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  • Angelus de ce dimanche 5 mars 2017

    En ce premier dimanche de Carême, le Pape François exhorte les fidèles à lutter contre le Mal « avec la force de la parole de Dieu ». Lors de l’Angélus, ce dimanche 5 mars 2017, le Saint-Père, prenant appui sur l’Évangile du jour selon Saint Mathieu, où pendant 40 jours “Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable”, invite à chérir la Bible pour éloigner toutes les tentations.

    « Jésus a un ennemi déclaré : le diable, qui tente de le détourner de la voie de l’obéissance et de l’humiliation » mais, affirme le Pape, le Christ l’affronte tout de suite “au corps à corps”. Face aux tentations, Jésus parvient à parer « les flèches vénéneuses du diable avec le bouclier de la Parole de Dieu qui exprime la volonté du Père ». Ainsi, observe le Saint-Père, « le Fils, empli de la force de l’Esprit Saint, sort victorieux du désert ».

    Le Pape François appelle ainsi les fidèles, en ce temps de montée vers Pâques, « à suivre les traces de Jésus en affrontant le combat spirituel contre le malin avec la force de la Parole de Dieu ». Pour cela, il est important de « se familiariser avec la Bible, la lire souvent, la méditer, l’assimiler. La Bible contient la Parole de Dieu, qui est toujours actuelle et efficace ». Le Pape établit alors une « comparaison paradoxale mais qui fait réfléchir » entre la Bible et notre téléphone portable.

    Que se passerait-il, interroge le Saint-Père, « si nous traitions la Bible comme nous traitions notre téléphone portable ; si nous l’emportions toujours avec nous ; si nous retournions la chercher quand nous l’oublions ; si nous l’ouvrions plusieurs fois par jour ; si nous lisions les messages de Dieu contenus dans la Bible comme nous lisons les messages du téléphone portable ».

    Et le Pape insiste : « Si nous avions toujours à cœur la Parole de Dieu (…) aucun obstacle ne pourrait nous faire dévier de la route du bien ». Nous serions ainsi capables de vaincre les tentations quotidiennes, « d’accueillir et d’aimer nos frères, en particulier les plus vulnérables et les plus faibles, et même nos ennemis ».

    Source : Radio Vatican (HD).

    Texte intégral des paroles du Pape traduites en français sur Zenit.org.

  • Prière de confiance

    « Vous soutiendrez, ô mon Dieu, l’œuvre de votre miséricorde. Vous n'avez cessé de m'avertir par de pieuses inspirations, et, lorsque je vous fuyais, vous m'avez poursuivi avec une ineffable bonté ; m'abandonneriez-vous, Seigneur, lorsque je suis revenu à vous ? Ma coupable persévérance dans le péché n'a pu suspendre le cours de vos miséricordes, mon repentir et mes larmes m'en rendraient-elles indigne ? Vous ne m'avez pas rejeté, lorsque, prosterné aux pieds de Bélial, je ne voulais pas de vous ; ne voudriez-vous plus de moi aujourd'hui où je veux être tout à vous, en vous choisissant pour mon unique partage ? Si je ne consultais que ma faiblesse et l'inconstance de mes résolutions, j'aurais sans doute tout à craindre de mon propre cœur ; mais qu'aurais-je donc à redouter en combattant avec vous et sous vos yeux ?

    Les passions ont longtemps exercé sur moi leur détestable empire, je sentirai encore s'éveiller en moi le germe fatal de la concupiscence, j'aurai à soutenir de rudes assauts ; mais, Seigneur, vous connaissez mes besoins et toute l'étendue de ma misère, et si la voie nouvelle où vous me faites entrer offre d'immenses difficultés à ma faiblesse, vous me soulèverez sur les ailes de votre amour ; comme le bon Pasteur, vous me porterez sur vos épaules et vous ne vous éloignerez jamais de moi. J'ai placé toute ma confiance en vous, ô mon Dieu, et elle ne sera pas déçue. L'esprit tentateur pourra bien attaquer ma foi ; mais avec le secours de vos lumières, je ne m'en départirai jamais. Il cherchera à ébranler ma confiance, mais, soutenu par votre grâce, je me serrerai plus près contre vous ; et s'il voulait éteindre en moi le feu de la céleste charité, ah ! Seigneur Jésus, j'accourrais aussitôt la raviver au foyer divin de l'adorable Eucharistie. Vous confondrez mes ennemis, au jour de votre miséricorde, et après m'avoir laissé dans le feu de la tentation, assez longtemps pour me convaincre de mon néant, vous me ferez remporter sur eux une glorieuse et décisive victoire. »

    R.P. Ambroise de Bergerac (Pierre-Paul Guines, 1802-1871), Le Livre de la vie intérieure (Élévations & sentiments de l'âme intérieure, Psaume XII), Périgueux, Chez J. Bounet, 1808.

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  • Méditation - Courage !

    Le Bx Charles de Foucauld met dans la bouche de Jésus les mots suivants :

    « Il te faut du courage en tout : car en tout, en tout bien, en toute vertu, tu as à vaincre 3 adversaires : toi, les hommes et le démon... Il te faut du courage contre toi, contre ton âme et contre ton corps, contre tes penchants mauvais et contre l'excès et l'indiscrétion dans les bons, contre tes pensées propres, ta volonté propre, contre ton cœur, contre ton esprit, il te faut du courage contre tout ton être, pour être maître de tout ton être, afin de pouvoir le soumettre tout entier à Dieu... Il te faut du courage contre les hommes, contre leurs menaces, et contre leurs séductions, contre les persécutions et contre les douceurs, contre les méchants et avec les bons et avec les saints pour supporter les mauvais traitements et pour ne pas te laisser amollir par les bons, pour être en tout avec tous ce que je veux que tu sois, pour recevoir les railleries, les contradictions, les coups, les blessures et la mort comme mon soldat fidèle, [...] pour ne pas craindre ta peine ni celle des autres mais uniquement la mienne... Il te faut du courage contre le démon, contre les terreurs, les troubles, les tentations, les séductions, les ténèbres, les fausses lumières, les épouvantes, les tristesses, les dissipations, les chimères, les fausses prudences, les imprudences, les peurs surtout (car c'est son arme habituelle... surtout avec toi qui es timide et inconstant), par lesquelles il cherchera à t'arracher à moi.

    [...] Faire tout parfaitement, ce te sera un exercice de courage continuel, un combat continuel, une victoire continuelle, et ce n'est après tout que ton devoir, que ma volonté, que « être parfait comme ton père céleste est parfait »...

    [...] Il faut du courage en tout, pour tout, sans courage aucune vertu : le courage dans toutes les vertus, le courage à faire ma volonté c'est la perfection, c'est ma volonté, c'est la consolation de mon Cœur... »

    Bx Charles de Foucauld, La dernière place, Œuvres spirituelles du Père Charles de Foucauld IX - Retraites en Terre Sainte, Tome I, nouvelle cité, Paris, 1974.

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    Gustave Doré, Abdiel et Satan (Le Paradis perdu)
    (Crédit photo)

  • Méditation - Heureux les hommes de miséricorde !

    « Nous avons tous un besoin extrême des miséricordes du Seigneur, et pour cette vie et pour l'autre. C'est sa providence miséricordieuse qui, par rapport aux élus, arrange les événements de telle façon qu'ils arrivent sûrement à leur fin dernière. C'est par une pure miséricorde que Dieu nous pardonne nos péchés, autant de fois que nous revenons à lui avec un humble repentir. C'est par une attention pleine de miséricorde, qu'il nous préserve d'une foule de tentations, où notre faiblesse succomberait. Toutes les grâces personnelles, connues ou inconnues, qu'il ne cesse de nous faire malgré nos infidélités, sont autant d'effets de sa miséricorde. C'est à elle que nous devons la grâce spéciale qui nous assure la persévérance et qui nous prépare à la sainte mort ; qui tranche le fil de nos jours au moment que nous sommes en bon état. Enfin, c'est elle qui couronne et récompense nos bonnes œuvres, et, si Dieu y est engagé par sa justice, ce n'est pas qu'il nous la doive, mais il se la doit à lui-même, en conséquence de ses promesses toutes gratuites. Hélas ! que sont nos bonnes œuvres en elles-mêmes ? Et quel jugement Dieu en porterait-il, s'il les examinait avec rigueur ? Malheur à la vie la plus louable, s'écriait saint Augustin, si vous la discutez, sans égard à votre miséricorde ! Cette miséricorde qui, selon l’Écriture, est au-dessus de toutes les œuvres de Dieu, nous accompagne donc depuis la naissance jusqu'au dernier soupir. [...]

    Or, il est de la nature de la miséricorde d'être gratuite ; ce n'est point une dette, mais un bienfait pur ; et le bienfaiteur est en droit de l'attacher à telle condition qui lui plaît. Jésus-Christ nous déclare ici, et en quantité d'endroits de son Évangile, que Dieu fera miséricorde à ceux qui auront fait miséricorde au prochain, qui auront eu pour lui un cœur charitable et compatissant, qui l'auront assisté, au moins par leurs désirs et par leurs prières, dans ses nécessités corporelles et spirituelles : Heureux donc, par rapport à la vie éternelle, les hommes de miséricorde ! »

    P. Jean-Nicolas Grou s.j. (1731-1803), L’École de Jésus-Christ, Tome premier (Treizième leçon), Société Saint-Augustin, Lille & Retaux-Bray, Paris, s.d. [1885] (Quatrième édition).

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    Gainsborough Dupont, La Charité soulageant la misère (détail)
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  • Méditation - Espérez, espérez encore, espérez toujours !

    « La vie terrestre n'est qu'un combat (1). On y est vainqueur ou vaincu, mais nul n'a le secret de s'y soustraire. Or, j'ose bien dire que sur ce vaste champ de bataille qui s'appelle la vie chrétienne, il n'y a pas un seul coin de terrain où la lutte soit plus vive et plus acharnée que sur le terrain de l'espérance. On comprend qu'il en soit ainsi, car, à bien y regarder, c'est là que toute l'affaire du salut se décide. Il s'agit bien, pour être sauvé, de croire en Dieu et de l'aimer ; mais c'est par l'espérance que la foi fleurit en amour. Sans elle notre arbre spirituel n'est qu'une racine sans tige et par là même sans fruits. Aussi, pour une tentation que les âmes ont contre la foi, elles en ont dix et vingt contre l'espérance. Il n'y a guère non plus de péchés sur lesquels on se fasse plus facilement illusion que sur ceux qui la blessent. On y tombe de bien des manières, et bien plus souvent qu'on ne croit, bien plus souvent dès lors qu'on ne s'en accuse. [...]

    Certes, Satan sait bien ce qu'il fait, en nous livrant sur ce point de si furieux assauts ; car si, dans les profondeurs d'un cœur qui se reposait habituellement en Dieu, il parvient à jeter, à maintenir surtout un ferment de défiance, il gagne aisément le reste. [...] Et pour y arriver, tout lui est bon. Nulle part plus qu'ici il ne cherche à se transfigurer en ange de lumière (2). Il se fera contre vous une arme de toutes les perfections divines. Au nom de la sainteté, au nom même de l'amour, il s'efforcera de vous convaincre qu'après tant de grâces méprisées et perdues, le découragement n'est qu'un acquiescement raisonnable à la vérité, et qu'en vous désespérant, vous ne ferez que reconnaître et honorer la justice. [...]

    Démasquez cet ange de ténèbres : dites-lui qu'il ment et qu'il n'est tout entier que mensonge. Fermez les yeux à ses fantômes ; rendez-vous sourdes à ses propos, surtout s'il vous engage dans des argumentations théologiques ; et en général ne redoutez aucun démon à l'égal des démons théologiens. Ne raisonnez pas du tout ici, priez. N'admettez pas que là où il s'agit d'espérance en Dieu, il y ait même une question pour vous : espérez, espérez encore, espérez toujours ; et prenez garde aux pentes, car c'est là principalement que les pièges de notre ennemi sont tendus. Les pentes, c'est l'abus de l'examen de conscience et la manie du retour sur soi-même. C'est la considération imprudente, c'est-à-dire non approuvée du directeur, ou prolongée outre mesure des vérités de la foi qu'on nomme effrayantes, telles que sont le péché, la mort, le jugement, l'enfer éternel. Les pentes, c'est l'inquiétude habituellement consentie, c'est l'esprit scrupuleux, c'est la mélancolie non combattue, c'est le découragement après les fautes, c'est le retard des confessions, c'est l'éloignement systématique et opiniâtre de la sainte Table. Je le répète, défiez-vous de ces pentes, ne restez jamais sur ces pentes. Elles mènent à des gouffres d'où il n'y a que des miracles qui puissent tirer ceux qui y sont tombés. »

    1. Job. VII, 1. - 2. II Cor. XI, 14.

    Mgr Charles Gay (1814-1891), De la vie et des vertus chrétiennes considérées dans l'état religieux, Tome I (chap. V, II), H. Oudin Frères, Poitiers - Paris, Huitième édition, 1878.

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  • Méditation - L'inquiétude de l'avenir

    « Rien ne m'inquiète comme l'avenir.

    Le passé, si pénible soit-il, je l'ai vécu ; j'ai souffert, j'ai supporté, c'est fini ; j'ai peut-être triomphé de ce passé.
    J'ai même l'âme en paix pour tout ce qui a pu le souiller ; car, j'ai demandé pardon. Et Dieu, parce que je pardonne, a pardonné.

    Le présent, je le vis, si dur soit-il ; je sais où je suis ; je me rends compte de mes difficultés ; je travaille à les vaincre.
    Je l'ai devant moi, je n'ai pas à craindre qu'il me surprenne, à mon insu, à l'improviste. Au besoin, je me défends ; et je sais à quelle place je puis frapper.

    Mais l'avenir, l'avenir ? De quoi l'avenir sera-t-il fait ? Que m'arrivera-t-il demain, après-demain, dans un an, dans dix ans ?
    Où serai-je, que ferai-je ? Et moi, et les miens, et tous ceux et celles que j'aime, que deviendront-ils ? Oh ! le souci des miens !...
    Et ma fortune qui s'émiette ?
    Et mes enfants qui grandissent, turbulents, audacieux, passionnés déjà ?
    Et ma santé ébranlée ? Et l'âge qui vient ?
    Et cette éternelle importune, la mort qui m'apparaît proche, traîtresse, inopinée, souvent, peut-être sans prêtre ! Tout cela m'agite...
    Et tout ce qu'on appelle ce mystère : l'avenir, cauchemar parfois si troublant, et que, de lassitude souvent, on voudrait ne plus regarder, ne plus pressentir ; car le bon Dieu se l'est réservé à Lui seul.

    Ah ! vous avez raison... L'avenir !... C'est Dieu, c'est le bon Dieu qui le connaît et le garde.
    Et cette pensée-là, précisément, c'est elle qui, tout-à-coup, jette lumière en moi et l'espérance, et calme, et quiétude parfaite.
    Mon Dieu, Vous, le bon Dieu, Vous savez mon avenir ? Bien sûr. Qui peut douter de cela ?
    Vous l'avez devant Vous, aussi présent à Vous-même que Vous-même, ô Vous, qui vivez et régnez dans un éternel présent.
    Vous tenez mon avenir dans vos mains.
    Vous l'y gardez puissamment, et avec tant de sainte prévoyance, avec tant d'amour aussi...
    Autant dire que Vous me serrez, moi-même, dans le creux de cette Main adorable en laquelle sont toutes choses, oui, l'univers entier (1).

    Ah ! si je me décidais à croire, enfin, à cette Providence que Vous être et que j'adore ;
    A la Providence d'un Père, de toute bonté, au bon Dieu !... J'éprouve une telle consolation et une telle force à vous le redire : « Vous êtes le bon Dieu » Et je suis, moi, votre pauvre petite créature qui s'abandonne, aveuglément, pour son avenir, à Vous seul.
    Vous êtes mon Père, un vrai Père à qui l'enfant que je suis, se laisse aller, sans réserve, si sûr de Vous...

    Pourquoi, si je crois en Vous, si j'espère en Vous, pourquoi me laisseriez-Vous choir de cette Main-là, qui gouverne tout ce qui est, tout ce qui se meut, tout ce qui vit ?
    Pourquoi hésiterais-je, un seul instant, à refuser à mon âme tout souci d'avenir, toute inquiétude, toute crainte, toute défiance aussi ?
    Ah ! n'est-ce pas me défier de Vous que de vivre ainsi, continuellement, dans cette attitude d'âme si peu chrétienne, si indigne de Vous ?
    Non, je ne veux plus regarder ainsi dans l'inconnu de la vie, en me troublant.
    « A chaque jour suffit sa peine, et demain aura souci de lui-même » (2) dit Jésus.
    C'est du pur Évangile, si toutefois je veux croire à la Parole infaillible de la Vérité.

    Père, c'est fait... Je vous abandonne mon avenir, quel qu'il puisse être.
    S'il doit être rempli et débordant de joies pures, de consolations, de succès, de rêves enfin réalisés, je vous bénis, dès aujourd'hui.
    Si, au contraire, Vous me l'avez préparé plein de dégoûts, d'ennuis, de tristesses et de déceptions, je veux vous en bénir, dès maintenant.
    Mes joies, Vous les sanctifierez, dans l'humilité de mon cœur.
    Mes peines, Vous en ferez un élément de grande pénitence, qui sauve.
    Je m'abandonne, je ne regarde plus, je ne veux plus être inquiet.
    Je suis dans vos mains de Père, souveraine Providence ; et j'y veux rester, toujours, avec l'aide de votre grâce.

    Seigneur, ne me laissez plus succomber à la tentation, à l'épreuve de l'inquiétude. »

    1. Ps. XCIV, 4. - 2. Matth. VI, 34.

    Dom Eugène Vandeur o.s.b. (1875-1967), L'abandon à Dieu Voir de la Paix. Commentaire du Pater (Vingt-et-unième élévation), Deuxième édition, Abbaye de Maredsous, 1938.

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  • Méditation : les dangers de l'imagination

    « L'imagination est la plus légère des armes de Satan : imagination du passé et imagination du futur, imagination des œuvres bonnes et des œuvres mauvaises. Différentes pensées surviennent et occupent l'esprit, afin qu'il cesse de murmurer le Nom de Jésus. Il essaie de faire que l'homme ne conçoive plus d'intérêt pour Dieu, qu'il ne manifeste plus son amour. Surtout il lui rappelle la pensée des différentes fautes qu'il a commises durant sa vie, naguère ou jadis. Les saints Pères disent que cette guerre est souvent aussi forte qu'ont été fortes auparavant les passions. Il est nécessaire que chaque jouissance soit payée d'autant de souffrances. Dans la vie ascétique « dans la grâce » des Pères, un lien étroit existe entre plaisir et douleur. Le plaisir apporte la chute et la douleur, et par conséquent la douleur ramène l'homme dans son état ancien et le guérit. C'est ainsi qu'il souffrira beaucoup, qu'il paiera chaque pensée et jouissance mauvaises par autant de souffrances pour que l'équilibre soit rétabli. Des événements qui se sont produits de nombreuses années auparavant, qui lui ont causé du plaisir et qu'il avait oubliés entre-temps, lui apparaissent maintenant dans toute leur étendue, au point de le conduire au désespoir. [...]
    - Père, dites-moi la manière de faire front.
    - Ici, il faut de la patience, de la persévérance, du courage. Surtout du courage. Ne pas se laisser ébranler. Opposer à l'imagination l'invocation constante du Nom de Jésus et se maintenir dans les paroles. Se tenir courageusement dans l'étroitesse de la prière. Ne jamais penser, au moment de la prière, ni aux mauvaises ni aux bonnes œuvres. Dans la souffrance, être sûr, comme nous le disions plus tôt, que c'est la guérison qui commence. « La femme, quand elle enfante, est dans la douleur parce que son heure est venue. Quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de son affliction, car elle se réjouit de ce qu'un homme est venu au monde » (Jn 16, 21).
    Il en va de même ici. C'est dans la souffrance qu'est créé le nouvel homme, qu'est engendrée la nouvelle vie : la vie du Christ. »

    Hiérothée Vlachos, Entretiens avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du cœur, Coll. Points Sagesse Sa78, Le Seuil, 1988.

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  • Méditation : tentation et paix intérieure

    « Pourquoi dans la tentation es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? (1) Examinons devant Dieu s'il y a raison de perdre la paix dans ces circonstances. Serait-ce que nous croirions que la tentation en elle-même est un péché ? Mais Jésus-Christ, mais tous les saints ont été tentés ; mais aucune pensée mauvaise, aucune imagination, même la plus hideuse, n'est en soi un péché ; toutes ces pensées et imaginations sont sans cesse sous le regard de Dieu, qui voit tout, et elles ne souillent en rien sa pureté infinie.
    Serait-ce que nous craindrions d'avoir consenti à la tentation ? Mais quand même nous y aurions consenti, il ne faudrait pas nous en troubler, [car] même après ses chutes il faut garder la paix, et que la perdre serait une faute ajoutée à une autre faute. Puis, si la tentation nous a déplu, molestés, contristés ; si elle nous a inspiré de l'horreur, si nous ne l'avons subie que malgré nous et contre notre volonté, nous avons eu en cela même la preuve que nous n'avons pas consenti. On ne pèche que par la volonté ; ce qui est contre la volonté ne peut être imputable.
    Serait-ce que nous craindrions de consentir plus tard ? Mais pourquoi perdre la confiance en Dieu et ne pas espérer qu'il nous soutiendra, si nous le prions bien, si nous nous défions de nous-mêmes, si nous évitons les occasions et ne présumons pas de nos propres forces ?
    Serait-ce enfin que cette vie de combats et de luttes nous ennuie ? Mais 1° nous pouvons amoindrir ces combats et ces luttes en méprisant le tentateur jusqu'à ne pas daigner penser à lui pour lui répondre, jusqu'à lui tourner le dos au lieu de nous battre avec lui, [...] laissons le démon aboyer au dehors sans en tenir aucun compte, et continuons en paix ce que nous avons à faire. 2° Nous pouvons diminuer nos tentations en n'y réfléchissant pas, quand elles sont passées, pour voir si nous y avons consenti, parce qu'y réfléchir, ce serait un moyen de les faire revivre ; nous ne devons nous les rappeler qu'en gros, pour réveiller en nous la vigilance, l'esprit de prière, et nous abîmer devant Dieu, d'une part dans le sentiment de notre misère, comme sainte Thérèse, qui disait : « O Dieu ! que je ne vaux rien ! Voilà bien ce que mon mauvais fonds peut produire, voilà bien de l'herbe de mon jardin » ; d'autre part, dans l'admiration et l'amour de la bonté divine : « O Dieu ! que vous êtes bon d'abaisser votre amour jusqu'à moi ! »
    Est-ce ainsi que nous nous conduisons dans les tentations ? »

    1. Ps XLI 6, 12.

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome II, Jeudi de Quasimodo, Premier Point), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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  • Méditation : le combat spirituel (2/3)

    « Pour mener tout notre combat, humain et chrétien, nous avons absolument besoin d'armes. Ce serait folie de partir démunis. Entendons le vieux lutteur, Paul, Apôtre du Christ, nous crier : « Revêtez l'armure de Dieu » (Ep. 6, 10-17).

    Il nous faut d'abord dépouiller une illusion : celle que nous n'avons pas à combattre, ou pas autant que l’Église nous le dit, ou que notre combat est fini. Redoutable illusion, car à l'instant même où nous déposons nos armes, nous sommes surpris et vaincus, ne serait-ce que par le sommeil qui nous endort en pleine vie. Quel beau triomphe pour l'Adversaire ! Il règne sur des gens endormis. On comprend l'insistance et presque l'angoisse du Seigneur : « Allons, levez-vous. Pourquoi dormir ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. » Vous êtes déjà vaincus si vous dormez. (1) »

    1. C'est tout le thème si grave de la vigilance évangélique. Au milieu de la nuit de ce monde, nous devons être comme des veilleurs.

    A suivre demain.

    B.-M. Chevignard o.p. (1909-1996), réconciliés avec Dieu (Le combat chrétien), Les éditions du Cerf, Paris, 1966.

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    Dosso Dossi (1489-1542), Saint Michel terrassant Satan
    Musée Dresde, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Gemäldegalerie Alte Meister
    (Crédit photo)

  • Méditation : Le signe de la croix

    « On se marque souvent avec peu de respect du signe de la croix, sans songer que c'est le signe des humiliations que Jésus-Christ a endurées pour nous. Dès votre réveil, faites le signe de la croix, et souvenez-vous qu'il vous indique tout d'abord que la journée qui commence doit être un pas courageux à la suite de Jésus-Christ. Au commencement des actions de quelque importance, faites le signe de la croix. Nous ne saurions trop nous rappeler qu'il faut les imprimer de l'esprit chrétien. Marquez-vous de ce signe auguste dans les moments où votre cœur est attristé... quand vous avez quelque souffrance physique ou morale ou à essuyer quelque assaut de la tentation. Ce signe sacré est l'effroi du démon, tandis qu'il rapproche de vous votre ange gardien. »

    Avis spirituels pour servir à la sanctification des âmes (LXXIV), Seconde édition, Nancy, 1863.

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    Image (carte ou poster) en vente à la librairie Téqui

  • Méditation : De l'acquisition patiente de l'humilité

    « Pour s'exciter à l'humilité, certains, durant toute leur vie, se servent du souvenir de leurs péchés passés, même déjà pardonnés, et par ce moyen frappent en plein visage leur vaine estime d'eux-mêmes. D'autres pensent à la Passion du Christ, et se considèrent toujours comme des débiteurs. D'autres se tiennent pour peu de chose, à cause de leurs manquements quotidiens. Chez d'autres, les tentations sans cesse renaissantes, les faiblesses et les péchés ont mortifié l'orgueil. D'autres, par leur pénurie de grâces, ont acquis la mère de toutes les grâces. Il y en a aussi - mais en existe-t-il encore ? il ne m'appartient pas de le dire - qui, au sujet des dons mêmes de Dieu et dans la mesure où ceux-ci s'accroissent, s'humilient eux-mêmes et passent ainsi leur vie en se considérant comme indignes de telles richesses, et comme si chaque jour ajoutait à leur dette. Voilà l'humilité, voilà la béatitude, voilà la parfaite récompense. »

    St Jean Climaque (v.575-v.650), L’Échelle Sainte, Vingt-cinquième degré (35), Spiritualité Orientale n°24, Abbaye de Bellefontaine, 1978.

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  • Méditation : Longue et patiente croissance

    « Continuons de prier beaucoup, quelles que soient nos dispositions et quelles que puissent être les circonstances. Ce qui nous manque à tous c'est de ne pas vivre en contact étroit, intime et vivant avec la source de la seule vraie Vie. Nos tristesses viennent de là. Nos impuissances nous découragent parce que nous oublions la Toute-Puissance qui s'offre à les suppléer. La malice des hommes et la nôtre propre, la tristesse des temps... tout cela ne nous affecte que parce que nous ne savons pas nous tenir en face de la Bonté infinie et de l'Océan de joie. Nous ne savons pas vivre « in conspectu Domini » (1).

    Heureusement Dieu nous attire et veut s'emparer de nous à tout prix. C'est sa réponse à nos secrets désirs de lui. Ces désirs c'est lui qui les provoque, et c'est lui ensuite qui y répond. C'est en ce sens que, dans la vie spirituelle des âmes de bonne volonté, on peut dire vraiment qu'il fait tout. Or, si notre volonté est faible, il est clair qu'elle est bonne, très bonne ; qu'elle l'a toujours été, qu'elle le sera toujours.

    Il nous manque de penser davantage que la bonne Volonté divine (qui est son Amour infini) nous a toujours enveloppés et nous enveloppera toujours.

    Ne nous attendons pas à voir disparaître ni la tentation, ni la faiblesse parce que nous aurons les sacrements. La vie d'âme est une lente croissance ; continuons de nous munir de Dieu, de puiser aux sources de la Force divine, comme un enfant qui mange et boit et qui ne devient pas homme en un jour... et laissons faire Celui qui dirige notre vie et qui est lui-même notre vie. »

    1. "en présence de Dieu", "sous le regard de Dieu".

    Dom Augustin Guillerand (1877-1945), Chartreux, Écrits spirituels Tome II (L'effort), Benedettine di Priscilla, Roma, 1967.
    Cf. la méditation de Dom Godefroid Bélorgey (1880-1964), proposée le 30 septembre dernier.

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  • Méditation : tentation ou péché ?

    « Pour augmenter votre tranquillité et votre confiance, distinguez avec soin la négligence à chasser une mauvaise pensée, d'avec l'attention et le consentement libre donné à cette pensée déshonnête. Quand vous apportez un peu de négligence à chasser de votre esprit une représentation obscène, vous péchez véniellement. Pour que vous commettiez en ceci une faute mortelle, voici trois conditions requises ; remarquez-les bien, retenez-les pour toujours et tranquillisez-vous. Il faut votre liberté, votre réflexion et votre consentement ; je vais vous l'expliquer clairement.

    Il faut votre liberté, c'est-à-dire, que la pensée dépende de vous. Un objet dangereux s'offre à vos yeux, un mauvais discours frappe vos oreilles ; vous ne voulez ni fixer cet objet ni prêter l'oreille à ce discours ; la pensée alors que l'un et l'autre vous présentent n'est point libre, elle ne dépend nullement de vous.
    Cette liberté ne suffit pas ; il faut de plus votre réflexion ; c'est-à-dire, que vous y preniez garde, que vous fassiez attention à cette mauvaise pensée. Hélas ! tous les jours, à tous les instants notre esprit pervers forme, roule des pensées dans lesquelles nous nous trouvons comme enfoncés, sans que nous nous en soyons aperçus, sans que nous puissions rendre compte ni de l'objet qui les a occasionnées, ni du temps qu'elles ont duré ; alors il suffit, pour triompher, que vous fassiez ce qui dépend de vous pour éloigner cette pensée, du moment que vous vous en apercevez.

    Enfin il faut votre consentement, et voici surtout ce que vous examinerez. Prenez garde toutefois de ne pas trop vous arrêter à une recherche dangereuse. Avez-vous prétendu vous arrêter à cette mauvaise pensée, vous en êtes-vous occupé volontairement ? Si les mauvaises pensées ne sont accompagnées de ces diverses conditions, je veux dire, si, pensant à des objets défendus, vous n'apportez d'abord votre liberté et votre réflexion, et qu'ensuite vous ne vouliez pas vous arrêter à cette pensée, votre ennemi reste confus, et il ne vous aura procuré que de la gloire. »

    Abbé Boissard, Prédicateur ordinaire du Roi, La consolation du chrétien ou Motifs de confiance en Dieu dans les diverses circonstances de la vie (ch. XI), Paris, Méquignon-Junior, 1834.

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    Tentation d'Eve (détail d'un bas-relief du XIIe siècle), Musée Rolin, Autun (71)
    (Crédit photo et explications détaillées)

  • Mois du Sacré-Coeur - Huitième Jour

    Huitième Jour
     
    Prions, afin que le bon Dieu nous accorde la grâce de repousser les tentations que nous éprouverons aujourd’hui.

    Jésus et les affligés.

    Quelle impression devaient faire sur les cœurs ces paroles de Jésus : « Vous tous, qui êtes dans la peine et dans la souffrance, venez à moi et je vous soulagerai. » Personne encore n’avait parlé ainsi ; personne, surtout, n’avait accueilli comme Jésus… Aussi, voyez : ce sont les pauvres, les malades, les délaissés qui l’accompagnent. – Qui les voulait auparavant ? Qui ne les chassait de sa société ? Oh ! Jésus, apprenez-moi à avoir un bon cœur, à aimer ceux que personne n’aime, à chercher ceux que tout le monde repousse… Donnez-moi de pouvoir consoler beaucoup dans ma vie.

    J’essayerai, aujourd’hui, d’être utile à quelqu’une de mes compagnes.
  • Méditation : face à l'Adversaire, mépris et prudence

    « La première condition pour triompher du démon, c'est de ne point s'abandonner à une crainte exagérée. Certes, il est un adversaire redoutable par sa puissance dans le domaine sensible et par son habileté ; mais nous ne devons pas oublier ses déficiences, son ignorance du monde surnaturel, son impuissance à pénétrer dans les facultés de notre âme, sa qualité enfin de réprouvé qui ne lui permet que des victoires temporaires et en fait un éternel vaincu.
    Se laisser prendre par la terreur serait aussi irraisonnable que dangereux. Le démon utilise en effet savamment ce trouble pour dissimuler son infériorité et dresser ses pièges. Ce serait perdre nos avantages et augmenter sa puissance et ses chances de succès que de le craindre démesurément.
    C'est ce que nous a enseigné sainte Thérèse, avec toute l'autorité que lui donnent ses nombreux démêlés avec les mauvais esprits. Après avoir dit que les démons l'ont tourmentée très souvent, et avoir narré quelques-unes de leurs attaques, elle ajoute :
    "Cet exposé pourra servir au véritable serviteur de Dieu et l'aider à mépriser tous ces fantômes dont les démons se servent pour l'effrayer. Soyons-en bien persuadés, chaque fois que nous les méprisons, nous leur enlevons de leur force, et notre âme acquiert même sur eux un plus grand empire. De plus, il en découle toujours quelque grand avantage pour nous..." (Vie, ch. XXXI)
    Ce mépris, si sensible au démon, doit être accompagné de prudence. Cette prudence, lorsqu'elle devra combattre le démon, utilisera les armes surnaturelles qui assurent notre supériorité, à savoir les sacramentaux dont plus spécialement l'eau bénite, ainsi que la prière et le jeûne.
    Aussi souvent qu'elle le pourra, elle rompra le combat et échappera à toute atteinte du démon en se portant, par des actes de foi et d'humilité, dans des régions où le démon ne saurait pénétrer.
    [...]
    C'est pour faire plus grands nos mérites, plus pures et plus hautes nos vertus, plus rapide notre marche vers Lui que Dieu permet au démon de nous tenter et de nous éprouver. »

    Vénérable Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus O.C.D. (dies natalis ce jour), Je veux voir Dieu (Prem. Part. ch. VII, D), Éditions du Carmel, Tarascon, 1949.

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     Vénérable Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)

  • Méditation : des bienfaits de la tentation (2)

    (suite de la méditation d'hier)

    « Il est certaines conditions requises avant, pendant et après la tentation :
    1° avant la tentation, il faut éviter tout ce qui y expose ou ce qui incline au mal, par exemple les fréquentations et lectures dangereuses, les regards trop peu retenus, les manières trop libres, les délices d'une vie molle et sensuelle : qui aime le danger y périra ; qui compte sur sa force sera confondu. La défiance est mère de la sûreté ; et s'exposer volontairement au danger, c'est tenter Dieu, c'est se rendre indigne de son secours. D'un autre côté, il ne faut pas craindre la tentation : en la craignant on la fait naître ; le mieux est de ne pas y penser, et d'être uniquement à ce qu'on a à faire ;
    2° pendant la tentation, il faut, non pas s'amuser avec elle, sous prétexte qu'elle est légère, autrement elle prendrait le dessus sur nous ; mais il faut faire avec elle une diversion prompte, ferme et tranquille ; lui tourner le dos avec mépris, sans daigner seulement la regarder ; et si elle produit quelques impressions, il faut les désavouer paisiblement en s'appliquant tout entier à l'action présente. Qui se battrait avec elle courrait risque de se salir, et qui la repousserait avec des efforts excessifs perdrait la paix du cœur, le recueillement de l'esprit et l'onction de la piété. Si l'on ne peut en venir à bout ainsi, il faut recourir humblement à Dieu, en lui disant : "Ô Seigneur, que ma misère est profonde ! que j'aurais tort d'avoir encore de l'amour-propre ! et que vous êtes bon d'aimer un pécheur tel que moi ! Ô Jésus ! ô Marie ! ô vous tous, anges et saints, bénissez le Seigneur, qui veut bien abaisser son amour jusqu'à ma bassesse."
    3° après la tentation, il faut l'oublier : la réflexion la ferait revivre. Il vaut mieux s'encourager paisiblement à réparer le mal passé, s'il y en a eu, en faisant très parfaitement l'action présente ; s'unir à Dieu et se jeter entre ses bras avec confiance et amour, en lui disant comme l'enfant prodigue : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous ; ou comme le publicain : Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Examinons si nous avons observé ces règles, avant, pendant et après la tentation. »

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Premier dimanche de Carême), Paris, Victor Lecoffre, 1886.
  • Méditation : des bienfaits de la tentation (1)

    « Aucun mal moral n'est possible qu'autant que la volonté le veut : tant que la porte de la volonté est fermée, le démon ou l'imagination peuvent faire du bruit tout autour du cœur, ils ne peuvent en altérer la pureté. Voilà pourquoi Jésus-Christ et tous les saints ont subi l'épreuve de la tentation, sans que cette épreuve ait porté la moindre atteinte à leur sainteté. Voilà pourquoi toute désolation dans les tentations est déraisonnable : c'est ou un dépit de l'amour-propre mécontent de se voir misérable, ou une défiance de la bonté de Dieu, qui ne fait jamais défaut à qui l'invoque, ou la pusillanimité d'une âme qui se considère seule avec sa faiblesse, en dehors du secours de Dieu. Loin que la tentation soit un mal, elle peut au contraire tourner à notre grand avantage. Car :
    1° elle nous donne l'occasion de glorifier Dieu, puisqu'en résistant généreusement, nous lui prouvons notre fidélité, nous battons ses ennemis et en triomphons ;
    2° elle nous forme à l'humilité, en nous révélant le fonds mauvais qui est en nous ; à l'esprit de prière, en nous faisant sentir le besoin du recours à Dieu ; à la vigilance, en nous avertissant de nous défier de nos forces, et de fuir l'occasion du mal ; à l'amour divin, en faisant ressortir la bonté de Dieu qui veut bien abaisser sa grâce, s'abaisser lui-même par la communion, jusqu'à un fond aussi dépravé que le nôtre ; elle prévient le relâchement, elle réveille la ferveur, donne à la vertu un caractère plus ferme et plus solide (cf. II Cor XII, 9) ; elle nous apprend à nous connaître (cf. Eccl XXXIV, 9) ; elle vaut à l'âme plus de grâces en cette vie, plus de gloire dans l'autre, en proportion des mérites dont elle l'enrichit, et la rend plus digne de Dieu, comme les saints dont il est écrit : Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui (Sap III, 5).
    Voilà pourquoi Dieu disait au peuple d'Israël : "Je n'ai point voulu détruire les Chananéens, afin que vous ayez des ennemis à combattre" (Jud II, 3) ; et le pape saint Léon dit dans le même sens : "Il est bon à l'âme de craindre de tomber, et d'avoir constamment une lutte à soutenir" (Serm. III). L'âme fidèle tire de la tentation du mal le même fruit que de l'inspiration du bien. C'est pour elle l'occasion de se porter vers la perfection de la vertu contraire avec toute la bonne volonté dont elle est capable. Dans les tentations des sens, elle s'élève à l'infinie grandeur de Dieu, si haut placé au-dessus des vues basses et sensuelles ; dans les tentations de l'esprit, elle s'abîme dans son néant ; dans les tentations de plaisir, elle aime et embrasse la croix : est-ce ainsi que nous avons fait notre profit de la tentation ? »

    (à suivre demain)

    Abbé André-Jean-Marie Hamon (1795-1874), curé de Saint Sulpice, Méditations à l'usage du clergé et des fidèles pour tous les jours de l'année (Tome I, Premier dimanche de Carême), Paris, Victor Lecoffre, 1886.

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    Diable gargouille à la Cathédrale Notre Dame de Paris (Crédit photo)

  • Angélus de ce dimanche 09 mars 2014

    « L'Évangile du premier dimanche de Carême présente chaque année l'épisode des tentations de Jésus, lorsque le Saint-Esprit, descendu sur lui après le baptême dans le Jourdain, le poussa à affronter ouvertement Satan dans le désert pendant quarante jours, avant de commencer sa mission publique.

    Le tentateur essaie de détourner Jésus du plan de son Père, c'est-à-dire de la voie de sacrifice, de l'amour qui s'offre lui-même en expiation, pour lui faire prendre un chemin facile, de succès et de pouvoir. Le duel entre Jésus et Satan advient à coups de citations de la Saint Écriture. Le diable, en effet, pour détourner Jésus du chemin de la croix, lui présente de faux espoirs messianiques : le bien-être économique, indiqué par la capacité de transformer les pierres en pain, le style spectaculaire et miraculeux, avec l'idée de se jeter du point le plus haut du temple de Jérusalem, et de se faire sauver par des anges, et enfin le raccourci de pouvoir et de domination, en échange d'un acte d'adoration de Satan. Ce sont les trois groupes de tentations : nous les connaissons bien !

    Jésus rejette clairement toutes ces tentations et réaffirme sa détermination à suivre la voie tracée par le Père, sans aucun compromis avec le péché et la logique du monde. Notez bien comment Jésus a répondu. Lui ne dialogue pas avec Satan, comme le fit Eve dans le Jardin d'Eden. Jésus sait qu'avec Satan on ne peut pas dialoguer, parce qu'il est tellement malin. C'est pourquoi Jésus, au lieu du dialoguer comme avait fait Eve, choisit de se réfugier dans la Parole de Dieu et de répondre avec la force de cette Parole. Rappelez-vous ceci : au moment de la tentation, de nos tentations, pas d'arguments avec Satan, mais toujours se défendre par la Parole de Dieu ! Et cela nous sauvera. Dans ses réponses à Satan, le Seigneur, utilisant la Parole de Dieu, nous rappelle tout d'abord que "l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4,4 ; Cf. Dt 8,3), et cela nous donne de la force, nous soutient dans la lutte contre la mentalité mondaine qui abaisse l'homme au niveau des besoins primaires, lui faisant perdre la faim de ce qui est vrai, bon et beau, la faim de Dieu et de son amour. Il rappelle aussi que "il est également écrit : « Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu » (v. 7), puisque le chemin de la foi passe aussi par des moments d'obscurité, de doute, et se nourrit de patience et d'attente persévérante. Jésus enfin rappelle que "il est écrit : « C'est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras : à lui seul tu rendras un culte » (v. 10) ; c'est à dire que nous devons nous débarrasser des idoles, des choses vaines, et construire notre vie sur l'essentiel.

    Ces paroles de Jésus seront ensuite confirmées dans ses actions. Son absolue fidélité au dessein d'amour du Père le conduira au bout de trois ans à la confrontation finale avec le "prince de ce monde" (Jn 16, 11), à l'heure de la passion et de la croix, et c'est là que Jésus emportera sa victoire définitive, la victoire de l'amour !

    Chers frères et sœurs, le temps du Carême est une occasion propice pour nous tous pour réaliser un chemin de conversion, en nous confrontant sincèrement à cette page de l’Évangile. Renouvelons les promesses de notre Baptême : renonçons à Satan et à toutes ses œuvres et séductions - parce qu'il est un séducteur -, pour marcher dans les voies de Dieu et "arriver à Pâques dans la joie de l'Esprit Saint" (Oraison du 1er Dimanche de Carême année A).

    Pendant ce temps de Carême, nous devons garder à l'esprit l'invitation de la Caritas International dans sa campagne contre la faim dans le monde. Je vous souhaite à tous que ce chemin du Carême qui vient de commencer soit riche de fruits ; et je vous demande un souvenir dans la prière pour moi, et pour les collaborateurs de la Curie romaine, qui ce soir, commenceront la semaine d'Exercices spirituels. Merci. »

    (Texte intégral en italien sur le site internet du Vatican.)

    Il n'y aura donc pas d'audience générale ce mercredi 12 mars, le Saint-Père étant en retraite avec la curie romaine pour la semaine d'Exercices spirituels (du 9 au 14 mars).

    N.B. : Contrairement à l’ordinaire, cette retraite n’aura pas lieu au Vatican, le Pape François emmenant la curie à Ariccia, au sud-est de Rome, dans la région dite des « Châteaux romains » (« Castelli Romani »).
    Sur le territoire de cette commune, se trouvent notamment le sanctuaire de « Sainte-Marie-de-Galloro », qui abrite un chef d’œuvre pictural du Xe siècle, et la « Maison du Sacré-Cœur », centre jésuite de retraites et d’exercices spirituels.

  • Méditation : les tentations de Jésus au désert

    « Notre-Seigneur a voulu particulièrement, dans sa tentation du Jourdain, nous enseigner l'art des combats spirituels et nous mériter la victoire. Il a voulu nous montrer le secret de la force, qui est l'amour. Voyez dans quelles conditions il s'avance au-devant des tentations : "Plenus spiritu sancto" (S. Luc) ; "ductus a spiritu" (S. Marc). Son Cœur est rempli de l'amour de son Père, c'est sa force. Remarquez ses réponses au démon, elles sont toutes tirées de l’Écriture, parce qu'il se nourrit de la parole.
    [...]
    Dans cet évangile, Notre-Seigneur ne nous donne pas seulement le secret de sa force qui est l'amour, mais il nous enseigne aussi les moyens pour entretenir et accroître cet amour : ces moyens sont la prière, la méditation de la sainte Écriture, la solitude, le jeûne. C'étaient là les occupations de Notre-Seigneur au désert ; c'est par là que son divin Cœur se préparait aux tentations qu'il avait résolu de subir pour notre instruction. Ce sont là les vertus que l’Église nous invite à pratiquer pendant le saint temps de carême, pour croître dans l'amour et dans la force et prendre une vie nouvelle à l'occasion des grands mystères de la Rédemption.
    Une âme dissipée et répandue au dehors, une âme distraite, une âme sensuelle peut-elle aimer fortement Notre-Seigneur ?
    Disciplinons notre volonté par la règle de la solitude et du silence, recueillons notre esprit dans la prière et la méditation, mortifions notre corps par le jeûne, et Notre-Seigneur viendra dans notre âme purifiée pour y allumer le feu de son amour. »

    P. L. Dehon, L'Année avec le Sacré-Cœur - Méditations pour tous les jours de l'année, Tome I (Le 1er dimanche de Carême), Établissements Casterman, Tournai - Paris, s.d. [1910].

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    La tentation dans le désert, par Briton Riviere (1898) - Guildhall Art Gallery, Londres

  • Méditation : tristesse et découragement

    « S'il est un écueil dans la vie chrétienne et plus encore dans la vie pieuse, - écueil d'autant plus perfide qu'il se voile sous de louables apparences, - c'est bien celui de la mauvaise tristesse et du sot découragement. Quand on va au fond de ces mélancolies abattues ou rêveuses, on ne trouve guère que de l'égoïsme. L'âme se replie sur soi et se regarde, au lieu de regarder Jésus ; elle s'occupe et s'inquiète de ses intérêts personnels plus que des intérêts de Dieu ; elle s'appuie sur les créatures et non sur la grâce, et comme elle ne rencontre guère dans les créatures et dans elle-même que misère et pauvreté, elle devient mécontente, morose, troublée, chagrine. Bientôt, elle trouve la piété trop difficile et commence à en abandonner les pratiques ; c'est que, déjà, elle en a abandonné l'esprit.
    Il faut combattre vigoureusement cette sotte et stérile tristesse ; elle est une tentation qui met l'âme en péril, et qui l'épuise sans profit.
    [...]
    Pour s'en délivrer, qu'on ait recours d'abord à la prière, selon le conseil de saint Jacques : "Quelqu'un est-il triste ? qu'il prie ! (Jc V, 3)" Mais qu'on réagisse aussi par un dégagement plus complet de soi-même, par une fidélité plus vigilante à tous les devoirs, au besoin par quelque pénitence ou quelque immolation spéciale, en tout cas par un don et un abandon plus absolu au divin Maître. Alors tout redeviendra radieux, tout, jusqu'à la souffrance ; et l'âme ne tardera pas à se revêtir de cette "robe d'allégresse" dont le Seigneur récompense les martyrs. Aussi bien, "il y a une inévitable tendance à la joie dans tout ce qui appartient à Dieu (P. Faber, Bethléem, VIII). On n'est triste que lorsque qu'on veut jouir de soi ; dès qu'on se renonce, la tristesse s'en va et fait place à la joie. La joie est le signe infaillible d'une âme saine, et toute âme saine est bien près d'être une âme sainte. »

    Abbé J.M. Buathier, Le Sacrifice dans le dogme catholique et dans la vie chrétienne (ch. XXI, 3), Paris, Gabriel Beauchesne, 1920 (dixième édition).

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    Albrecht Dürer (1471-1528), gravure sur cuivre, "Melancholia I"