales (1567-1622), Extrait de la Lettre 96 (A une Dame), 28 avril 1622, in "Œuvres complètes de Saint François de Sales", Tome VII (Lettres Tome I), Paris, Béthune, Imprimeur, 1833.

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  • Méditation - De l'accomplissement de la volonté divine

    « Cette sainte Vierge a eu un très grand privilège au-dessus de toutes les pures créatures, qui est qu'elle a toujours été parfaitement obéissante à la volonté de Dieu, c'est-à-dire à sa parole, et cela dès le premier instant de sa conception, sans jamais varier ni discontinuer, non pas même d'un seul moment, de la résolution qu'elle avait prise de servir parfaitement sa divine Majesté ; grâce qui n'a jamais été donnée à aucune autre créature, non pas même aux anges, ainsi que nous voyons par la chute de Lucifer et de ses adhérents. Et quant aux hommes, qui peut ignorer qu'ils ne soient changeants et variables en leurs bonnes résolutions ? Nous en voyons tous les jours l'expérience en nous-mêmes : car qui est celui qui soit toujours d'une même humeur ? A cette heure nous voulons une chose, et tantôt nous ne la voulons plus, mais en désirons une autre ; maintenant nous sommes joyeux, et peu de temps après nous serons tristes.

    En sommes nous changeons à tous moments : ce qui ne fut pas ainsi de Notre-Dame, car elle alla toujours adhérant plus parfaitement à Dieu, si bien qu'elle méritait toujours de nouvelles grâces ; et plus elle en recevait, et plus son âme se rendait capable d'en recevoir d'autres, ce qui faisait qu'elle allait toujours affermissant de plus en plus sa première résolution ; de sorte que si l'on eut pu trouver du changement en la très sainte Vierge, ce n'était que pour monter toujours d'un degré de perfection à un autre degré plus relevé par la pratique de toutes les vertus ; pour cela elle se voulut retirer au temple, non qu'elle eut besoin pour elle-même de faire cette retraite, mais pour nous enseigner que nous autres qui sommes si variables et si sujets au changement, nous nous devons servir de tous les moyens possibles pour bien affermir et conserver nos bonnes résolutions [...].

    Le plus grand bonheur de Notre-Dame et glorieuse Maîtresse provient de ce qu'elle s'est toujours rendue parfaitement obéissante à Dieu, non seulement pour ce qui est de ses commandements et de ses volontés signifiées, mais encore pour ce qui est de ses inspirations. Or c'est en quoi vous la devez imiter le plus près qu'il vous sera possible, si vous vous voulez plaire à Dieu et lui être agréables ; car si Notre-Dame ne lui eut pas été agréable sans cette absolue obéissance [...], beaucoup moins vous autres lui pourrez-vous être agréables sans cette parfaite obéissance. C'est donc à quoi je vous exhorte, mes chères sœurs, si vous voulez participer aux grâces de Notre-Dame ; et bien que nulle autre qu'elle ne puisse avoir cet honneur d'être mère de Notre-Seigneur en effet, vous devez néanmoins tacher d'en mériter le nom, par une parfaite obéissance à ses saintes volontés. Car vous savez que ce divin Sauveur prêchant un jour dans le temple les paroles de la vie éternelle, Notre-Dame et S. Joseph ne pouvant s'approcher de lui, à cause de la foule du peuple, il y eut quelqu'un qui lui dit que sa Mère et ses frères le demandaient (d'autant qu'il y avait encore quelques uns de ses parents qu'il appelait ses frères), à quoi Notre-Seigneur répondit : Ma Mère et mes frères sont ceux qui font la volonté de mon Père qui est au ciel (1). Or c'est la grâce que je vous souhaite, mes chères filles, que d'accomplir parfaitement cette sainte volonté en toutes choses sans réserve : Faites-le donc fidèlement, et sa bonté infinie vous comblera de grâces en ce monde, et vous couronnera de sa gloire éternellement en l'autre. Ainsi soit-il. »

    (1) S. Matt. 12 ; S. Luc 8.

    St François de Sales, Extraits du Sermon pour le Jour de la Présentation de Notre-Dame, in "Œuvres complètes de Saint François de Sales, Sermons Tome II, Paris, Béthune Imprimeur, 1833.

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    Father Francis Xavier Weninger (1805-1888), La Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie

  • Méditation - « Oh, chères imperfections...! »

    « Oh, chères imperfections qui nous font connaître notre misère, nous exercent à l'humilité, au mépris de nous-mêmes, à la patience et à la diligence. »

    St François de Sales, Lettre 881, Paris, J. J. Blaise, 1817.

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  • Mercredi 14 septembre 2016

    Exaltation de la Sainte Croix

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    (La Croix Glorieuse)
     
    « C'est aujourd'hui le jour de la sainte Croix : ô Dieu ! qu'elle est belle, et qu'elle est aimable ! On donne des batailles pour en avoir le bois, et on l'exalte sur le mont du Calvaire. Ma très chère fille, hélas ! que bienheureux sont ceux qui l'aiment et qui la portent ! Elle sera plantée au ciel quand notre Seigneur viendra juger les vivants et les morts, pour nous apprendre que le ciel est l'autel des crucifiés. Aimons donc bien les croix que nous rencontrerons en notre chemin. »

    St François de Sales, extrait de la Lettre 360 à Ste Jeanne de Chantal, 14 septembre 1611, in "Œuvres complètes de Saint François de Sales - Tome III Lettres", Paris, Béthune, 1833.
  • Méditation - Total abandon en la volonté divine

    « Saint François de Sales expose trois lois de la vie spirituelle : la première est de faire tout pour Dieu et rien pour soi ; la seconde de ne jamais rien rabattre de son exactitude à tous ses devoirs au milieu des maux de cette vie ; la troisième de bénir Dieu dans l'adversité comme dans la prospérité. Le saint évêque recommande ensuite de s'abandonner entièrement à Dieu : « Les saints qui sont au ciel ont une telle union avec la volonté de Dieu, que, s'il y avait un peu plus du bon plaisir de Dieu à ce qu'ils allassent en enfer, ils quitteraient à l'instant le paradis pour y aller. Nous devons de même en toute occasion nous laisser conduire à la volonté de Dieu, sans nous préoccuper des conséquences nuisibles ou favorables qui en découleront, assurés que nous sommes, que rien ne saurait nous être envoyés de ce cœur paternel, dont il ne nous fasse tirer profit, si nous avons confiance en lui ». »

    Mgr Paul Guérin (1830-1908), Vie de Saint François de Sales, in "Les Petits Bollandistes. Vie des Saints", Tome XIV, Paris, Bloud et Barral, 1886 (pp.532-533). Citation relevée par le Bx Charles de Foucauld en 1897 (Notes détachées 76, in "Voyageur dans la nuit", nouvelle cité, Paris, 1979).

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  • Premier Vendredi du mois, dédié au Sacré-Coeur de Jésus

    Jésus, doux et humble de Cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre

    « La douceur était le caractère distinctif de saint François de Sales : c'est par elle qu'il a converti tant de pécheurs et ramené tant d'hérétiques. « Il faut », disait-il, « agir sur les âmes comme font les anges, par des mouvements gracieux et sans violence ; il faut les attirer, mais à la manière des parfums qui n'ont d'autre pouvoir pour attirer à leur suite que leur suavité ; et la suavité, comment pourrait-elle tirer, sinon suavement ? Il faut enfin imiter l'exemple de Jésus Christ qui, se tenant à la porte des cœurs, presse l'ouverture sans la forcer jamais ». — Il accueillait les pécheurs avec une tendresse maternelle, en leur disant : « Venez, mes chers enfants, venez, que je vous embrasse et que je vous mette dans mon cœur. Dieu et moi, nous vous assisterons avec confiance ». — Quand on lui reprochait sa trop grande commisération pour le prochain, il répondait : « Ah ! il vaut mieux avoir à rendre compte de trop de douceur que de trop de sévérité. Dieu n'est-il pas tout amour ? Dieu le Père est le Père des miséricordes ; Dieu le Fils se nomme un agneau ; Dieu le Saint-Esprit se montre sous la forme d'une colombe, qui est la douceur même. S'il y avait quelque chose de meilleur que la bénignité, Jésus-Christ nous l'aurait dit, et cependant il ne nous donne que deux leçons à apprendre de lui : la mansuétude et l'humilité de cœur. Me voulez-vous donc empêcher d'apprendre la leçon que Dieu m'a donnée, et êtes-vous plus savant que Dieu ? » Aussi recommandait-il constamment cette vertu par ces paroles : « L'esprit humain est ainsi fait, il se cabre contre la rigueur : tout par douceur, rien par force ; la rudesse perd tout, aigrit les cœurs, engendre la haine ; et le bien qu'elle fait, elle le fait de si mauvaise grâce, qu'on ne lui en sait pas gré. La douceur, au contraire, manie le cœur de l'homme à volonté et le façonne selon ses desseins... On fait des pénitents par la douceur et des hypocrites par la sévérité ». »

    Mgr Paul Guérin (1830-1908), Vie de Saint François de Sales, in "Les Petits Bollandistes. Vie des Saints", Tome XIV, Paris, Bloud et Barral, 1886. (pp. 516-517) Citation relevée par le Bx Charles de Foucauld en 1897 (Notes détachées 77, in "Voyageur dans la nuit", nouvelle cité, Paris, 1979).

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  • Méditation : les petites occasions de servir Dieu

    « Préparez-vous donc, Philothée, à souffrir beaucoup des grandes afflictions pour Notre Seigneur et même le martyre ; résolvez-vous de lui donner tout ce qui vous est de plus précieux, s’il lui plaisait de le prendre : père, mère, frère, mari, enfants, vos yeux même et votre vie, car à tout cela vous devez apprêter votre cœur. Mais tandis que la divine Providence ne vous envoie pas des afflictions si sensibles et si grandes, et qu’il ne requiert pas de vous vos yeux, donnez-lui pour le moins vos cheveux : je veux dire, supportez tout doucement les menues injures, ces petites incommodités, ces pertes de peu d’importance qui vous sont journalières ; car par le moyen de ces petites occasions, employées avec amour et dilection, vous gagnerez entièrement son cœur et le rendrez tout vôtre. Ces petites charités quotidiennes, ce mal de tête, ce mal de dents, cette défluxion [fluxion, malaise], cette bizarrerie du mari ou de la femme, ce cassement d’un verre, ce mépris ou cette moue, cette perte de gants, d’une bague, d’un mouchoir, cette petite incommodité que l’on se fait, d’aller coucher de bonne heure et de se lever matin pour prier, pour communier, cette petite honte que l’on a de faire certaines actions de dévotion publiquement : bref, toutes ces petites souffrances, étant prises et embrassées avec amour, contentent extrêmement la Bonté divine, laquelle pour un seul verre d’eau a promis la mer de toute félicité à ses fidèles (1) ; et parce que ces occasions se présentent à tout moment, c’est un grand moyen pour assembler beaucoup de richesses spirituelles que de les bien employer.
    [...]
    Les grandes occasions de servir Dieu, se présentent rarement, mais les petites sont ordinaires : or, qui sera fidèle en peu de chose, dit le Sauveur même (2), on l’établira sur beaucoup. Faites donc toutes choses au nom de Dieu et toutes choses seront bien faites. Soit que vous mangiez, soit que vous buviez (3), soit que vous dormiez, soit que vous vous récréiez, soit que vous tourniez la broche, pourvu que vous sachiez bien ménager vos affaires, vous profiterez beaucoup devant Dieu, faisant toutes ces choses parce que Dieu veut que vous les fassiez. »

    1. Mt. X, 42. - 2. Mt. XXV, 21. - 3. I Co. X, 31.

    St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Troisième Partie ch. XXXV), in "Œuvres", nrf / Gallimard, 1969.
    Texte intégral en ligne à l'Abbaye Saint-Benoît de Port-en-Valais (Suisse).
    Texte intégral à télécharger ici.

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  • Méditation : de la nécessité de l'oraison

    « Commencez toutes sortes d’oraisons, soit mentale soit vocale, par la présence de Dieu, et tenez cette règle sans exception, et vous verrez dans peu de temps combien elle vous sera profitable.

    Si vous me croyez, vous direz votre Pater, votre Ave Maria et le Credo en latin ; mais vous apprendrez aussi à bien entendre les paroles qui y sont, en votre langage, afin que, les disant au langage commun de l’Eglise, vous puissiez néanmoins savourer le sens admirable et délicieux de ces saintes oraisons, lesquelles il faut dire fichant profondément votre pensée et excitant vos affections sur le sens d’icelles, et ne vous hâtant nullement pour en dire beaucoup, mais vous étudiant de dire ce que vous direz, cordialement ; car un seul Pater dit avec sentiment vaut mieux que plusieurs récités vitement et couramment.

    Le chapelet est une très utile manière de prier, pourvu que vous le sachiez dire comme il convient : et pour ce faire, ayez quelqu’un des petits livres qui enseignent la façon de le réciter. Il est bon aussi de dire les litanies de Notre Seigneur, de Notre Dame et des saints, et toutes les autres prières vocales qui sont dedans les Manuels et Heures approuvées, à la charge néanmoins que si vous avez le don de l’oraison mentale, vous lui gardiez toujours la principale place ; en sorte que si après icelle, ou pour la multitude des affaires ou pour quelque autre raison, vous ne pouvez point faire de prière vocale, vous ne vous en mettiez point en peine pour cela, vous contentant de dire simplement, devant ou après la méditation, l’oraison dominicale, la salutation angélique et le symbole des apôtres.

    Si faisant l’oraison vocale, vous sentez votre cœur tiré et convié à l’oraison intérieure ou mentale, ne refusez point d’y aller, mais laissez tout doucement couler votre esprit de ce côté-là, et ne vous souciez point de n’avoir pas achevé les oraisons vocales que vous vous étiez proposées ; car la mentale que vous aurez faite en leur place est plus agréable à Dieu et plus utile à votre âme. J’excepte l’office ecclésiastique si vous êtes obligée de le dire ; car en ce cas-là, il faut rendre le devoir.

    S’il advenait que toute votre matinée se passât sans cet exercice sacré de l’oraison mentale, ou pour la multiplicité des affaires, ou pour quelque autre cause (ce que vous devez procurer n’advenir point, tant qu’il vous sera possible), tâchez de réparer ce défaut l’après-dînée, en quelque heure la plus éloignée du repas, parce que ce faisant sur icelui, et avant que la digestion soit fort acheminée, il vous arriverait beaucoup d’assoupissement, et votre santé en serait intéressée. Que si en toute la journée vous ne pouvez la faire, il faut réparer cette perte, multipliant les oraisons jaculatoires, et par la lecture de quelque livre de dévotion avec quelque pénitence qui empêche la suite de ce défaut ; et, avec cela, faites une forte résolution de vous remettre en train le jour suivant. »

    St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Seconde Partie de l'Introduction, ch. I, 5-9), in "Œuvres", nrf-Gallimard, 1969.
    Texte intégral en ligne (publié d’après l’édition de 1619) à l'Abbaye Saint Benoît de Port-Valais.

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  • Méditation : La perfection de la charité

    « La perfection chrétienne ne peut avoir d'autre mesure que l'immensité même de Dieu. « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (1) » Il serait faux de voir là une perfection de surérogation ; elle est, au contraire, de la nature même de la vie de la grâce, comme la nature adulte est normale pour un homme. Cette croissance est une exigence de la croissance chrétienne. C'est à ce propos même que le Seigneur a posé la question qui ne laisse pas de repos : « Que faites-vous d'extraordinaire ? (2) » Parce que ce caractère d'absolu ne saurait jamais être atteint, il s'ensuivra qu'un trait indispensable de la vie chrétienne sera cette tendance au mieux, cet esprit de maximum, cette volonté de progrès qui ne s'arrête jamais. La perfection du voyageur est d'avancer.

    A ce propos, saint François de Sales formule avec vigueur le même principe : « Celui des mortels qui ne désire pas d'aimer davantage la divine bonté, il ne l'aime pas assez : la suffisance en ce divin exercice ne suffit pas à celui qui s'y veut arrêter comme si elle lui suffisait. (3) »

    Dieu, en promulguant le précepte de la charité sous sa forme la plus parfaite, n'a pas voulu nous imposer une perfection qui ne peut être atteinte ici-bas ; il nous montre le but vers lequel nous devons courir afin que nos pas ne s'égarent point ; mais nous manquerions au précepte si nous cessions d'aspirer au mieux. N'importe quel degré de charité est insuffisant par rapport à Dieu qui mérite l'amour infini ; vouloir consciemment et avec obstination ne pas aller plus loin, serait détruire le mouvement le plus essentiel de la charité. »

    1. Mt 5,48 ; 2. Mt 5,47 ; 3. Traité de l'Amour de Dieu VI, 13.

    Joseph-Marie Perrin o.p. (1905-2002), Le Mystère de la Charité (Liv. II, 3e Part., Chap. I), Desclée de Brouwer, 1960.

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  • Méditation de la 2ème semaine de l'Avent : l'humilité (4ème jour)

    « Rien ne nous peut tant humilier devant la miséricorde de Dieu que la multitude de ses bienfaits, ni rien tant humilier devant sa justice, que la multitude de nos méfaits. Considérons ce qu'il a fait pour nous et ce que nous avons fait contre lui ; et comme nous considérons par le menu nos péchés, considérons aussi par le menu ses grâces. Il ne faut pas craindre que la connaissance de ce qu'il a mis en nous nous enfle, pourvu que nous soyons attentifs à cette vérité, que ce qui est de bon en nous n'est pas de nous. Hélas ! les mulets laissent-ils d'être lourdes et puantes bêtes, pour être chargés des meubles précieux et parfumés du prince ? Qu'avons-nous de bon que nous n'ayons reçu ? et si nous l'avons reçu, pourquoi nous en voulons nous enorgueillir (1). Au contraire, la vive considération des grâces reçues nous rend humbles ; car la connaissance engendre la reconnaissance. Mais si voyant les grâces que Dieu nous a faites, quelque sorte de vanité nous venait chatouiller, le remède infaillible sera de recourir à la considération de nos ingratitudes, de nos imperfections, de nos misères : si nous considérons ce que nous avons fait quand Dieu n'a pas été avec nous, nous connaîtrons bien que ce que nous faisons quand il est avec nous n'est pas de notre façon ni de notre cru ; nous en jouirons vraiment et nous en réjouirons parce que nous l'avons, mais nous en glorifierons Dieu seul, parce qu'il en est l'auteur. Ainsi la Sainte Vierge confesse que Dieu lui fait choses très grandes, mais ce n'est que pour s'en humilier et magnifier Dieu : Mon âme, dit-elle, magnifie le Seigneur, parce qu'il m'a fait choses grandes (2). »

    1. I Co IV, 7 - 2. Lc I, 46, 49.

    St François de Sales (1567–1622), Introduction à la vie dévote (IIIe Part., ch. V), in "Œuvres", nrf Gallimard, 1969.

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  • Méditations de la 1ère semaine de l'Avent : la douceur (6ème jour)

    « L’une des bonnes pratiques que nous saurions faire de la douceur, c’est celle de laquelle le sujet est en nous-mêmes, ne dépitant jamais contre nous-mêmes ni contre nos imperfections ; car encore que la raison veut que quand nous faisons des fautes nous en soyons déplaisants et marris, il faut néanmoins que nous nous empêchions d'en avoir une déplaisance aigre et chagrine, dépiteuse et colère. En quoi font une grande faute plusieurs qui, s’étant mis en colère, se courroucent de s’être courroucés, entrent en chagrin de s’être chagrinés, et ont dépit de s’être dépités ; car par ce moyen ils tiennent leur cœur confit et détrempé en la colère : et si bien il semble que la seconde colère ruine la première, si est-ce néanmoins qu'elle sert d'ouverture et de passage pour une nouvelle colère, à la première occasion qui s'en présentera ; outre que ces colères, dépits et aigreurs que l'on a contre soi-même tendent à l'orgueil et n'ont origine que de l'amour-propre, qui se trouble et s'inquiète de nous voir imparfaits.
    ...
    Croyez-moi, Philothée, comme les remontrances d’un père faites doucement et cordialement, ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger que non pas les colères et courroux ; ainsi, quand notre cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles, ayant plus de compassion de lui que de passion contre lui, l’encourageant à l’amendement, la repentance qu'il en concevra entrera bien plus avant et le pénètrera mieux que ne ferait pas une repentance dépiteuse, ireuse et tempêtueuse. »

    St François de Sales (1567–1622), Introduction à la vie dévote (IIIe Part., ch. IX), in "Œuvres", nrf Gallimard, 1969.

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  • Méditation : l'Eucharistie, nourriture céleste

    « L'Eucharistie est établie pour restaurer et nourrir l'âme dans tous ses besoins (1) ; "pour fortifier le corps et l'âme et pour servir de remède" (2). Comme le corps épuisé de fatigues a besoin de renouveler la vie qui circule en lui, l'âme a besoin de réparer ses défaillances et de refaire ses forces. Ce qui manque à beaucoup de ces âmes que dévore l'ennui, le chagrin, ou simplement le vide de la vie, c'est le froment des élus ; la force des saints, c'est le vin des divines joies. Elles oublient qu'à chaque être il faut un aliment, proportionné à sa nature : "le foin, dit saint Cyrille, est la nourriture de l'animal, le pain l'aliment du corps ; et le Christ est le pain de l'âme."

    Un grand tort, c'est de considérer la Sainte Communion comme une récompense, comme une couronne de sainteté. Non, la Sainte Communion n'est pas une récompense de la vertu, car la vertu la plus haute ne saurait la mériter ; c'est un moyen d'acquérir la vertu, de se fortifier contre le mal, de persévérer et de s'avancer dans le bien. "Elle nous préserve du péché mortel, et c'est l'antidote qui nous délivre des fautes quotidiennes" (3) ; "nous prenons chaque jour le pain céleste afin de remédier à nos infirmités de chaque jour." (4). "Approchez-vous du Christ avec confiance ; vous n'allez pas à lui pour le sanctifier, mais pour être sanctifié par lui." (5). "Deux sortes de gens doivent communier souvent : les parfaits parce qu'ils sont bien disposés et les imparfaits pour travailler à acquérir la perfection ; les forts de crainte qu'ils ne deviennent faibles et les faibles pour qu'ils deviennent forts." (6)

    "Ô Jésus, très doux Seigneur, faites que mon âme ait faim de vous, vous qui êtes le pain des anges, l'aliment des âmes saintes, notre pain quotidien. Que j'aie soif de vous qui êtes la fontaine de vie, de science et de sagesse. Ô Dieu, vous êtes ma paix, mon refuge, ma propriété, mon trésor, mon bonheur. Qu'en vous seul soient fixés et implantés pour toujours, mes entretiens, mes pensées, mes œuvres, mes richesses, mon âme et mon cœur." (St Bonaventure) »

    1. St Thomas - 2. Canon de la Messe - 3. Concile de Trente - 4. St Ambroise - 5. St Bonaventure - 6. St François de Sales

    Abbé F. Maucourant, La vie d'intimité avec le bon Sauveur (Dix-septième méditation), Nevers, 1898.
    (Onzième méditation à lire au 14 novembre 2013)

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  • Méditation : la dévotion à Saint Michel Archange

    « Non seulement l’Église invite les fidèles à être dévots à saint Michel, mais elle le regarde comme son puissant protecteur, et elle l'invoque souvent dans ses prières. Elle a même établi deux fêtes solennelles en son honneur : le 8 mai et le 29 septembre de chaque année.
    Dépositaire des révélations divines, elle sait que ce glorieux prince des milices angéliques préside, de par Dieu, aux destinées des peuples chrétiens, et que sa céleste intervention est une source intarissable de grâces dans l'ordre physique, moral et spirituel. Aussi recommande-t-elle avec insistance la dévotion à saint Michel, la plus capable d'exterminer ces sectes maudites, filles de Satan, qui corrompent le monde par leurs subversives doctrines, leur propagande impie, leur néfaste influence sur les esprits et les cœurs.

    Écoutons les saints nous parler de cette dévotion :

    "Le zèle de notre dévotion à saint Michel, dit saint Denis, est comme la mesure de notre sanctification personnelle et pour la sanctification des âmes. – négliger cette dévotion, ajoute saint Bernard, c'est s'exposer inévitablement à la damnation éternelle ; la pratiquer c'est, au contraire, s'assurer le salut et la suprême félicité."
    Saint Liguori explique ainsi son étonnante et si consolante parole : La dévotion à saint Michel est un signe de prédestination. "La raison est, dit-il, que saint Michel, aimant beaucoup le salut de ses pieux serviteurs, ne souffrira pas qu'une âme qui conserve envers lui une dévotion particulière, tombe dans la disgrâce de Dieu ; il lui obtiendra la force de résister aux attaques de l'enfer. Si malheureusement cette âme est tombée par le passé dans quelque faute grave, dès qu'elle se recommande à ce puissant protecteur, il lui obtiendra facilement la grâce du pardon et de la persévérance ; car l’Église atteste que, lorsqu'on honore saint Michel, on participe à ses bienfaits et aux prières qu'il ne cesse d'adresser pour ceux qui le servent, afin de pouvoir les conduire au royaume des cieux : Cujus honor proestat beneficia populorum, et oratio perducit ad regna coelorum. Qu'on remarque ces paroles : Cujus… oratio perducit ad regna coelorum ; elles signifient que lorsque saint Michel recommande une âme à Dieu, il lui obtient le salut éternel. Aussi, saint Laurent Justinien exhorte tous les hommes à tâcher d'acquérir la protection de ce puissant archange, par des prières et d'autres pieux hommages, afin qu'il les secoure dans tous les besoins de l'âme ; car il ne peut dédaigner les prières qu'on lui adresse, ni laisser de protéger ceux qui se confient en son intercession et qui l'aiment.

    S'il est salutaire en tout temps de prier saint Michel, n'est-il pas nécessaire, à l'heure présente, de recourir à sa puissante intercession, de demander à ce glorieux vainqueur de Lucifer, à ce porte-étendard du Christ, de défendre l’Église et nous-mêmes dans la lutte terrible, acharnée, des ennemis de Dieu contre la religion et nos âmes ? Il appartient à celui qui a précipité dans l'enfer Satan et les esprits rebelles, de nous obtenir la victoire en ce nouveau combat.
    "Quand l'esprit d'inconséquence, soufflé par Satan, a dit un grand évêque, se répand dans le monde y plantant les racines de l'impiété et du vice qui engendrent tous les maux, il n'y a, pour ainsi dire, qu'une seule force à y opposer : la dévotion à saint Michel, dévotion remontant à l'origine des temps et qui produit les effets les plus merveilleux sur l'athéisme, sous quelque forme qu'il se présente." Mgr Mermillod exprime la même pensée. "Au moment, dit-il, où les sociétés chancellent, parce qu'elles ont méconnu les droits de Dieu, il importe de rappeler la dévotion à l'archange qui a jeté le cri de victoire : "Quis ut Deus ? Qui est semblable à Dieu ?"
    C'était aussi le sentiment de saint François de Sales, de Pie IX et de beaucoup d'autres pontifes, comme il l'est encore aujourd'hui de l'illustre et clairvoyant Léon XIII, N.S.P. le Pape. D'après eux, le culte de saint Michel est le grand remède contre le mépris des droits divins, contre la rébellion, contre le scepticisme, le matérialisme et la négation absolue de Dieu.

    Recourons donc à saint Michel ; prenons la pieuse habitude de l'invoquer souvent ; prions-le, dans nos défaillances, dans nos tentations, de nous défendre contre la malice de nos ennemis ; de nous découvrir leurs pièges, leurs artifices ; de nous rendre insensibles à leurs séductions et sourds à leurs perfides insinuations ; réclamons surtout son assistance pour ce moment terrible où la vie ne nous apparaîtra plus que comme un songe près de finir, où toutes les espérances de la terre s'évanouiront pour nous, où toutes les illusions se dissiperont aux premiers rayons du grand jour de l'éternité, arrivant à notre âme tremblante au milieu des angoisses de l'agonie et des épouvantes de la mort. Que saint Michel et notre saint Ange gardien nous fortifient, nous rassurent alors en nous couvrant de leurs ailes, et qu'ils conduisent notre âme à Dieu !
    Pour mériter cette grâce, cette insigne protection du glorieux archange, redisons aujourd'hui, dans la sincérité de notre cœur, cette belle parole du cardinal Pie : J'accepte avec joie le devoir d'invoquer saint Michel plus fidèlement chaque jour, comme protecteur de l’Église et de notre nation, comme avocat de mon âme auprès du souverain juge ! »

    Extrait de "L'Ange Gardien", Juillet 1895, pp.75-78, dans notre dossier dédié à l'Archange St Michel.

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  • Méditation : pour bien communier...

    « Commencez le soir précédent à vous préparer à la sainte Communion par plusieurs aspirations et élancements d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure afin de pouvoir aussi lever plus matin. Que si la nuit vous vous réveillez, remplissez soudain votre cœur et votre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles votre âme soit parfumée pour recevoir l’Époux, lequel, veillant pendant que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et faveurs, si de votre part vous êtes disposée à les recevoir. Le matin levez-vous avec grande joie, pour le bonheur que vous espérez, et vous étant confessée, allez avec grande confiance, mais aussi avec grande humilité, prendre cette viande céleste qui vous nourrit à l'immortalité. Et après que vous aurez dit les paroles sacrées : Seigneur, je ne suis pas digne (*), ne remuez plus votre tête ni vos lèvres, soit pour prier soit pour soupirer, mais ouvrant doucement et médiocrement votre bouche, et élevant votre tête autant qu'il faut pour donner commodité au prêtre de voir ce qu'il fait, recevez pleine de foi, d'espérance et de charité Celui lequel, auquel, par lequel et pour lequel vous croyez, espérez et aimez. Ô Philothée, imaginez-vous que comme l'abeille ayant recueilli sur les fleurs la rosée du ciel et le suc plus exquis de la terre, et l'ayant réduit en miel, le porte dans sa ruche, ainsi le prêtre ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vrai Fils de Dieu, qui comme une rosée est descendu du Ciel, et vrai Fils de la Vierge, qui comme fleur est sorti de la terre de notre humanité, il le met en viande de suavité dedans votre bouche et dedans votre corps. L'ayant reçu, excitez votre cœur à venir faire hommage à ce Roi de salut ; traitez avec lui de vos affaires intérieures, considérez-le dedans vous, où il s'est mis pour votre bonheur ; enfin, faites-lui tout l'accueil qu'il vous sera possible, et comportez-vous en sorte que l'on connaisse en toutes vos actions que Dieu est avec vous. »

    (*) Mt VIII, 8.

    St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Seconde partie, ch. XXI), in "Œuvres", nrf-Gallimard, 1969.

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    Paolo Caliari, dit Véronèse (1528-1588) : Jésus et le centurion
    (Musée National du Prado, Madrid)

  • Méditation : les dons du Saint-Esprit

    « Le Saint-Esprit qui habite en nous, voulant rendre notre âme souple, maniable et obéissante à ses divins mouvements et célestes inspirations, qui sont les lois de son amour, en l'observation desquelles consiste la félicité surnaturelle de cette vie présente, il nous donne sept propriétés et perfections qui, en l’Écriture sainte et dans les livres des théologiens, sont appelés dons du Saint-Esprit.
    Or, ils ne sont pas seulement inséparables de la charité, mais toutes choses bien considérées, et à proprement parler, ils sont les principales vertus, propriétés et qualités de la charité ; car,
    - la sagesse n'est autre chose en effet que l'amour qui savoure, goûte et expérimente combien Dieu est doux et suave ;
    - l'intelligence n'est autre chose que l'amour attentif à considérer et pénétrer la beauté des vérités de la foi, pour y connaître Dieu en lui-même, et puis, de là, en descendant, le considérer dans les créatures ;
    - la science, au contraire, n'est autre chose que le même amour qui nous tient attentifs à nous connaître nous-mêmes et les créatures, pour nous faire remonter à une plus parfaite connaissance du service que nous devons à Dieu ;
    - le conseil est aussi l'amour, en tant qu'il nous rend soigneux, attentifs et habiles pour bien choisir les moyens propres à servir Dieu saintement ;
    - la force est l'amour qui encourage et anime le cœur pour exécuter ce que le conseil a déterminé devoir être fait ;
    - la piété est l'amour qui adoucit le travail et nous fait cordialement, agréablement et d'une affection filiale employer aux œuvres qui plaisent à Dieu notre Père ; et
    - pour conclusion, la crainte n'est autre chose que l'amour en tant qu'il nous fait fuir et éviter ce qui est désagréable à la divine Majesté. »

    St François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, Livre 11, chap. 15.
    Les œuvres de St François de Sales sont en lecture et téléchargement ici.

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  • Méditation : notre misère et la miséricorde divine (3)

    « Non seulement l'âme qui a la connaissance de sa misère peut avoir une grande confiance en Dieu, mais elle ne peut avoir une vraie confiance qu'elle n'ait la connaissance de sa misère ; car cette connaissance et confession de notre misère nous introduit devant Dieu. Aussi tous les grands Saints, comme Job, David et autres, commençaient toutes leurs prières par la confession de leur misère et indignité ; de sorte que c'est une très bonne chose de se reconnaître pauvre, vil et abject, et indigne de comparaître en la présence de Dieu. Ce mot tant célèbre entre les Anciens, « Connais-toi toi-même », encore qu'il s'entende : connais la grandeur et excellence de ton âme, pour ne la point avilir et profaner en des choses indignes de sa noblesse, il s'entend aussi : « Connais-toi toi-même », c'est-à-dire ton indignité, ton imperfection et misère. Plus nous sommes misérables, plus nous nous devons confier en la bonté et miséricorde de Dieu ; car, entre la miséricorde et la misère, il y a une certaine liaison si grande, que l'une ne se peut exercer sans l'autre. Si Dieu n'eût point créé d'homme, il eût été vraiment toujours tout bon, mais il n'eût pas été actuellement miséricordieux, d'autant qu'il n'eût fait miséricorde à personne ; car, à qui faire miséricorde sinon aux misérables ?
    Vous voyez donc que tant plus nous nous connaissons misérables, et plus nous avons occasion de nous confier en Dieu, puisque nous n'avons rien de quoi nous confier en nous-mêmes. La défiance de nous-mêmes se fait par la connaissance de nos imperfections. Il est bien bon de se défier de soi-même, mais de quoi nous servirait-il de le faire, sinon pour jeter toute notre confiance en Dieu et nous attendre à sa miséricorde ? »

    St François de Sales (1567-1622), Entretiens spirituels (3° Entretien - De la Confiance et Abandonnement, extrait), Œuvres, Éditions Gallimard, Paris, 1969.

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