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victoire

  • Méditation - « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-tu abandonné ? » (Mat XXVII, 46)

    « Jésus avait dit aux Apôtres, lors de la dernière Cène : « Voici venir l'heure... où vous serez dispersés... et Me laisserez seul. Mais non, Je ne suis pas seul, le Père est avec Moi. » (Jn XVI, 32). L'union avec le Père est tout pour Jésus : c'est sa vie et sa force, son réconfort et sa joie : si les hommes L'abandonnent, le Père est toujours avec Lui et cela Lui suffit. Cela nous fait mieux comprendre l'intensité de sa souffrance lorsque, au cours de la Passion, le Père se retire de Lui. Et cependant, même dans son agonie et sa mort sur la Croix, Jésus est toujours Dieu et, comme tel, toujours indissolublement uni au Père. Mais Il a pris sur Lui le lourd fardeau de nos péchés qui se dressent, comme une barrière de division morale, entre Lui et le Père. Bien qu'unie personnellement au Verbe, son Humanité se trouve, par miracle, privée de tout réconfort et soutien divin et sent, par contre, peser sur elle, toute la malédiction due au péché : « le Christ - dit Saint Paul aux Galates - nous a rachetés de la malédiction... devenu lui-même malédiction pour nous » (III, 13). Nous touchons ici le fond de l'abîme de la Passion de Jésus, les amertumes les plus atroces qu'Il a embrassées pour notre salut. Et toutefois, même au sein des plus cruels tourments, la plainte de Jésus est en parfaite harmonie avec l'abandon total : « Père, Je remets mon esprit entre tes mains » (Lc XXIII, 46). Ainsi Jésus, qui a voulu goûter jusqu'au bout combien il était amer pour l'homme de souffrir et de mourir, nous apprend à surmonter les troubles et les angoisses que la douleur et la mort suscitent en nous, par des actes de pleine soumission à la volonté divine et d'abandon confiant entre ses mains. »

    P. Bruno Vercruysse s.j., Nouvelles méditations pratiques pour tous les jours de l'année Tome I (Vendredi Saint), Braine-le-Comte - Paris, Charles Lelong - Jouby et Roger, 1874.

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    (Crédit photo)

    « L'agonie et la Croix ne sont pas des événements clos et pétrifiés. Pascal disait déjà : « Jésus est en agonie jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas le laisser seul. » Oui, le Christ revit sa Passion glorieuse à travers tous les membres de l'humanité. Tant qu'un homme souffrira, en quelque lieu que ce soit, l'agonie de Jésus fera revivre la Croix pour que s'accomplisse la Rédemption. Tu n'es pas seul, quand tu accompagnes Jésus à Gethsémani et au Calvaire ; tu communies à tout l'univers et à tous tes frères. Ta souffrance n'est pas ressentie d'abord comme une souffrance individuelle, c'est la communion à une immense souffrance, immense dans l'espace et le temps. C'est celle de toute l'humanité et, plus encore, c'est celle de tout l'univers animé et inanimé.
    [...]
    Oui, l'expérience chrétienne comporte un élément douloureux, elle est communion à l'angoisse de la condition humaine. Et cet élément n'est pas superficiel, il est en toi-même : « Nous gémissons en nous-mêmes. » Avec tous tes frères, tu t'interroges, tu te débats et souvent, tu fais l'expérience de la mort. A l'oraison, laisse monter cette longue plainte, rappelle-toi ces visages et ces situations où l'homme agonise et meurt. Au cœur du monde, tu retrouves vraiment la Croix de Jésus.
    [...]
    Tu enfantes chaque jour ton être de fils de Dieu. Ton corps lui-même, tes puissances vitales qui te relient à l'humanité et au cosmos, doivent encore participer à cette filiation : « Ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que nous le verrons tel qu'il est » (1 Jn 3, 2). L'Esprit de Dieu doit encore envahir toutes les zones de ton être de baptisé, et le monde entier. Le salut total, en plénitude, est à venir. Tu es tendu vers cet homme nouveau que tu enfantes chaque jour dans la douleur. Ton gémissement est analogue à celui du Christ à l'agonie et à la Croix, livrant son corps à la souffrance avec angoisse, mais c'est une souffrance exaltante qui porte en germe la victoire de la résurrection. »

    P. Jean Lafrance (1931-1991), Prie ton Père dans le secret (III, 45), Abbaye Ste Scholastique, Dourgne, 1978.

  • Méditation - Encore un effort !

    « Ce qui est intéressant, c'est que tout effort par lui-même est une victoire. On ne vous demande pas le succès, mais l'effort. L'effort, c'est de l'amour. »

    Révérend Père Crété, s.j., Pensées, Imprimerie catholique de Flers, 1946.

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    (Crédit photo : yasminstock)

  • La marche de l’euthanasie ou le triomphe de l’hédonisme

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    Une tribune de Victoire, de La Marche pour la Vie.

    La légalisation de l’euthanasie était, en 2012, un engagement de campagne du candidat Hollande. Son arrivée avait été préparée grâce aux portes ouvertes par le député Léonetti en 2005, avec sa première loi sur la fin de vie. Elle devait clore la boucle entamée par la loi Veil : à l’entrée de la vie, possibilité d’avorter, à la fin de la vie, possibilité d’euthanasier. C’était logique et nécessaire. On nous dit que l’euthanasie reste interdite aujourd’hui en France. Mais les étapes de sa légalisation ont été franchies et ont déjà fait leurs premières victimes.

    La marche de l’euthanasie n’est pas nouvelle et la tentation de supprimer ses malades, ses vieux, ses « encombrants », traverse l’histoire avec plus ou moins de succès selon les heures.
    Le monde gréco-romain vénérait les Anciens mais la vie des nouveau-nés handicapés ne méritait pas le respect. Les stoïciens poursuivaient un idéal d’autoconservation et de fidélité à son destin mais recommandaient le « suicide philosophique » plutôt que la chute dans une situation d’assujettissement, à autrui ou au vice, à la maladie ou à la vieillesse. Les Esquimaux de Nunage au Canada ont institutionnalisé l’euthanasie des vieillards sous la forme du suicide assisté, jusqu’en 1950, et elle l’est toujours chez les Yuits des îles Saint Laurent et les Chukchee de Sibérie, où la survie des individus dans la force de l’âge mérite le sacrifice des anciens. Le nazisme a quant à lui organisé l’euthanasie sociale dans le fantasme de purifier la race des malades et des impotents.

    L’autorisation de l’euthanasie en France peut donc paraître un banal sursaut de l’histoire qui veut que les surhommes renversent les sous-hommes et créent l’espace de l’extension de leur volonté de puissance. Elle possède pourtant un chemin qui lui est propre, et qu’il faut comprendre pour éviter de s’y perdre.

    Le christianisme avait tâché, pendant des siècles, d’enseigner à nos ancêtres que le pauvre, l’infirme et le vieillard sont images et visages du Christ sur la terre. Il avait inscrit dans le cœur des Français le respect de la fin de vie, temps de préparation du retour à Dieu, instant du passage à témoins où la personne âgée confie sa sagesse et sa mémoire à ceux qui demeurent, destin commun d’une nature humaine qui n’est pas toute-puissante.
    Dans la mort de l’autre, chaque enfant découvre une vérité sur l’homme qu’il est : il n’est pas éternel, la vie humaine n’est pas infinie, il faut l’accomplir sans tarder.

    Cet enseignement tragiquement nécessaire est la leçon que le monde contemporain refuse d’apprendre. L’euthanasie ne sera pas introduite en France comme une loi de progrès médico-social. Elle tente de s’imposer comme une réponse nécessaire aux « situations de détresse », comme la reconnaissance, par une loi humaniste, des souffrances vécues par la population. Le bien-fondé de l’euthanasie ne sera pas argumenté, il sera illustré.

    En novembre 2002, Vincent Humbert, jeune homme de 21 ans, tétraplégique, aveugle et muet, lança son appel au Président Chirac : « Je vous demande le droit de mourir ». Refusée par les juges, la mort lui sera administrée par sa mère et son médecin.
    Vincent Lambert, victime en 2008 d’un accident de voiture, est présenté comme un malade en fin de vie alors qu’il n’est qu’une personne handicapée, en état pauci-relationnel, qui nécessiterait son transfert dans un établissement spécialisé. Cette demande, formulée par trois fois par ses avocats, lui est à ce jour toujours refusée.
    Le 6 janvier dernier, le Conseil d’Etat s’est autorisé à trancher sur la vie ou la mort d’Inès, 14 ans, contre l’avis de ses parents, en validant l’arrêt des soins demandés par l’hôpital.

    Ces affaires utilisées comme emblèmes sont rendues possibles par la brèche euthanasique ouverte par la loi Leonetti de 2005, et développée avec la loi Claeys-Leonetti de 2016.
    La loi Léonetti prônait d’éviter l’obstination déraisonnable et mettait en place le système de procédure collégiale qui, initiée par le médecin, doit désormais décider de la poursuite ou de l’arrêt des traitements si le malade est inconscient.
    Cette loi néglige la distinction entre le refus d’un traitement disproportionné et l’euthanasie par omission. Elle ne donne pas non plus de définition du mot « traitement ». Ces omissions maintiennent une confusion entre ce qui relève du soin, et qui est dû à tous comme secours vital, et ce qui relève du traitement, et qui peut être arrêté si le traitement est disproportionné par rapport au résultat espéré.
    Onze ans plus tard, Jean Leonetti, à droite, et Alain Claeys, à gauche, firent adopter une proposition de loi rendant contraignantes les directives anticipées  et validant le droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès, associée à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles. L’alimentation et l’hydratation artificielles sont désormais considérées comme des traitements et donc susceptibles d’être stoppées, dans le cadre du refus de l’obstination déraisonnable.

    Présentées comme des moyens de préserver la dignité du mourant, ces lois permettent, dans les faits, aujourd’hui en France, d’euthanasier les malades, les handicapés et les vieillards, en les laissant mourir de faim et de soif. Telle est la menace qui pèse aujourd’hui sur Vincent Lambert, lequel n’est ni mourant, ni malade, ni en situation de fin de vie : il souffre d’une maladie spécifique pour laquelle le corps médical ne lui donne pas de solution adaptée, et d’une sollicitude inversée d’un monde qui pense soigner la souffrance en supprimant le patient.

    La marche de l’euthanasie en France ne ressemble à aucun autre des modes d’euthanasie qui ont traversé l’histoire. Elle est plus romantique et plus tragique. La France ne veut pas supprimer ses malades comme les Grecs, les Esquimaux ou les nazis. La France ne veut pas être le bourreau de ses membres souffrants. Elle leur donne la mort par compassion. Par charité.
    Si l’euthanasie semble s’imposer progressivement dans notre société, c’est parce que notre peuple est infesté par l’hédonisme qui renverse la hiérarchie de la place de l’autre par rapport à soi. L’important n’est plus le don mais le plaisir. Est bon ce qui procure du bien-être. Doit être éradiqué ce qui est dur à voir et provoque du déplaisir. Je n’entre en interaction avec l’autre que si je sais que de cette liaison sortira plus de bonheur pour moi.
    Ce qui compte ce n’est donc plus de se mettre au service du malade, de recevoir la sagesse de l’Ancien, d’accompagner le mourant. Ce qui compte c’est dans un premier temps de refuser toute souffrance pour le malade. Dans un dernier temps de refuser toute souffrance pour soi-même.

    Revendiquer le droit à mourir dans la dignité, c’est demander à l’État d’avoir la correction de ne pas nous laisser voir combien notre nature humaine est faible. Parce que la technique a démultiplié notre capacité à contrôler la souffrance, nous avons cru qu’il nous serait possible de ne plus jamais avoir mal. Et nous ne voulons pas que l’expérience de la vie nous prouve que nous avons tort.

    L’euthanasie est la pire réponse qu’un peuple puisse apporter à ses membres souffrants. En leur donnant la mort il leur dit : « ta vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et tu ne vaux pas la peine que je prenne le temps et le soin de te la rendre meilleure. » L’euthanasie est une vaste tromperie, le triomphe de l’hédonisme. Pour lui barrer la route et redonner à chaque Français le sens de l’accueil d’autrui, quel que soit son visage, quel que soit son état, la marche adverse des défenseurs de la vie s’impose.

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    Source : InfoCatho.

  • Méditation - Les Saints Anges Gardiens

    « Les Anges sont nos pasteurs ; non seulement ils portent à Dieu nos messages, mais ils nous apportent aussi ceux de Dieu. Ils nourrissent nos âmes de leurs douces inspirations et des communications divines ; en bons pasteurs, ils nous protègent et nous défendent contre les loups, c'est-à-dire contre les démons.

    Par leurs secrètes inspirations, les Anges procurent à l'âme une connaissance plus haute de Dieu ; ils l'embrasent ainsi d'une plus vive flamme d'amour pour lui ; ils vont même jusqu'à la laisser toute blessée d'amour.

    La même sagesse divine qui, dans le ciel, éclaire les Anges et les purifie de toute ignorance, éclaire aussi les hommes sur la terre et les purifie de leurs erreurs ou imperfections ; elle va des premières hiérarchies des Anges jusqu'aux dernières, et par celles-ci arrive jusqu'à l'homme.

    La lumière de Dieu illumine l'Ange en le pénétrant de sa splendeur et en l'embrasant de son amour, car l'Ange est un pur esprit tout disposé à cette participation divine, mais d'ordinaire elle n'éclaire l'homme que d'une manière obscure, douloureuse et pénible, parce que l'homme est impur et faible, de même que la lumière du soleil n'éclaire des yeux malades qu'en les faisant souffrir.

    Quand l'homme est devenu vraiment spirituel et transformé par l'amour divin qui le purifie, il reçoit l'union et l'amoureuse illumination de Dieu avec une suavité semblable à celle des Anges.

    Quand Dieu accorde des faveurs à une âme par l'intermédiaire du bon Ange, il permet d'ordinaire que le démon en ait connaissance et s'y oppose même de tout son pouvoir dans une mesure conforme à la justice, afin que le triomphe soit estimé à un plus haut prix, et que l'âme victorieuse et fidèle dans la tentation obtienne une récompense plus abondante.

    Rappelez-vous combien il est vain, périlleux et funeste de se réjouir d'autre chose que du service de Dieu, et considérez quel malheur ce fut pour les Anges de se réjouir et de se complaire dans leur beauté et leurs dons naturels, puisque c'est pour cela qu'ils tombèrent, privés de toute beauté, au fond des abîmes. »

    Saint Jean de la Croix, Œuvres spirituelles, Avis et maximes, "Autres avis et maximes", chapitre VII : Des Anges (220-226), Paris, Le Seuil, 1947.

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    Association "L'Ange gardien" :
    Spécimen gratuit de la revue bimestrielle sur simple demande

  • Méditation - Le don de force

    « Viriliter agite et confortamini : soyez virils, fortifiez-vous disait saint Paul (I Cor XVI,13) après le psalmiste (XXX,25). Dieu a déposé dans le fond de nos âmes une mine de saintes énergies, que peut-être nous ne soupçonnons pas, et qu'Il veut nous amener à mettre en valeur. Qu'elles ne demeurent pas enfouies ; sachons tirer de notre volonté toute la puissance qu'elle tient en germe et qui peut merveilleusement grandir. Hélas ! très nombreuses sont les personnes de petit courage qui ne font que de faibles efforts ; elles en font assez pour rester vertueuses, elles en font trop peu pour devenir parfaites. Après dix ans, trente ans d'une vie de piété, l'oraison leur coûte encore, leurs prières sont pleines de distractions ; leur mortification est peu généreuse ; leur caractère n'est pas encore réformé, elles n'ont su ni l'adoucir s'il était trop rude, ni l'affermir s'il était trop faible ; leur patience est vite épuisée, des peines que les âmes vaillantes regardent comme légères, leur paraissent très lourdes, elles croient faire beaucoup en les endurant sans s'irriter. Ces personnes ne sortent jamais de l'enfance spirituelle. Comme les enfants, incapables de se livrer aux mêmes travaux, de porter les mêmes charges que les hommes faits, ne peuvent rendre que de très légers services, ainsi elles ne pratiquent que de petites vertus et ne donnent à Dieu que très peu de gloire.

    Ceux qui font de plus grands efforts ont acquis plus de vertus, et leurs mérites sont beaucoup plus grands ; mais combien sont devenus forts ceux qui se sont fait violence en tout, qui ne se sont pas lassés de lutter contre eux-mêmes. Les demi-victoires laissent l'âme encore bien faible, mais toute victoire complète, due à de très énergiques efforts, affaiblit l'ennemi, fortifie le vainqueur, et rend plus faciles de nouveaux succès. Le jour vient où la volonté étant dégagée de ses attaches, libérées de ses défectuosités, peut devenir entre les mains divines un instrument docile. Alors, l'Esprit-Saint s'en empare, l'affermit et la dirige. Le don de force, jusque là, ne s'exerçait que par intervalles, dans les circonstances difficiles, par exemple lorsque s'imposaient des sacrifices exceptionnels, comme au moment de répondre à une vocation vivement combattue, ou bien dans des jours de grande douleur, comme à la mort d'un père, d'une mère, d'une personne chérie ; désormais ce même don produira des effets habituels, et combien précieux ! On jouit alors d'une constante égalité d'âme, car l'Esprit-Saint, qui rend l'âme si forte, est toujours immuable ; on garde toujours la pleine possession de soi-même, qui ne se dément ni dans les cas de pénibles surprise ou de contrariétés irritantes, ni dans les événements les plus déconcertants. c'est la force jointe à la suavité, l'action divine étant toujours forte et suave (Sag. VIII,1). Les âmes chez qui s'exerce le don de force n'ont donc pas la raideur et l'opiniâtreté de ceux qui n'ont qu'une fermeté de volonté toute naturelle et qui veulent que tout plie devant eux ; ils sont forts contre les démons et contre leur nature, mais ils sont aussi doux envers leurs frères qu'ils sont durs à eux-mêmes. Ils accomplissent, sans hésitation et sans avoir besoin de se raisonner, des actes de vertu qui coûtent beaucoup aux chrétiens ordinaires, et la preuve que cette facilité n'est pas seulement l'effet des habitudes acquises et de l'affermissement de la volonté, mais aussi et surtout de l'action du Saint-Esprit, qui les pénètre et qui les meut, c'est la paix intime, profonde, toute surnaturelle qui, chez eux, accompagne la pratique de la vertu ; ils la goûtent, cette paix, au moment même où ils se renoncent ; ce n'est donc pas la satisfaction de la victoire remportée, satisfaction qui ne peut être sentie qu'après la lutte, c'est la joie surhumaine du sacrifice. »

    Auguste Saudreau (1859-1946), L'idéal de l'âme fervente (ch. XI, 4), Paris - Arras - Angers, Charles Amat - Brunet - G. Grassin, 1923.

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  • Méditation - Le bon grain et l'ivraie

    « Le démon, ancien ennemi des hommes, ne cesse de venir semer la zizanie du vice et du péché ; il s'efforce d'étouffer ou de corrompre la bonne semence, c'est-à-dire les bonnes actions, ou du moins les bonnes intentions ; ce qui fait dire à saint Paul : Nous n'avons pas seulement à combattre contre la chair et le sang, mais encore contre les principautés et les puissances (1), c'est-à-dire contre les Anges révoltés, qui cherchent à nous rendre les compagnons de leur révolte pour nous entraîner dans leur malheur. Ces ennemis implacables ne se lassent point jour et nuit de tendre des pièges à l'innocence, et de semer l'ivraie parmi le bon grain. Il n'y a lieu si retiré, personne si élevée, ni état si saint qui soient exempts de leurs tentations ; les dangers auxquels ils nous exposent sont des plus terribles, il y va de notre éternité ; les occasions sont pressantes et les combats continuels, il n'y a pas de trêve avec eux. Qui n'aura donc sujet de craindre et de trembler, si vous, ô Jésus ! qui êtes appelé le Dieu fort, ne domptez et terrassez leur puissance ? Ô Dieu fort (2) et puissant dans les combats ! délivrez-nous par votre vertu de tous nos ennemis (3).

    Jésus a voulu combattre et vaincre, non en sa majesté, mais en l'humilité de notre chair ; non pas en sa puissance, mais en notre infirmité. Dieu, dit l'Apôtre, a choisi les choses les plus faibles de ce monde pour confondre les plus fortes (4) : quoi de plus bas que la crèche, quoi de plus faible que la croix ? Entre toutes les œuvres de Dieu, celles qui ont été les plus excellentes et les plus admirables n'ont pas été faites dans l'éclat de sa divinité, mais dans l'abaissement de son humanité : le monde a été créé par la puissance de Dieu, il a été racheté plus miraculeusement par l'anéantissement de l'Homme-Dieu ; et c'est par le moyen de ce qu'il y a eu de plus infime et de plus humble en lui, qu'il a vaincu et terrassé l'orgueil du démon, qu'il a réprimé son audace et détruit son empire. Ô Jésus ! je reconnais en vos bassesses votre grandeur, j'adore votre puissance en vos faiblesses ; aussi je ne cherche point d'autre bouclier, pour opposer aux traits des ennemis de mon salut, que vos anéantissements. Faites que je m'abaisse avec vous, afin d'être sauvé par vous, et que j'aie part à votre humilité, afin d'avoir part à votre gloire. »

    1. Ephès. 6, 12. - 2. Isai. 9, 6. - 3. Esth. 14, 19. - 4. I Cor. 1, 27.

    Méditations sur les Mystères de la foi et sur les Épitres et les Évangiles tirées de l’Écriture Sainte et des Pères distribuées pour tous les jours et fêtes de l'année, par un Solitaire de Sept-Fonts, Nouvelle édition revue et corrigée par M. L. Berthon, Chanoine honoraire de Poitiers, Tome Premier (LXXXIe Méditation, I & III), H. Oudin, Paris / Poitiers, 1902.

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  • Prière de confiance

    « Vous soutiendrez, ô mon Dieu, l’œuvre de votre miséricorde. Vous n'avez cessé de m'avertir par de pieuses inspirations, et, lorsque je vous fuyais, vous m'avez poursuivi avec une ineffable bonté ; m'abandonneriez-vous, Seigneur, lorsque je suis revenu à vous ? Ma coupable persévérance dans le péché n'a pu suspendre le cours de vos miséricordes, mon repentir et mes larmes m'en rendraient-elles indigne ? Vous ne m'avez pas rejeté, lorsque, prosterné aux pieds de Bélial, je ne voulais pas de vous ; ne voudriez-vous plus de moi aujourd'hui où je veux être tout à vous, en vous choisissant pour mon unique partage ? Si je ne consultais que ma faiblesse et l'inconstance de mes résolutions, j'aurais sans doute tout à craindre de mon propre cœur ; mais qu'aurais-je donc à redouter en combattant avec vous et sous vos yeux ?

    Les passions ont longtemps exercé sur moi leur détestable empire, je sentirai encore s'éveiller en moi le germe fatal de la concupiscence, j'aurai à soutenir de rudes assauts ; mais, Seigneur, vous connaissez mes besoins et toute l'étendue de ma misère, et si la voie nouvelle où vous me faites entrer offre d'immenses difficultés à ma faiblesse, vous me soulèverez sur les ailes de votre amour ; comme le bon Pasteur, vous me porterez sur vos épaules et vous ne vous éloignerez jamais de moi. J'ai placé toute ma confiance en vous, ô mon Dieu, et elle ne sera pas déçue. L'esprit tentateur pourra bien attaquer ma foi ; mais avec le secours de vos lumières, je ne m'en départirai jamais. Il cherchera à ébranler ma confiance, mais, soutenu par votre grâce, je me serrerai plus près contre vous ; et s'il voulait éteindre en moi le feu de la céleste charité, ah ! Seigneur Jésus, j'accourrais aussitôt la raviver au foyer divin de l'adorable Eucharistie. Vous confondrez mes ennemis, au jour de votre miséricorde, et après m'avoir laissé dans le feu de la tentation, assez longtemps pour me convaincre de mon néant, vous me ferez remporter sur eux une glorieuse et décisive victoire. »

    R.P. Ambroise de Bergerac (Pierre-Paul Guines, 1802-1871), Le Livre de la vie intérieure (Élévations & sentiments de l'âme intérieure, Psaume XII), Périgueux, Chez J. Bounet, 1808.

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  • Méditation : 1er Vendredi du mois, dédié au Sacré-Coeur de Jésus

    « La lutte continuera toute la vie, entre les impressions de la nature et le devoir de la conscience, mais la grâce soutiendra dans le combat et fera triompher. Ce combat est utile, il tient en haleine et empêche de tomber dans une fausse confiance ; il fait recourir à Dieu pour remporter la victoire. Soyons-lui bien unis ; et que ce soit toujours dans le Cœur de Jésus-Christ que nous allions réparer nos armes, et en chercher de nouvelles ; prenons-le pour asile, pour forteresse, et n'en sortons que pour suivre ses impressions, ou plutôt n'en sortons pas ; prions-le d'agir lui-même en nous, par nous, comment et quand il le voudra. Prions-le de nous inspirer les pensées qui doivent nous rendre fidèles à lui. Dans les moments de lutte, lui demander d'être notre défense, notre victoire. Prions-le de nous donner : la pensée du bien pour le connaître ; l'amour du bien pour l'embrasser ; le courage du bien pour mettre en pratique la lumière reçue. Si quelque épine vient embarrasser notre marche, passons outre. Si plus nombreuses, et comme des branches détachées, elles semblent intercepter notre route, détournons-nous avec calme, prions le Seigneur de nous diriger, et avec le secours de sa grâce, spécialement invoquée, reprenons notre marche ; cet obstacle surmonté, loin de nous avoir retardés, aura rapproché Dieu, avec la lumière, la force et le courage. »

    Avis spirituels pour servir à la sanctification des âmes (Le combat contre soi-même, XXVI, Avantages de la lutte intérieure), Seconde édition, Nancy, 1863.

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  • Méditation : La victoire sur le mal

    « La première condition de la victoire sur le mal est la collaboration active à l’œuvre du Christ, en union avec les frères. La seconde est la vigilance. Jésus nous avertit que l'ennemi du bien est aux aguets et que même après avoir quitté une âme, il est prêt à y retourner, plus fort qu'auparavant, « avec sept autres esprits plus méchants que lui », lorsqu'il la trouve vide et désarmée contre ses embûches. Le grand moyen pour empêcher l'accès du mal est de veiller dans la prière et remplir son cœur de Dieu, afin qu'il n'y ait plus de place pour l'ennemi. Et il n'y a plus aucune place lorsque l'âme est totalement unie à Dieu par l'acceptation et l'observance de sa parole, de sa volonté. Jésus répond, en effet, à la femme qui loue sa Mère : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent ». Certes, la Très Sainte Vierge Marie est bienheureuse d'avoir donné le jour au Rédempteur, mais elle l'est davantage encore de Lui être parfaitement unie dans l'observance de sa parole. Or, cette béatitude n'est pas réservée à Marie, elle est offerte à toute âme de bonne volonté, et constitue la plus grande garantie de la victoire sur le mal, car celui qui est uni à Dieu devient fort de Sa force. »

    P. Gabriel de Ste Marie-Madeleine, Intimité Divine Tome I (3e Dimanche de Carême, 8, 2), Monastère des Carmélites Déchaussées, Librairie du Carmel, 1963.

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  • Méditation : Du secours dans les tentations (1)

    « Il nous sera d'un grand secours, pour nous encourager dans les tentations, de considérer la faiblesse de nos ennemis, et combien c'est peu de chose que ce que le démon peut contre nous, puisqu'il ne saurait nous faire tomber en aucun péché, si nous ne le voulons. Voyez, mes frères, dit St Bernard, combien notre ennemi est faible ; il ne peut vaincre que celui qui veut bien être vaincu (1). Si un homme qui va au combat était assuré de vaincre s'il le voulait, quelle joie n'aurait-il point ? Ne se croirait-il pas assuré d'une victoire qui ne dépendrait que de sa volonté ? Nous pouvons aller au combat contre le démon avec la même confiance et la même joie ; car nous savons bien qu'il ne peut nous vaincre, si nous ne le voulons. C'est ce que remarque très bien St Jérôme (2), sur ces paroles que l'esprit malin dit à Jésus-Christ, lorsque, l'ayant enlevé sur le pinacle du temple, il lui conseillait de se précipiter à terre : Jetez-vous en bas ; et voilà, dit le Saint, le véritable langage du démon, qui ne désire rien tant que la chute de tous les hommes. Il peut, à la vérité, leur persuader de se précipiter, mais il ne peut pas les jeter lui-même dans le précipice. La voix du démon qui vous tente, vous dit : Précipitez-vous en enfer ; il faut lui répondre : Précipitez-vous-y vous-même, qui en savez déjà le chemin ; pour moi je n'en veux rien faire ; il n'en saurait avoir le pouvoir, si vous n'en avez la volonté. »

    1. Videte, fratres, quam debilis est hostis noster, qui non vincit nisi volentem. Bern. serm. in Dominic. 2. Quadrag. et 73. in Cant.
    2. Hier. sup. c. 4. Math. in illud : Mitte te deorsum. Matth 4. 5. Vox diaboli est, qui semper omnes cadere deorsum desiderat : persuadere potest, praecipitare non potest.

    A suivre demain.

    R.P. Alphonse Rodriguez s.j. (1526–1616), Pratique de la Perfection Chrétienne, Tome III, Part. II, Traité IV, Chap. XI, Trad. Abbé Regnier-Desmarais, Poitiers, Henri Oudin, 1866.

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    Sandro Botticelli, Les tentations du Christ (détail)
    Chapelle Sixtine, Rome

  • Samedi 12 septembre 2015

    Le Saint Nom de Marie

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    La fête du Saint Nom de Marie, instituée en 1513 pour l'Espagne, le fut à Rome par Innocent XI en 1683, en reconnaissance pour la victoire remportée sur les Turcs à Vienne, par Jean Sobieski et sa vaillante armée polonaise. Etendue à l'Eglise universelle en 1721 par Innocent XIII, cette fête fut fixée par le Pape Saint Pie X au 12 septembre lors de la réforme du Bréviaire romain (Constitution apostolique « Divino afflatu », 1er novembre 1911).
    Disparue lors de la réforme du calendrier par Paul VI en 1969 (il ne demeurait qu'une messe votive), le calendrier romain de l'an 2002 (Editio tertia) l'a réinscrite à la même date.

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    Tableau de Jan Matejko (1838-1893)
    Victoire de Jean III Sobieski contre les assiégeants turcs de Vienne (12 septembre 1683)

  • Méditation : le signe de la croix

    « Le signe de la croix déconcerte les puissances des ténèbres, les éloigne, les chasse, les met en fuite, les disperse. Il est leur terreur, dit saint Cyrille (1) ; une arme invincible à toutes leurs attaques, dit saint Ephrem (2) ; une enseigne redoutable, qui les épouvante, dit Origène (3) ; un bouclier qui nous met à couvert de leurs traits, dit saint Jérôme (4) ; il fait disparaître, dit saint Athanase (5), tous leurs charmes, dissipe tous leurs enchantements, anéantit tous leurs prestiges. Par ce signe, dit saint Bernard (6), nous faisons retomber sur ces esprits de malice les coups qu'ils voudraient nous porter. C'est pour nous servir de protection et de défense contre eux que ce signe a été institué ; et l'Eglise l'a toujours regardé comme l'un de ses plus puissants exorcismes.
    En effet, comme c'est par la croix que Jésus-Christ a dompté les démons (7) ; qu'il les a dépouillés, vaincus, couverts d'ignominie, foudroyés ; qu'il les a montrés à l'univers comme des usurpateurs de la gloire de Dieu, comme des puissances de ténèbres, comme n'étant les princes que de la mort et de ceux qui y sont condamnés ; ils ne peuvent voir le signe qui leur représente cette croix, sans frayeur, sans effroi, sans être saisis de frémissement et de crainte : étant contraints, dit saint Chrysostome, de se souvenir de celui qui a bien voulu être attaché à la croix, et qui s'en est servi comme d'un instrument pour les terrasser, et d'une épée étincelante dont ils ont reçu le coup mortel (8). A ce signe donc, ils sont troublés, confondus, mis en déroute, chassés.
    [...]
    Armons-nous donc de ce signe dans les combats que nous livrent les ennemis de notre salut. Opposons-le avec une sainte hardiesse à leurs persuasions, à leurs suggestions, à toutes les violences qu'ils exercent contre nous. Voilà la croix du Sauveur, disons-leur fièrement : Ecce crucem Domini ; fuyez, démons, fuyez ; le lion de la tribu de Juda vous a vaincus : Vicit Leo de tribu Juda ; au signe qui vous rappelle votre défaite, tremblez, et retirez-vous : Fugite, partes adversae. Mettant ainsi notre confiance dans ce signe salutaire, nous n'avons rien à craindre de nos ennemis, nous en triompherons ; malgré tous leurs efforts et tous leurs artifices, la victoire nous est assurée : In hoc signo vinces. Ah ! béni soit le Seigneur notre Dieu, qui a appris à nos mains à combattre, et à nos doigts à faire la guerre (9). Béni soit-il d'avoir institué ou fait instituer une pratique qui nous présente mille secours, qui nous procure mille avantages. »

    1. S. Cyrill. Hier. Cat. 13 n. 36, nov. edit. - 2. S. Ephr. Serm. in pret. et vivif. crucem, nov. edit. - 3. Orig. in Exod. hom. 6 n. 8, nov. edit. - 4. S. Hier Ep. 18 ad Eust. nov. edit. - 5. S. Athan. orat. contra gentes. n. 1 nov. edit. - 6. S. Bern. aut. quiv. at. tr. de pass. Dom. c. 12 n. 65 vol. 2 Op. S. Bern. nov. edit. - 7. Coloss. 11. 15. - 8. S. Joan. Chrys. in Matt. hom. 51 n. 4 nov. edit. - 9. Ps CXLII, 1.

    Don Benoît Vincens (Dom Joseph-Alexis-Benoît, O.S.B.), Conférences monastiques, Tome IV (Pour le dimanche de la Trinité), Librairie de Perisse Frères, Lyon / Paris, 1842.

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  • Méditation 1ère semaine de Carême : humilité et sainteté (6)

    « L'histoire de l’Église catholique, cette mère féconde de toutes les grandes institutions, raconte par des témoignages dont la voix ne peut plus se taire la puissance créatrice de l'humilité. Prenez tous les saints qui ont marqué leur passage dans l'humanité par des œuvres fécondes ; la grandeur de leurs œuvres a pour mesure la grandeur de leurs abaissements. J'affirme qu'il n'y a pas dans le christianisme une chose vraiment grande et vraiment efficace qui n'ait été produite par des humbles. Peut-être à la surface il y a des orgueilleux, mais au fond il se trouve des humbles : les superbes font le bruit en recueillant la gloire ; les humbles seuls font les choses en recueillant l'opprobre : c'est que seuls ils ont le germe de la fécondité : et célèbres ou ignorés, applaudis ou insultés, vainqueurs ou vaincus, ils produisent ; et leurs œuvres font le progrès du monde. Vaincus ! les saints le paraissent souvent ; mais en définitive, ils triomphent toujours ; car Dieu est avec eux, assurant au sein de leurs plus apparentes défaites leurs plus réelles victoires. »

    R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Troisième conférence : le progrès moral par l'humilité chrétienne), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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  • Méditations de la 1ère semaine de l'Avent : la douceur (3ème jour)

    « Bienheureux les doux, parce qu'ils possèderont la terre »
    Mt V, 4
     
    « Ah ! mes enfants ! où sont les armes de la douceur dans l'homme ? On dit à un homme une parole ; tout de suite il vous en réplique dix. Les méchantes radicelles se montrent de suite, l'offensé s'excite et gronde contre la malice de celui qui l'a attaqué, et les voilà comme deux chiens grognant, aboyant l'un contre l'autre et se mordant l'un et l'autre. Dans ces conditions, tu n'as pas les armes de l'humilité et tu es vraiment un grognon. Mieux vaudrait te réjouir et te considérer comme indigne, car c'est l'exercice qui engendre la vertu et en fait une vertu réelle. Si l'on vient à toi avec amertume, tu devrais te tourner vers le fond de ton âme, te mépriser toi-même plus encore que la personne qui te méprise. Tu dois, par ta douceur, guérir l'amertume des autres qui t'attaquent et panser leurs blessures, sans être blessé toi-même. Ces défauts, comme tous les défauts, c'est par la prière intérieure qu'on en triomphe, par la prière de l'esprit et par la persévérance en vérité.
    Parlant de cela, Pierre, le disciple de saint Grégoire, l'interrogeait en ces termes : « C'est une chose bien dure que l'homme ait continuellement à lutter. » Saint Grégoire répondit : « Ce n'est ni pénible, ni terrible, quand l'homme s'en remet au Seigneur de son combat et de sa victoire, et endure patiemment les flèches de l'ennemi. » Celui qui aurait l'armure de la douceur et de l'humilité ne riposterait pas, mais se tournerait vers son propre fond, et recevrait, dans une attitude calme et bienveillante, les traits lancés contre lui, il recevrait les aimables coups, dans la charité, sur le bouclier d'une foi vive. »

    Jean Tauler (v.1300-1361), extrait du Sermon 75 (Troisième sermon du triduum en l'honneur de sainte Cordula), in "Sermons - Édition intégrale", Coll. Sagesses chrétiennes", Éditions du Cerf, Paris, 1991.

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  • Lundi 17 novembre 2014

    Calendrier liturgique

  • Angélus de ce dimanche 14 septembre 2014

    « La Croix n'est pas la faillite de Jésus mais sa victoire »

    En ce dimanche où l’Église célébrait la Croix glorieuse, le Pape est revenu sur le sens de cette Croix pour les chrétiens lors de la prière de l’Angélus récitée place Saint-Pierre. « Certaines personnes non chrétiennes pourraient se demander pourquoi « exalter » la Croix ? »  a-t-il demandé. Mais nous pouvons répondre qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle croix, mais la Croix de Jésus, car en elle s’est révélé au plus haut point l’amour de Dieu pour l’humanité.

    « Pourquoi la Croix était-elle nécessaire ? » a poursuivi le Souverain Pontife. A cause de la gravité du Mal qui nous tenait en esclaves. Ainsi, la Croix de Jésus exprime à la fois toute la force négative du Mal et toute la douce miséricorde de Dieu, cette Croix semble décréter la faillite de Jésus mais elle est en réalité le signe de sa victoire. En mourant sur la Croix, Dieu a conféré une Royauté universelle à Jésus, voilà pourquoi il l’a « exaltée » a précisé le Pape.

    « La Croix est notre véritable espérance ! » a poursuivi le Saint-Père, à travers le visage de Jésus crucifié, chacun de nous peut contempler la racine de notre Salut, c’est d’elle que jaillit la miséricorde du Père qui embrasse le monde entier.

    Une prière pour la Centrafrique

    Le signe de la Croix que font les chrétiens n’est pas « magique » ! a néanmoins averti le Saint-Père ; croire dans la Croix de Jésus signifie Le suivre sur son chemin et participer à son œuvre de Salut. Le Pape a ainsi tenu à rappeler le sacrifice et les souffrances de tant de chrétiens persécutés dans le monde, qui acceptent le sacrifice, là où la liberté religieuse n’est pas encore garantie ou pleinement réalisée.

    A l’issue de l’Angélus, il a eu des mots particuliers pour la République Centrafricaine, à la veille de l’arrivée dans le pays d’une mission de paix des Nations Unies. Rappelant l’engagement de l’Église dans l’établissement de la paix dans ce pays, le Pape a tenu à encourager les efforts de la communauté internationale afin qu’elle vienne en aide aux Centrafricains de bonne volonté. « Que les belligérants puissent mettre leurs intérêts particulier de côté afin que chaque citoyen, quelle que soit son ethnie ou sa religion, puisse collaborer à l’édification du Bien commun » a-t-il conclu.

    Un nouveau plaidoyer contre la guerre

    Le Pape est enfin revenu sur sa visite de samedi au cimetière militaire de Redipuglia dans le nord-est de l'Italie, où il a prié pour tous les morts tombés au front lors de la Grande Guerre mais aussi des autres conflits. Il a répété ainsi que les 8 millions de soldats morts et 7 millions de civils montraient bien que la guerre était une folie. Une folie dont l'humanité n'a toujours pas tiré les leçons a t-il regretté. "Quand apprendrons-nous de cette leçon ?" s'est exclamé le Pape, invitant une fois encore à regarder Jésus sur la Croix pour comprendre qu'il triomphe du Mal.

    Source : Radio Vatican.

    Texte intégral en italien sur le site internet du Vatican.

  • Jeudi 10 juillet 2014

    Calendrier liturgique

  • Méditation avec St Athanase : mort et résurrection

    « Le corps du Christ était de même substance que celui de tous les hommes, c'était un corps humain, et bien que par un nouveau prodige il fût issu de la vierge seule, il était cependant mortel, et il est mort selon le sort commun à ses semblables. Mais à cause de la venue en lui du Verbe, il n'était plus soumis à la corruption comme le voulait sa propre nature ; par la présence en lui du Verbe de Dieu, il était étranger à la corruption. Ainsi deux prodiges se rencontrent dans le même être : la mort de tous s'accomplissait dans le corps du Seigneur, et d'autre part la mort et la corruption étaient détruites par le Verbe qui habitait en ce corps (1). La mort était nécessaire, et il fallait qu'il mourût pour tous, pour payer la dette de tous. Aussi, comme je l'ai déjà dit, puisque le Verbe ne pouvait mourir lui-même, - il était immortel, - il prit un corps capable de mourir, afin de l'offrir pour tous comme son bien propre, et, souffrant lui-même pour tous dans ce corps où il était venu, de réduire à rien le maître de la mort, c'est-à-dire le diable, et "délivrer ceux qui par crainte de la mort, étaient leur vie durant assujettis à l'esclavage" (Hébr., II, 15).

    Assurément, puisque le Sauveur de tous est mort pour nous, nous les fidèles du Christ nous ne mourons plus de mort comme autrefois selon la menace de la loi, car cette peine a pris fin, mais puisque la corruption a cessé et a disparu par la grâce de la résurrection, il reste que, selon la condition de notre corps mortel, nous nous décomposons seulement pour le temps que Dieu a fixé à chacun, pour que nous puissions obtenir une plus belle résurrection (2). Car à la façon des semences jetées en terre, nous ne périssons pas dans la dissolution, mais nous sommes semés pour ressusciter, puisque la mort a été réduite à rien par la grâce du Sauveur. C'est pourquoi le bienheureux Paul, qui se fait pour tous le garant de la résurrection, dit : "Il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. Quand le corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et le mortel l'immortalité, alors se réalisera la parole qui a été écrite : la mort a été absorbée dans la victoire ; où est, mort, ton aiguillon ? où, enfer, ta victoire ?" (I Cor., XV, 53-55). »

    (1) : Les métaphores du temple et de l'instrument sont familières à la christologie de saint Athanase. Bien qu'elles aient été reprochées à Nestorius, elles seront reprises dans la formule d'union de 433.
    (2) : Après la mort rédemptrice du Sauveur, la mort a perdu pour les hommes son caractère de pénalité, elle n'est plus que le résultat de leur condition de créatures, et le moyen pour eux de parvenir à la résurrection glorieuse. Une telle conception, qui semble oublier que la mort reste chose douloureuse et cruelle, et qu'elle demeure une conséquence du péché (Rom., VI, 12 ; I Cor., XV, 21), paraîtra assurément trop optimiste, même si elle peut s'appuyer sur certains textes de saint Paul (Rom., VIII, 17 ; II Tim., II, 11).


    St Athanase d'Alexandrie, Traité sur l'Incarnation du Verbe (20-21 : La Rédemption), Trad. et notes de P. Th. Camelot o.p., SC n°18, Le Cerf, 1946.

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    Saint Athanase le Grand, fresque du XIIIe siècle à Ohrid (Macédoine)
    (Source et crédit photo)

  • Méditation : se libérer de toute faim...

    « Compris dans toute sa profondeur, le jeûne est le seul moyen pour l'homme de recouvrer sa vraie nature spirituelle. c'est un défi, non théorique mais vraiment concret, au Menteur qui a réussi à nous convaincre que nous n'avons besoin que de pain, et qui a édifié sur ce mensonge toute la connaissance, la science et l'existence humaines. Le jeûne dénonce ce mensonge et prouve qu'il en est un. Il est très significatif que ce soit lors de son jeûne que le Christ rencontra Satan et que, plus tard, il ait dit que Satan ne peut être vaincu "que par le jeûne et la prière". Le jeûne est le véritable combat contre le diable parce qu'il est le défi à la loi singulière et universelle qui en fait le "prince de ce monde". Mais si quelqu'un a faim et découvre alors qu'il peut être vraiment indépendant de cette faim, ne pas être détruit par elle mais, tout au contraire, la transformer en une source d'énergie spirituelle et de victoire, alors plus rien ne subsiste de ce grand mensonge dans lequel nous avons vécu depuis Adam. »

    Alexandre Schmemann, Le Grand Carême (Le Carême dans nos vies, 3), Spiritualité Orientale n°13, Abbaye de Bellefontaine, 1977.

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    Psautier enluminé (v.1222), Copenhague, Det kongelige Bibliotek (Source)

  • Méditation : dès le réveil, se préparer aux combats spirituels

    « La première chose que vous avez à faire à votre réveil, c’est d’ouvrir les yeux de l’âme et de vous considérer comme en un champ clos, avec cette loi expresse que celui qui ne combat pas doit périr à jamais. Là, vous vous figurerez être en présence de votre ennemi, je veux dire de cette inclination mauvaise que vous avez déjà entrepris de combattre et qui se tient tout armée pour vous blesser et vous donner la mort. À votre droite, vous verrez Jésus-Christ votre invincible capitaine, la Vierge Marie avec Saint Joseph son époux bien-aimé, d’innombrables troupes d’anges et de saints, parmi lesquels l’archange saint Michel ; à votre gauche, vous verrez le démon et ses satellites prêts à exciter la passion ennemie et à vous persuader de céder à ses suggestions. Vous vous imaginerez alors entendre la voix de votre ange gardien, vous parlant de la sorte : « Vous avez aujourd’hui à combattre contre cet ennemi, et contre d’autres encore. Ne craignez point, ne perdez point courage ; ne cédez ni à la frayeur ni à quelque considération que ce soit ; car votre Seigneur et votre capitaine est ici près de vous avec ses glorieuses phalanges, pour combattre avec elles contre vos ennemis et il ne souffrira pas qu’ils vous soumettent par la force ou la ruse. Demeurez ferme, faites-vous violence, quoiqu’il doive vous en coûter parfois. Criez souvent au secours du plus profond de votre cœur ; appelez à votre aide votre Seigneur, la Vierge Marie et tous les saints, et vous remporterez infailliblement la victoire. Si vous êtes faible et peu aguerri, si vos ennemis sont forts et nombreux, songez que les troupes de celui qui vous a créé et racheté sont plus nombreuses encore, que votre Dieu est infiniment plus puissant que votre ennemi et qu’il désire bien plus ardemment vous sauver que le démon ne désire vous perdre. Combattez donc ; et ne vous lassez jamais de souffrir : de cette fatigue, de la violence que l’on déploie contre ses mauvaises inclinations, de la peine que l’on éprouve à surmonter les habitudes mauvaises, naissent la victoire et ce trésor inestimable qui procure le royaume du Ciel, et l’éternelle union de l’âme avec son Dieu. Vous commencerez le combat au nom du Seigneur et vous prendrez pour armes la défiance de vous-même, la confiance en Dieu, la prière et l’exercice de vos puissances spirituelles. Vous appellerez au combat cet ennemi et cette passion que vous vous êtes proposé de vaincre, selon l’ordre indiqué ci-dessus ; vous lui apposerez tantôt la résistance, tantôt la haine, tantôt les actes de la vertu contraire, lui donnant ainsi coup sur coup des blessures mortelles, pour plaire aux regards de votre divin Maître qui est là, avec toute l’Église triomphante, à contempler votre combat. Je vous répète que vous ne devez point vous lasser de combattre, mais considérer l’obligation qui nous incombe à tous de servir Dieu et de lui plaire, et la nécessité où nous sommes de combattre, attendu que nous ne pouvons abandonner le champ de bataille sans être blessés et blessés à mort. J’ajoute qu’en fuyant loin de Dieu comme un rebelle, et en vous donnant au monde et aux plaisirs de la chair, vous n’échapperez point à la peine. Il vous faudra combattre malgré vous, et vous serez en butte à tant de contrariétés que vous sentirez souvent la sueur inonder votre front et des angoisses mortelles pénétrer votre cœur. Considérez ici quelle folie il y aurait à s’imposer un travail si rude, avec la perspective de tourments infiniment plus horribles et d’une mort éternelle, et cela pour échapper à une peine passagère qui nous conduit à la vie éternelle et infiniment heureuse où l’âme jouit de la présence de son Dieu. »

    Lorenzo Scupoli, Le combat spirituel (chap. XVI), Trad. R.P. Jean Brignon, Chez Durand, Paris, 1774.
    Texte intégral (format pdf).

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