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douleur

  • Méditation - « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-tu abandonné ? » (Mat XXVII, 46)

    « Jésus avait dit aux Apôtres, lors de la dernière Cène : « Voici venir l'heure... où vous serez dispersés... et Me laisserez seul. Mais non, Je ne suis pas seul, le Père est avec Moi. » (Jn XVI, 32). L'union avec le Père est tout pour Jésus : c'est sa vie et sa force, son réconfort et sa joie : si les hommes L'abandonnent, le Père est toujours avec Lui et cela Lui suffit. Cela nous fait mieux comprendre l'intensité de sa souffrance lorsque, au cours de la Passion, le Père se retire de Lui. Et cependant, même dans son agonie et sa mort sur la Croix, Jésus est toujours Dieu et, comme tel, toujours indissolublement uni au Père. Mais Il a pris sur Lui le lourd fardeau de nos péchés qui se dressent, comme une barrière de division morale, entre Lui et le Père. Bien qu'unie personnellement au Verbe, son Humanité se trouve, par miracle, privée de tout réconfort et soutien divin et sent, par contre, peser sur elle, toute la malédiction due au péché : « le Christ - dit Saint Paul aux Galates - nous a rachetés de la malédiction... devenu lui-même malédiction pour nous » (III, 13). Nous touchons ici le fond de l'abîme de la Passion de Jésus, les amertumes les plus atroces qu'Il a embrassées pour notre salut. Et toutefois, même au sein des plus cruels tourments, la plainte de Jésus est en parfaite harmonie avec l'abandon total : « Père, Je remets mon esprit entre tes mains » (Lc XXIII, 46). Ainsi Jésus, qui a voulu goûter jusqu'au bout combien il était amer pour l'homme de souffrir et de mourir, nous apprend à surmonter les troubles et les angoisses que la douleur et la mort suscitent en nous, par des actes de pleine soumission à la volonté divine et d'abandon confiant entre ses mains. »

    P. Bruno Vercruysse s.j., Nouvelles méditations pratiques pour tous les jours de l'année Tome I (Vendredi Saint), Braine-le-Comte - Paris, Charles Lelong - Jouby et Roger, 1874.

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    (Crédit photo)

    « L'agonie et la Croix ne sont pas des événements clos et pétrifiés. Pascal disait déjà : « Jésus est en agonie jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas le laisser seul. » Oui, le Christ revit sa Passion glorieuse à travers tous les membres de l'humanité. Tant qu'un homme souffrira, en quelque lieu que ce soit, l'agonie de Jésus fera revivre la Croix pour que s'accomplisse la Rédemption. Tu n'es pas seul, quand tu accompagnes Jésus à Gethsémani et au Calvaire ; tu communies à tout l'univers et à tous tes frères. Ta souffrance n'est pas ressentie d'abord comme une souffrance individuelle, c'est la communion à une immense souffrance, immense dans l'espace et le temps. C'est celle de toute l'humanité et, plus encore, c'est celle de tout l'univers animé et inanimé.
    [...]
    Oui, l'expérience chrétienne comporte un élément douloureux, elle est communion à l'angoisse de la condition humaine. Et cet élément n'est pas superficiel, il est en toi-même : « Nous gémissons en nous-mêmes. » Avec tous tes frères, tu t'interroges, tu te débats et souvent, tu fais l'expérience de la mort. A l'oraison, laisse monter cette longue plainte, rappelle-toi ces visages et ces situations où l'homme agonise et meurt. Au cœur du monde, tu retrouves vraiment la Croix de Jésus.
    [...]
    Tu enfantes chaque jour ton être de fils de Dieu. Ton corps lui-même, tes puissances vitales qui te relient à l'humanité et au cosmos, doivent encore participer à cette filiation : « Ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que nous le verrons tel qu'il est » (1 Jn 3, 2). L'Esprit de Dieu doit encore envahir toutes les zones de ton être de baptisé, et le monde entier. Le salut total, en plénitude, est à venir. Tu es tendu vers cet homme nouveau que tu enfantes chaque jour dans la douleur. Ton gémissement est analogue à celui du Christ à l'agonie et à la Croix, livrant son corps à la souffrance avec angoisse, mais c'est une souffrance exaltante qui porte en germe la victoire de la résurrection. »

    P. Jean Lafrance (1931-1991), Prie ton Père dans le secret (III, 45), Abbaye Ste Scholastique, Dourgne, 1978.

  • Méditation - Les croix

    « Plus vos croix sont douloureuses, plus il faut être fidèle à ne les augmenter en rien. On les augmente ou en les voulant repousser par de vains efforts contre la Providence au-dehors, ou par d'autres efforts, qui ne sont pas moins vains, au-dedans, contre sa propre sensibilité. ll faut être immobile sous la croix, la garder autant de temps que Dieu la donne, sans impatience pour la secouer, et la porter avec petitesse, joignant à la pesanteur de la croix la honte de la porter mal. La croix ne serait plus croix, si l'amour-propre avait le soutien flatteur de la porter avec courage.

    Rien n'est meilleur que de demeurer sans mouvement propre, pour se délaisser avec une entière souplesse au mouvement imprimé par la seule main de Dieu. Alors, comme vous le dites, on laisse tomber tout ; mais rien ne se perd dans cette chute universelle. Il suffit d'être dans un véritable acquiescement pour tout ce que Dieu nous montre par rapport à la correction de nos défauts. Il faut aussi que nous soyons toujours prêts à écouter avec petitesse et sans justification tout ce que les autres nous disent de nous-mêmes, avec la disposition sincère de le suivre autant que Dieu nous en donnera la lumière. L'état de vide de bien et de mal dont vous me parlez ne peut vous nuire. Rien ne pourrait vous arrêter, que quelque plénitude secrète. Le silence de l'âme lui fait écouter Dieu ; son vide est une plénitude, et son rien est le vrai tout : mais il faut que ce rien soit bien vrai. Quand il est vrai, on est prêt à croire qu'il ne l'est pas : celui qui ne veut rien avoir ne craint point qu'on le dépouille. »

    Fénelon (1651-1715), Lettre 249 (A la Duchesse Douairière de Mortemart), 27 juillet 1711, in "Œuvres de Fénelon" Tome Cinquième, A Paris, Chez Lefèvre, Éditeur, 1858.

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  • Poésie : Vision (extrait)

    «       ............
    Je n'ai pas de chemin, je n'ai pas de demeure
           Hors de Toi...

    Et tes saints ont raison pourtant. Il faut les croire.
           Ils font bien
    De me chasser de leur royaume et de leur gloire
           Comme un chien.

    Leur royaume... Est-ce là ce qui me fait envie ?
           O mon Dieu,
    Tu sais bien qu'il suffit d'un peu d'ombre à ma vie,
           Rien qu'un peu.

    Que je n'ai pas besoin de gloire et presque même
           Pas besoin
    De leur bonheur trop grand pour moi pourvu que j'aime
           Dans un coin.

    Qu'on les loue à jamais, qu'à jamais on m'oublie,
           A jamais,
    Puisqu'il faut que ta verge à leurs yeux m'humilie,
           Seigneur, fais !

    Je n'ai pas mérité de fixer ma prunelle
           Sur leurs cieux !
    Soit ! Éteins à jamais la lumière éternelle
           Dans mes yeux.

    Je n'ai pas mérité d'entendre leur cantique :
           A jamais,
    Soit ! jette sur mes sens un silence hermétique,
           Noir, épais.

    Mais dans ton sein garde mon cœur à tout le monde
           Bien caché,
    Comme un petit oiseau qui dans ta main profonde
           S'est niché.

    Un grésil à tes pieds tombé de quelque globe,
           Un fétu,
    Un duvet que le vent dans un pli de ta robe
           A perdu.

    Je ferai si peu d'ombre, ô Dieu, dans ta lumière
           Que bien sûr
    Les saints ne me verront pas plus qu'une poussière
           Dans l'azur.

    Mais Toi qui me verras en Toi comme une tache,
           Nuit et jour,
    Si j'offense ta vue, à son refuge arrache
           Mon amour.

    Écarte-moi du pied ou plutôt sur mon âme
           Peu à peu
    Efface mon péché. N'as-tu pas de la flamme
           Et du feu ?

    Appelle la douleur, Dis un mot, Fais un geste,
           Seigneur, fais !
    Fais-moi souffrir, nettoie en moi tout ce qui reste
           De mauvais.

    Vite, ne laisse rien en moi qui te déplaise,
           O mon Roi !
    Fais-moi vite souffrir mais viens dans la fournaise
           Avec moi. »

    Marie Noël (1883-1967), Les Chansons et les Heures (Vision, IV, strophes finales),
    Paris, Éditions G. Crès et Cie, 1928.

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  • Méditation - Les fruits de la douleur

    « Dieu envoie la douleur aux âmes pécheresses, aux âmes tièdes et aux âmes parfaites. Aux âmes pécheresses, pour les ramener de ce monde à Lui ; aux âmes tièdes, pour achever de se les attacher, et aux âmes parfaites, pour leur obtenir plus de perfection et les conduire plus avant dans son cœur. Ne trouvant auprès des premières ni humilité, ni force de volonté, ni innocence dans les désirs, ni dès lors aucun moyen de les faire profiter de sa miséricorde, il veut du moins, par la souffrance, leur procurer cette dernière ressemblance avec son divin Fils ; et cette ressemblance seule devient un prétexte à sa miséricorde. Voyant que les secondes, toujours ballotées, languissent entre le bien et le mal, Dieu jette dans leur âme le lest de la douleur. Quand à celles qui déjà le servent dans la ferveur de leur amour, il leur envoie la douleur pour ennoblir de plus en plus leur effort, en les faisant expier et mériter pour celles qui ne méritent pas. Comment soupçonner dès ce monde les générations qu'elles enfantent à la Gloire ? Mais, au seuil de l’Éternité, de telles âmes verront ces générations accourir à leur rencontre et se presser au-devant d'elles. Elles se demanderont alors comment des peines passagères ont engendré tant de bonheur ! Aussi voyons-nous ici-bas ces grands amis de Dieu parcourir l'échelle entière de la douleur. »

    Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), La douleur (ch.III), Le Mans, Le Club du livre rare, 1961 (1ère éd. 1849).

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  • Méditation - « Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ. » (Ga VI, 2)

    « Si tu sais prendre sur toi la douleur d'autrui, le Seigneur prendra sur Lui la tienne et la fera Sienne, c'est-à-dire ouvrière de salut.
    Si tu sais prendre sur toi la douleur d'autrui, le Seigneur prendra sur Lui cette douleur, en toi, et la fera Sienne c'est-à-dire ouvrière de salut. Il la prendra avec d'autant plus d'élan qu'Il la trouve déjà comme déracinée et transplantée en ton cœur.
    Et comme Il l'y trouve purifiée de tout égoïsme, transfigurée par la pitié, sanctifiée par l'amour chrétien, la consolation sera plus forte en autrui, la bénédiction plus vivante en toi, la joie de demain plus grande en tous deux. »

    Bx Vladimir Ghika (1873-1954), Pensées pour la suite des jours, Beauchesne, Paris, 1936.

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  • Méditation - de la douleur

    « Comme le remarque Mme de Staël, la douleur est donc un bien, ainsi que l'ont dit les mystiques ? Elle n'est pas un bien en soi, mais en ce qu'elle est l'instrument efficace d'un bien. La douleur est notre moyen naturel de perfectionnement ; elle est une dernière ressource pour l'âme qui, dans sa défaillance, abdique ses prérogatives.
    [...]
    La douleur sanctifie. Et elle sanctifie à un point qu'il n'est pas donné à celui qui la souffre de le savoir, si ce n'est peut-être par le sentiment qu'il en garde au fond de sa conscience. Remarquez combien les personnes qui ont souffert ensemble s'estiment après ! Le fait est surtout visible chez les époux, qui peuvent mieux s'apercevoir du perfectionnement qui s'est fait en leur cœur.
    La douleur seule entre assez en avant dans l'âme pour l'agrandir. Elle y réveille des sentiments que l'on ne soupçonnait point encore : elle va toucher jusqu'aux sources de la sainteté ! Dans ses élans, elle donne essor à des émotions que les plus grands artistes peuvent à peine entrevoir. Il y a dans l'âme des places très élevées où dort la vitalité, et que la douleur seule peut atteindre : l'homme a des endroits de son cœur qui ne sont pas, et où la douleur entre pour qu'ils soient !
    Ne redoutons pas les ravages de la douleur. Quelquefois elle vide entièrement l'âme, mais lorsqu'elle a passé, Dieu s'y précipite pour la remplir. Les joies du ciel descendraient-elles avec leur suavité dans toute l'âme humaine, si l'amertume de la douleur n'y avait partout éveillé une faim sacrée ? La joie se fait sa place quand le cœur s'agrandit : c'est dans le vase de la douleur que se répandra la Félicité. »

    Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), La douleur (ch.III), Le Mans, Le Club du livre rare, 1961 (1ère éd. 1849).

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  • Méditation - Marie, Mère de miséricorde

    « Pour comprendre nos angoisses, pour compatir à nos douleurs, il faut un cœur qui ait souffert. Pour obtenir notre pardon, il faut une âme innocente. Pour avoir à s’occuper des besoins de tous, il faut être exempt de toutes dettes, pur de toute tache. Pour consoler, pour sécher les larmes des petits enfants, il faut être Mère. Pour dispenser les grâces et les bienfaits du Ciel, il faut être Reine. Pour donner à tous, pour les aider tous, il faut avoir dans les mains la clé des trésors de Dieu. C’est ce que fait la très Sainte Vierge : (…) elle est Reine, elle puise à son gré dans le trésor divin.

    (…) tous les cris, toutes les supplications, toutes les louanges qui montent de la Terre vers Dieu, passent par Marie, de Marie à Jésus et de Jésus au Père. En retour, toutes les grâces obtenues passent du Père au Fils, du Fils à sa Sainte Mère, et par elle à celui qui prie. Ce n’est pas spécialement quelques âmes que Marie protège, elle vient au secours de tous. La sainte Vierge a tout pouvoir sur le Cœur de Dieu, c’est donc toute sa famille humaine qu’elle protège, qu’elle console, qu’elle guérit, qu’elle encourage, qu’elle éclaire, qu’elle soutient, qu’elle veut sauver. Mère de miséricorde, elle imite le Père de toutes les miséricordes et nous aide même sans être priée. »

    Marthe Robin, extraits du livre du Père Henri-Marie Manteau-Bonamy, "Marthe Robin sous la conduite de Marie. 1925-1932. Extraits de son journal", Éditions Saint-Paul, 1995.

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    Vierge au sourire, Sanctuaire de Lisieux
    « Elle est plus Mère que Reine »
    Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus

  • Méditation - Apostolat de la prière douloureuse

    « Actuellement le Christ dans le Ciel ne meurt plus, nous dit l'apôtre saint Paul (1), mais il a laissé à son Eglise cette souffrance qui vient de l'opposition entre le péché et la Divinité. Il a laissé aux chrétiens le soin de réaliser la prière d'union, il leur a laissé aussi le soin de continuer la prière douloureuse de Gethsémani.
    Ici, il ne s'agit pas d'un tourment quelconque, que l'on endurerait uniquement pour se purifier ; il s'agit d'une souffrance qui continue la Rédemption, une souffrance par laquelle l'Eglise et les âmes continuent ce qui manque à la Passion du Christ (2). Le mérite de la Passion du Christ est infini, mais il lui manque quelque chose pour son application dans les âmes.
    [...]
    Nous touchons ici au drame de la prière contemplative, à la nécessité des monastères et de la prière contemplative. Les grands contemplatifs, une sainte Thérèse d'Avila, une sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qu'ont-ils fait ? Ils ont continué la prière de Gethsémani. Sainte Thérèse d'Avila dit pendant que pendant de longues années, tous les soirs avant de s'endormir, elle regardait Jésus à Gethsémani et le reproduisait (3).
    Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a fait la même chose ; elle a porté, surtout à la fin de sa vie, la lutte du péché moderne de l'incrédulité et de l'orgueil, contre la sainteté, la grâce qu'elle portait (4). [...] Elle n'a pas porté le péché du monde, mais elle a porté le péché de notre époque. Et à cause de cela, parce qu'elle aussi a été le « buvard » qui a pris ce péché dans les âmes, elle a été rédemptrice, co-rédemptrice.
    Si nous admirons actuellement qu'elle soit une grande thaumaturge, qu'elle puisse éclairer et sauver tant d'âmes, si elle est la grande missionnaire et la grande apôtre des temps modernes, ce n'est pas parce qu'elle a agi mais parce qu'elle est allée à la fonction essentielle du Christ, c'est-à-dire cette fonction rédemptrice de prendre le péché du monde.
    Voilà l'utilité de la prière, de la prière d'union et de la prière douloureuse, l'utilité de l'apostolat par la prière, surtout douloureuse. »

    1. Rm 6, 9. - 2. Cf. Col 1, 24. - 3. Cf. Vie, ch. 9. - 4. Cf. Manuscrit C 5 r° 8.

    Vénérable Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus O.C.D. (1894-1967), Au souffle de l'Esprit. Prière et action (Pour une transformation d'amour. La prière contemplative du Christ, III. La prière de Jésus, Tête du Corps mystique), Éditions du Carmel, Vénasque, 1990.
    (Retranscription des conférences orales du Père Marie-Eugène données en 1956, 1957 et 1962)
    NB : Le Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus sera béatifié le 19 novembre 2016.

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  • Méditation - L'esprit de miséricorde : 1. le pardon de Dieu

    « La miséricorde pardonne, compatit et soulage. En Dieu qui est béatitude absolue, elle est sans tristesse, mais elle est l'anéantissement du péché et elle a l'efficacité de la toute-puissance. En l'homme qui est exposé à la misère et qui ressent la tristesse, elle est compassion, mais elle peut être sans efficacité. Dans le Christ nous est montrée cette miséricorde divine ; il en est parmi nous l'apparition, parce qu'il est la réalisation humaine de la miséricorde divine.

    Un des traits les plus frappants et les plus séduisants du visage divin est sa miséricorde et sa douceur. Le Prophète l'annonçait comme celui qui consolerait et guérirait, qui délivrerait et pardonnerait, comme celui qui détournerait son pas pour ne pas risquer de briser le roseau froissé, d'éteindre la mèche qui fume encore (1). Mais la réalité dépasse infiniment la prophétie. Nous l'avons vu prenant ici-bas la dernière place, attirant et caressant les enfants, compatissant aux malades, accueillant le repentir et la douleur ; nous avons vu des larmes, de vraies larmes jaillir de son cœur ; l'éclat de sa bonté empêcherait presque de voir la toute-puissance miraculeuse qui guérit. Jésus ne retirera pas son amitié au traître qui le livre : « Ami, fais ta besogne. (2) » Il implorera le pardon de son Père pour ses propres bourreaux et plaidera en leur faveur ; il accueillera magnifiquement la requête de son compagnon de supplice. Pour qui connaît les bas-fonds de l'âme humaine, ses misères et ses limites, il y a là une démonstration et une manifestation de la divinité du Christ plus éclatante que dans tous ses miracles. Plus encore, à la lumière de la foi qui pénètre le mystère de la Rédemption, le Christ Jésus, en se faisant « péché (3) » et en portant sur lui le poids de nos fautes a été jusqu'au bout de la miséricorde puisque, pour détruire le péché de sa créature, Dieu a voulu en porter lui-même la malédiction.

    Jésus se montre vraiment le Fils de Dieu, car n'est-ce pas en Dieu la plus divine de ses perfections que ce penchant qui le presse d'avoir pitié de sa créature, de pardonner sans calcul et de donner sans être devancé et sans rien attendre en retour. Aussi bien, est-ce la forme de la charité fraternelle que le Maître enseignera aux siens pour qu'ils soient les enfants du Très-Haut. »

    1. Mt. 12, 20. - 2. Mt. 26, 50. - 3. II Co. 5, 21.

    (à suivre lundi 23 mai)

    Joseph-Marie Perrin O.P., Le Mystère de la Charité (Livre IV, Première partie, chap. IV : L'esprit de miséricorde), Desclée de Brouwer, 1959.

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    Eglise St Paul, Richmond, Virginia (USA)
    (Crédit photo)

  • Méditation : les dangers de l'imagination

    « L'imagination est la plus légère des armes de Satan : imagination du passé et imagination du futur, imagination des œuvres bonnes et des œuvres mauvaises. Différentes pensées surviennent et occupent l'esprit, afin qu'il cesse de murmurer le Nom de Jésus. Il essaie de faire que l'homme ne conçoive plus d'intérêt pour Dieu, qu'il ne manifeste plus son amour. Surtout il lui rappelle la pensée des différentes fautes qu'il a commises durant sa vie, naguère ou jadis. Les saints Pères disent que cette guerre est souvent aussi forte qu'ont été fortes auparavant les passions. Il est nécessaire que chaque jouissance soit payée d'autant de souffrances. Dans la vie ascétique « dans la grâce » des Pères, un lien étroit existe entre plaisir et douleur. Le plaisir apporte la chute et la douleur, et par conséquent la douleur ramène l'homme dans son état ancien et le guérit. C'est ainsi qu'il souffrira beaucoup, qu'il paiera chaque pensée et jouissance mauvaises par autant de souffrances pour que l'équilibre soit rétabli. Des événements qui se sont produits de nombreuses années auparavant, qui lui ont causé du plaisir et qu'il avait oubliés entre-temps, lui apparaissent maintenant dans toute leur étendue, au point de le conduire au désespoir. [...]
    - Père, dites-moi la manière de faire front.
    - Ici, il faut de la patience, de la persévérance, du courage. Surtout du courage. Ne pas se laisser ébranler. Opposer à l'imagination l'invocation constante du Nom de Jésus et se maintenir dans les paroles. Se tenir courageusement dans l'étroitesse de la prière. Ne jamais penser, au moment de la prière, ni aux mauvaises ni aux bonnes œuvres. Dans la souffrance, être sûr, comme nous le disions plus tôt, que c'est la guérison qui commence. « La femme, quand elle enfante, est dans la douleur parce que son heure est venue. Quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de son affliction, car elle se réjouit de ce qu'un homme est venu au monde » (Jn 16, 21).
    Il en va de même ici. C'est dans la souffrance qu'est créé le nouvel homme, qu'est engendrée la nouvelle vie : la vie du Christ. »

    Hiérothée Vlachos, Entretiens avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du cœur, Coll. Points Sagesse Sa78, Le Seuil, 1988.

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  • Méditations de la Semaine Sainte - Mercredi

    (suite de la méditation d'hier)

    « Enfin nous pouvons encore nous associer à ce mystère en supportant, par amour pour le Christ, les souffrances et les adversités que, dans les desseins de sa providence, il nous donne à subir. [...] Notre-Seigneur nous dit : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix, et me suive. » (1).

    Dans cette acceptation généreuse de notre croix, nous trouverons l'union avec le Christ. Car remarquez bien qu'en portant notre croix, nous prenons vraiment notre part de celle de Jésus. Considérez ce qui est raconté dans l’Évangile. Les Juifs, voyant faiblir leur victime, et craignant qu'elle n'arrive pas jusqu'au Calvaire, arrêtent, chemin faisant, Simon le Cyrénéen et le forcent à aider le Sauveur (2). Le Christ aurait pu, s'il l'avait voulu, puiser en sa divinité la force nécessaire ; mais il a consenti à être secouru. Il veut nous montrer par là que chacun de nous doit l'aider à porter sa croix. Notre-Seigneur nous dit : « Agréez cette part que, dans ma prescience divine, au jour de ma passion, je vous ai réservée de mes souffrances ». Comment refuserions-nous d'accepter, des mains du Christ, cette douleur, cette épreuve, cette contradiction, cette adversité ? de boire quelques gouttes à ce calice qu'il nous présente lui-même et auquel il a bu le premier ? Disons-lui donc : « Oui, divin Maître, j'accepte cette part, de tout cœur, parce qu'elle vient de vous ». Prenons-la donc, comme le Christ prit sa croix, par amour pour lui et en union avec lui. Nous sentirons parfois, sous le fardeau, fléchir nos épaules ; S. Paul nous fait l'aveu que certaines heures de son existence étaient si pleines d'ennui et de contrariétés que « la vie même lui était à charge » : Ut taederet nos etiam vivere (3). Mais, comme le grand Apôtre, regardons celui qui nous a aimés jusqu'à se livrer pour nous ; à ces heures où le corps est torturé, où l'âme est broyée, où l'esprit vit dans les ténèbres, où se fait sentir l'action profonde de l'Esprit en ses opérations purificatrices, unissons-nous au Christ avec plus d'amour encore. Alors la vertu et l'onction de sa croix se communiqueront à nous, et nous y trouverons, avec la force, la paix et cette joie intérieure qui sait sourire au milieu de la souffrance : Superabundo gaudio in omni tribulatione nostra (4). »

    1. Matth. XVI, 24 ; Marc. VIII, 34 ; Luc. IX, 23. - 2. Matth. XXVII, 32 ; Marc. XV, 21. - 3. II Cor. I, 8. - 4. Ibid. VII, 4.

    (méditation poursuivie tout au long de la Semaine Sainte)

    Bx Columba Marmion (1858-1923), Le Christ dans Ses Mystères (ch. XIII, IV), Abbaye de Maredsous, Desclée de Brouwer & Cie, Paris, 1937.

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    Icône de la Passion (détail), fresque de Théophane le Crétois (XVIe siècle)
    Monastère de Stavronikita, Mont Athos

    (Crédit photo)

  • Méditation - Prière à l'occasion d'un décès

    « Hélas, si vous l'aviez voulu, Seigneur, elles ne couleraient pas de mes yeux ces larmes brûlantes que je répands aujourd'hui en votre présence. Si vous l'aviez voulu, il vivrait et serait encore près de moi, cet être si tendrement aimé dont la mort a brisé mon cœur. Mais j'adore votre volonté dont les desseins sont impénétrables, et qui est toujours miséricordieuse jusque dans ses rigueurs apparentes. J'essaye de me soumettre sans murmure. Je courbe la tête, et j'accepte, ô mon Dieu, en l'unissant à la vôtre, la croix douloureuse dont vous m'accablez. Je vous conjure seulement de m'aider à la porter, afin de rendre possible à mon pauvre courage un sacrifice qui me semble au-dessus de mes forces.

    O Seigneur, soutenez mon cœur abattu ! Ranimez-le par les pensées consolantes de la foi, afin que je ne m'attriste pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance ; car je le sais, ô mon Sauveur, vous avez vaincu la mort. Celui qui a cru en vous ne meurt pas à jamais ; et cette mort passagère qui n'est qu'un sommeil, nous fait entrer dans l'éternelle vie. Je le sais encore : les liens que vous avez formés vous-mêmes, les affections que vous avez bénies peuvent bien être séparés pour un temps sur cette triste terre, mais ils doivent se retrouver au ciel, là où l'on s'aime mieux encore parce qu'on s'aime en vous, ô mon Dieu ; là où les familles, dispersées ici-bas par la mort, se réunissent et se reforment pour ne plus se quitter. Recevez donc dans votre royaume celui que je pleure, ô mon Père, oubliez ses fautes, faites-lui miséricorde, donnez-lui votre paix. Et accordez-moi Seigneur, tant qu'il vous plaira que je vive, de me sanctifier de telle sorte par la souffrance que je sois un jour réuni à ceux que j'ai tant aimés, et à vous, mon Dieu, que je dois aimer plus que toutes choses. Ainsi soit-il. »

    Henri Lacordaire (1802-1861), cité in P. J.-B. Gosselin s.j., Sujets d'oraison pour tous les jours de l'année, Tome III (23), 3ème édition revue et notablement augmentée, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1950.
  • Méditation : La joie (1) - plaisir et joie

    « Il y a une grande différence entre la joie et le plaisir.
    Si une âme est trop terre à terre, si elle ne cherche à se satisfaire que dans la sensation du moment, il lui arrivera certes de se procurer des agréments de plus d'une sorte, mais elle ne saura seulement pas ce que c'est que la joie. La joie est d'ordre spirituel. Elle est en proportion de la spiritualité. Sans doute elle peut avoir son retentissement dans la sensibilité, et c'est pourquoi il y a de vraies joies qui deviennent sensibles ; mais toujours elles demeurent spirituelles dans leur principe et dans leur essence.
    La joie est pacifiante, elle se caractérise par une espèce de quiétude et de béatitude. Le plaisir agite, il est troublant, il excite puis déprime, il inquiète au fond plus qu'il n'apaise.
    La joie, à mesure qu'elle augmente, se fait plus discrète : elle ne se dissipe pas ; volontiers même elle se cache, se renferme. Le plaisir, plus il est vif, plus il s'extériorise.
    La joie est durable de sa nature, même si elle est traversée par la douleur et qu'elle se paie par le sacrifice. Le plaisir ne résiste pas à l'épreuve et s'évanouit à la moindre alerte en ne laissant souvent qu'amertume après lui.
    Il y a des êtres vulgaires qui ne savent prendre en tout que du plaisir, sans jamais s'élever à la joie. En revanche, il y en a de si nobles qu'ils sont comme incapables de s'arrêter au plaisir et s'ingénient toujours à le changer en joie. A ce signe vous reconnaîtrez un grand cœur : les plaisirs ne le satisfont pas, ils flottent dans sa capacité, il n'y a que les joies qui s'y fixent et qui s'y puissent installer. »

    (à suivre demain)

    Fr. R. Bernard, O.P., in "Notre-Dame de Toute Joie", Les Cahiers de la Vierge N°4, Éditions du Cerf, Juvisy, Juillet 1934.

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  • Audience générale de ce mercredi 17 juin 2015

    Ce matin, au cours de l'audience générale tenue Place St Pierre en présence de 15.000 personnes, le Saint-Père a poursuivi sa catéchèse sur la famille en abordant la question de l'attitude devant la mort : "Lorsqu'elle touche nos proches, la mort n'apparaît jamais comme un fait naturel. Pour des parents, survivre à un enfant...contredit la nature élémentaire des liens qui donnent un sens à la famille. La perte d'un enfant...est une offense aux promesses et aux dons d'amour offerts à la vie générée".
    Ce même désarroi est vécu "par l'enfant qui perd ses parents ou un de ses parents. La perte est d'autant plus angoissante lorsqu'on ne dispose pas de l'expérience suffisante pour identifier ce qu'on expérimente. Dans ces cas, la mort est comme un sombre précipice dans la vie des familles qu'on ne sait expliquer, au point d'en arriver à accuser Dieu. Souvent à Ste Marthe des parents me montrent la photo de leur enfant" décédé "et me disent qu'il s'en est allé... Combien de fois, et je le comprends, les gens s'en prennent à Dieu et blasphèment !...
    Ceci dit, la mort a des complices qui sont pires qu'elle. Ce sont la haine, l'envie, la superbe, en somme le péché de ce monde qui œuvre pour la mort et la rendent encore plus douloureuse et injuste... Les puissances auxiliatrices de la mort...accompagnent l'histoire de l'humanité. Pensons à l'absurde normalité avec laquelle, ici ou là, les événements ajoutant l'horreur à la mort sont provoqués par la haine ou l'indifférence. Seigneur, fais en sorte que l'on ne s'habitue pas !...
    Mais tant de familles démontrent que la mort n'a pas le dernier mot...en trouvant la force de conserver la foi et l'amour... Dans la lumière de la Résurrection, le Seigneur n'abandonne personne... Ainsi pouvons nous retirer à la mort le dard vénéneux dont parle Paul...qui empoisonne la vie. Dans la foi nous pouvons nous consoler les uns les autres, dans la certitude que le Seigneur a vaincu la mort une fois pour toutes... L'amour est plus fort que la mort".
    Cette approche de la mort de famille à famille, dans la solidarité de la foi crée une nouvelle solidarité et renforce l'espérance. Naître et renaître dans l'espérance, c'est ce que nous offre la foi". Dans la lecture du jour, a poursuivi le Pape, Luc rapporte la résurrection par Jésus du fils de la veuve. "Jésus a rendu son fils à sa mère, la voilà notre espérance. Le Seigneur nous rendra tous nos êtres chers et nous les retrouverons... La foi nous protège de la vision nihiliste de la mort et des fausses consolations du monde, elle évite que la vérité chrétienne se mêle aux croyances mythologiques, à des rites et des superstitions antiques comme modernes... Le droit aux pleurs ne doit pas être refusé. Jésus lui même a pleuré devant la peine d'une famille aimée !". Son irrévocable promesse de résurrection des morts prouve que l'amour de Dieu agit, et qu'il est plus fort que l’œuvre de la mort. De cet amour nous devons être les complices".

    Source : Vatican Information Service (Publié VIS Archive 01 - 17.6.15).

    Après la catéchèse, le Pape a rappelé que demain sera publiée son encyclique sur la défense de la création. Cette maison commune de l'humanité, a-t-il dit, est menacée, ce qui nous menace tous et plus particulièrement les plus pauvres. "Je lance donc un appel à la responsabilité en vertu de la mission que Dieu a confiée à l'homme, cultiver et protéger le jardin où il l'a placé. Prenez tous en compte ce document qui prend place dans le cadre de la doctrine sociale de l'Eglise".
    Puis, évoquant la prochaine Journée mondiale du réfugié (ONU, 20 juin), le Saint-Père a appelé "à prier pour tant de frères et de sœurs qui cherchent refuge loin de chez eux. Ils cherchent un nouveau foyer où vivre sans crainte, dans le respect de leur dignité. Je soutiens l'action de tous ceux qui leur viennent en aide, dans l'espoir que la communauté internationale agisse de manière cohérente et efficace pour prévenir les causes des phénomènes migratoires forcés. Je vous invite tous à demander pardon pour les personnes et les institutions qui ferment les portes à ces personnes en recherche d'une famille et d'une protection".
    Saluant des pèlerins polonais, il a enfin signalé la mémoire liturgique de saint Albert Chmielowski, qui consacra sa vie aux pauvres, aux sans abri et aux incurables. "A son exemple ouvrons nous aux besoins de nos frères dans le besoin. Comme lui tendons à la sainteté. Servons le Christ dans les pauvres et soyons pour autrui bons comme le pain".

    Source : Vatican Information Service (Publié VIS Archive 01 - 17.6.15).

     

    Résumé :

    « Frères et sœurs, la mort est une expérience qui touche toutes les familles. Elle semble contredire la nature des relations qui donnent sens à la famille, lorsque des parents  perdent un enfant qui avait été l’objet de tant de joies, de sacrifices et de promesses ; ou bien lorsque de jeunes enfants souffrent l’expérience angoissante du vide et l’abandon causée par la mort d’un parent. La mort physique a pour « complice » le péché du monde, qui la rend plus douloureuse et injuste. Cependant dans la lumière de la résurrection nous pouvons empêcher la mort de nous faire sombrer dans la nuit. Beaucoup de familles endeuillées témoignent courageusement que la mort n’a pas le dernier mot. Le Seigneur a vaincu la mort pour toujours, et nos chers défunts ne sont pas retournés au néant, mais sont entre les mains de Dieu. Dans la foi, l’expérience du deuil peut rendre nos familles plus unies et plus ouvertes à la douleur des autres familles éprouvées. »

    « Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venues de Belgique et de France.
    Je souhaite aujourd’hui me faire particulièrement proche, par la prière, des familles que la mort a douloureusement éprouvées. Qu’elles gardent ferme la foi en la résurrection des morts promise par le Seigneur, et que les secours de la grâce les rendent plus encore unies et solidaires.
    Que Dieu vous bénisse ! »

    Source : site internet du Vatican.

    Texte intégral traduit en français sur Zenit.org.

    Texte intégral original en italien sur le site internet du Vatican.

  • Méditation : les saintes larmes

    « Espérons, espérons, nous tous qui pleurons, qui versons des larmes innocentes ; espérons, si nous pleurons les douleurs de notre corps ou de notre âme : elles nous servent de purgatoire, Dieu s'en sert pour nous faire lever les yeux vers lui, nous purifier, nous sanctifier.

    Espérons encore plus si nous pleurons les douleurs des autres, car cette charité nous est inspirée de Dieu et lui plaît ; espérons encore plus si nous pleurons nos péchés, car cette componction est mise dans nos âmes par Dieu lui-même. Espérons encore plus si nous pleurons d'un cœur pur les péchés des autres, car cet amour de la gloire de Dieu et de la sanctification des âmes nous sont inspirés de Dieu et sont de grandes grâces.

    Espérons, si nous pleurons de désir de voir Dieu et de douleur d'être séparés de lui ; car ce désir amoureux est l'œuvre de Dieu en nous. Espérons encore plus si nous pleurons seulement parce que nous aimons, sans rien désirer ni craindre, voulant pleinement tout ce que Dieu veut et ne voulant que cela, heureux de sa gloire, souffrant de ses souffrances passées, pleurant tantôt de compassion au souvenir de sa Passion, tantôt de joie à la pensée de son Ascension et de sa gloire, tantôt simplement d'émotion parce que nous l'aimons à en mourir !

    Ô très doux Jésus, faites-moi pleurer pour toutes ces causes ; faites-moi pleurer toutes les larmes que fait répandre l'amour en vous, par vous et pour vous. Amen. »

    Bx Charles de Foucauld (1858-1916), Méditations sur les passages des saints Évangiles relatifs à quinze vertus, Nazareth 1897-98 (n°15), Œuvres Spirituelles, Seuil, 1958.

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    Colijn de Coter (v.1450-v.1540), Marie-Madeleine en deuil (détail)
    Museum of Fine Arts, Budapest, Hongrie

    (Crédit photo)

  • Méditations de la Semaine Sainte - Le deuil de Marie et des apôtres et l'épreuve de Madeleine

    « Madeleine nous donne un grand exemple de fidélité et de persévérance dans l'amour de Notre Seigneur. Elle n'a pas de repos, elle ne peut vivre loin de son Bien-Aimé. Il lui faut son Dieu, elle le cherchera. Son trésor est au sépulcre, là aussi est son cœur. Les épreuves n'ont pas éteint les flammes de son amour : Aquae multae non potuerunt extinguere caritatem. (Cant. 8.)
    Son amour s'est purifié dans le creuset des souffrances. Il faut que sa fidélité redouble : son Bien-Aimé a été si souvent trahi, abandonné ! Il faut que son dévouement soit vraiment réparateur. Aussitôt que la loi de Dieu le permet, elle sort avec les deux autres Marie pour acheter des parfums (Marc 16, 1.) Par modestie, elle ne sort pas seule. Elle consulte Pierre, Jean et Marie, comme elle ira leur rendre compte quand elle aura trouvé le tombeau vide. L'obéissance à l’Église et l'union à Marie sont les marques du véritable esprit de Dieu. Après l'achat des parfums, Madeleine fait une visite au sépulcre avec une seule compagne : Vespere autem sabbati, venit cum altera Maria videre sepulcrum. (Matt. 28, 1.) Elle prend le chemin du Calvaire, il fait sombre, elle revoit en esprit toutes les scènes du vendredi. Elle a peur de fouler aux pieds le précieux sang. La croix est encore là, elle est effrayante au milieu des ombres de la nuit. Le sépulcre est solitaire, les gardes sommeillent. Marie s'assied et pleure. L'heure de la consolation n'est pas venue. Notre-Seigneur la laisse dans ses angoisses et cependant il fortifie son courage. Elle retourne dans la maison de douleur, elle n'a pas trouvé son Bien-Aimé : Per noctem quaesivi quem diligit anima mea. Quaesivi et non inveni. (Cant. 3, 2) - Quand nous avons perdu la présence de Notre-Seigneur, cherchons-le assidûment comme Madeleine.

    Résolutions - Marie, Jean, Madeleine et les saintes femmes sont nos modèles dans cette journée de compassion et de réparation. Ils sont les seuls amis fidèles du Cœur de Jésus. Je m'unirai à eux aujourd'hui et tous les jours. Je chercherai mon Jésus comme Madeleine, toutes les fois que j'aurai perdu sa présence sensible. Je ne me découragerai jamais dans ma foi, ma confiance et mon amour. »

    Vénérable Léon Dehon (1843-1925), L'année avec le Sacré-Cœur, Tome I (Samedi Saint), Établissements Casterman, Tournai - Paris, s.d. (1909).

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    La garde du tombeau, James Tissot (1836-1902)

  • Pakistan : double attentat meurtrier contre la minorité chrétienne - Douleur du Pape François

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    REUTERS/Mohsin Raza

    Selon un dernier bilan fourni par les services de secours, au moins 14 personnes sont mortes et des dizaines d’autres ont été blessées ce 15 mars dans une double explosion à Lahore, au Pakistan. Les déflagrations ont retenti dans un quartier chrétien, au moment de la messe du dimanche. Cet attentat s’ajoute à la longue liste des violences contre les minorités religieuses du pays.

    Source et article sur RFI (Radio France Internationale).

    Lors de l'Angélus (à écouter plus haut), le Pape François s'est exprimé sur ce nouveau drame en des termes forts : « C'est avec douleur, avec beaucoup de douleur, que j'ai appris les attentats terroristes d'aujourd'hui, contre deux églises de la ville de Lahore, au Pakistan, qui ont provoquée de nombreux morts et blessés. Ce sont des églises chrétiennes. Les chrétiens sont persécutés. Nos frères versent leur sang, seulement parce qu'ils sont chrétiens. Alors que j'assure de ma prière les victimes et leurs familles, je demande au Seigneur, j'implore du Seigneur, source de tout bien, le don de la la paix et de la concorde pour ce pays, et je demande que cette persécution contre les chrétiens, que le monde tente de cacher, finisse, et que vienne la paix. »

    Source : Radio Vatican.

  • Méditation 2ème semaine de Carême : égoïsme et amour de Jésus-Christ (6)

    « Que pouvait-il sortir du triomphe de l'amour et de la défaite de l'Egoïsme, si ce n'est le dévouement ? Quand l'homme a cessé de se donner à lui-même, quel autre besoin peut-il éprouver, si ce n'est le besoin de se donner aux autres, c'est-à-dire de se dévouer ? Dieu a creusé au fond du cœur humain comme un immense réservoir d'amour d'où les dévouements peuvent jaillir toujours. Mais l'Egoïsme, posé au cœur humain par le péché, était comme la pierre qui y scellait la source des dévouements, et retenait dans son fonds cette eau vive et féconde qui a besoin de se répandre. Jésus-Christ a ôté cette pierre ; et de tous les cœurs d'où l'Egoïsme s'est retiré, les dévouements vont déborder pour se répandre sur toutes les misères ; ils vont former dans l'humanité chrétienne ce fleuve vaste et profond de la charité qui, coulant à travers les siècles, ira grandissant tous les jours par les milliers d'affluents grossir son cours...

    Ah ! dans ces dévouements que l'amour de Jésus-Christ fera sortir du cœur humain, quelle multiplicité ! et dans cette prodigieuse multiplicité, quelle unité plus prodigieuse encore ! multiplicité des dévouements sortant d'un même amour pour y retourner sans cesse, comme on voit tous les fleuves aller se verser dans l'abîme d'un même océan, d'où ils sont sortis par mille canaux mystérieux pour arroser la terre. Ces dévouements créés pour toutes les misères, qui les comptera ! qui pourra dire, avec leur nombre, leurs divines industries ? Il y en aura pour les vieillards, il y en aura pour les enfants, il y en aura pour les veuves, il y en aura pour les orphelins, il y en aura pour les sourds, il y en aura pour les muets, il y en aura pour les aveugles, il y en aura pour les paralytiques, les estropiés, les lépreux, les captifs ; il y en aura pour ceux qui manquent de pain, de travail, de santé. Aussi intelligent que libéral, le dévouement chrétien visitera, pour se donner à elles, toutes les misères humaines, il découvrira toutes les douleurs, sondera toutes les blessures, devinera tous les malheurs : et il trouvera pour chaque douleur un soulagement, pour chaque blessure un remède, et pour tout malheur une consolation ; il attestera enfin par les miracles du sacrifice la défaite de l'Egoïsme au fond du cœur humain : et il prouvera par la plus invincible démonstration que comme Jésus-Christ pose dans sa doctrine le fondement de tous les progrès, il leur donne par son amour leur couronnement sublime. »

    R.P. C.J. Félix s.j. (1810-1891), Le Progrès par le christianisme - Conférences de Notre-Dame de Paris, Année 1858 (Septième conférence : le progrès moral par la destruction de l'égoïsme), 4e édition, Paris, Librairie d'Adrien Le Clere et Cie, s.d.

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    Rembrandt (1606–1669) : Le Christ prêchant
    (Bibliothèque Nationale de France, Paris, Inv. W.B. 74.2, Bartsch 74)

  • Méditation - Quinquagésime : le salut de nos frères

    « Jamais nous ne concevrons toutes les douleurs qu'ont faites au Cœur de Jésus les désordres du monde, pendant ces trois jours, lorsque du jardin des Olives il les aperçut distinctement dans la suite des siècles. Il faudrait, pour le concevoir, aimer Dieu comme lui, comprendre, comme lui, l'énormité du péché, qui méprise la puissance de Dieu, brave sa justice, outrage sa sainteté, dédaigne sa bonté, méconnaît ses bienfaits : injure horrible, qu'il voit se multiplier par milliers, pendant ces trois jours ; il faudrait aimer les hommes comme lui, comprendre comme lui le malheur de ces âmes qui ne veulent pas se sauver, et s'obstinent à se perdre, foulant son sang au pieds, se rendant ses souffrances inutiles, son amour infructueux, pour aller tête baissée se jeter dans l'enfer. O douleur accablante ! Son âme en est triste à mourir (Mt XXVI, 38). Or n'est-ce pas le devoir des amis de prendre part aux souffrances de l'ami qu'on voit souffrir, d'aller le consoler et le visiter ? Jésus-Christ, exposé sur nos autels, nous appelle à remplir ce grand devoir. Nous ne l'aimons pas, si, négligeant de nous associer à ses douleurs, nous le forçons de redire la plainte qu'il exhalait autrefois par la bouche du Prophète : J'ai cherché des âmes compatissantes, et je n'en ai pas trouvé (Ps LXVIII, 21).

    Hélas ! ces hommes qui se perdent sont nos frères ; et ne faut-il pas que nous en ayons pitié (Mt XVIII, 33) ? Les aimons-nous, si le malheur où ils se précipitent ne nous dit rien au cœur, si nous ne prions et ne faisons pénitence pour eux ? Ne s'agit-il que de la perte d'une seule âme, il n'y aurait, dit saint Augustin, qu'un cœur de fer, un cœur dur comme le diamant, qui pût y être insensible. Que doit-ce donc être, quand on en voit tant qui se perdent ? que doit-ce donc être, surtout en ces jours où un plus grand nombre encore qu'à l'ordinaire s'enrôlent sous la bannière de Satan (*) ? Oh ! si nous avions une vraie charité, si nous aimions le prochain comme nous-mêmes, si nous l'aimions comme Jésus-Christ nous a aimés, selon le précepte qu'il nous en a fait, que de pénitences et de mortifications ne nous imposerions-nous pas pour les pauvres pécheurs ! Quelles sont nos dispositions à l'entrée de ces saints jours ? »

    (*) ndlr : en cette période où sont organisés tant de carnavals.

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Dimanche de la Quinquagésime), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

    Quinquagésime

  • Méditation : la tristesse et la joie

    « Il faut vivre joyeux et allègres, ainsi qu'il convient aux vrais amoureux de Dieu ; d'autant que Dieu est à soi-même tout son bien, et que tout notre plaisir en notre infini amour est que Dieu soit ce qu'il est, qu'il ait ce qu'il a, et qu'il se bienheure présentement soi-même en sa présente éternité. Voilà ce qui réjouit les anges en la gloire, et les hommes en la voie, en quelque condition prospère ou adverse qui se puisse rencontrer ; et c'est ainsi que le bonheur de Dieu et sa félicité dans les hommes est leur félicité en la terre, et que le Paradis de Dieu est en eux.

    A la vérité, comme l'homme est composé de deux parties, il se peut faire qu'il puisse pleurer, en demeurant joyeux au dedans ; mais encore ne voit-on point de sujet raisonnable de pleurer. Car quiconque désire d'un ardent amour la honte, la calomnie, l'opprobre et tout mépris, les maladies, les pertes, la pauvreté, la croix et la douleur, quand il y est, il a ce qu'il désire, et partant il a sujet de se réjouir, si en effet les maux et les oppressions ne le violentent pas trop en la partie sensitive, car alors il peut pleurer et en même temps se réjouir en son homme supérieur, qui est la raison. Cela même est souvent inconnu, d'autant que tout l'homme semble être occupé de la tristesse, et quand cela serait qu'on ne fût aucunement joyeux au-dedans, à cause de la cuisante et profonde tribulation, n'importe, la profonde résignation d'esprit et du sens tiennent en quelque façon le lieu de la joie. Pleurer donc de tristesse et de douleur, et se réjouir en même temps, c'est chose rare ; mais cela peut être, et on l'a vu et le voit-on encore aux excellents saints, qui vivent d'une terrible manière dans les présents et éternels exercices de Notre-Seigneur. Enfin la résignation contente et joyeuse est ici nécessaire et suffisante. C'est ainsi que la vie des hommes est laborieuse et joyeuse, heureuse et malheureuse, et il est vrai que tant moins l'homme aura de soulagement, de joie et de repos, tant plus excellemment et de plus près il imitera Notre Sauveur. »

    Jean de Saint-Samson (1571-1636), in R.P. Jérôme de la Mère de Dieu O.C.D., "La doctrine du vénérable Frère Jean de Saint-Samson", Édition de la Vie Spirituelle, Saint-Maximin, 1925.

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    « Au fidèle serviteur, persuadé de son inutilité, le Seigneur déclare tout à coup : « Bon serviteur, entre dans la Joie de ton Maître. » Il nous fait entrer dans sa Joie, parce que nous ne pouvons pas la faire entrer en nous : elle est trop vaste pour se limiter aux dimensions d'un cœur humain, pour se laisser mesurer à l'aune du sentir ou du comprendre. Ici encore, la joie émane d'une possession, mais on ne possède pas, on est possédé. On entre dans la Joie de Dieu jusqu'à y perdre pied, comme dans l'océan même de la Divinité. On est emporté par elle comme par une lame d'éternité. »

    Fr. François de Sainte-Marie, o. c. d., De la Joie chrétienne, in "Ma joie terrestre où donc es-tu ?", Études Carmélitaines, DDB, 1947.