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  • Méditation - « Considérez les lys des champs... »

    « La Providence est l'un de nos dogmes fondamentaux, un des plus nourrissant pour la piété. Ouvrons la Bible, nous verrons la Providence en action presque à chaque page (1), en sorte que le meilleur commentaire de cet évangile, c'est toute l’Écriture... Relisons-la quelquefois avec ce souci d'y découvrir l'action de Dieu, mais souvenons-nous que si cette conduite de Dieu dans le passé nous paraît actuellement toute naturelle, les personnages d'autrefois la trouvaient pour lors mystérieuse et déconcertante, absolument comme nous celle de l'heure présente (2). L’œuvre divine est une tapisserie splendide, mais... dont on ne voit guère, sur le moment, que l'envers. Il faut savoir attendre.

    Croyons donc, et confessons que Dieu ne laisse rien au hasard, qu'il a un but en toutes ses démarches, en toutes les permissions qu'il donne aux puissances du mal ; croyons qu'il est père, père infiniment prudent et infiniment aimant, et que par conséquent, après et avec sa propre gloire, il a pour fin ultime le bien spirituel et le bonheur éternel de ses enfants.

    C'est dire qu'il importe souverainement de lui faire crédit et de lui abandonner nos désirs, en restant convaincus qu'il disposera toutes choses infiniment mieux que nous. Il serait difficile de relever le nombre de saintes âmes auxquelles Notre-Seigneur lui-même daigna donner cette leçon : Occupe-toi simplement de mes intérêts. Les tiens, je m'en charge... »

    1. Relire en particulier l'Exode, le Deutéronome, Tobie, les Psaumes, et surtout les Actes des Apôtres.
    2. Le génie de Racine a su tirer tout le parti possible de ce côté mystérieux de l'action divine dans Athalie.

    P. J.-B. Gossellin s.j., Sujets d'Oraison pour tous les jours de l'année, Tome III (XIVe dimanche. 111, II), 3e édition, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1950.

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  • Méditation - Devenir saints - Invitation à l'intériorité

    « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. »
    (Mt 16, 24 ; Lc 9, 23)

    « Nous ne deviendrons saints qu'en nous acceptant, en assumant l'entière responsabilité de nos vies telles qu'elles sont, avec leurs désavantages et leurs limites, et en nous soumettant à l'action purifiante et transformante du Sauveur.
    [...]
    La haine de soi morbide, qui passe parfois pour de l'humilité, ne renferme aucun bien. Un idéal spirituel teinté d'une horreur manichéiste du corps et des choses matérielles ne renferme aucune espérance. Un angélisme qui n'est qu'un raffinement d'égoïsme infantile ne peut donner ni liberté spirituelle ni sainteté.

    Et cependant nous devons, en même temps, maîtriser nos passions, pacifier notre esprit avec une humilité et une abnégation profondes, pouvoir dire NON, fermement et définitivement, à nos désirs excessifs, et mortifier même certains de nos besoins légitimes, pour nous discipliner.

    Le travail qui consiste à nous donner à Dieu [...] est profondément sérieux et n'admet pas de compromis. Il ne suffit pas de méditer sur une voie permettant d'arriver à la perfection par le sacrifice, la prière et le renoncement au monde.

    Il faut vraiment jeûner, prier, renoncer à nous-mêmes et devenir des hommes intérieurs si nous voulons un jour entendre la voix de Dieu en nous. Il ne suffit pas d'essayer de devenir parfaits au moyen d’œuvres actives et de croire que les observances et les devoirs [...] suffisent, par eux-mêmes, à transformer nos vies dans le Christ. Celui qui se contente de « travailler » pour Dieu extérieurement n'a peut-être pas, pour Lui, cet amour intérieur qui est indispensable à la véritable perfection, qui cherche non seulement à Le servir mais à Le connaître, à s'unir à Lui dans la prière, à s'abandonner à Lui dans la contemplation. »

    Thomas Merton (1915-1968), Vie et Sainteté (chap. II), Traduit par Marie Tadié, Aux Éditions du Seuil, Paris, 1966.

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  • Méditation - De la vie des sens à la vie surnaturelle

    « Il y a trois vies au choix de l'homme : la vie des sens, qui est la vie animale ; - la vie de la raison, dont la fin est l'honneur et la sagesse de la terre ; - la vie de foi, qui est la vie surnaturelle, la vie du juste : Justus autem ex fide vivit (1).
    [...]
    La perfection de la vie surnaturelle, c'est de vivre en Dieu.
    Il faut à l'homme un centre de vie dans lequel il se repose, se fortifie, se réjouisse, s'anime à de plus grandes choses.
    L'homme des sens vit de sensations ; l'homme naturel vit dans les biens naturels ; mais le juste vit en Dieu.
    Jésus-Christ a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et je demeure en lui. » (2)
    Saint Paul a dit : « Celui qui est uni à Dieu ne fait avec lui qu'un esprit. » (3)
    On reconnaît que Dieu est le centre d'une âme, quand la vérité de Dieu fait sa joie ; quand la volonté de Dieu fait son bonheur ; quand l'amour de Dieu est l'inspirateur, le grand moteur, la grande vertu de sa vie. - Alors Dieu règne en cette âme. « Anima justi est Dei, dit saint Grégoire ; l'âme du juste est la demeure de Dieu. »
    Où sont les pensées, les désirs, les plaisirs de mon coeur, là est mon trésor... »

    1. Rom. I, 17 & Heb. X, 38 : "Celui qui est juste par la foi, vivra". - 2. Jn. VI, 57. - 3. I Cor. VI, 17.

    St Pierre-Julien Eymard (1811-1868), La Divine Eucharistie, extraits des Écrits et Sermons du Bienheureux Pierre-Julien Eymard, Troisième Série, Retraites aux pieds de Jésus-Eucharistie (Troisième Retraite, Deuxième jour, IIe méditation), Société Saint-Augustin, Desclée de Brouwer & Cie, Bruges - Lille - Paris - Lyon, 1926 (treizième édition).

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    Carl Heinrich Bloch (1834-1890), Le Consolateur

  • Méditation - « Revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ » (Rm 13, 14)

    « Qu'est-ce que se revêtir de Jésus-Christ ? C'est conformer nos pensées à ses pensées, nos jugements à ses jugements, nos désirs à ses désirs, nos affections à ses affections, notre conduite à sa conduite : en un mot, c'est conformer tout notre intérieur et notre extérieur, à son intérieur et à son extérieur : c'est l'imiter d'une manière si parfaite, demeurer uni à lui d'une manière si étroite, nous rendre si dociles à toutes ses volontés, que nous puissions dire, avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis,
    c'est Jésus-Christ qui vit en moi.


    Pour parvenir à ce but désirable, nous devons nous accoutumer à sa divine présence, et avoir sans cesse les yeux fixés sur lui. Que fait le peintre, lorsqu'il veut tirer une copie de quelque tableau, chef-d’œuvre d'un maître habile ? il en étudie soigneusement toutes les parties ; puis, il cherche à les reproduire fidèlement sur la toile : sans cesse, ses regards se portent de sa toile sur l'original, et de l'original sur sa toile, et il poursuit son travail sans relâche, jusqu'à ce que la ressemblance lui paraisse parfaite : voilà ce que nous devons faire, relativement à Jésus-Christ. Nous devons l'étudier, dans toutes les parties de son intérieur et de son extérieur ; puis, retracer en nous tout ce que nous apercevons en lui d'imitable ; portant sans cesse nos regards, de lui sur nous-mêmes, et de nous-mêmes sur lui ; poursuivant notre travail avec une courageuse persévérance, jusqu'à ce que la ressemblance soit devenue parfaite.

    Mais Jésus-Christ n'étant plus sur la terre, comment pouvons-nous ainsi l'étudier ? Dans ses actions, et dans ses oracles consignés dans l'Évangile, et au moyen desquels il demeure, en quelque sorte, au milieu de nous, et continue de nous instruire : c'est là qu'il est notre modèle, notre docteur et notre guide. Aussi, a-t-il chargé ses apôtres et leurs successeurs de publier l'Évangile par toute la terre, et d'enseigner ainsi à tous les peuples ce qu'il leur avait enseigné lui-même en personne, soit par ses exemples, soit par ses oracles.

    L’Évangile, voilà donc le grand tableau mis sous les yeux de tous les hommes : tableau fidèle, où Jésus-Christ est peint trait pour trait, où chacun peut librement et à loisir contempler la sublimité de ses exemples et la sagesse de ses oracles. C'est là, surtout, que Dieu le Père nous dit à tous : Voici mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis mes complaisances, écoutez-le. »

    Abbé Alexandre Leguay, La voie de la véritable et solide vertu (Troisième partie chapitre premier), Paris, Debécourt, 1840.

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  • Méditation - Avoir de grands désirs

    « Ces grands désirs sont le signe qui marque les âmes faites pour les grandes choses. Seuls ces grands désirs peuvent fournir la force nécessaire pour surmonter les difficultés de la route et tout dépasser. Ils sont le souffle qui emporte l'âme haut et loin. Sainte Thérèse [d'Avila] apporte pour nous en convaincre le témoignage de son expérience :

    « Il faut en outre s'animer d'une grande confiance ; car il nous est très avantageux de ne point ralentir nos désirs. Nous devons attendre de la bonté de Dieu que nos efforts nous amèneront, je ne dis pas de suite, mais au moins peu à peu, là où beaucoup de saints sont arrivés avec sa grâce. S'ils n'avaient jamais conçu de tels désirs et ne les avaient mis peu à peu à exécution, ils ne seraient point parvenus à un si haut état. Sa Majesté recherche et aime les âmes généreuses, pourvu qu'elles soient humbles et ne mettent aucune confiance en elles-mêmes. Je n'ai jamais vu non plus une âme pusillanime qui se cache sous le manteau de l'humilité, faire au bout de longues années autant de chemin que les autres en très peu de temps. (1). »

    Ces grands désirs ne sont-ils pas le fruit de l'orgueil ? Oui, peut-être en certains cas ; mais alors ils sombreront dans les premiers échecs et les épreuves de la vie quotidienne. Mais à priori on n'a pas le droit de les juger tels, même si l'inexpérience du débutant les colore de quelques belles illusions. Grandeur d'âme et humilité vont bien ensemble et s'appuient toutes deux sur le sentiment de la faiblesse humaine et la foi en la miséricorde toute-puissante de Dieu. L'exemple et le témoignage de la plus célèbre des filles de sainte Thérèse, Thérèse de Lisieux, nous en apportent la preuve. Elle écrit dans le livre de sa Vie :

    « Pensant alors que j'étais née pour la gloire, et cherchant le moyen d'y parvenir, il me fut révélé intérieurement que ma gloire à moi ne paraîtrait jamais aux yeux des mortels, mais qu'elle consisterait à devenir une sainte.
    Ce désir pourrait sembler téméraire, si l'on considère combien j'étais imparfaite, et combien je le suis encore après tant d'années passées en religion ; cependant je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande sainte. Je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en celui qui est la Vertu, la Sainteté même. C'est Lui seul qui, se contentant de mes faibles efforts, m'élèvera jusqu'à Lui, me couvrira de ses mérites et me fera sainte (2). »

    Grands désirs et humilité peuvent marcher de pair, se garantissent et se fécondent mutuellement. Seule l'humilité peut conserver aux grands désirs leur regard confiant vers les sommets à travers les vicissitudes intérieures et extérieures de la vie spirituelle. D'autre part l'humilité serait fausse qui ferait renoncer une âme à ses grands désirs et la vouerait ainsi à la tiédeur ou à une honnête médiocrité. »

    1. Vie, ch. XIII, pp. 122-123. - 2. Histoire d'une âme, ch. IV, p. 55.

    Vénérable Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus O.C.D. (1894-1967), Je veux voir Dieu (Deux. Part. ch. II, BIII), Éditions du Carmel, Tarascon, 1949.

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  • Méditation : de la vertu de tempérance

    « Ne nous laissons pas envahir par les choses temporelles qui ne sont qu'apparence, et que les biens de la terre ne détournent pas de ceux du ciel vers eux, notre contemplation. Tenons pour dépassé ce qui n'est déjà presque plus rien, et que l'esprit, attaché à ce qui doit demeurer, fixe son désir là où ce qu'on lui offre est éternel. Bien qu'en effet, nous ne soyons sauvés qu'en espérance (1) et que nous portions encore une chair corruptible et mortelle, on peut dire pourtant avec raison que nous ne sommes pas dans la chair si les passions charnelles ne dominent pas sur nous ; et c'est à bon droit que nous ne portons plus le nom de ce dont nous ne suivons pas les désirs. Aussi, lorsque l'Apôtre dit : « Ne vous souciez pas de la chair pour en satisfaire les convoitises (2) », nous n'entendons pas qu'il nous interdise l'usage des choses qui conviennent au salut et que nécessite la faiblesse humaine. Mais, comme il ne faut pas se plier à toutes les convoitises ni satisfaire à tout ce que désire la chair, nous comprenons qu'il nous avertit d'adopter une certaine mesure de tempérance : à ce corps, qui doit être gouverné par l'âme, n'accordons pas de superflu, ne refusons pas le nécessaire. Aussi le même Apôtre dit-il ailleurs : « Nul n'a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin (3). » Il faut, en effet, la nourrir et en prendre soin non pour favoriser les vices ni la luxure, mais pour le service qu'elle doit fournir : ainsi notre nature rénovée se tiendra dans l'ordre, ses parties inférieures ne prévaudront pas criminellement et honteusement sur les supérieures, ni les supérieures ne se laisseront vaincre par les inférieures, tellement que, les vices triomphant de l'âme, on ne trouverait plus qu'esclavage là où devait régner l'autorité. »

    1. Cf. Rom. VIII, 24. - 2. Ibid. XIII, 14. - 3. Eph. V, 29.

    St Léon le Grand (406-461), fêté ce jour, Sermon I sur la Résurrection (5), in "Sermons" Tome III, SC n°74, Éditions du Cerf, Paris, 1961.

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    Gustave Doré, Le repas de Gargantua

  • Méditation : "Si tu veux que ta conduite soit haute et belle..."

    « C'est en vain, mon frère, que tu cherches ton bonheur dans les faux plaisirs : ils sont, dit saint Augustin, des semences de douleurs et d'amertumes qui fatiguent à n'en pouvoir plus. […]
    Sache le reconnaître : l'état d'effervescence dans lequel nous vivons est meurtrier de la joie. La multiplication insensée des lieux de plaisir, les ravages causés par les vices ne prouvent-ils pas qu'on ne trouve plus la joie dans la vie normale ? On se crée des joies artificielles, des dérivatifs au besoin inné de joie.
    Les plaisirs tranquilles sont méprisés ; on veut des jouissances plus raffinées pour oublier au moins pendant quelques heures, les tristesses de la vie réelle.
    Quitte, mon frère, quitte tous tes désirs pleins d'âpreté. Comprends toute la joie du dépouillement.
    Oh ! Sache te renoncer pour mettre de plus en plus Dieu au principe de toutes tes visées et tes aspirations et tu trouveras le repos pour ton âme.
    Si tu veux que ta conduite soit haute et belle il faut que ton monde intérieur soit baigné dans une atmosphère de sérénité et d'idéal. Conserve tes pensées toujours pures et élevées, écarte toute pensée vulgaire, garde tes désirs et tes sentiments au-dessus du terre à terre, que ta volonté toujours nette et orientée vers le bien, le beau et le vrai maintienne fermement ton intérieur à ce niveau d'idéale beauté. Et cette élévation resplendira dans ta conduite tout entière. »

    Dom Idesbald Van Houtryve, o.s.b. (1886-1964), Dans l'Esprit du Christ (Introduction à La Vie dans la Paix), Abbaye du Mont César – Louvain, L’Édition Universelle, S.A., Bruxelles, 1939.

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    Maurizio Fecchio, Pink carpet - © Maurizio51
    Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur

  • Méditation : « Ne vous inquiétez de rien » (Ph IV, 6)

    « L’inquiétude est le plus grand mal qui arrive en l’âme, excepté le péché ; car, comme les séditions et troubles intérieurs d’une république la ruinent entièrement, et l’empêchent qu’elle ne puisse résister à l’étranger, ainsi notre cœur étant troublé et inquiété en soi-même, perd la force de maintenir les vertus qu’il avait acquises, et quant et quant le moyen de résister aux tentations de l’ennemi, lequel fait alors toutes sortes d’efforts pour pêcher, comme l’on dit, en eau trouble.

    L’inquiétude provient d’un désir déréglé d’être délivré du mal que l’on sent, ou d’acquérir le bien que l’on espère ; et néanmoins il n’y a rien qui empire plus le mal et qui éloigne plus le bien, que l’inquiétude et empressement. Les oiseaux demeurent pris dedans les filets et lacs, parce que s’y trouvant engagés ils se débattent et remuent dérèglément pour en sortir, ce que faisant ils s’enveloppent toujours tant plus. Quand donc vous serez pressée du désir d’être délivrée de quelque mal ou de parvenir à quelque bien, avant toute chose mettez votre esprit en repos et tranquillité, faites rasseoir votre jugement et votre volonté ; et puis, tout bellement et doucement, pourchassez l’issue de votre désir, prenant par ordre les moyens qui seront convenables ; et quand je dis tout bellement, je ne veux pas dire négligemment, mais sans empressement, trouble et inquiétude ; autrement en lieu d’avoir l’effet de votre désir, vous gâterez tout et vous embarrasserez plus fort.
    [...]
    Ne permettez pas à vos désirs, pour petits qu’ils soient et de petite importance, qu’ils vous inquiètent ; car après les petits, les grands et plus importants trouveront votre cœur plus disposé au trouble et dérèglement. Quand vous sentirez arriver l’inquiétude, recommandez-vous à Dieu et résolvez-vous de ne rien faire du tout de ce que votre désir requiert de vous, que l’inquiétude ne soit totalement passée, sinon que ce fût chose qui ne se pût différer ; et alors il faut, avec un doux et tranquille effort, retenir le courant de votre désir, l’attrempant et modérant tant qu’il vous sera possible, et sur cela, faire la chose non selon votre désir, mais selon la raison. »

    St François de Sales, Introduction à la vie dévote (Quatrième Partie ch. XI), in "Œuvres", nrf / Gallimard, 1969.
    Texte intégral en ligne à l'Abbaye Saint-Benoît de Port-en-Valais (Suisse).
    Texte intégral à télécharger.

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  • Méditation : Marie, refuge des pécheurs

    « Ne craignez point de vous confier à Marie, malheureux pécheurs ; jetez-vous dans son sein avec une entière confiance. Vous avez un moyen assuré de salut, et vous vous laisseriez périr ! La bonne Vierge Marie veut vous arracher à l'éternelle damnation, et vous iriez affronter la colère de Dieu, et vous vous condamneriez vous-mêmes aux souffrances de l'enfer. Oh ! non ; voilà que vous renoncez sans retour à tous vos dérèglements, à toute une vie de péchés et de scandales. Voilà que vous dites à la Très-Sainte Vierge : Me voici confus et humilié ; recevez votre enfant, qui ne mérite plus ce titre ; cachez-le sous vos ailes maternelles, et priez Dieu pour lui, pour qu'il lui fasse miséricorde. Marie aura pitié de vous. La considération de vos crimes pourrait vous arrêter peut-être. Vous avez foulé aux pieds toutes les vertus dont Marie vous donnait un si bel exemple. Vous avez profané peut-être cette angélique pureté si chère à la Vierge sans tache. Votre cœur, fait pour être la demeure des pensées chastes et saintes, s'est souillé de mille pensées impures, de mille désirs obscènes ; vous vous êtes abandonnés à tous vos penchants dépravés. Ah ! Marie a bien souffert d'une conduite si opposée à la sienne. Mais, enfin, elle est mère. A votre tour, pleurez sur toutes vos erreurs. Marie aura égard à vos larmes, elle vous aidera à recouvrer votre innocence. Quelque grands que soient vos crimes, sa bonté est plus grande encore ; pourvu que vous les détestiez, elle intercèdera pour vous, elle vous défendra auprès de Dieu, et Dieu se laissera toucher.

    Ô admirable tendresse de Marie pour les âmes pécheresses ! Souvent elle n'attend pas que le pécheur aille à elle. Comme le bon pasteur, elle court à la recherche de la brebis égarée. Que de conversions obtenues par sa protection toute puissante, que d'âmes arrachées à l'enfer par ses supplications auprès de Dieu ! Non, Chrétiens, elle ne vous laissera pas périr ; elle vous fera ouvrir les yeux à la lumière, elle vous montrera l'horrible état de votre conscience, et vous frémirez, et vous reviendrez à Dieu... Un peu de confiance, un peu de bonne volonté, et vous sentirez tous les effets de sa puissante intercession.

    Ô Marie, douce Vierge, ayez pitié de tous les coupables. Du haut du ciel, jetez un regard favorable sur les crimes de la terre. Assise sur le trône éclatant où vous ont élevé vos vertus, intercédez pour les pécheurs. Dieu ne peut rien vous refuser. Jésus-Christ vous accordera, puissante souveraine, tout ce que vous lui demanderez pour le salut des âmes. Ces âmes pécheresses, qui vous devront leur bonheur, vous loueront pendant toute une éternité ; toute une éternité, elles chanteront votre gloire. Ô Marie, refuge des pécheurs, priez pour nous ! »

    M. l'Abbé Martin, Le Livre de Marie - Cours d'instructions neuves et surtout pratiques (Vingt-sixième jour), A Taillard-Jaunet, Guincourt (Ardennes), 1857.

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  • Méditation : les désirs, sources d'inquiétude

    « Quiconque désire souvent et avec ardeur quelque chose hors de lui, est toujours inquiet, parce qu'il trouve toujours quelque obstacle à l'accomplissement de ses désirs.
    [...]
    Cette méchante habitude cause à l'âme une maladie dangereuse, qui est une inquiétude continuelle, et une espèce de faim qu'on ne saurait rassasier. L'âme a dans soi un feu dévorant, qui demande de la matière pour s'entretenir, et cette matière est quelque bien ou sensible, ou spirituel. Les biens sensibles s'offrent à elle avec des charmes puissants, auxquels il est difficile de résister. Le penchant de la nature la porte de ce côté-là, et dès l'enfance elle s'y est toujours laissée attirer. Les biens que la foi propose sont invisibles, ils ne tombent point sous les sens, et ce n'est qu'à force de méditations qu'on en acquiert quelque connaissance ; mais enfin la foi les découvre au travers d'un nuage, Dieu se fait sentir à l'âme, et il y porte avec lui la tranquillité. Que s'il s'en retire, et qu'elle ne sente plus sa présence, elle court incontinent après des objets créés, et alors son inquiétude recommence, suivant ce que dit saint Augustin, que notre cœur est toujours dans l'agitation jusqu'à ce qu'il se repose en Dieu, et qu'il n'y a point par conséquent de paix pour lui hors de Dieu.
    C'est une illusion fort commune parmi ceux qui veulent vivre contents, que d'aller chercher partout des occasions de se divertir et de se réjouir : car l'expérience fait assez voir que les joies du monde, à mesure qu'elles croissent, augmentent plutôt qu'elles ne diminuent la soif qu'on en a. Les philosophes même enseignent qu'il ne faut pas accumuler les richesses, mais retrancher les désirs immodérés. La grande maxime des Saints est de ne rien désirer, mais d'avoir pour toutes choses une telle indifférence, qu'on ne veuille que ce que Dieu veut, et qu'on le veuille par le motif de l'amour ; et qu'encore que l'amour ne soit pas accompagné d'une tendresse sensible, on ne laisse pas d'en faire des actes, et de s'y exciter par la foi. Qui suit la lumière de la foi, trouvera la paix. Il faut essayer de s'unir à Dieu, en se conformant entièrement à sa volonté : car par cette union, qui fait sur la terre toute la joie des âmes saintes, on commence à le sentir et à le goûter. »

    J.-J. Surin s.j., Les fondements de la vie spirituelle - Tiré du Livre de l'Imitation de Jésus-Christ (Livre IV, Chap. IV), Nouvelle édition revue et corrigée par le P. Brignon, A Paris, Chez la Veuve Le Mercier, 1737.

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  • Méditation 3ème semaine de Carême : la concupiscence (4)

    « La concupiscence ne retourne pas seulement les intelligences, elle retourne les cœurs aussi, dans le sens rétrograde. Tandis qu'elle obscurcit le ciel des idées, dérobant aux regards de l'humanité les principes éternels autour desquels s'accomplit le mouvement du progrès, et surtout l'idée de la fin dernière, elle accomplit au fond des cœurs une dépravation qui les précipite vers des décadences plus profondes encore...

    Au centre de la vie humaine il y a une chose qui donne par son mouvement l'impulsion à toute la vie. Cette chose que les impurs ont profanée, mais dont les profanations ne peuvent interdire à la parole sacrée de prononcer le nom, c'est l'amour. Oui, l'amour, voilà le centre de la gravitation humaine...

    Aussi, là où va mon amour, là vont mes pensées, là mes désirs, là mes aspirations, là mes actions, là mes joies et mes douleurs, là mes vertus ou mes vices, là mes progrès ou mes décadences. Quand cet amour est ordonné, tout est dans l'ordre ; quand il est désordonné, tout est dans le désordre. Quand cet amour monte, tout monte, je suis dans le progrès ; quand cet amour descend, tout descend, je suis dans la décadence.

    Tout le mystère du progrès gît donc au fond de ce problème pratique, le plus important et le plus décisif de toute la vie : faire monter ou descendre l'amour, ce qui revient à dire : mettre l'ordre ou le désordre dans l'amour. Or, le désordre dans l'amour, c'est la concupiscence même. La concupiscence prise dans son essence peut se définir : la perversion de l'amour ou l'amour retourné. Vous avez dans ce seul mot la philosophie des passions humaines, la théologie de la concupiscence, et je puis bien ajouter : la science du progrès. »

    R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1857 (Deuxième conférence : la concupiscence obstacle au progrès), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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  • Méditation : "Tous cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ" (Ph II, 21)

    « Si nous sommes si faibles en face du mal qui va toujours croissant, n'est-ce pas parce que trop souvent nous réalisons en nous cette parole de l'Apôtre : "Tous cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ" ? (*)
    La force, la fécondité, sachons-le bien, n'est promise qu'aux âmes qui ont mis toute leur confiance dans le Cœur de Jésus ; qui n'ont d'autre désir que de suivre avec une parfaite docilité l'impulsion de ce divin moteur, et qui, au lieu de se laisser guider par leur activité naturelle, n'agissent que sous son influence et ne vivent que de sa vie.
    C'est ainsi qu'agiront les âmes que l'amour du Cœur de Jésus aura intimement unies ensemble. Chaque fois qu'elles iront visiter ce divin Cœur dans son Tabernacle, chaque fois surtout qu'elles le recevront dans la sainte communion, elles consulteront ses désirs. « Seigneur, lui diront-elles, avec saint Paul, que voulez-vous que nous fassions. Parlez, Seigneur, car vos serviteurs vous écoutent ; dites-nous en quoi nous pouvons mieux servir vos intérêts, nous utiliser mieux nous-mêmes, faire plus de bien à nos frères. S'il y a un besoin que nous puissions satisfaire, un danger que nous puissions écarter, une âme entraînée au mal que nous puissions délivrer, un cœur porté au bien que nous puissions encourager, Seigneur, dites-le nous, et vous nous trouverez disposées à seconder vos désirs. »
    Voilà ce que diront souvent à Jésus-Christ les âmes résolues à se dépenser entièrement pour sa gloire. Quand elles se trouveront réunies ensemble, elles se poseront les mêmes questions, et, pour les résoudre, chacune d'elles communiquera aux autres les bonnes pensées que le Cœur de leur Dieu leur aura inspirées. »

    (*) : Ph II, 21.

    L'Apostolat du Sacré Cœur de Jésus dédié aux zélateurs et zélatrices de l'Apostolat de la Prière (Seconde Partie, Deuxième considération), A Vals près Le Puy, 1866.

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  • Méditation : de grands désirs, et une grande confiance en Dieu

    « Il faut s'animer d'une grande confiance, car il nous est très dangereux de ne point ralentir nos désirs. Nous devons attendre de la bonté de Dieu que nos efforts nous amèneront, je ne dis pas de suite, mais au moins peu à peu, là où beaucoup de saints sont arrivés avec sa grâce. S'ils n'avaient jamais conçu de tels désirs et ne les avaient mis peu à peu à exécution, ils ne seraient point parvenus à un si haut état. Sa Majesté recherche et aime les âmes généreuses, pourvu qu'elles soient humbles et ne mettent aucune confiance en elles-mêmes. Je n'en ai jamais vu une seule s'arrêter dans les bas sentiers de la vie spirituelle. Je n'ai jamais vu, non plus, une âme pusillanime qui se cache sous le manteau de l'humilité, faire au bout de longues années autant de chemin que les autres en très peu de temps.
    Pour moi, je suis étonnée quand je vois combien il importe, dans ce chemin de l'oraison, de s'animer à accomplir de grandes choses. A coup sûr, l'âme n'a pas beaucoup de forces au début ; semblable au petit oiseau qui n'a pas toutes ses plumes, elle se fatigue et s'arrête ; mais si elle donne un coup d'aile, elle monte très haut.»

    Ste Thérèse d'Avila, Vie (ch.XIII), in Œuvres complètes, Éditions du Seuil, Paris, 1948.

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